_--__CONTRIBUTIONS DES INVENTEURS D´INCROYANCES
Un changement de perspective utilisant des pratiques révolutionnaires, anarchistes,
marxiennes, dialectiques, situationnistes, écologiques, psychanalytiques,
constructivistes radicales, sceptiques, pragmatiques, situationnelles...
matiere a produire

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IN CORPORE VILI
Extrait de Tutto bene ?! Textes d’analyse et de réflexions anarchistes en temps de coronavirus en Italie.

Finimondo, mars 2020


UN SYSTÈME DE CROYANCE RÉGI PAR LA PEUR

Agrippés à nos croyances normalisantes, nous nous retrouvons confinés dans nos certitudes. Le monde qu’on nous présente dans ses représentations spectaculaires, est une escroquerie, celui qu’on se représente soi-même une illusion. Cette réalité mise en scène sous air conditionné, réfléchit l’image de soi selon l’air qu’on lui donne dans les apparences trompeuses de la société du spectacle. Un deuxième monde apparaît qui se substitue au temps vécu qui nous échappe.
Lukas Stella, mai 2020


LA MÉDECINE COMME RELIGION

L’état d’urgence sanitaire se prolonge, inscrivant la « guerre » contre le virus dans la durée. Dans cette crise qui ne trouve pas de résolution, il semble que la société toute entière épuise ses forces vives à lutter contre un invisible ennemi dont les médias récitent les ravages. Giorgio Agamben envisage ce moment politique comme celui qui, déplaçant la croyance, consacre la primauté de la science sur le christianisme et le capitalisme.
Giorgio Agamben, mai 2020


LE DESPOTISME OCCIDENTAL

Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie est avant tout une stratégie de contre-insurrection.
Gianfranco Sanguinetti, Ancien membre de la section italienne de l’Internationale Situationniste, avril 2020


Le conseil scientifique du gouvernement Macron travaille-t-il pour le compte de multinationales américaines ?
JP Brisset, mars 2020


COVID-19 : FIN DE PARTIE ?!

Telle était la tonitruante affirmation proférée le 26 février dernier par le meilleur infectiologue au monde (selon le classement expertscape), accueillie pourtant avec scepticisme et même sarcasmes par la communauté scientifique. Trois semaines plus tard, la réalité est en train de lui donner raison.
Jean-Dominique Michel, Anthropo-logiques, mars 2020


LE CORONAVIRUS, RÉVÉLATEUR DE LA FAILLITE DE L'ÉTAT

Sous l’effet de la panique, l’État oligarchique est contraint d’adopter des mesures qu’hier encore il décrétait impossibles. La quarantaine est propice à la réflexion. Le confinement n’abolit pas la présence de la rue, il la réinvente.

Raoul Vaneigem, mars 2020


ÉPIDÉMIE DE PEUR PANIQUE

C'est la peur, la psychose et l'hystérie qui sont contagieuses et dangereuses. Sous de faux prétextes de sécurité, par les mesures coercitives d'un État d'urgence, on nous prive de plus en plus de nos libertés.

Lukas Stella, mars 2020


PERSPECTIVE DÉFORMÉE

Dans ce monde complexe et instable, les prédictions ne s'avèrent jamais exactes. La prédiction de l'avenir est une source d'erreurs quand elle n'est pas une escroquerie.
Lukas Stella, décembre 2019


LETTRE DU CHILI

Ce que nous vivons ici est magnifique ! Cela fait deux semaines maintenant que ce soulèvement nous a permis de vaincre la peur, l’indolence et la frustration de vivre sous la dictature de l’argent, mais aussi de nous rencontrer comme êtres humains, par-delà toutes les identités qui nous avaient maintenus séparés.

Santiago, novembre 2019


COMPRENDRE NOTRE IMPUISSANCE POLITIQUE

Yannis Youlountas, octobre 2019


L'ÉCOLOGIE DÉNATURÉE

Ce système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par la destruction de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L'écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l'intoxication généralisée de la vie. (...) Ni comptable ni devin, le désastre c'est maintenant. L'effet de serre n'est pas l'écologie, c'est un écran de fumée qui cache l'emballement des pollutions et l'intoxication de la vie.
Lukas Stella, septembre 2019


CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE
Guillaume Deloison, 2017 (Extraits)


DU FÉTICHISME DE LA VIOLENCE
Louis, Colmar, mai 2019


DE LA NÉCESSITÉ DE LA FIN D'UN MONDE
Lukas Stella, février 2019


NATURE DE LA CRISE ACTUELLE DES GJ

La crise des GJ (gilets jaunes) marque peut-être d’une pierre « jaune » la mise en évidence de la contradiction entre la mondialisation de l’économie et son incapacité à assurer la survie individuelle des humains.


APPEL DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES DES GILETS JAUNES
Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

APPEL ANTIAUTORITAIRE SANS FRONTIÈRES
Pour une journée de résistance simultanée, sans frontières, le 10 décembre 2018,
contre le durcissement du capitalisme et de la société autoritaire

QUELQUES LIGNES SUR LA FIN DU MONDE
Véloce, septembre 2018


INTOXICATION MENTALE
Lukas Stella, août 2018


SOLIDARITÉ AVEC NOTRE-DAME-DES-LANDES
Raoul Vaneigem, avril 2018


OUBLIEZ MAI 68 !

Extrait d'un tract du Comité d'Action pour le Pouvoir des Conseils Ouvriers,
distribué à St-Étienne en mai 1969.


D'UN MAI SAUVAGE À L'AUTRE

[1968 - 2018] Appel international à converger sur Paris le 1er mai,
ils commémorent, on recommence...

DE LA DESTINÉE
Raoul Vaneigem, De la destinée (extraits), 2015

DE L'INSÉCURITÉ PUBLIQUE ET DE QUELQUES MOYENS D'Y REMÉDIER
Paul Castella, 2002 (décédé le 3 octobre 2017)

CONDITIONS MINIMALES D'UN MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE
Véloce, Collectif révolutionnaire, juillet 2017

APRÈS LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN FRANCE, QUELLE SIGNIFICATION ET QUEL LES IMPLICATIONS POUR LE PROLÉTARIAT FRANÇAIS ET INTERNATIONAL
Groupe International de la Gauche Communiste, juin 2017

LA LIBERTÉ ÇA NE S’IMPOSE PAS !
Lukas Stella, juin 2017

INSURGEONS-NOUS !
Des hommes, des femmes, simples, anonymes, 2012

POLITIQUE DE CRISE
Comité érotique révolutionnaire, mars 2017

TOUT LE MONDE AIME LA LIBERTÉ, MAIS LE TRAVAIL EST UNE HORRIBLE CHOSE
Paris sous tension, 2017

VIVRE OU RIEN, IL FAUT POUSSER CE QUI TOMBE
Comité érotique révolutionnaire, 2016

GUERRE DE CLASSE
Mars 2016

LE SYNDROME D’HYPNOSE CAPITALISTE
Mathias Demain, avril 2016

« MENACE TERRORISTE » ET MILITARISATION DE LA SOCIÉTÉ CONTRE LA RÉÉMERGENCE DE LA GUERRE DE CLASSE
Guerre de Classe, avril 2016

RÉSISTER À LA GESTION ET L’INFORMATISATION DE NOS VIES
Écran total, 2016

LA PERSISTANCE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE DU LÉNINISME
GCI, Communisme N° 66, 2016

CONTRE LE TRAVAIL ET SES LOIS
Benoit Bohy-Bunel, avril 2016

FOOTAGE DE GUEULE
Lukas Stella, juillet 2016

RELIRE REICH AUJOURD'HUI
Jean-Marie BROHM, préface à la réédition de L'oeuvre de Wilhelm Reich, 2002

L’OPIUM DU PEUPLE
Quelques citations contribuant à une théorie critique du sport

TEXTES ANONYMES DU MOUVEMENT
Contre la loi du travail de mars à juin 2016

LA DOMINATION POLICIÈRE
Mathieu Rigouste, 2012

NOUS N’AVONS RIEN À DÉFENDRE
Affiche d’avril à Paris, publiée dans le journal "Tout peut basculer", avril 2016

POINT DE VUE SUR LE MOUVEMENT CONTRE LA LOI TRAVAIL
Extrait de "Tout peut Basculer", journal anarchiste sur Paris, avril 2016

LE MONDE OU RIEN
Mouvement Inter Luttes Indépendant, mars 2016

QUE LA FÊTE COMMENCE !
Yannis Youlountas (extrait) Éditions Libertaires 2015

CONTRE L’ÉCOLE NUMÉRIQUE
Appel de Beauchastel, décembre 2015

LE CAPITALISME NOUS RAVAGE, RAVAGEONS LE CAPITALISME !
Yannis Youlountas, mars 2016

ARGENT, SEXE ET POUVOIR
Gianfranco Sanguinetti, à propos d’une fausse biographie de Guy Debord
Prague, le 17 janvier 2016

L'ÉCOLOGIE SOCIALE
Murray Bookchin, The ecology of freedom : the emergence and dissolution of hierarchy,1982 (extraits).

LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ANTHROPIQUE, UN MENSONGE QUI ARRANGE
Antoine, janvier 2016

LA BUREAUCRATIE PERMET AU CAPITALISME DE S’ENRICHIR SANS FIN
3 entretiens avec David Graeber, 2015

RACISME, UNE RAISON D'ÉTAT
Cinq textes de Jacques Rancière, de 1997 à décembre 2015

RÉVOLUTION AU ROJAVA ?
La Oveja Negra, 2015

POUR UNE RÉELLE SOLIDARITÉ DE CLASSE
AVEC LES PROLÉTAIRES « RÉFUGIÉS » ET « IMMIGRANTS » !

Prolétaires Internationaux, 2015

LA RÉVOLUTION
Rencontre avec Yannis Youlountas, 2015

LA ROUTE DU SUD OUEST
Jean-François Brient
, 2014

QUE CRÈVE L'EXTRÈME GAUCHE DU CAPITAL !
Guerre de Classe, Juillet 2015

LA SOCIÉTÉ UNIDIMENSIONNELLE
Herbert Marcuse, L'homme unidimensionnel (extraits) 1964

OUVRIER-ROBOT RÉVOLTÉ
Extraits d'un entretien de Pièces et main d’œuvre avec Rémy, juin 2015

DE LA SERVITUDE MODERNE
Jean-François Brient, 2007 (extraits)

TROUBLE DANS LE NET
Lukas Stella, avril 2015

L’OBSCURANTISME A TOUJOURS ÉTÉ LE MODE D'ÉCLAIRAGE DU POUVOIR
Raoul Vaneigem, février 2015

DOUBLE CONTRAINTE EN FOLIE
Lukas Stella, janvier 2015

LE NOUVEL ORDRE PSYCHIATIQUE
Olivier Labouret (extrait)

ATHÈNES SUR UN VOLCAN
Yannis Youlountas, décembre 2014, membre de l’assemblée d’occupation de l’Ecole Polytechnique à Athènes

LA COMMUNE LIBRE DE BARBACHA
Matouf Tarlacrea, 2014

TANT QU'IL Y AURA DES BOUILLES...
La ZAD de Sivens dans le Tarn, une expérience libertaire
Yannis Youlountas

LA CRISE PAYE
Lukas Stella, octobre 2014

LA GRÈCE APPREND À SE PASSER DE L'ÉTAT
Raoul Vaneigem, juillet 2014

LE POUVOIR COMME PERVERSION NARCISSIQUE
Marie-France Hirigoyen (extraits)

REFUSONS D’AMELIORER CE QUI NOUS ABÎME
Des cheminots et des humains sans étiquette qui quelque soit ce qui arrivera, ne veulent plus être ce qu’on les force à ne pas devenir…

AMEN TON PÈZE !
l’Église de la Très Sainte de la Consommation

NE RÉPAREZ-PAS CE QUI VOUS DÉTRUIT, pamphlet pour une bonne vie
Rédaction du magazine Streifzüge, Autriche, octobre 2013

ÉLOGE DE L'OISIVETÉ
Bertrand Russell, 1935 (extraits)

L’ESCROQUERIE DE LA DETTE
Extraits de Plumedepresse et de Lukas Stella

EXARCHEIA LA NOIRE, Au cœur de la Grèce qui résiste
Yannis Youlountas, 2013 (Extraits)

DE LA CONTAGION À L’ÉPIDÉMIE
Lukas Stella, 2012 (Extrait)

CONTROVERSE SUR LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE
Lettre de Jean-Pierre Voyer à M. Bueno, 1998 (Extrait)

COMMENT L'ÉLITE DIRIGE LE MONDE
Karen Hudes employée de la Banque mondiale (Extraits)

LA RICHESSE DES MILLIARDAIRES DU MONDE A DOUBLÉ DEPUIS 2009
Andre Damon, novembre 2013

L'ANARCHISTE OMAR AZIZ
et l’auto-organisation dans la révolution syrienne

Leila Shrooms, Tahrir-ICN, août 2013 (suivi de "Repose en victorieux",
"Auto-organisation dans la révolution du peuple syrien",
"Un anarchiste syrien conteste la vision binaire rebelle/régime de la résistance").

CHANGER LA VIE, OU LE PLUS DIFFICILE À IMAGINER
Annie Le Brun, août 2012 (suivi de "Les aventurisques", juin 1968)

JP MORGAN PRESCRIT LA DICTATURE EN EUROPE
Stefan Steinberg, Mediapart juin 2013

SORTIR DE L'IMPASSE, pour un renouvellement du projet révolutionnaire
Négatif, Bulletin irrégulier, Novembre 2012

Asservi, exploité puis crever dans la misère…
ABOLISSONS L'ESCLAVAGE SALARIAL
JBF, juillet 2013

A ROADMAP TO A JUST WORLD "Une feuille de route vers un monde juste, le peuple ranimant la démocratie",
Discours de Noam Chomsky au DW Global Media Forum, Bonn, Allemagne, juin 2013

LA RÉVOLUTION DE L'ÊTRE PLUS QUE DE L'AVOIR Entretien avec Raoul Vaneigem, janvier 2013

LE TRAVAIL LIBÈRE-T-IL ? Hors service, feuille anarchiste, N° 36 (extrait), mai 2013

L'AUSTÉRITÉ SUR UNE ERREUR DE CALCUL, Inventin, avril 2013

QUAND L'OMISSION CRÉE L'ILLUSION, Lukas Stella, janvier 2013

NIQUE LE PAPE, Paul, janvier 2013

PRÉSAGES D'IMPOSTEURS, Lukas Stella, décembre 2012

LE PROGRAMME DES "RÉJOUISSANCES" À VENIR, La feuille charbinoise, octobre 2012

NÉCROTECHNOLOGIE DE SYNTHÈSE, PMO, novembre 2012

LE MYTHE ÉCONOMIQUE COMME RÉALITÉ ILLUSOIRE
Addenda à « L’invention de la crise »
, Lukas Stella, septembre 2012

N'ÊTES-VOUS QUE DES POIRES ? Raoul Vaneigem, septembre 2012

L'INVENTION DE LA CRISE, Daniel Durouchoux, Échanges, la revue des dirigeants financiers,
Commentaire de
Lukas Stella, juillet 2012

LE SIFFLET ENROUÉ, Harpo Grouchos, juillet 2012

SOCIALOS COLLABOS ! Lukas Stella, juillet 2012

PAR-DELÀ L'IMPOSSIBLE, Raoul Vaneigem, avril 2012

ÉCHEC DE L'ART, Emmanuelle K, 2012

QUEL MONDE ALLONS-NOUS LAISSER À NOS ENFANTS ? Raoul Vaneigem, mars 2012

ET PUIS APRÈS ? Paul, mars 2012

LA GRÈCE,  BERCEAU D'UN AUTRE MONDE, Raoul Vaneigem et Yannis Youlountas, mars 2012

CHOISIR SON MAÎTRE N'EST PAS UNE LIBERTÉ, Lukas Stella, mars 2012

GUERRE OUVERTE, Lukas Stella, octobre 2011

LE MOUVEMENT DES OCCUPATIONS AUX ÉTATS-UNIS, Interview de Ken Knabb, novembre 2011

ENTRETIEN AVEC RAOUL VANEIGEM, Siné Mensuel N°2, octobre 2011

WALL STREET OCCUPÉ, #occupywallstreet, septembre 2011

L'EXCEPTION LIBYENNE, Jean-Pierre Filiu, Le Monde, août 2011

POUR UNE NOUVELLE INTERNATIONALE, Message d’une insurgée grecque, décembre 2008

LETTRE OUVERTE DES TRAVAILLEURS D'ATHÈNES À SES ÉTUDIANTS, Des prolétaires, décembre 2008

L’ÉTAT N’EST PLUS RIEN, SOYONS TOUT (extraits) Raoul Vaneigem, juillet 2010

LES FACHISTES S'AFFICHENT EN SE CACHANT ! Le logo du FN est une copie conforme du logo du MSI.
Les origines historiques du Front National, quelques extraits de "Fascisme et grand capital" de Daniel Guérin,
de Guy Debord et de Raoul Vaneigem.

LA MORT À PETITES DOSES PREND SON TEMPS Lukas Stella, mars 2011

TOURNANT INSURRECTIONNEL, À Londres comme partout, prenons l'offensive !
Guitoto, mars 2011

COLÈRE ET INDIGNATION, Communiqués CRIIRAD du 23 et 25 mars 2011 (extraits)

COMMUNIQUÉS DE L'OBSERVATOIRE DU NUCLÉAIRE (extraits), mars 2011

MOHAMED SAÏL ANARCHISTE ALGÉRIEN (extraits)

DÉGAGE ! Paul, février 2011

NOUS VOULONS VIVRE, Dan depuis la prison de la Santé, février 2011

DE TUNIS, UN VENT DE LIBERTÉ

ENTREVUE AVEC UN ANARCHO-COMMUNISTE
SUR LA PLACE DE LA LIBERTÉ AU CAIRE
, février 2011

RÉVOLUTION EN TUNISIE, En avant ! En avant !
Parti Communiste-Ouvrier d’Iran

ALGÉRIE, 5 suicides par le feu en 5 jours

LA RÉVOLUTION MÉDITERRANÉENNE NE FAIT QUE COMMENCER, janvier 2011
Le régime de Ben Ali au bord de la rupture.
Les biens de la famille du président Ben Ali attaqués et pillés.

TUNISIE, les miliciens de Ben Ali font régner la terreur, Radio Kalima, janvier 2011
Massacre en Tunisie, plus de 80 morts - L'armée fraternise avec les manifestants...

ALGÉRIE, La chasse aux jeunes est lancée. Un jour, bientôt, ils vous chasseront !
Yahia Bounouar

Algerie emeutes 2011

STRATÉGIES À L'USAGE D'INVENTEURS D'INCROYANCES, Lukas Stella
"Stratagèmes du changement", Chapitre VIII, 2008
(Paru aux Éditions Libertaires / Courtcicuit-diffusion, FNAC...)

LE PIRE EST À VENIR, Paul, juillet 2010

COURTE ADRESSE A TOUS CEUX QUI SE FIGURENT ENCORE
QUE L’ON POURRAIT GERER PLUS HUMAINEMENT
LA MERDE CAPITALISTE AU LIEU DE LA SUPPRIMER !

Gustave Lefrançais, juillet 2010

AU SECOURS ! Dans la société française,
80% des gens normaux sont des malades mentaux
, Paul, mai 2010

TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS POUR PLUS DE CHÔMEURS, Lukas Stella, mai 2010

PANIQUE À BORD, Paul, mai 2010

GANGRÈNE DU SYSTÈME, Lukas Stella, mai 2010

SAUVE QUI PEUT, Paul, mars 2010

REFUSONS LE PIÈGE DE LA DETTE, Dominique Plihon, février 2010
Addendum inventin, Jean de Maillard, février 2010.

CONSIDÉRATIONS SUR LA SITUATION IRANIENNE
ET SES PERSPECTIVES RÉVOLUTIONNAIRES
, Sinbad le marin, février 2010

PETITS ÉCHOS DE MODES, Paul, février 2010

CONVERSATION (extraits), Raoul Vaneigem, Septembre 2009

DIX FOIS PLUS DE PASSIONS, Claude GUILLON
Sexpol N°5 du 15 octobre 1975

C'EST LA CATA ! Paul, décembre 2009

TACTIQUES OPÉRATIONNELLES, Lukas Stella,
"Stratagèmes du changement", Chapitre VI, 2008

COUP TORDU, Paul, décembre 2009

CROYANCES OBJECTIVES, CAPACITÉS RÉDUITES, Lukas Stella
"Stratagèmes du changement", Chapitre V, 2008

VOS PAPIERS ! Paul, novembre 2009

NOUS SOMMES LE MONDE EN DEVENIR, Lukas Stella, août 2009

IMPERCEPTIBLE CONDITIONNEMENT, Lukas Stella,
"Stratagèmes du changement", Chapitre IV, août 2008

CRISE CHRONIQUE ET DURABLE, mais pas pour tous... Inventin, juin 2009

JETONS LES BOURGEOIS À LA TOMBE QU'ILS NOUS CREUSENT
Rapaces, communication 187, mai 2009

APPEL À LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE, Raoul Vaneigem, avril 2009

TROIS PETITS COCHONS, PENDUS AU PLAFOND... Paul, mai 2009

FUTUR EN FAILLITE, RÊVE EN DÉRIVE, Lukas Stella, février 2009

LA FIN DES CERTITUDES, Ilya Prigogine (extraits)

QUAND L'OBÉISSANCE EST DEVENUE IMPOSSIBLE, Emmanuelle K. (extraits)

ULTIME LETTRE AU BARON PETDECHÈVRE
de son ex-secrétaire au château de Saint-Magloire, Paul, février 2009

ENTRETIEN AVEC RAOUL VANEIGEM, 2008

MANIFESTE POUR UNE DÉSOBÉISSANCE GÉNÉRALE
Sous-Comité décentralisé des gardes-barrières en alternance

Emeutes en Algerie, 2011Petit dictateur, larbin des milliardaires, dégage !

NICOLÉON, Victor HUGO

LE PRIX DU VENT, Paul, octobre 2008

CONFÉRENCE DE HEINZ VON FOERSTER (extrait)

RIDEAU ! Paul, septembre 2008

SUR LA SÉMANTIQUE GÉNÉRALE, Kourilsky-Belliard, Edward T. Hall, Alfred Korzybski, A.E. van Vogt,
Bernard Wolfe, Gregory Bateson (extraits)

L'HOMME UNIDIMENSIONNEL, Herbert Marcuse, extraits de la préface, 1967

LA SOCIÉTÉ DEVIENT ELLE-MÊME CRIMINELLE
Extrait d'un entretien avec le journaliste Denis Robert

LE SPORT, DE LA PUBOLITIQUE TOXIQUE, Lukas Stella, 2008

LA BIODIVERSITÉ LOURDEMENT CONDAMNÉE, Raoul JACQUIN, 2008

JE SUIS UN DÉMOCRATE, JE SUIS UN CONNARD, Santiago Alba Rico, 2008

COMME UN TROUPEAU, Paul, février 2008

OU EST PASSÉ LE TROU DE LA SÉCU ? Inventin 2008

ÉCRAN DE FUMÉE SUR POLLUTION, Lukas Stella, 2006

DES BERGÈRES ET DES BERGER OPPOSÉS À LA MÉCANISATION DE LA VIE, 2007

PRIVILÈGES DES LARBINS, Inventin, 2007

COUP DE FIL EN PLEINE GUEULE, Inventin, 2007

SANS RÉSISTANCE NI DÉPENDANCE Jules Henry et Léon Léger,
Les hommes se droguent, L’état se renforce, 1974 (Extraits)

PLUS MARIONNETTE QUE DICTATEUR, Lukas Stella, 2007

NOUVELLE LETTRE DU BARON PETDECHEVRE
Jehan-Godefroid-Adalbert-Carolus-Vladimir, Nanterre, 22 mars 2008

UN PARTI CHASSE L'AUTRE, Inventin, 2007

LE GRAND SECRET, Paul, 2007

LA FONCTION DE L'ORGASME (extrait de l'introduction), Wilhelm Reich, 1945

LA MASSE CACHÉE, Lukas Stella, 2007

SURENCHÈRES SÉCURITAIRES, Raoul Vaneigem, 2004

DRAGONS ET DONJONS, Paul, 2007

STRATÉGIE DU CHANGEMENT, Lukas Stella, 2006

L'ÉCOLOGIE, Guy Debord (citations)

DANS L'ANGLE MORT DE L'ÉCONOMIE SPECTACLE, Inventin, 2006

GUY DEBORD, Préface à la quatrième édition italienne de "La société du spectacle", 1979 (Extrait)

ERWIN SCHRÖDINGER (Extraits)

ALBERT EINSTEIN, Lettre à Schrödinger, 1935

HEINZ VON FOERSTER, Stratégie de la thérapie brève, 1990 (Extraits)

QUELQUES PAS DE PLUS VERS UNE ÉCOLOGIE DE L'ESPRIT
Gregory Bateson (Extraits)

L'ARBRE DE LA CONNAISSANCE, Humberto Maturana, Francisco Valera, 1994 (Extraits)

LE CRÉPUSCULE DES FARCEURS, Paul, 2006

GRAFFITI ANTI-CPE, Février-avril 2006

APPEL ANONYME, sur Indymédia Marseille, mars 2006

LE CPE EST MORT, L'ARNAQUE A BIEN MARCHÉ ! Inventin, 2006

POUR UNE POIGNÉE DE SALOPARDS, Lukas Stella, 2006

LA DÉMOCRATIE SERA GLOBALE, OU NE SERA PAS, Paul, 2003

JEUNESSE EN PÉRIL, Paul, 2004

AU-DELÀ DE LA CULTURE, Edward T. Hall, 1979 (Extraits)

NI DIEU NI DARWIN, Alawa, 2005

DÉPHASAGE, La machine à réduire, Lukas Stella
(extrait de la brochure "Abordages informatiques"), 2002

DE L'ORIGINE DES ESPÈCES PAR VOIE DE LA DÉRIVE NATURELLE
Humberto Maturana, Jorge Mpodozis, 1992
(extraits)

LE RÊVE DE LA RÉALITÉ Heinz Von Foerster et le constructivisme
Lynn Segal, 1988 (Extraits)

LE RETOUR DU GRAND MÉCHANT LOUP, Paul, 2006

JOURNAL IMAGINAIRE, Raoul Vaneigem, 2006 (Extraits)

DU VERT À TOUS LES ÉTAGES, introduction à la critique de l’écologie politique, Paul, 2004

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IN CORPORE VILI

Finimondo, mars 2020

Extrait de Tutto bene ?! Textes d’analyse et de réflexions anarchistes en temps de coronavirus en Italie.

http://inventin.lautre.net/livres/tutto-bene.pdf

« Le but de la terreur, et de sa mise en œuvre, est d’extorquer aux êtres humains l’adaptation totale à son principe même, afin qu’eux et elles aussi ne reconnaissent en toute fin qu’un seul but : l’auto-préservation. Plus les humains ont en tête, et sans scrupule, leur survie, plus ils et elles deviennent des marionnettes psychologiques d’un système dont l’unique objectif est de se maintenir au pouvoir » Leo Löwenthal, 1945

Voilà, on y est. Il y a quelques heures, l’état d’urgence sanitaire a été déclaré sur tout le territoire national. Verrouillage quasi total. Rues et places semi-désertes. Interdit de quitter la maison sans motif valable (pour qui ? Mais pour les autorités, bien sûr). Interdit de se rencontrer et de s’embrasser. Interdit d’organiser toute initiative avec même un minimum de présence humaine (des fêtes aux rassemblements). Interdit de rester trop près. Suspension de toute vie sociale. L’avertissement est lancé, de rester à la maison autant que possible, scotché à n’importe quel appareil électronique en l’attente de nouvelles. Obligation de suivre les directives. Obligation d’avoir sur soi en permanence un formulaire « d’auto-certification » qui justifie ses déplacements, même ceux à pied. Et pour celui ou celle qui ne se plierait pas à ces mesures, une sanction prévoit l’arrestation et la détention.
Et tout ça pour quoi ? Pour un virus qui divise encore les experts institutionnels eux- mêmes sur son danger réel, comme en témoignent les polémiques entre les virologues d’avis opposés (sans parler de l’indifférence manifeste de nombreux pays européens) ? Et si au lieu du coronavirus, avec son taux de mortalité de 2 ou 3 % partout dans le monde sauf au nord de l’Italie (qui sait si c’est l’acide nucléique du virus qui devient méchant au contact de la polenta, ou si c’est la crève de la vallée du Po qui a reculé ?), le virus Ebola était arrivé dans ce pays (lui qui peut décimer entre 80 à 90 % de la population) ? Que se serait-il passé dans ce cas ? Une neutralisation directe des foyers infectieux par bombardement ?

Bon, vu les liens entre la dynamique des sociétés industrielles et la conception moderne de la liberté en Occident, il n’est pas étonnant qu’une politique d’assignation à résidence et de couvre-feu soit appliquée pour endiguer l’épidémie. Ce qui peut surprendre, par contre, c’est la façon dont ces mesures sont reprises sans résistance, tolérées, mais aussi intégrées et justifiées par presque tout le monde. Par les ménestrels de la cour qui invitent tout le monde à rester à la maison, par les braves citoyens qui s’encouragent (et se contrôlent) mutuellement, persuadés que « tout ira bien », mais aussi par ceux qui aujourd’hui (face au spectre infectieux) ne veulent plus rien entendre des refrains contre « l’état d’exception » (applaudis il y a peu encore…) et choisissent le parti de la matérialité fantomatique des faits. Dans la panique (avec l’éclipse de la rai- son qu’elle entraîne), chaque mot porte un sens : alors pour ce que ça vaut, revenons au psychodrame populaire qui se déroule dans notre beau pays, sur ses effets sociaux plus que sur ses causes biologiques.

Que ce virus vienne des chauves-souris ou d’un laboratoire militaire secret, qu’est- ce que ça change là tout de suite ? Rien : une hypothèse en vaut une autre. Au-delà du manque d’informations et de compétences plus précises à ce sujet, on peut déjà faire cette observation : certaines espèces animales peuvent transmettre des virus de la sorte aux êtres humains. Tout comme il peut y avoir, parmi les nombreux apprentis-sorciers des « armes non-conventionnelles », quelqu’un de plus cynique ou imprudent que d’autres. Et donc ?
Ceci dit, il devrait paraître évident à tout le monde que dans le monde actuel, ce sont les informations qui décrètent ce qui existe. Littéralement, n’existent que les choses dont parlent les médias. Et tout ce qu’ils taisent n’existe pas. De ce point de vue, celui qui soutient que pour arrêter l’épidémie, il suffirait d’éteindre la télé, a raison. Sans l’alarmisme médiatique que le virus a suscité, seulement ici en Italie dans un premier temps, personne n’aurait prêté beaucoup d’attention à cette forme de grippe imprévue. Seules les proches et certaines statistiques auraient visibilisé les victimes. Il existe d’ailleurs un cas précédent en Italie : la grippe de Hong Kong, dite « la grippe spatiale », a fait 20.000 victimes à partir de l’automne 1969. À l’époque, les médias en parlaient beaucoup, et l’année d’avant cette maladie a semé la mort à travers le monde. Mais alors, elle était considérée comme une forme de grippe plus virulente que d’habitude. Tout simplement. D’ailleurs, vous imaginez un peu ce qu’aurait provoqué la proclamation de l’état d’urgence en Italie en décembre 1969 ? Pratique sans doute pour les autorités, mais elles savaient qu’elles ne pouvaient pas se le permettre. Ça aurait été l’insurrection. Alors, elles se sont contentées de semer la terreur avec des massacres d’État.

À présent, est-il logique de croire seulement ici en Italie qu’une épidémie d’Extrême-Orient aurait éclaté dans le monde avec une telle virulence ? Plus probablement, ce n’est qu’en Italie que les médias ont décidé de focaliser l’attention sur l’arrivée de l’épidémie. Qu’il s’agisse d’un choix précis ou d’une erreur de communication, le débat sur la question serait long. La panique que les infos ont déclenchée, par contre, est par trop évidente. Et à qui, à quoi, celle-ci profite-t-elle ?
Car oui, en effet, rien n’est plus apte à semer la terreur qu’un virus. Il est l’ennemi parfait : invisible et potentiellement omniprésent. À la différence des djihadistes du Moyen-Orient, sa menace s’étend et légitime la nécessité du contrôle à l’infini ou presque. La surveillance ne s’applique pas à quelques bourreaux de temps à autre, mais aux victimes éventuelles (tout le monde, donc). Ce qui est suspect, ce n’est pas d’être « Arabe » et d’errer dans des endroits dits « sensibles », c’est le simple fait de respirer. Quand un problème de santé devient un problème d’ordre public, quand la meilleure façon de guérir devient la répression, alors un fait s’éclaircit : parmi les candidats au rôle de super-commissaire dans la lutte contre le virus, on compte l’ancien chef de police au moment du G8 à Gênes en 2001 et actuel président de la première industrie de guerre italienne. Mais comme les affaires sont les affaires, le candidat retenu est finalement un manager de formation militaire : le directeur général de l’agence nationale pour l’investissement et le développement commercial. Est-ce une réponse aux exigences d’un politicien notoire, martelant au Sénat : « il s’agit de la troisième guerre mondiale mobilisant notre génération, et celle-ci va changer nos habitudes davantage que le 11 septembre » ? Après Al-Qaïda, voici le Covid-19. Et voici aussi les bulletins d’informations sur cette guerre à la fois virtuelle et virale, son nombre de morts et de blessées, l’actualité du champ de bataille, le récit des actes de sacrifice et d’héroïsme. Mais au cours de l’Histoire, à quoi n’a jamais servi d’autre la propagande de guerre, si- non à mettre de côté toute divergence et faire front commun autour des institutions ? Au moment du danger, ni divisions, ni critiques, seulement une adhésion unanime derrière le drapeau de la patrie. Ainsi, en ce moment depuis l’intérieur des bâtiments institutionnels, l’hypothèse grandit de donner vie à un gouvernement de santé pu- blique. Sans oublier un effet collatéral propice à la situation : quiconque sort du rang ne peut être qu’un défaitiste, une candidate au lynchage pour haute trahison.

Comme cela a déjà été dit, nous ne savons pas si cet état d’urgence est le résultat d’un projet stratégique prémédité, ou de mesures prises après une erreur commise. Cependant, nous savons que cette situation, en plus d’écraser toute résistance à la domination de Big Pharma sur nos vies, servira à propager et à consolider la servitude volontaire, à faire intégrer l’obéissance, à s’habituer à accepter l’inacceptable. Et quoi de mieux pour un gouvernement qui a depuis longtemps perdu tout semblant de crédibilité, et par extension, pour une civilisation en état de putréfaction manifeste ? Le défi lancé par le gouvernement italien est énorme : établir une zone rouge de 300 000 kilomètres carrés en réaction à rien. Une population de 60 millions d’habitants peut- elle se mettre au garde-à-vous et se prosterner aux pieds des mêmes qui promettent de la sauver d’une menace inexistante, comme un chien de l’expérience de Pavlov bavait au simple son d’une cloche ? Il s’agit d’une expérience sociale dont l’intérêt des résultats dépasse les frontières italiennes. La fin des ressources naturelles, les effets de la dévastation environnementale et le surpeuplement permanent annoncent le déclenchement de conflits partout dans le monde. Et la prévention et la gestion de cette conflictualité forceront le pouvoir à prendre des mesures draconiennes. Par le passé certains ont qualifié ce genre de régime « d’écofasciste », et ses premières mesures ne seront pas très différentes de celles prises aujourd’hui par le gouvernement italien (qui de fait raviraient tout État policier). Pour tester des mesures pareilles à grande échelle, l’Italie est un bon catalyseur et le virus est un prétexte parfait de domination horizontale.

Jusqu’ici, les résultats obtenus par les ingénieurs des âmes nous semblent enthousiasmants. À de rares exceptions près, chacun, chacune est prêt à renoncer à toute liberté, à toute dignité, en échange de l’illusion du salut. Et si le vent tourne, ils peuvent toujours annoncer que le dangereux virus a été éradiqué pour éviter l’effet boomerang. En attendant, les détenus en font les frais, eux qui se sont fait massacrer pendant les révoltes qu’ils ont portées dans une trentaine de prisons, après l’annonce de la suspension des parloirs. Mais visiblement, on ne parle pas d’une « boucherie mexicaine » gênante, mais plutôt d’une louable désinfection à l’italienne. L’urgence offre aux détenteurs de l’autorité la possibilité d’adopter publiquement des comportements qui jusqu’alors étaient tenus secrets, comme en témoignent certains faits divers. Ain- si, à Monza, une femme de 78 ans s’est rendue dans une polyclinique parce qu’elle souffrait de fièvre, de toux et de difficultés respiratoires. Après avoir refusé d’être hospitalisée pour le coronavirus, elle a subi un TSO [traitement sanitaire obligatoire, en service psychiatrique]. Et depuis que le TSO, créé en 1978 avec la fameuse loi 180, ne peut être appliqué qu’aux prétendus malades mentaux, cette hospitalisation forcée était donc un « abus de pouvoir » (comme se plaisent à dire les belles âmes démocratiques). Un abus parmi tant d’autres du quotidien, sauf que dans cette situation il n’était pas nécessaire de le minimiser ou de le cacher : il a donc été rendu public sans soulever la moindre critique. De même, sept sans-papiers coupables de… jouer aux cartes dans un parc ont été arrêtés à Rome. C’est le moins qui puisse arriver à d’éventuels pestiférés dépourvus du « sens des responsabilités ».

Oui, la responsabilité. Un mot sur toutes les lèvres aujourd’hui. Nous devons être responsables, une sollicitation martelée en continu qui, traduite de la novlangue du pouvoir, signifie : nous devons obéir aux directives. Pourtant, on comprend facilement que c’est précisément en obéissant que toute responsabilité est évacuée. La responsabilité a à voir avec la conscience, c’est-à-dire la rencontre heureuse entre la sensibilité et l’intelligence. Porter un masque ou être connectée chez soi simplement parce qu’un fonctionnaire du gouvernement l’a dicté ne dénote pas d’une responsabilité active, mais d’une obéissance passive. Ce n’est pas le fruit de l’intelligence et de la sensibilité, mais de la crédulité et de la naïveté, saupoudrée d’une bonne dose de peur. Pour être un acte de responsabilité, il doit émaner du cœur et de la tête de chaque individu, ne pas être ordonné d’en haut ni imposé sous peine de punition. Toutefois on comprend facilement que la conscience est la chose que le pouvoir craint plus que tout. Car c’est de la conscience que naissent la contestation et la révolte. Et c’est précisément pour stériliser chaque conscience que nous sommes bombardés 24 heures sur 24 par les programmes télévisés les plus futiles, les divertissements numériques, les bavardages à la radio, le chahut téléphonique… Une gigantesque entreprise de formatage social dont le but est la production de l’idiotie de masse.

À présent, si on considère les raisons avancées pour déclarer cette urgence avec un minimum de sensibilité et d’intelligence, qu’en ressort-il ? Qu’un état d’urgence inacceptable a été déclaré pour des raisons farfelues par un gouvernement non fiable. Dans les faits, cet État ignore les 83000 victimes causées chaque année par un marché dont il détient le monopole et qu’il rémunère à hauteur de 7,5 milliards d’euros net. Alors comment l’État peut-il être crédible un instant lorsqu’il prétend établir une zone rouge dans tout le pays pour endiguer la propagation d’un virus qui – selon de nombreux virologues eux-mêmes – contribuera indirectement à la mort de quelques centaines de personnes déjà malades, et peut-être directement à la mort de quelques-unes ? Et pour empêcher 80 000 personnes de crever de la pollution atmosphérique, ces seigneurs ont-ils déjà envisagé de bloquer les usines, les centrales électriques et les voitures à travers tout le pays ? Aujourd’hui, n’est-ce pas ce même État qui a fermé plus de 150 hôpitaux au cours des dix dernières années qui appelle à une plus grande responsabilité ?

Quant à la matérialité des faits, qu’on nous permette de douter de la volonté d’y faire face réellement. En tout cas les sombres idiots qui, face au massacre perpétré par cette société dans tous les domaines, ne sont même pas capables d’encourager la vengeance du bon État social (avec sa santé publique et ses grands projets utiles) sur le méchant État libéral (radin avec les pauvres et généreux avec les riches, dépassé par la « crise »), eux ne le veulent pas, c’est sûr. Et encore moins les braves citoyennes qui préfèrent rester en rade de liberté pour quelques miettes de sécurité.

Parce qu’affronter la matérialité des faits signifie aussi et surtout considérer ce qu’on veut faire de son corps et de sa vie. Cela signifie aussi accepter que la mort met fin à la vie, même à cause d’une pandémie. Cela signifie également respecter la mort, et ne pas penser à pouvoir l’éviter en s’appuyant sur la médecine. Nous mourrons tous : personne n’y échappe. Cela fait partie de la condition humaine : nous souffrons, nous tombons malades, nous mourons. Avec plus ou moins de douleur. La médicalisation forcenée, avec son objectif délirant de vaincre la mort, ne fait que nourrir l’idée que la vie doit être préservée et non vécue. Ce n’est pas la même chose.
Si la santé – comme l’OMS prétend le soutenir depuis 1948 – n’est pas simplement l’absence de maladie, mais le bien-être physique, mental et social complet, il est évident que l’humanité entière est un malade chronique, et certainement pas à cause d’un virus. Et comment obtenir ce bien-être total ? Avec un vaccin et un antibiotique à prendre en milieu aseptisé ou bien avec une vie pleinement vécue au nom de la liberté et de l’autonomie ? Si dans les hôpitaux, ils arrivent à faire passer la « présence de paramètres vitaux » pour une « forme de vie », n’est-ce pas parce que la différence entre la vie et la survie a été oubliée ?

Le « roi des animaux », le lion, symbole de force et de beauté, vit en moyenne 10-12 ans en liberté dans la savane. En toute sécurité dans un zoo, sa durée de vie peut doubler. Enfermé dans une cage, il perd en beauté et en force – il devient maussade et obèse. On lui retire le risque de la liberté en échange de la certitude de la sécurité. Mais de cette façon, il ne vit plus : au mieux, il survit. L’être humain est le seul animal qui préfère passer ses journées en captivité plutôt que dans la nature. Il n’a pas besoin du fusil d’un chasseur braqué sur lui : il se met de lui-même derrière les barreaux. Cerné et abruti par les prothèses technologiques, il ne sait même plus ce que c’est, la nature. Et il est heureux, voire fier, de la supériorité de son intelligence. Comme il sait compter, il sait que huit jours en tant qu’être humain comptent davantage qu’un seul pour un lion. Ses paramètres vitaux sont bien présents, et par-dessus tout celui qui est considéré comme fondamental dans notre société : la consommation de biens.

Paradoxalement, les habitants de notre civilisation titanesque, d’habitude si passion- nés par les superlatifs, sont en train d’angoisser pour un des plus petits micro-organismes vivants. Mais comment quelques dizaines de millionièmes de centimètres de matériel génétique osent-ils menacer notre existence pacifique ? C’est la nature. Pour le dire brutalement, considérant ce que nous lui avons fait, il serait aussi juste qu’elle nous anéantisse. Et tous les vaccins, tous les soins intensifs et les hôpitaux du monde entier ne pourront jamais rien y faire. Au lieu de faire semblant de l’apprivoiser, nous devrions (ré)apprendre à vivre avec la nature. Et cette fois dans des sociétés sauvages, c’est-à-dire sans relations de pouvoir, et non dans des États civilisés.
Mais cela impliquerait un « changement de comportement » très malvenu pour ceux qui nous gouvernent ou le souhaiteraient, comme pour ceux qui veulent être gouvernés.

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UN SYSTÈME DE CROYANCE RÉGI PAR LA PEUR

Lukas Stella, mai 2020

Double monde, confinement en confusion,
démence sous air conditionné, (extrait du chapitre I)

Livre gratuit, téléchargeable

Sous la dictature économique et son conditionnement publicitaire, la liberté se crée dans un combat quotidien. Ce n’est pas un concept abstrait à l’usage de philosophes, de politiciens ou de publicitaires, mais bien une pratique individuelle et collective égalitaire. C’est la possibilité de pouvoir choisir l’usage de son temps, de la disposition de son corps et de son mental, de l’expression de ses émotions sans contraintes ni entraves.

Le pouvoir de choisir un pouvoir dominateur autoritaire n’est pas une liberté. Celle-ci nécessite que les conditions d’existence soient consenties par chacun et auto-organisées égalitairement par tous. Personne ne peut imposer sa conception de la liberté sans nier celle des autres. La liberté s’accomplit par la fin de toute domination, l’abolition de l’esclavage du travail et de la mesure des inégalités par l’argent. Elle se réalise par la dissolution de la normalité imposée dans une diversité partagée. Elle ne peut être que générale, pour tous ou pour personne.

La privation de liberté est l’abus de pouvoir de l’État policier pour maintenir et renforcer l’ordre de sa domination. Elle peut être subie ou acceptée dans une prison, un hôpital psychiatrique ou à domicile. Le confinement consenti est une astreinte collective à rester enfermé, un effort nécessaire, une incarcération volontaire à domicile. Si l’épidémie est grave, elle n’est pas dramatique. La moitié du monde a été confiné pour le Covid-19, incarcéré à domicile, interné la peur au ventre. C’est l’hystérie sécuritaire d’un pouvoir despotique qui est contagieuse et dangereuse. Le conseil scientifique du pouvoir fascisant est corrompu et pas crédible. Sous de faux prétextes, par les mesures coercitives d’un état d’urgence, on nous prive de nos libertés, pendant que la pensée unique médiatisée produit des crédules bien soumis. Le conditionnement mental est entretenu par une psychose permanente, et la soumission par l’instauration d’un climat de peur et de panique.

Le confinement isole, sépare et déshumanise dans l’aliénation d’une survie de misère. Le rapport aux autres est devenu virtuel. Les prothèses technologiques ont remplacé les relations humaines. À ce qui était directement vécu s’est substituée une représentation numérique dans une mise en scène spectaculaire des rapports marchands. Et les manifs virtuelles au balcon n’expriment qu’un simulacre de révolte, des faux semblants qui affirment une résignation aux mensonges officiels de l’État policier. Dans les réseaux sociaux, il n’y a de communautaire que l’illusion d’être ensemble. La fausse communication fait de chacun le flic des relations aux autres dans un isolement bien réel. Les personnes-objets ne sont plus que des marchandises connectés virtuellement.

Les médias et les politiques ont piqué leurs crises de nerfs hypochondriaques. La peur irraisonnée de la maladie et de l’autre présumé contagieux fait accepter les contraintes et la privation de liberté, la psychose fait endurer un peu près n’importe quoi, se résigner à subir la dictature et se soumettre à l’ordre sécuritaire. L’autre n’est plus qu’un ennemi contaminant qu’on maintient à distance, par des gestes barrière, nous plaçant ainsi dans un isolement sécuritaire autogéré. Et si l’autorégulation ne suffit pas, une discipline sécuritaire infantilisante nous rappelle violemment à l’ordre par la répression et l'obligation de payer une amende. Le confinement général, accompagné de l’absence de dépistage à grande échelle au plus tôt, et de l’absence de traitement par médicament, a prouvé son inefficacité, sa dangerosité par la psychose malsaine qu’il entretient. Toutes les lourdes menaces épidémiques répandues par les médias et les politiques se sont toujours avérées après coup, exagérées, fausses et mensongères.

Mettre en perspective les chiffres morbides relatifs au développement de l’épidémie, dont nous bombardent quotidiennement les médias, en les replaçant dans un contexte élargi dans le temps et l’espace, peut permettre, par comparaison, de les relativiser et de dédramatiser les prévisions désastreuses et anxiogènes diffusées de partout. L’analyse critique et la réflexion situationnelle sont les seules échappatoires à cette propagande catastrophique qui répand dangereusement la crainte, la frayeur, l'angoisse et l’affolement.

Les modélisations prédictives des biostatisticiens font office de dogme, justifiant la terreur et son état de guerre, permettant d’instaurer rapidement un régime totalitaire. L’acceptation de la contrainte exprime l’espérance d’une libération future, la pénitence devient rédemption, et la croyance en ce devenir une évidence avérée, une religion scientiste. C’est une conviction proche de la foi, construite sur une prédiction probabiliste qui s’impose comme une dévotion fanatique indispensable à une résurrection salvatrice.
Une fois que la dramatisation a été crue, et le prétexte accepté, tous les gens de pouvoir se sont précipités pour utiliser cette aubaine et en profiter au maximum, que ce soit des États, des trusts ou des spéculateurs.

La dette des États, gonflée par la Banque Centrale Européenne, sert à payer les entreprises et les financiers, et sert aussi de justification aux politiques d’austérité, qui ont déjà broyé nos services publics, nos systèmes de santé, nos droits, nos conditions de travail, nos congés... La création monétaire de milliers de milliards pour combler les dettes des entreprises, des actionnaires et des financiers, dévalue l’argent par une augmentation des prix et la résurgence d’une inflation tenace. En payant plus cher les marchandises, on paie une sorte de taxe au pouvoir pour rembourser cette dette, et ce racket général peut proliférer grace aux politiques antisociales. Sous prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures sont mises en place pour la surveillance généralisée, le tout sécuritaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli sur soi, la culpabilité et la stigmatisation. La récession économique produit une régression sociale avec une augmentation considérable du chômage et de la misère. Cette insécurité sociale justifie le durcissement de la dictature économique et de la tyrannie technologique.

Le spectacle médiatique génère en permanence un vent de panique pour faire accepter l’escroquerie de la crise financière qui a surfé sur l’épidémie. La crise est la norme. La panique des uns fait le bonheur des autres. Le capitalisme n’est pas affaibli par la crise, passer d'une crise à l'autre est son fonctionnement normal. Le krach est un outil financier. La crise est déclenchée par les spéculateurs les plus avisés pour accélérer et accroître énormément et rapidement leurs profits sur le dos des plus petits qui ne l’ont pas vu venir.
Cette crise était annoncée de longue date, les spéculateurs milliardaires ont utilisé le coronavirus pour mieux la déclencher et en tirer les meilleurs profits, quitte à ébranler l’équilibre général. L’économie et la production représentent moins de 10 % des richesses, les 90 % restant traficotent dans les sphères de la haute finance, dans des bulles financières spéculatives, qui rapportent bien plus que l’économie réelle pour ceux qui en ont les moyens et savent y faire. Si l’économie s’en retrouve affaiblie, c’est pour mieux faire payer les populations. Quand certains perdent, d’autres gagnent, rien ne se perd, la circulation de l’argent s’accélère considérablement pour un moment seulement.

La démocratie est suspendue, la dictature établie, la loi martiale imposée. Le couvre-feu permanent est accompagné d’autorisations spéciales de sortie, instaurant le contrôle généralisé de la vie quotidienne. Il fallait écraser la rébellion qui se répandait et s’installait dans la durée. Ils devaient utiliser les grands moyens pour faire taire cette contestation mondiale, dans une période d’instabilité pour éviter l’effondrement des pouvoirs dominants et préserver les privilèges des hyperriches. L’autorité de l’État policier est renforcée afin d’achever le grand pillage des biens publics, et de parfaire l’arnaque de la crise financière que les populations encore plus appauvries devront payer, en se soumettant à leur misère soudainement accrue.

Au cours de cette survie anxiogène sans devenir, les situations stressantes habituelles activent dans le cerveau des comportements réflexes de protection, d’adaptation et de soumission qui empêchent de réfléchir et de comprendre les situations subies. L’intoxication mentale des médias de masse se répand sans être vue, elle contamine l’air de rien. Notre exposition permanente à des produits ou des informations toxiques produit une accumulation de toxines persistantes dans notre organisme jusqu’à saturation. Nous sommes sous perfusion directe, dans notre corps et notre mental, empoisonnés de toute part en quantité infinitésimale et constante sur le très long terme. L’habituelle accoutumance nous est imperceptible, mais la dépendance bien réelle qu’elle entraîne produit une addiction durable maladive.

La libre exploitation de la vie est inhérente au fonctionnement du capitalisme, la pollution dévastatrice qui en découle détruit l’humanité. Le pouvoir destructeur de la production marchande n’a plus d’entrave dès lors qu’il est économiquement nécessaire aux affaires juteuses de quelques multimilliardaires. La marchandisation s’est étendue à la globalité du monde, ses nuisances n’ont comme limites que l’écroulement général.

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LA MÉDECINE COMME RELIGION

Giorgio Agamben, mai 2020

Répondant à l’impératif d’une vie saine, le nouvel hygiénisme instaure une pratique cultuelle de la médecine envahissant l’existence, au point de supplanter les anciens rites. Nous assisterions, à l’échelle mondiale, à une nouvelle forme de guerre civile, d’ordre religieux, où, sur les ruines du christianisme, le capitalisme laisserait la science régner, sans pour autant disparaître. Obstinément et sans trembler, le philosophe devra désormais témoigner contre la religion scientifique et les désastres qu’elle enfante.

Que la science soit devenue la religion de notre temps, ce en quoi les hommes croient qu’ils croient, cela est depuis longtemps évident. Dans l’Occident moderne ont coexisté et, dans une certaine mesure, coexistent encore trois grands systèmes de croyance : le christianisme, le capitalisme et la science. Dans l’histoire de la modernité, ces trois « religions » se sont plusieurs fois nécessairement entrecroisées, entrant de temps à autre en conflit et ensuite, de diverses façons, se réconciliant, jusqu’à atteindre progressivement une sorte de coexistence pacifique, articulée, si ce n’est une véritable collaboration au nom de l’intérêt commun.

Le fait nouveau est que, entre la science et les deux autres religions, s’est ravivé, sans que nous ne nous en apercevions, un conflit souterrain et implacable, dans lequel l’issue victorieuse pour la science est aujourd’hui sous nos yeux et détermine d’une manière inouïe tous les aspects de notre existence. Ce conflit ne concerne pas, comme il advenait par le passé, la théorie et les principes généraux, mais, pour ainsi dire, la pratique cultuelle. La science elle aussi, en effet, comme toute religion, connaît des formes et des niveaux différents par lesquels elle organise et ordonne sa propre structure : à l’élaboration d’une dogmatique subtile et rigoureuse correspond dans la pratique une sphère cultuelle extrêmement vaste et diffuse qui coïncide avec ce que nous appelons la technologie.

Il n’est pas surprenant que le protagoniste de cette nouvelle guerre de religion soit cette partie de la science où la dogmatique est moins rigoureuse et plus marqué l’aspect pragmatique : la médecine, dont l’objet immédiat est le corps vivant des êtres humains. Essayons de fixer les caractéristiques essentielles de cette foi victorieuse à laquelle nous devrons faire face dans une mesure croissante.

1) Le premier caractère est que la médecine, comme le capitalisme, n’a pas besoin d’une dogmatique spéciale, mais se limite à emprunter à la biologie ses concepts fondamentaux. À la différence de la biologie, toutefois, elle articule ces concepts en un sens gnostique-manichéen, c’est-à-dire selon une opposition dualiste exacerbée. Il y a un dieu ou un principe malin, la maladie, justement, dans lequel les agents spécifiques sont les bactéries ou les virus, et un dieu ou un principe bénéfique qui n’est pas la santé, mais la guérison, et dont les agents cultuels sont les médecins et la thérapie. Comme dans toute foi gnostique, les deux principes sont clairement séparés, mais dans la pratique ils peuvent se contaminer et le principe bénéfique et le médecin qui le représente peuvent se tromper et collaborer sans s’en rendre compte avec leur ennemi, sans que cela n’invalide en aucune façon la réalité du dualisme et la nécessité du culte par lequel le principe bénéfique mène sa bataille. Et il est significatif que les théologiens qui doivent en fixer la stratégie soient les représentants d’une science, la virologie, qui n’a pas de lieu propre, mais se situe à la frontière entre la biologie et la médecine.

2) Si cette pratique cultuelle était, jusqu’à présent, comme toute liturgie, épisodique et limitée dans le temps, le phénomène inattendu auquel nous assistons est qu’elle est devenue permanente et envahissante. Il ne s’agit plus de prendre des médicaments ou de se soumettre, quand c’est nécessaire, à une visite médicale ou à une intervention chirurgicale : la vie entière des êtres humains doit devenir à chaque instant le lieu d’une célébration cultuelle ininterrompue. L’ennemi, le virus, est toujours présent et doit être combattu incessamment et sans trêve possible. La religion chrétienne elle aussi connaissait des tendances totalitaires similaires, mais elles concernaient seulement quelques individus – en particulier les moines – qui choisissaient de placer leur entière existence sous la devise « priez sans cesse ». La médecine comme religion recueille ce précepte paulinien et, en même temps, le renverse : là où les moines se réunissaient dans des monastères pour prier ensemble, maintenant le culte doit être pratiqué avec autant d’assiduité, mais en se tenant séparés et à distance.

3) La pratique cultuelle n’est plus libre et volontaire, exposée seulement à des sanctions d’ordre spirituel, mais elle doit être rendue réglementairement obligatoire. La collusion entre la religion et le pouvoir profane n’est certes pas un fait nouveau ; il est pourtant tout à fait nouveau qu’elle ne regarde plus, comme il arrivait pour les hérésies, la profession des dogmes, mais exclusivement la célébration du culte. Le pouvoir profane doit veiller à ce que la liturgie de la religion médicale, qui coïncide désormais avec la vie entière, soit rigoureusement observée dans les faits. Qu’il s’agisse ici d’une pratique cultuelle et non d’une exigence scientifique rationnelle est immédiatement évident. La cause de mortalité de loin la plus fréquente dans notre pays, ce sont les maladies cardiovasculaires et l’on sait qu’elles pourraient diminuer si l’on adoptait une forme de vie plus saine et si l’on s’en tenait à une alimentation particulière. Mais à aucun médecin n’était jamais venu à l’esprit que cette forme de vie et d’alimentation, qu’ils conseillaient à leurs patients, devînt l’objet d’une réglementation juridique, qui décrétât ex lege ce que l’on doit manger et comment on doit vivre, en transformant l’entière existence en une obligation sanitaire. C’est justement ce qui a été fait et, au moins pour le moment, les gens ont accepté, comme si c’était évident, de renoncer à leur propre liberté de mouvement, au travail, aux amitiés, aux amours, aux relations sociales et à leurs propres convictions religieuses et politiques.

On mesure ici comment les deux autres religions de l’Occident, la religion du Christ et la religion de l’argent, ont cédé la primauté, apparemment sans combattre, à la médecine et à la science. L’Église a renié purement et simplement ses propres principes, oubliant que le saint dont l’actuel pape a pris le nom embrassait les lépreux, qu’une des œuvres de la miséricorde était de visiter les malades et que les sacrements ne peuvent s’administrer qu’en présence. Le capitalisme, pour sa part, bien qu’avec quelque protestation, a accepté une perte de productivité qu’il n’avait jamais osé considérer, probablement en espérant trouver plus tard un accord avec la nouvelle religion qui, sur ce point, semble prête à transiger.

4) La religion médicale a, sans réserve, récolté du christianisme l’instance eschatologique que celui-ci avait laissé tomber. Déjà le capitalisme, en sécularisant le paradigme théologique du salut, avait éliminé l’idée d’une fin des temps, en lui substituant un état de crise permanent sans rédemption ni fin. Krisis est à l’origine un concept médical, qui désignait dans le corpus hippocratique le moment dans lequel le médecin décidait si le patient survivrait à la maladie. Les théologiens ont repris le terme pour indiquer le Jugement Dernier qui a lieu au dernier jour. Si l’on observe l’état d’exception que nous vivons, on dirait que la religion médicale conjugue ensemble la crise perpétuelle du capitalisme avec l’idée chrétienne d’un dernier temps, d’un eschaton dans lequel la décision ultime est toujours en cours et la fin est à la fois précipitée et différée, dans la tentative incessante de pouvoir la gouverner, sans pourtant jamais la résoudre une fois pour toutes. C’est la religion d’un monde qui se sent à la fin et toutefois n’est pas en mesure, comme le médecin hippocratique, de décider s’il survivra ou mourra.

5) Comme le capitalisme et à la différence du christianisme, la religion médicale n’offre pas de perspectives de salut et de rédemption. Au contraire, la guérison qu’elle vise ne peut être que provisoire, étant donné que le Dieu maléfique, le virus, ne peut être éliminé une fois pour toutes mais, à l’inverse, mute continuellement et prend toujours de nouvelles formes, pouvant être présumées plus dangereuses. L’épidémie, comme l’étymologie du terme le suggère (demos est en grec le peuple comme corps politique et polemos epidemios est dans Homère le nom de la guerre civile) est avant tout un concept politique qui se prête à devenir le nouveau terrain de la politique – ou de la non-politique – mondiale. Il est possible, même, que l’épidémie que nous vivons soit la réalisation de la guerre civile mondiale qui, selon les politologues les plus attentifs, a pris la place des guerres mondiales traditionnelles. Toutes les nations et tous les peuples sont maintenant durablement en guerre contre eux-mêmes, parce que l’ennemi invisible et insaisissable contre lequel ils sont en lutte se trouve en nous.

Comme il est advenu plusieurs fois au cours de l’histoire, les philosophes devront de nouveau entrer en conflit avec la religion, qui n’est plus le christianisme, mais la science ou cette partie de la science qui a pris la forme d’une religion. Je ne sais si de nouveau seront allumés les bûchers et si des livres seront mis à l’index, mais assurément la pensée de ceux qui continuent à chercher la vérité et réfutent le mensonge dominant sera, comme il arrive déjà sous nos yeux, exclue et accusée de diffuser des nouvelles (nouvelles, non idées, puisque la nouvelle est plus importante que la réalité) fausses. Comme dans tous les moments d’urgence, vraie ou simulée, on verra de nouveau les ignorants calomnier les philosophes et les canailles chercher à tirer profit des désastres qu’ils ont eux-mêmes provoqués. Tout cela est déjà advenu et continuera d’advenir, mais ceux qui témoignent pour la vérité ne cesseront de le faire, parce que personne ne peut témoigner pour le témoin.

Paru dans lundimatin#242, le 12 mai 2020
Traduction (Florence Balique), à partir de l’article publié sur le site Quodlibet.

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LE DESPOTISME OCCIDENTAL

Gianfranco Sanguinetti, avril 2020

Ancien membre de la section italienne de l’Internationale Situationniste, auteur du fameux tract « Le Reichstag brûle-t-il ? » en 1970 dans lequel il mettait en cause la responsabilité de l’État italien dans l’attentat de Piazza Fontana, expulsé de France par le ministère de l’Intérieur en 1971, instigateur en 1975 de l’un des plus beaux canulars politique du XXe siècle (http://debordiana.chez.com/francais/censor.htm), vigneron, Gianfranco Sanguinetti nous a confié ce texte d’analyse dans lequel il entrevoit la fin d’une époque (la démocratie bourgeoise) et le début d’une autre (le despotisme occidental).

La conversion des démocraties représentatives de l’Occident à un despotisme tout à fait nouveau a pris, à cause du virus, la figure juridique de la "force majeure" (en jurisprudence la force majeure est, comme on sait, un cas d’exonération de la responsabilité). Et donc le nouveau virus est, en même temps, le catalyseur de l’événement et l’élément de distraction des masses par la peur [1].

Pour autant d’hypothèses que j’avais émises depuis mon livre Du Terrorisme et de l’Etat (1979) sur la manière dont cette conversion, à mes yeux inéluctable, de la démocratie formelle au despotisme réel se serait faite, j’avoue que je n’avais pas imaginé qu’elle puisse advenir sous prétexte d’un virus. Et pourtant les voies du Seigneur sont vraiment infinies. Et aussi celles de l’astuce de la raison hégélienne.

La seule référence, on peut le dire, aussi prophétique qu’inquiétante, est celle que j’ai trouvé dans un article que Jacques Attali, ancien patron de la banque BERD, avait écrit dans L’Express pendant l’épidémie de 2009 :
« Si l’épidémie est un peu plus grave, ce qui est possible, puisqu’elle est transmissible par l’homme, elle aura des conséquences véritablement planétaires : économiques (les modèles laissent à penser que cela pourrait entraîner une perte de 3 trillions de dollars, soit une baisse de 5 % du PIB mondial) et politiques (en raison des risques de contagion...) On devra, pour cela, mettre en place une police mondiale, un stockage mondial et donc une fiscalité mondiale. On en viendra alors, beaucoup plus vite que ne l’aurait permis la seule raison économique, à mettre en place les bases d’un véritable gouvernement mondial. » [2]

La pandémie était donc envisagée : combien de simulations avaient été faites par les grandes compagnies d’assurances ! Et par les services de protection des Etats. Encore il y a quelques jours, l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown retournait sur la nécessité d’un gouvernement mondial : « Gordon Brown a exhorté les dirigeants mondiaux à créer une forme temporaire de gouvernement mondial pour faire face aux deux crises médicales et économiques causées par la pandémie de Covid-19. » [3]

Il faut à peine ajouter qu’une telle occasion puisse être saisie ou créée, ne change pas grande chose à l’affaire. Une fois que l’intention est là, et la stratégie dessinée, il suffit d’avoir le prétexte, et puis d’agir en conséquence. Personne, parmi les chefs d’Etat, n’a été pris au dépourvu, sinon au tout début, par la sottise de tel ou tel autre. Après, de Giuseppe Conte à Orban, de Johnson à Trump, etc., tous ces politiciens, aussi rustres qu’ils soient, ont vite compris ce que le virus les autorisait à faire des vieilles constitutions, règles et lois. L’état de nécessité pardonne toute illégalité.

Une fois que le terrorisme, dont on conviendra qu’on en a un peu trop abusé, avait épuisé la plupart de ses potentialités, si bien expérimentées partout dans les quinze premières années du nouveau siècle, le moment est venu de passer à l’étape suivante, ainsi que je l’annonçais depuis 2011, dans mon texte Du Terrorisme au Despotisme.

D’ailleurs l’approche contre insurrectionnelle qu’a pris tout de suite et partout ce qu’on appelle bien improprement la ’guerre contre le virus’, confirme l’intention que sous tendent les opérations "humanitaires" de cette guerre, qui n’est pas contre le virus, mais bien contre toutes les règles, les droits, les garanties, les institutions et les peuples du vieux monde : je parle du monde et des institutions qui ont été mis en place depuis la Révolution française, et qui disparaissent maintenant sous nos yeux en quelques mois, aussi vite qu’avait disparu l’Union Soviétique. L’épidémie finira, mais pas toutes les mesures, possibilités et conséquences qu’elle a déclenchées et qu’on est en train d’expérimenter. Nous accouchons d’un nouveau monde dans la douleur.

Nous assistons donc à la décomposition et à la fin d’un monde et d’une civilisation, celle de la démocratie bourgeoise avec ses Parlements, ses droits, ses pouvoirs et contre-pouvoirs désormais parfaitement inutiles, car les lois et les mesures coercitives sont dictées par l’exécutif, sans être ratifiés par les Parlements immédiatement, et où le pouvoir judiciaire, ainsi que celui de la libre opinion perd même toute apparence d’indépendance, donc leur fonction de contrepoids.

On habitue ainsi brusquement et traumatiquement les peuples (comme établi par Machiavel, "le mal doit se faire tout à la fois, afin que ceux à qui on le fait n’aient pas le temps de le savourer") : le citoyen ayant déjà disparu depuis longtemps au profit du consommateur, ce dernier se voit maintenant réduit au rôle de simple patient, sur lequel on a le droit de vie et de mort, auquel on peut administrer n’importe quel traitement, ou même décider de le supprimer, d’après son âge (productif ou improductif), ou d’après n’importe quel autre critère décidé arbitrairement et sans appel, à la discrétion du soignant, ou d’autres. Une fois emprisonné chez lui, ou à l’hôpital, que peut-il faire contre la coercition, les abus, l’arbitraire ?

La charte constitutionnelle étant suspendue, par exemple en Italie, sans soulever la moindre objection, pas même par le ’garant’ des institutions, le président Mattarella. Les sujets, devenus des simples monades anonymes et isolées, n’ont plus aucune "égalité" à faire valoir ni de droits à revendiquer. Le droit lui-même ne sera plus normatif, mais devient déjà discrétionnaire, comme la vie et la mort. On a vu que, sous prétexte de coronavirus, en Italie on peut tuer de suite et impunément 13 ou 14 prisonniers désarmés, dont on ne se soucie même pas de donner les noms, ni les crimes, ni les circonstances, et personne ne s’en émeut. On fait mieux encore que les allemands dans la prison de Stammheim. Au moins pour nos crimes, ils devraient nous admirer !

On ne discute plus de rien, sauf d’argent. Et un Etat comme l’italien en est réduit à mendier au sinistre et illégitime Eurogroupe les capitaux nécessaires à la transformation de la forme démocratique à la forme despotique. Ce même Eurogroupe qui en 2015 voulut férocement exproprier tout le patrimoine public grec, y compris le Parthénon, et le conférer à un fond placé au Luxembourg, sous contrôle allemand : même Der Spiegel définit alors les diktats de l’Eurogroupe comme ’un catalogue des atrocités’ pour mortifier la Grèce, et Ambrose Evans-Pritchard, dans le Telegraph, a écrit que si on voulait dater la fin du projet européen, c’était bien à cette date là. Voilà que maintenant la chose est faite. Il ne reste plus que l’Euro, et bien provisoirement encore.

Le néo-libéralisme n’a pas eu affaire aux anciennes luttes des classes, il n’en a même pas la mémoire, il croit les avoir effacées même du dictionnaire. Il se croit encore tout-puissant ; ce qui ne signifie pas qu’il ne les craigne pas : puisqu’il sait bien tout ce qu’il se prépare à infliger aux peuples. Il est évident que les gens vont bientôt avoir faim ; il est évident que les chômeurs seront foule ; il est évident que les gens qui travaillent au noir (4 millions en Italie) n’auront aucun soutien. Et ceux qui ont un travail précaire, et n’ont rien à perdre, commenceront des luttes et des sabotages. Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie est avant tout une stratégie de contre-insurrection. On va en voir de belles en Amérique. Les camps de la FEMA se rempliront bientôt.

Le nouveau despotisme a donc au moins deux raisons fortes pour s’imposer en Occident : l’une est pour faire face à la subversion intérieure qu’il provoque et attend ; et l’autre pour se préparer à la guerre extérieure contre l’ennemi désigné, qui est aussi le plus ancien despotisme de l’histoire, auquel on n’a rien à apprendre depuis Le livre du Prince Shang (IV siècle av. J.-C.) — livre que tous les stratèges occidentaux devront se dépêcher de lire, avec la plus haute attention. Si on a décidé d’attaquer le despotisme chinois, il faut commencer par lui démontrer qu’on est meilleur que lui sur son terrain même : c’est à dire plus efficace, moins coûteux et plus performant. Bref, un despotisme supérieur. Mais cela reste à prouver.
Grâce au virus, la fragilité de notre monde apparaît au grand jour. Le jeu qui se joue actuellement est infiniment plus dangereux que le virus, et fera bien plus de morts. Pourtant les contemporains ne paraissent avoir peur que du virus...

Il semblerait que l’époque actuelle se soit donnée pour tâche de contredire ce que disait Hegel, à propos de la philosophie de l’histoire : « L’histoire du monde est le progrès de la conscience de la liberté ». Mais la liberté elle même n’existe que pour autant qu’elle est en lutte avec son contraire — ajoutait-il. Où est-elle aujourd’hui ? Lorsqu’en Italie et en France les gens dénoncent ceux qui n’obéissent pas ?
S’il a suffi d’un simple microbe pour précipiter notre monde dans l’obéissance au plus répugnant des despotismes, cela signifie que notre monde était déjà si prêt à ce despotisme qu’un simple microbe lui a suffi.
Les historiens appelleront le temps qui commence maintenant l’époque du Despotisme Occidental.


https://lundi.am/100-Le-despotisme-occidental-Gianfranco-Sanguinetti


[1] Je vois que Edward Snowden arrive à la même conclusion dans l’interview, parue le 10 avril 2020 ici : https://www.youtube.com/watch?v=k5OAjnveyJoJe
[2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/avancer-par-peur_758721.html
[3] https://www.theguardian.com/politics/2020/mar/26/gordon-brown-calls-for-global-government-to-tackle-coronavirus

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UN CONSEIL SCIENTIFIQUE CORROMPU ?..

JP Brisset, mars 2020

Le fameux conseil scientifique du gouvernement, composé de onze spécialistes, dont le Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat, qui a refusé de tester la chloroquine dans un large essai clinique officiel.

Pour se justifier, il avait invoqué des « problèmes d’interactions médicamenteuses avec d’autres traitements chez des patients en réanimation, et l’existence d’effets secondaires de la chloroquine ». Certes il y a des effets secondaires graves si on ne respecte pas la posologie, mais c’est un médicament qui a largement été utilisé.

En fait, le Pr Yazdanpanah voulait privilégier deux autres médicaments :
• le remdesivir, un anti-viral qui n’est pas encore commercialisé, du laboratoire Gilead ;
• le Kelatra (seul ou avec de l’interferon bêta), un anti-VIH du laboratoire Abbott Laboratories (AbbVie).
Ces laboratoires sont tous de grosses multinationales basées aux États Unis.

Pourquoi ? Le Pr Yazdanpanah est rémunéré par Gilead et AbbVie… ainsi que par d'autres compagnies pharmaceutiques, dont il est membre du CA. Il est à la tête d’un groupement mondial de recherche autour des maladies infectieuses, consortium de financeurs internationaux, le GloPID-R, dont fait partie l'Institut Pasteur.

Voilà un homme qui a quelques conflits d’intérêt, mais que les autorités ont choisi d’écouter, lui que la macronie a chargé d'aller diffuser la "vérité" sur toutes les chaines d'infos.
Il faudrait creuser sur les dix autres membres de ce conseil. Bruno Lina dirige un laboratoire associé à l'Institut Pasteur et Simon Cauchemez est chercheur à l’Institut Pasteur...

On comprend mieux pourquoi le Pr Didier Raoult, expert mondialement reconnu en matière de maladies infectieuses, a claqué la porte de ce conseil contestable.

(Cet article a été censuré sur Facebook, suite à 8400 partages en 48 h, le compte a été bloqué et l'article effacé.)

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COVID-19 : FIN DE PARTIE ?!

Jean-Dominique Michel, Anthropo-logiques, mars 2020

Telle était la tonitruante affirmation proférée le 26 février dernier par le meilleur infectiologue au monde (selon le classement expertscape), accueillie pourtant avec scepticisme et même sarcasmes par la communauté scientifique. Trois semaines plus tard, la réalité est en train de lui donner raison. Révélant au passage que nous aurions à peu près tout faux face au virus. Ce qui est en fait une excellente nouvelle !

Nous voici donc, nous dit-on, en « état de guerre ». Nouveauté certes pour nos générations qui (sauf pour les plus anciens) n’ont connu que des temps de paix. L’Europe est sous un quasi-couvre-feu, avec une restriction massive des libertés individuelles et une casse économique et sociale qui promet d’être dramatique. Les discours des chefs d’état s’enflamment à qui mieux mieux: nous sommes « attaqués », l’ennemi est « invisible », « sournois », « redoutable » mais nous en viendrons à bout ! Ce genre de vocabulaire paraît d’un autre âge. La réalité est plus prosaïque : nous subissons la contamination à large échelle par un virus qui est un pur produit de la rencontre entre la bêtise humaine (l’entassement dans des cages d’animaux sauvages de diverses espèces dans des marchés insalubres…) et de l’inventivité du vivant. La bestiole a donc franchi la barrière inter-espèces et s’est propagé à partir de là entre humains. Ce n’est pas une guerre, nous ne pourrons jamais vaincre ou éradiquer cette créature. Nous prémunir contre ses dégâts si, puis nous aurons à apprendre à vivre avec elle. Ce qui réclame une autre intelligence que celle des slogans martiaux sanitaires…
 
PRÉCAUTION LIMINAIRE

Je l’ai dit et le répète : en ces temps de mobilisation collective, nous avons tous à respecter scrupuleusement les mesures qui sont imposées. Même si on doute de celles-ci ou qu’on les trouve inadaptées, aucun d’entre nous ne peut se donner le droit de suivre sa propre idée. Cette compliance -que je n’ai cessé de prôner- m’habite inconditionnellement.

Par contre, cette obéissance civile ne doit surtout pas conduire à une interdiction de penser ou de parler. Nous vivons des temps hautement traumatiques, avec des dégâts sur la population qui seront considérables. Donner sens à ce que nous vivons, nous renseigner, oser poser des questions est non seulement un droit inaliénable mais aussi une nécessité vitale !
J’ai lu passablement de commentaires ironiques sur le nombre soudain de virologues ou d’épidémiologies amateurs s’exprimant sur les réseaux sociaux, ce que je peux comprendre. Mais je pense à l’inverse que plus les citoyennes et citoyens s’intéresseront à ce qui nous arrive, plus ils s’informeront ou même se documenteront, mieux cela nous aidera à mettre en dialogue ce que nous vivons, ce qui essentiel à la fois pour notre santé psychique individuelle et notre résilience collective.

On m’a parfois objecté que j’avais une responsabilité en tant que scientifique, que les analyses que je pouvais faire (toutes pertinentes qu’elles soient) risquaient d’être mal interprétées ou pousser les gens à faire n’importe quoi. Je le rappelle donc : nous avons tous à suivre sans discuter les instructions des autorités. Et abstenons-nous strictement de toute automédication, en particulier en ce qui concerne les substances que je mentionnerai plus loin. Utilisées hors suivi médical strict, elles peuvent en effet être dangereuses. Ceci posé, allons-y !
 
D’OÙ JE PARLE…

Je suis anthropologue de la santé et expert en santé publique. Mon métier consiste depuis plus de 30 ans à étudier les pratiques des soins et les dispositifs sanitaires. J’arrive à un âge où l’on sait (hopefully) qu’on n’est pas le nombril du monde et (sauf exception) qu’on n’a pas inventé le fil à couper le beurre. J’ai quelques références dans mon domaine, comme celle d’être (malgré  l'embarrassante immodestie de ce propos) un des meilleurs connaisseurs actuels des processus de salutogenèse et de rétablissement ainsi que des déterminants de la santé. Ce qui m’a valu d’être invité à enseigner dans une quinzaine de programmes universitaires et de hautes écoles en santé (Facultés de médecine de l’UNIGE et de l’UNIL, EPFL, IHEID, Universités de Montréal, Fribourg, Neuchâtel, etc.) J’ai exercé ma profession hors des milieux académiques, préférant agir au sein des politiques de santé ainsi que sur le terrain. J’ai créé différents dispositifs socio-sanitaires innovants, en particulier en santé mentale, dont certains font encore référence aujourd’hui.
Je m’excuse pour ce petit étalage. C’est le prix à payer pour me prévaloir d’une (modeste) compétence quant à ce que je vais maintenant avancer.
 
BANAL OU PAS BANAL ?

Depuis le début de l’émergence du coronavirus, je partage mon analyse qu’il s’agit d’une épidémie  banale. Le terme peut choquer quand il y a des morts, et a fortiori dans la crise sanitaire et la dramaturgie collective hallucinée que nous vivons. Pourtant, les données sont là : les affections respiratoires habituelles que nous vivons chaque année font bon an mal an 2'600'000 morts à travers le monde. Avec le Covid-19, nous en sommes, au quatrième mois, à 9'000 décès, et avec le pays initialement le plus touché qui est parvenu à juguler l'épidémie. Nous sommes très très loin d'avoir un effet statistiquement significatif au regard de la mortalité habituelle et en particulier de la surmortalité saisonnière.

Je l’ai dit et je le répète : le même traitement politique ou journalistique appliqué à n’importe quel épisode de grippe saisonnière nous terrifierait tout autant que l’épidémie actuelle. Comme la mise en scène (avec décompte en live des victimes) de n’importe quel problème sanitaire d’envergure, qu’il s’agisse des maladies cardiovasculaires, des cancers ou aux effets de la pollution atmosphérique nous ferait frissonner d’effroi tout autant et même infiniment plus !

Nous savons aujourd’hui que le Covid-19 est bénin en l'absence de pathologie préexistante. Les plus récentes données en provenance d'Italie confirment que 99% des personnes décédées souffraient d'une à trois pathologies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, cancers, etc.) avec un âge moyen des victimes de 79,5 ans (médiane à 80,5) et très peu de pertes en-dessous de 65 ans.

Les quatre plus grands facteurs à l'origine des maladies chroniques étant :
- La malbouffe.
- La pollution.
- Le stress.
- La sédentarité.
Les maladies chroniques seraient évitables à 80% si nous nous donnions les moyens de protéger la population plutôt que de sacrifier sa santé au profit d'intérêts industriels. Nous avons depuis des décennies accordé des facilités coupables à des industries hautement toxiques au détriment du bien commun et de la santé de population (pour un développement de ce constat, se référer à l’article suivant). http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2018/03/04/couts-de-la-sante-d-inconfortables-verites-290378.html
Il faut oser le dire : ce n’est pas le virus qui tue (il est bénin pour les personnes en bonne santé), ce sont les pathologies chroniques qu’on a laissé se développer depuis des décennies.
 
STATS ET PROBAS EN FOLIE

Il y a un autre problème : les taux en particulier de complications et de mortalité qu’on nous brandit sous le nez jour après jour ne veulent rien dire. En l’absence de dépistage systématique de la population, nous n’avons aucune donnée fiable à laquelle référer les données dont nous disposons (nombre de cas déclarés et de décès).
C’est un classique en épidémiologie : si vous ne dépistez que les morts, vous parviendrez à 100% de taux de mortalité ! Si vous ne testez que les cas critiques, vous en aurez moins mais encore beaucoup plus qu’en réalité. Si vous dépistez beaucoup, vous aurez beaucoup de cas alors que si vous dépistez peu, le nombre de cas sera faible. La cacophonie actuelle ne permet juste pas d’avoir la moindre idée de la progression réelle du virus et de sa diffusion.

Les estimations les plus crédibles laissent penser que le nombre de personnes déclarées est très largement inférieur (dans un facteur allant  selon les meilleures estimations jusqu'à 1/47) au nombre de personnes réellement infectées, dont à peu près la moitié ne se rendra même pas compte qu’elle a contracté le virus. Pour un redoutable tueur, il est parfois plutôt sympa…
Nous n’avons donc à ce stade aucune idée de l’ampleur réelle de la propagation du virus. La bonne nouvelle est que les données réelles (en particulier les taux de complications et de mortalité) ne peuvent être que largement inférieures à ce qui est couramment avancé. La mortalité réelle, comme annoncé dans un précédent article, doit en fait s'établir au plus à 0,3% et probablement encore moins. Soit moins du dixième des premiers chiffres avancés par l’OMS.

Les dernières modélisations évaluent à un ratio minimal de 1:8 (et possiblement jusqu'à 1:47 voire encore plus — https://medium.com/@jasonwbae/want-the-current-covid-19-number-in-u-s-multiple-by-90-b2e8841ab778) le nombre de cas détectés vs non détectés, dépendamment des stratégies de dépistage mises en œuvre selon les pays. En date du 16 mars par exemple, on recensait  167'000 cas déclarés à travers le monde alors que l'estimation du nombre global (https://www.medscape.com/viewarticle/926893) de personnes infectées s'élevait à plus de 1'000'000.  Une équipe de recherche universitaire américaine m'a fait part qu'ils évaluaient (étude à publier) actuellement à 800'000 le nombre de personnes infectées (et donc très probablement immunisées) pour 3'118 décès. Soit effectivement un taux de mortalité de 3/1000.

Des lecteurs m'ont entretemps écrit pour m'indiquer que je m'étais trompé, que le nombre de cas en Chine était de 80'000 et non de 800'000 ! A nouveau, ils se réfèrent au nombre de cas avérés, qui n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le taux de dépistage (https://ourworldindata.org/covid-testing) reste faible même dans les pays qui ont pris massivement cette voie. S'il reste impossible de connaître le nombre de cas inconnus (!), on est de toute manière très loin des statistiques disponibles basées sur des données lacunaires.
 
FIN DU MONDE OU PAS ?!

Pareillement, les projections qui sont faites pour imaginer le nombre de morts possibles sont rien moins que délirantes. Elles reposent sur un « forçage » artificiel et maximal de toutes les valeurs et coefficients. Elles sont faites par des gens qui travaillent dans des bureaux, devant des ordinateurs et n’ont aucune idée ni des réalités de terrain, ni de l’infectiologie clinique, aboutissant à des fictions absurdes. On pourrait leur laisser le bénéfice de la créativité et de la science-fiction. Malheureusement, ces projections, littéralement psychotiques, font des dégâts massifs.

Mon expérience en santé mentale me fait éviter strictement les expressions toutes faites comme « schizophrénie » ou « psychose », qui sont à peu très toujours utilisées abusivement et d’une manière désobligeante pour les personnes concernées. Médicalement, la psychose se caractérise par des distorsions cognitives, perceptuelles et affectives entraînant une perte de contact avec la réalité. Ici, le terme est hélas pleinement indiqué.
J’en appelle à mes collègues de la Faculté de médecine et autres instituts universitaires pour qu’ils arrêtent de produire et de colporter des modélisations fausses et anxiogènes. Ces experts se protègent en reconnaissant par précaution de langage le caractère outrancier de leurs formalisations, les journalistes le mentionnent scrupuleusement (c’est à leur crédit), on n'en construit pas moins diligemment un sentiment de fin du monde qui non seulement n’a absolument pas lieu d’être, mais de surcroît est lui-même profondément nocif !

On peut certes donner crédit à nos dirigeants d’envisager le pire du pire du pire sur la base de ces élucubrations pour ne surtout pas prendre le moindre risque qu’il se produise. En attendant, on construit une hallucination -collective- sur la base de chiffres qui ne veulent rien dire.  La réalité, à nouveau, est que cette épidémie est largement moins problématique et dangereuse que ce qui est affirmé, le visionnement de la première vidéo référencée en fin d’article donnera au lecteur (ou la lectrice) les éléments nécessaires à comprendre le bien-fondé de cette affirmation.
 
OUI, MAIS TOUS CES MORTS ET CES SERVICES ENGORGÉS ?!

C’est hélas le vrai point noir : s’il n’y avait pas ces cas graves, l’épidémie serait insignifiante. Il se trouve qu’elle entraîne des complications rares mais redoutables. Comme me l'écrivait le Dr Philippe Cottet, en première ligne aux HUG : « il faut le dire, les pneumonies virales sont rarissimes d’habitude en Suisse. Elles ont un tableau clinique fruste et d’évolution parfois fulminante, dont les signes annonciateurs sont difficilement identifiables face aux cas plus bénins. C’est un réel challenge clinique, sans compter le nombre de cas simultanés... »

C’est l’existence de ces cas graves (estimés de manière absurde à 15% des cas, probablement en réalité 10 fois moins) qui justifie que l’on ne s’en remette pas simplement à l’immunité de groupe. On nomme ainsi ce processus par lequel chaque personne qui contracte le virus et n'en meurt pas s’immunise, la multiplication des immunisés conduisant à un effet collectif de protection immunitaire…

En l’absence -jusqu’à il y a peu- de traitement pour protéger ou guérir les personnes à risque, le choix de laisser l’immunité se construire en laissant circuler le virus est apparu comme étant trop dangereux. Le risque pour les personnes vulnérables est tel qu’il s’avèrerait éthiquement indéfendable de prendre cette direction, du fait de la gravité des conséquences possibles.
C'est une des difficultés de la santé publique : la médecine comme le journalisme travaillent dans le cas particulier. En médecine, c'est pour cela par exemple qu'il n'y a pas "remède-miracle". Chaque personne sera susceptible de réagir différemment à un traitement.

En journalisme, on cherche à illustrer une thématique avec des cas particuliers, en montrant donc des images et paroles souvent choquantes. En santé publique, on n'agit pas à ce niveau "narratif" singulier. On collecte des données pour voir les contours exacts d'une problématique. Ainsi en Italie, seuls 7 des 2'500 premiers décès concernaient des personnes âgées de moins de 50 ans. Ces cas existent, mais ils sont heureusement marginaux.

Un possible motif d'inquiétude en revanche est cette affirmation qu'il y aurait des personnes jeunes en quantité non négligeable atteintes de pneumonie et placées sous assistance respiratoire. Elles semblent heureusement survivre, mais c'est bien le nombre de lits en soins intensifs qui est dès lors à risque de poser problème si l'encombrement des services der réanimation se poursuivaient.

C’est dans ce paradoxe compliqué entre la très grande innocuité du virus pour l'immense majorité des gens et sa dangerosité extrême dans certains cas que nous sommes trouvés coincés. Nous avons alors adopté des mesures absolument contraires aux bonnes pratiques : renoncer à dépister les personnes possiblement malades et confiner la population dans son ensemble pour enrayer la diffusion du virus. Mesures à vrai dire moyenâgeuses et problématique puisqu’elles ne ralentissent l’épidémie qu’au risque de phénomènes de rebond potentiellement encore pires. Et qu’elles enferment tout le monde alors qu’une faible minorité seulement est concernée. Toutes les recommandations en santé publique sont à l’inverse de dépister le plus de cas possibles, et de confiner uniquement les cas positifs le temps qu’ils ne soient plus contagieux.

Le confinement général constitue un pauvre pis-aller face à l'épidémie dès lors qu’on manque de tout ce qui permettrait de lutter efficacement contre elle…
Pourquoi en est-on arrivé là ? Simplement parce que nous avons défailli à mettre d’emblée en place les bonnes réponses. Le manque de tests et de mesures de dépistage en particulier est emblématique de ce naufrage : alors que la Corée, Hong-Kong et la Chine en faisaient la priorité absolue, nous avons été d’une passivité invraisemblable à organiser la mise à disposition de quelque chose de techniquement simple.

Les pays mentionnés ont mis à profit l’intelligence artificielle notamment pour identifier les chaînes de transmissions possibles pour chaque cas positifs (avec les smartphones, on peut par exemple faire l’inventaire des déplacements et donc des contacts que les personnes infectées ont eu avec d’autres personnes dans les 48h précédent l’apparition des symptômes).

Enfin, nous avons réduit de manière importante la capacité de nos hôpitaux au cours de la décennie écoulée et nous retrouvons en manque de lits de soins intensifs et de matériel de réanimation. Les statistiques montrent que les pays les plus touchés sont ceux qui ont réduit massivement les capacités des services de soins intensifs.

Rien de tout ceci n’a été pensé, alors que le risque de pandémie est un risque sanitaire majeur. La vérité, c’est que nous avons été complètement dépassés. C’est évidemment plus facile de jouer sur les métaphores guerrières que de reconnaître notre tragique impréparation…
 
FIN DE PARTIE ?!

Le premier expert mondial en matière de maladies transmissibles s’appelle Didier Raoult. Il est français, ressemble au choix à un Gaulois sorti d’Astérix ou un ZZ top qui aurait posé sa guitare au bord de la route. Il dirige l’Institut hospitalier universitaire (IHU) Méditerranée-Infection à Marseille, avec plus de 800 collaboratrices et collaborateurs. Cette institution détient la plus terrifiante collection de bactéries et de virus « tueurs » qui soit et constitue un des meilleurs centres de compétences en infectiologie et microbiologie au monde. Le Pr Raoult est par ailleurs classé parmi les dix premiers chercheurs français par la revue Nature, tant pour le nombre de ses publications (plus de deux mille) que pour le nombre de citations par d’autres chercheurs. Il a suivi depuis le début du millénaire les différentes épidémies virales qui ont frappé les esprits et noué des contacts scientifiques étroits avec ses meilleurs collègues chinois. Parmi ses hauts faits, il a découvert des traitements (notamment avec la chloroquine…) qui figurent aujourd’hui dans tous les manuels d’infectiologie au monde.

Le 26 février, il publiait donc une vidéo retentissante sur un canal en ligne (comprenant le mot « tube ») pour affirmer : « Coronavirus, fin de partie ! »
La raison de son enthousiasme ? La publication d’un essai clinique chinois sur la prescription de chloroquine, montrant une suppression du portage viral en quelques jours sur des patients infectés au SARS-CoV-2. Des études avaient déjà montré l’efficacité de cette molécule contre le virus en laboratoire (in vitro). L’étude chinoise confirmait cette efficacité sur un groupe de patients atteints (in vivo). Suite à cette étude, la prescription de chloroquine fut incorporée aux recommandations de traitement du coronavirus en Chine et en Corée, les deux pays qui sont le mieux parvenus à juguler l’épidémie…

La chloroquine est une molécule mise sur le marché en 1949, largement utilisée comme antipaludique. Tous les voyageurs des pays tropicaux se souviendront des comprimés de nivaquine (un de ses noms commerciaux) qui leur étaient prescrits à titre préventif contre la malaria. Ce remède a ensuite été remplacé par d’autres pour certaines zones géographiques, restant en usage pour certaines destinations.

L’hydroxychloroquine (nom commercial : plaquenil) a quant à elle été préparée en 1955 et présente une hydroxylation sur un des deux groupes éthyle de la chaine latérale.
 
SO WHAT ?!

Pourquoi vous parler de cela ? Eh bien parce que le Pr Raoult et ses équipes sont les meilleurs spécialistes actuels au monde de l’utilisation de la chloroquine. Il avait notamment eu l’idée géniale de l’essayer contre des bactéries intracellulaires (qui pénètrent les cellules comme les virus), en particulier les Ricksettia. L’IHU de Marseille dispose donc d’une expérience clinique et pharmacologique sans équivalent quant à l’usage de cette molécule.
La chloroquine a également démontré une puissante efficacité thérapeutique contre la plupart des coronavirus, dont le redouté SRAS de sinistre mémoire. Raoult trouva donc dans l’essai clinique chinois la confirmation que la chloroquine était aussi indiquée contre le Covid-19.

Il fut toutefois accueilli comme un cheveu sur la soupe, ses confrères dénigrant d’emblée sa proposition. Les journalises du Monde allèrent même jusqu’à qualifier sa communication de « fake news », accusation reprise sur le site du ministère de la santé pendant quelques heures avant d’être retirée.
Le Pr Raoult obtint pourtant dans la foulée l’autorisation de conduire un essai clinique sur 24 patients dans son service et fut appelé à faire partie du comité pluridisciplinaire de 11 experts formé en mars par l'exécutif français, afin "d'éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au coronavirus".

Les résultats de l’essai clinique étaient attendus avec impatience, en premier chef par votre serviteur. Nous savons la prudence requise face à de substances prometteuses et l’importance de ne rien avancer avant que la recherche confirme ou non une hypothèse La science n’est ni divination ni magie, elle est observation, test, puis le cas échéant validation.

Les résultats de son étude clinique sont sortis hier, confirmant l’obtention d’effets thérapeutiques spectaculaires. La méthodologie est robuste, puisque l’IHU de Marseille a pu comparer la négativation du portage viral chez les patients qui ont suivi le protocole avec des patients d’Avignon et de Nice qui n’ont pas reçu le traitement.

« Ceux qui n’ont pas reçu le Plaquenil [médicament à base d’hydroxychloroquine] sont encore porteurs à 90 % du virus au bout de six jours, tandis qu’ils sont 25 % à être positifs pour ceux qui ont reçu le traitement », explique le professeur Raoult.

Mais ça ne s’arrête pas là :  l’IHU Méditerrannée- Infection conseille (comme d’autres) depuis longtemps de donner concomitamment un antibiotique dans les infections virales respiratoires « parce qu’elles se compliquent surtout de pneumopathies. Donc tous les gens qui présentaient des signes cliniques qui pouvaient évoluer vers une complication bactérienne de pneumopathie, on leur a donné de l’Azithromycine. Il a été démontré que ça diminue les risques chez les gens qui ont des infections virales. L’autre raison, c’est que l’Azithromycine a montré en laboratoire qu’elle était efficace contre un grand nombre de virus, bien que ce soit un antibiotique. Donc quitte à choisir un antibiotique, on préférait prendre un antibiotique efficace contre les virus. Et quand on compare le pourcentage de positifs avec l’association hydroxychloroquine et Azithromycine, on a une diminution absolument spectaculaire du nombre de positifs. » ajoute-t-il.
 
PORTAGE VIRAL ?

Une étude publiée dans la revue Lancet le 11 mars avait entretemps révélé une donnée nouvelle mais essentielle : le temps de portage viral (durée entre le début et la fin de l’infection- et donc de contagiosité possible) s’avère supérieur à ce que l’on croyait, avec une durée moyenne de 20 jours. Avec l’association hydroxychloroquine / azithromycine, cette durée est réduite à 4-6 jours.
La réduction drastique du temps de portage viral donne non seulement l’espoir de traiter les cas critiques, mais aussi de réduire le temps nécessaire à une personne infectée pour ne plus être contagieuse. Et donc présente des perspectives énormes pour prévenir la propagation du virus. Cette nouvelle est bien sûr la meilleure nouvelle que l’on pouvait attendre. Les autorités et les scientifiques l’ont donc accueillie avec joie penserez-vous…
Eh bien que nenni ! Les réactions qui se sont fait entendre disputaient dans un premier temps la bêtise à la méchanceté.

Certes, ni les études chinoises, ni l’essai clinique marseillais n’a valeur de preuve (« evidence ») selon les critères de la recherche scientifique. Une réplication des résultats par d’autres équipes est requise, sans même parler d’une étude randomisée en double-aveugle, le top of the pop des méthodologies de recherche.

Mais diable ! nous sommes dans une situation d’urgence. La chloroquine est un des médicaments les mieux connus et les mieux maîtrisés (en particulier par l’IHU de Marseille). On peut donc tabler sur une très solide expérience relative au sujet de sa prescription. Se réfugier derrière un intégrisme procédural est éthiquement indéfendable dès lors qu’on parle d’un médicament qu’on connaît par cœur, qui a déjà démontré son efficacité sur d’autres coronavirus, confirmée sur celui-ci par deux essais cliniques, et alors que des vies sont en jeu jour après jour !

Raoult a relevé avec ironie qu’il n’était pas impossible que la découverte d’un nouvelle utilité thérapeutique pour un médicament tombé de longue date dans le domaine public soit décevant pour tous ceux qui espèrent un prix Nobel grâce à la découverte fracassante d’une nouvelle molécule ou d'un vaccin… sans oublier la perspective des dizaines de milliards de dollars de revenus à prendre, là où la chloroquine ne coûte littéralement rien.
 
CÉLÉBRATION DES SOIGNANTS !

Depuis quelques jours, la population confinée s’exprime chaque jour pour rendre hommage aux soignants et les soutenir dans les circonstances éprouvantes qu’ils vivent. Il s’agit d’une belle expression de solidarité, évidemment méritée par des professionnel-les remarquables d’abnégation et d’engagement, au front de cette lourde souffrance et de ce nouveau danger.
Dans les cercles des sommités, les choses sont hélas en général moins reluisantes. La recherche et l’autorité médicales sont aussi souvent faites de mesquineries, de manipulations, de malhonnêtetés ou d’abus en tous genres, ainsi que de pitoyables mais violents combats d’ego.

Sur BFM TV, le Dr Alain Durcadonnet cassait aussitôt du sucre sur le dos de Raoult en rappelant qu’une conclusion scientifique se publiait dans des revues scientifiques et non pas par vidéo… Ceci alors, que dans sa communication, le Pr Raoult (le chercheur français qui, rappelons-le, a le plus publié dans les revues scientifiques dans son domaine) venait évidemment de préciser que l’article décrivant son essai clinique avait été envoyé pour publication à une revue à comité de lecture. Cette anecdote montrant le niveau, comme les suivantes.

Le 1er mars, bien après la publication du premier essai clinique chinois, le directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, disait ainsi au micro d’Europe 1 : "La chloroquine marche très bien dans une éprouvette, mais n’a jamais marché chez un être vivant", ce qui était déjà parfaitement faux !

Dans les retours de la presse nationale, l’insistance est mise lourdement sur le risque du surdosage avec la chloroquine, effectivement toxique au-delà de 2 gr/jour en l’absence de comorbidité somatique. Les chinois ont privilégié des doses de 2x 500 mg/jour pendant leur essai. Raoult et son équipe, trouvant ce dosage excessif, préférant opter pour 600mg/jour. L’objection est donc d’une consternante vacuité- rappelons que nulle équipe clinique ne connaît mieux cette molécule que celle de Méditerranée-Infection. Cela reviendrait à dire à une équipe de neurologues au sujet du Dafalgan : ouh là là, attention, il peut être toxique s’il est mal utilisé, donc ce n’est vraiment pas une bonne idée d'envisager de traiter les maux de tête avec ce médicament !

On invoqua (si, si, lisez la presse !) les risques liés à une utilisation prolongée, là où le traitement proposé dure en moyenne 6 jours.  L’IHU dispose de surcroît de l’expérience de prescriptions exceptionnelles au long cours (jusqu’à deux ans !) dans le cadre du traitement de certaines bactéries intracellulaires. On a beau savoir qu’il est bon d’être charitable avec son prochain, des fois la bêtise combinée à la malhonnêteté rendent la chose ardue...

D’autres insistèrent (et insistent encore) sur le fait qu’on ne peut tirer de conclusions définitives sur la base d’essais cliniques. Ce qui est tout-à-fait juste dans l’absolu mais s’applique mal au cas présent, étant donnée la parfaite connaissance de cette molécule ! Situation absurde résumée ainsi par Raoult : « Il y a une urgence sanitaire et on sait guérir la maladie avec un médicament que l'on connaît parfaitement. Il faut savoir où on place les priorités. » Face à la réalité de l'épidémie, il préconise d’arrêter de s'affoler et de détecter les malades sans attendre que leur cas s'aggrave pour mieux les traiter.
 
LE PROBLÈME VA PLUS LOIN…

La solitude de la compétence extrême ?! Raoult explique comment Emmanuel Macron est venu le chercher après sa première annonce publique du 26 février et l’étrange expérience qui a été depuis la sienne dans le cercle d’experts qui conseille le martial président. A la question posée par un journaliste de Marianne : « Y êtes-vous  entendu ? », il répond : « J'y dis ce que je pense, mais ce n'est pas traduit en acte. On appelle cela des conseils scientifiques, mais ils sont politiques. J'y suis comme un extra-terrestre. »
C’est sa certitude, évidemment inconfortable pour les autorités : avec les mesures prises actuellement contre l’épidémie, on marche sur la tête. Nos pays ont renoncé (contrairement aux Chinois et aux Coréens) au dépistage systématique au profit d’un confinement dont le Pr Raoult souligne qu’il n’a jamais été une réponse efficace contre les épidémies. C’est un réflexe ancestral de claustration (comme à l’époque du choléra et du Hussard sur le toit de Giono). Confiner chez eux des gens qui ne sont pas porteurs du virus est infectiologiquement absurde- le seul effet d’une telle mesure est de détruire l’économie et la vie sociale. Un peu comme bombarder une ville pour en éloigner les moustiques porteurs de malaria…

La seule voie qui fasse sens selon lui est de confiner les porteurs du virus uniquement, et de les traiter en cas de besoin soit pour éviter de terribles complications comme celles que l’on voit, soit pour réduire le temps pendant lequel elles sont contagieuses.

En Suisse comme en France (et partout en Occident), la décision prise est de confiner les gens chez eux, malades ou non. Quand ils sont malades, on attend qu’ils aillent mieux puis (du fait de la durée de portage viral), on les laisse ressortir alors qu’ils sont en fait encore contagieux ! Les personnes à risque, elles, développent parfois des complications, en particulier une détresse respiratoire aiguë qui les conduit aux urgences. Elles viennent alors engorger les services de soins intensifs, et, pour certains malades, y mourir alors qu’affirme Raoult, on aurait pu les traiter avant !
Confiner l’ensemble de la population sans dépister et sans traiter, c’est digne du traitement des épidémies des siècles passés.

La seule stratégie qui fasse sens est de dépister massivement, puis confiner les positifs et/ou les traiter, tout comme les cas à risque puisque c’est possible, comme on le voit en Chine et en Corée, qui ont intégré l’association de dépistages massifs avec la prescription de chloroquine dans leurs treatment guidelines.
Ni Hong Kong ni la Corée, deux territoires qui ont connu les plus faibles taux de mortalité face au Covid-19 n’ont imposé de confinement aux personnes saines. Elle se sont simplement organisées différemment.
 
LA DÉCADENCE DE L’OCCIDENT

Elle est hélas criante et révélée ici dans toute sa crudité… Nous disposons d’une médecine de qualité, mais d’une santé publique moyenâgeuse. Le leadership technologique et scientifique est passé à l’Extrême-Orient depuis longtemps déjà, et notre nombrilisme intellectuel nous fait souvent nous raccrocher aux lanternes du passé plutôt qu’à la science d’aujourd’hui.
Des tests systématiques seraient faciles à instaurer, pour autant qu’on en fasse une priorité sanitaire et que l’on s’organise, ce que les Coréens ont fait en un temps record. En Europe, nous avons été complètement dépassés, comme si nous vivions dans un autre temps. Les autorités comprennent maintenant qu’il s’agit d’une priorité absolue -suivant en cela les recommandations insistantes de l’OMS.

Produire les tests ne présente aucune difficulté :« C’est de la PCR [réaction en chaîne par polymérase] banale que tout le monde peut faire, la question c’est l’organisation, pas la technique, ce n’est pas la capacité de diagnostic, nous l’avons, commente Raoult. C’est un choix stratégique qui n’est pas celui de la plupart des pays technologiques, en particulier les Coréens qui font partie, avec les Chinois, de ceux qui ont maîtrisé l’épidémie en faisant dépistage et traitement. On est capables dans ce pays comme n’importe où de faire des milliers de tests et de tester tout le monde. »

Certes, des régimes politiques plus disciplinés ou même autoritaires ont un avantage de compliance sociale, mais la question n’est pas là. Le problème, c’est bien nous. La France s’enfonce dans des polémiques sans fin avant même que qui que ce soit ait ouvert la bouche, pendant que son jupitérien président s’envole dans des pérorations antiques sur l’« état de guerre » en se contemplant dans un miroir… Dans notre pays, le Conseil fédéral a réagi sans agitation ni malice, mais en donnant comme toujours l’impression qu’on le réveillait déplaisamment de sa sieste.
Bref, pour notre pays qui se targue de sa qualité d’innovation et de biotech, c’est encore un peu la fête au village…
 
LE CHANGEMENT C’EST MAINTENANT ?!

Heureusement, on peut espérer que le vent change vite et bien. Le ministère de la santé français vient de mandater le CHU de Lille pour un essai visant à répliquer les résultats obtenus à Marseille. Rappelons que des essais probants ont déjà été menés en Chine et en Corée -mais en France on tient en général que ce qui vient de l’étranger est indigne du génie français.  Quelques services hospitaliers et leurs médecins-chefs sont capables d’envisager qu’ils se sont trompés, c’est par exemple le cas du Pr Alexandre Bleibtreu de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, qui a tweeté récemment avec humour :

L’intérêt pour la chloroquine est désormais mondial avec des équipes travaillant aux quatre coins du monde. Si l’efficacité aujourd’hui très probable du médicament se confirme, ce sera un major game-changer.
Une fois les personnes à risque de complications diligemment traitées, les innombrables infections bénignes dues au SARS-CoV-2, que nous serons très nombreux à vivre, pourvoiront l’immunité de masse qui ravalera cette « pandémie » au rang de sale mésaventure.

Le dépistage de masse est désormais enfin une priorité sanitaire. Le temps d’organiser la capacité d’analyses des laboratoires, nous y aurons tous progressivement droit. Le laboratoire Sanofi vient par ailleurs de proposer au gouvernement français de produire gratuitement un million de de doses de chloroquine.

Et si la molécule ne tenait pas ses promesses ? C’est bien sûr une hypothèse possible, même si elle est à ce stade peu probable. D’autres médicaments sont actuellement en voie d’examen, notamment des antiviraux connus (comme le Favipiravir) testé en Chine également avec des premiers résultats cliniques encourageants. Selon une nouvelle tombée ce matin :
"La Chine a achevé une recherche clinique sur le favipiravir, un médicament antiviral présentant une bonne efficacité clinique contre le nouveau coronavirus (COVID-19).

Le favipiravir, médicament antigrippal dont l'utilisation clinique a été approuvée au Japon en 2014, n'a provoqué aucune réaction adversaire évidente dans l'essai clinique, a révélé Zhang Xinmin, directeur du Centre national du développement biotechnologique de Chine relevant du ministère des Sciences et des Technologies, lors d'une conférence de presse.
Le favipiravir a été recommandé aux équipes de traitement médical et devra être inclus le plus vite possible dans le plan de diagnostic et de traitement du COVID-19, a-t-il fait savoir."

Ce qui est frappant autour de la chloroquine, c’est la religiosité du débat que cette option provoque  -un classique toutefois en science. Raoult est décrit comme une espèce de gourou (malgré ses états de service scientifiques remarquables) et on décrit la « croyance » en ce médicament comme étant l’attente d’un « remède-miracle » qui égarerait les gens en faisant miroiter des « espoirs impossibles ».

Heureusement, il reste une démarche qui s’appelle la science et qui vise justement à passer du registre des opinions (chacun voit le monde à sa manière) au savoir (ce que l’on a éprouvé, vérifié et validé indépendamment des opinions personnelles).

Si les résultats obtenus à Marseille et Chine se démentent, alors l'hallucination collective dans laquelle nous sommes engoncés se poursuivra, avec de très lourdes conséquences sur notre société, nos mode de vie, notre santé psychique et sociale. Si en revanche ils se confirment, on aura fait un pas de géant pour sortir de cette lourde gonfle, et ce sera alors bel et bien « Fin de partie ! pour le Covid ». Nous aurons appris bien des choses au passage.
 
HOMMAGE AUX AUTORITÉS

Il n’est pas dans mes habitudes d’être complaisant avec les autorités. J’ai trop souvent vu les ravages de la flatterie et de la veulerie (comme de la critique gratuite ou du procès d'intention) pour tomber dans le piège. Ici, on entend bien des critiques qui me semblent injustes. Oui, notre système de santé n’en est pas vraiment un, on a une industrie de la maladie – ce qui n’est pas pareil. Oui, nos réponses sanitaires sont incroyablement poussiéreuses et même dépassés. Oui, le Conseil fédéral a des godasses de plomb -ce a aussi d'ailleurs parfois ses avantages.

Mais je tiens à dire mon sentiment que la réaction des autorités fédérales et cantonales a été proportionnée à ce que nous savions et ne savions pas. Il est facile de dire qu’il aurait fallu fermer les frontières il y a un mois dans un monde où la menace était encore peu visible et où nous aurions été les seuls à le faire.
Tout fermer conduit inévitablement à un désastre économique et social. En l’absence des moyens d’appliquer la meilleure stratégie (dépistage – confinement – traitement), recourir à un « lock-down » est une mesure archaïque et peu efficace, mais la seule qu'il était possible de prendre.
A Genève en particulier, le Conseil d’Etat (avec MM. Mauro Poggia et Antonio Hodgers en première ligne) a été solide, humain, rassurant, et clair, agissant avec calme et un indéniable sens de la proportionnalité.

Une fois l'urgence passée, il faudra bien en revanche que les responsables sanitaires et politiques rendent des comptes sur la manière dont ils se seront révélés totalement pris de court par un risque sanitaire parfaitement identifié, avec une situation en l'occurrence très peu grave par rapport à ce que serait une vraie pandémie tueuse.

Rappelons que le risque pandémique est redouté depuis plus de 30 ans, en provenance d'Extrême-Orient comme désormais des toundras subarctiques, à risque de libérer d'innombrables variétés de virus jusque là congelées sous le permafrost...

Un peu donc comme si dans une région à risque de tremblement de terre, on n'avait ni prévu de normes de construction antisismique ni de procédures de protection de la population ! Ceci alors que des cohortes de hauts fonctionnaires et universitaires étaient généreusement payés pour anticiper ces risques...

Il faudra aussi répondre de l'inaptitude à répondre vite et bien (comme d'autres nations) en requérant au besoin de manière contraignante la mise à disposition des capacités industrielles et scientifiques pour faire ce qu'il aurait fallu. Comme me l'indique un lecteur, la France est tout de même le leader mondial de la production de machines d'assistances respiratoires et sa capacité pharmaceutique est puissante.

Une dernière info enfin, qui nous incitera tous je l’espère à la prudence : les dernières données infectiologiques tenderaient à confirmer que les enfants ne sont que très peu porteurs et/ou contaminateurs du SARS-CoV-2. Si cette hypothèse se confirme, la fermeture des écoles ne serait en fait pas une mesure nécessaire. Les données que je relaye ici sont tombées cette semaine. Au moment où la fermeture a été décidée, on les ignorait- comme je le précisais dans mon blog précédent- il s'agissait donc d'une mesure de précaution, dont l'indication pourrait être démentie si les données en question se confirment.

Soyons donc patients et appliqués. Une fois cette hallucination collective passée, il sera alors temps de faire un rigoureux « post-mortem » des décisions sanitaires et de chercher à comprendre ce qu’il s’est passé pour qu’on génère cet invraisemblable gâchis sociétal…

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Coronavirus, analyse des données épidémiques dans le monde : diagnostiquer doit être la priorité, intervention du Pr Raoult du 17 mars 2020.
https://www.youtube.com/watch?v=K7g4WKoS_6U&t=28s

Résultats de l’essai clinique réalisé à l’IHU Méditerranée-Infection à Marseille, présentation du Pr Raoult du 16 mars 2020
https://www.youtube.com/watch?v=n4J8kydOvbc&t=16s

http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/18/covid-19-fin-de-partie-305096.html

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LE CORONAVIRUS, RÉVÉLATEUR DE LA FAILLITE DE L'ÉTAT

Raoul Vaneigem, Le Media TV, mars 2020

Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette incompétence arrogante qui bouta jadis hors de France le nuage de Tchernobyl ? Certes, nous savons avec quelle facilité le spectre de l’apocalypse sort de sa boite pour s’emparer du premier cataclysme venu, rafistoler l’imagerie du déluge universel et enfoncer le soc de la culpabilité dans le sol stérile de Sodome et Gomorrhe. 
Quel cynisme que d’imputer à la propagation du fléau la déplorable insuffisance des moyens médicaux mis en œuvre ! Cela fait des décennies que le bien public est mis à mal, que le secteur hospitalier fait les frais d’une politique qui favorise les intérêts financiers au détriment de la santé des citoyens.

La malédiction divine secondait utilement le pouvoir. Du moins jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne en 1755, lorsque le marquis de Pombal, ami de Voltaire, tire parti du séisme pour massacrer les jésuites, reconstruire la ville selon ses conceptions et liquider allègrement ses rivaux politiques à coups de procès « proto-staliniens ». On ne fera pas l’injure à Pombal, si odieux qu’il soit, de comparer son coup d’éclat dictatorial aux misérables mesures que le totalitarisme démocratique applique mondialement à l’épidémie de coronavirus.

Quel cynisme que d’imputer à la propagation du fléau la déplorable insuffisance des moyens médicaux mis en œuvre ! Cela fait des décennies que le bien public est mis à mal, que le secteur hospitalier fait les frais d’une politique qui favorise les intérêts financiers au détriment de la santé des citoyens. Il y a toujours plus d’argent pour les banques et de moins en moins de lits et de soignants pour les hôpitaux. Quelles pitreries dissimuleront plus longtemps que cette gestion catastrophique du catastrophisme est inhérente au capitalisme financier mondialement dominant, et aujourd’hui mondialement combattu au nom de la vie, de la planète et des espèces à sauver.

Sans verser dans cette resucée de la punition divine qu’est l’idée d’une Nature se débarrassant de l’Homme comme d’une vermine importune et nuisible, il n’est pas inutile de rappeler que pendant des millénaires, l’exploitation de la nature humaine et de la nature terrestre a imposé le dogme de l’anti-physis, de l’anti-nature. Le livre d’Eric Postaire, Les épidémies du XXIème siècle, paru en 1997, confirme les effets désastreux de la dénaturation persistante, que je dénonce depuis des décennies. Évoquant le drame de la « vache folle » (prévu par Rudolf Steiner dès 1920), l’auteur rappelle qu’en plus d’être désarmés face à certaines maladies, nous prenons conscience que le progrès scientifique lui-même peut en provoquer.

Dans son plaidoyer en faveur d’une approche responsable des épidémies et de leur traitement, il incrimine ce que le préfacier, Claude Gudin, appelle la « philosophie du tiroir-caisse ». Et pose la question suivante : « À subordonner la santé de la population aux lois du profit, jusqu’à transformer des animaux herbivores en carnivores, ne risquons-nous pas de provoquer des catastrophes fatales pour la Nature et l’Humanité ? ». Les gouvernants, on le sait, ont déjà répondu par un OUI unanime. Quelle importance puisque le NON des intérêts financiers continue de triompher cyniquement ?

Fallait-il le coronavirus pour démontrer aux plus bornés que la dénaturation pour raisons de rentabilité a des conséquences désastreuses sur la santé universelle - celle que gère sans désemparer une Organisation mondiale dont les précieuses statistiques pallient la disparition des hôpitaux publics ? Il existe une corrélation évidente entre le coronavirus et l’effondrement du capitalisme mondial. Dans le même temps, il apparaît non moins évidemment que ce qui recouvre et submerge l’épidémie du coronavirus, c’est une peste émotionnelle, une peur hystérique, une panique qui tout à la fois dissimule les carences de traitement et perpétue le mal en affolant le patient.

Lors des grandes épidémies de peste du passé, les populations faisaient pénitence et clamaient leur coulpe en se flagellant. Les managers de la déshumanisation mondiale n’ont-ils pas intérêt à persuader les peuples qu’il n’y a pas d’issue au sort misérable qui leur est fait ? Qu’il ne leur reste que la flagellation de la servitude volontaire ? La formidable machine médiatique ne fait que ressasser le vieux mensonge du décret céleste, impénétrable, inéluctable où l’argent fou a supplanté les Dieux sanguinaires et capricieux du passé.

Le déchaînement de la barbarie policière contre les manifestants pacifiques a amplement montré que la loi militaire est la seule chose qui fonctionnait efficacement. Elle confine aujourd’hui femmes, hommes et enfants en quarantaine. Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! C’est une mise en condition capable d’aggraver le malaise existentiel en misant sur les émotions écorchées par l’angoisse, en exacerbant l’aveuglement de la colère impuissante.  

Le coronavirus est devenu le révélateur de la faillite de l’État. Voilà au moins un sujet de réflexion pour les victimes du confinement forcé. Lors de la parution de mes Modestes propositions aux grévistes, des amis m’ont remontré la difficulté de recourir au refus collectif, que je suggérais, d’acquitter les impôts, taxes, prélèvements fiscaux. Or, voilà que la faillite avérée de l’État-escroc atteste un délabrement économique et social qui rend absolument insolvables les petites et moyennes entreprises, le commerce local, les revenus modestes, les agriculteurs familiaux et jusqu’aux professions dites libérales. L’effondrement du Léviathan a réussi à convaincre plus rapidement que nos résolutions de l’abattre.  

Le coronavirus a fait mieux encore. L’arrêt des nuisances productivistes a diminué la pollution mondiale, il épargne une mort programmée à des millions de personnes, la nature respire, les dauphins reviennent batifoler en Sardaigne, les canaux de Venise purifiés du tourisme de masse retrouvent une eau claire, la bourse s’effondre. L'Espagne se résout à nationaliser les hôpitaux privés, comme si elle redécouvrait la sécurité sociale, comme si l’État se souvenait de l’État-providence qu’il a détruit.  

Rien n’est acquis, tout commence. L’utopie marche encore à quatre pattes. Abandonnons à leur inanité céleste les milliards de bank-notes et d’idées creuses qui tournent en rond au-dessus de nos têtes. L’important, c’est de « faire nos affaires nous-mêmes » en laissant la bulle affairiste se défaire et imploser. Gardons-nous de manquer d’audace et de confiance en nous ! 

Notre présent n’est pas le confinement que la survie nous impose, il est l’ouverture à tous les possibles. C’est sous l’effet de la panique que l’Etat oligarchique est contraint d’adopter des mesures qu’hier encore il décrétait impossibles. C’est à l’appel de la vie et de la terre à restaurer que nous voulons répondre. La quarantaine est propice à la réflexion. Le confinement n’abolit pas la présence de la rue, il la réinvente. Laissez-moi penser, cum grano salis, que l’insurrection de la vie quotidienne a des vertus thérapeutiques insoupçonnées. 

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ÉPIDÉMIE DE PEUR PANIQUE

coronavirus Lukas Stella, mis à jour le 21 mars 2020

Si l'épidémie est grave, elle n'est pas dramatique. Le Coronavirus est un virus respiratoire saisonnier banal, son taux de mortalité est très proche de celui de la grippe, c'est une épidémie saisonnière habituelle, qui disparaîtra avec le printemps. C'est la peur, la psychose et l'hystérie qui sont contagieuses et dangereuses. Sous de faux prétextes de sécurité, par les mesures coercitives d'un État d'urgence, on nous prive de plus en plus de nos libertés. La pensée unique produit des crédules bien soumis.

Certaines maladies sont à la mode. Il vaut mieux mourir du Corona, on parlera de vous dans les médias, que de la grippe beaucoup trop banale, ringarde et dépassée. Il s'est instauré en quelques semaine une discrimination des maladies, certaines accaparent toutes l'attention et d'autres beaucoup plus importantes et dangereuses disparaissent complètement, exclues du monde du paraître. C'est une réelle ségrégation médicale qui valorise certaines maladies et discrédite les autres. Près de 10 millions de morts du cancer par an dans le monde, soit 2000 fois plus que le coronavirus. Le gouvernement autorise la disséminations de nombreux polluants chimiques cancérigènes qui causent des millions de morts, la disparition d'insectes et d'abeilles pollinisatrices, l'extinction d'espèces animales, menaçant notre existence même...

Comparer les chiffres peut permettre d'avoir, avec un peu de recul, une compréhension générale plus pertinente. Au 19 mars le Coronavirus a fait 264 morts en France et près de 9000 morts dans le monde. La grippe saisonnière a fait 8000 morts par an, en moyenne en France, et de 290 000 à 650 000 morts par an dans le monde, selon l’Organisation Mondiale de la Santé.
La mort n'a pas la même valeur pour tous. Certains tentent de se refaire une bonne image pour marquer les esprits, en essayant de se faire passer pour le sauveur de milliers de vies. Mais ce qui est omis en dit long sur leurs intentions. On ne parle plus des morts de faim, des victimes de la guerre... Cette société mortifère s'accomplit par une manipulation mentale généralisée.

Plusieurs pays en Europe, n'ont pas appliqué de confinement général. Comme en Chine ou en Corée du sud, ils sont arrivés à stopper l'épidémie, en pratiquant un dépistage général, le traitement de la maladie à la chloroquine et le confinement des malades. En France on isole tout le monde, on réprime les récalcitrants, et on attend un éventuel vaccin, qui ne soigne pas la maladie et qui arrivera trop tard, mais qui, avec une vaccination obligatoire, rapportera des milliards à certains trusts pharmaceutiques.

Le spectacle médiatique génère en permanence un vent de panique pour faire accepter l'escroquerie de la crise financière qui a surfé sur l'épidémie. La crise est la norme. La panique des uns fait le bonheur des autres. Le capitalisme n'est pas affaibli par la crise, avoir une crise de temps à autre est son fonctionnement normal. Le krach est un outil financier. La crise est déclenchée par les spéculateurs les plus avisés pour accélérer et accroitre énormément et rapidement leurs profits sur le dos des plus petits qui ne l'ont pas vu venir.

Cette crise était annoncée de longue date, les spéculateurs milliardaires ont utilisé le coronavirus pour mieux la déclencher et en tirer les meilleurs profits, quitte à ébranler l'équilibre général.
L'économie et la production représentent moins de 10 % des richesses, les 90 % restant traficotent dans les sphères de la haute finance, dans des bulles financières spéculatives, qui rapportent bien plus que l'économie réelle pour ceux qui en ont les moyens et savent y faire. Si l'économie s'en retrouve affaiblie c'est pour mieux faire payer les populations. Quand certains perdent d'autres gagnent, rien ne se perd, la circulation de l'argent s'accélère considérablement pour un moment seulement.

Le fascisme s'impose toujours brutalement et insidieusement sous de faux prétextes pour le soit-disant bien de tous. La démocratie est suspendue, la dictature instaurée, la loi martiale imposée. Le couvre-feu est pour demain avec l'occupation militaire de certaines villes, instaurant le contrôle généralisé de la vie quotidienne.
Il fallait écraser la rébellion qui se répandait et s'installait dans la durée. C'est chose faite, mais pour combien de temps... Ils devaient utiliser les grands moyens pour faire taire cette contestation mondiale, dans une période d'instabilité pour éviter l'effondrement des pouvoirs dominants et préserver les privilèges des hyper-riches.

L'autorité de l'État policier est renforcée afin d'achever le grand pillage des biens publiques, et de parfaire l'arnaque de la crise financière que les populations encore plus appauvries devront payer, et se soumettre dans leur misère soudainement imposée.
Ce coup de force s'abat comme une douche froide, nous tétanisant sur place. Mais ont-t-ils vraiment les moyens de tenir dans la durée ? La population les laissera-t-ils faire sans pagaille, ni débordement de tout les cotés, surtout ceux qu'ils n'arrivent pas à contrôler. Le feu couve sous la braise apparemment éteinte, mais que certains toujours ingouvernables réactiveront à la première occasion.

L'hydroxychloroquine et l'azithromycine comme traitement du COVID-19
https://youtu.be/SfiUlVpqHfE

Diagnostiquons et traitons !
https://youtu.be/n4J8kydOvbc

"Il n'y aura pas plus de morts que les années précédentes."
https://youtu.be/K7g4WKoS_6U

"La peur est plus dangereuse que la maladie"
https://youtu.be/vcYMKwN6u6k

https://youtu.be/hI2nHadx76M
https://www.facebook.com/lili.bertaire/videos/992249757835952/
https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/coronavirus-99-des-patients-guerissent-rassure-un-infectiologue-du-chu-de-nice-1582657278

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PERSPECTIVE DÉFORMÉE

Lukas Stella, décembre 2019

Dans ce monde complexe et instable, les prédictions ne s'avèrent jamais exactes. La prédiction de l'avenir est une source d'erreurs quand elle n'est pas une escroquerie. Des experts officiels avaient déjà prédit des désastres conséquent au refroidissement mondial prévu dans les années 70, la fin imminente du pétrole, le trou dans la couche d'ozone... Ces experts des gouvernements qui servent les intérêts des multinationales, ont fait leurs preuves : l'amiante, le sang contaminé, le nuage de Tchernobyl, les pesticides, fongicides, herbicides... Ils ne sont plus plausibles !

"En tant que scientifique qui a travaillé sur les problèmes des sciences de l’atmosphère, climat compris, pendant plus de 50 ans, je doute que la science soit en mesure de contribuer au discours actuel sur un changement climatique catastrophique qui serait provoqué par l’homme. Ce que je veux dire, c’est qu’il s’agit d’un problème politique et que, de ce fait, il est entre les mains de la classe dirigeante. Pour l’essentiel, ces groupes ignorent tout des sciences du climat, et même de la science tout court. Confrontés à des informations contradictoires, ils peuvent choisir ce qu’ils veulent croire — ou se servir de la fausse affirmation selon laquelle « 97% des scientifiques sont d’accord » comme d’une béquille." Richard Lindzen, professeur émérite en sciences de l’atmosphère, Massachusetts Institute of Technology.

L'effet de serre est un phénomène naturel, dû au CO2, mais aussi à la vapeur d'eau, au méthane atmosphériques… Sans cet effet de serre la Terre gèlerait litéralement.
"Le problème avec le monde, c’est que les gens intelligents sont pleins de doutes tandis que les plus stupides sont pleins de confiance..." Bertrand Russell, mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue.

En 1982, Mostafa Tolba, directeur exécutif du Programme environnemental des Nations Unies (United Nations Environment Program, UNEP), avait averti que « le monde se trouvait face à un désastre écologique aussi définitif qu’une guerre nucléaire d’ici deux décennies si les gouvernements n’agissaient pas maintenant ». En 1989 c’était Noel Brown, du même UNEP qui déclarait que des nations entières pourraient être balayées de la surface de la terre du fait de l’augmentation des niveaux de la mer, si la tendance du réchauffement climatique n’était pas inversée d’ici l’an 2000. Rajendra Pachauri, qui était alors à la tête du GIEC, déclarait que 2012 étaient la date butoir climatique avant laquelle il était impératif d’agir : "s’il n’y a pas d’actions entreprises avant 2012, ce sera trop tard." Puis quelques années après affirme : "Il n'y a pas de réchauffement depuis 17 ans."

Ce qui est volontairement omis de leurs hypothèses parcellaires, construite uniquement sur un gaz, crée l'illusion scientifique d'une réalité, prouvée par le calcul, qui permet la diffusion planétaire de cette propagande qui arrange bien certains affairistes milliardaires. Aucun modèle unique n’est capable, pour prévoir le réchauffement mondial, d’intégrer ou d’essayer d’intégrer toutes les variables. Ces modèles informatisés, basées sur des omissions et des incertitudes substantielles, ne sont pas fiables.


Le climat se réchauffe effectivement, mais la méthode et les conclusions catastrophistes du GIEC sont plus que discutables. Ces devins scientistes, au service des gouvernements, ont ainsi produit avec l'aide de tous les mass médias, un écran de fumée anxiogène et persistant pour masquer les réels dangers bien présent que sont les pollutions chimiques (air, eau, nourriture), électromagnétiques, nucléaires, particules fines, nanoparticules, métaux lourds, perturbateur endocriniens... qui menacent effectivement la vie sur terre.

La focalisation de toutes les attentions sur un climat futur inaccessible fait disparaître un présent beaucoup trop dégradé et dénaturé. Par son exploitation sans limite, le capitalisme est destructeur et suicidaire, et le désastre qu'il produit est déjà là !

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LETTRE DU CHILI

Barravento, lettre du Chili Santiago, novembre 2019

Pour les Brésiliens, Barravento est la tempête qui, quand il se déclare, ne laisse aucune issue à ceux qui sont en mer.

Ce que nous vivons ici est magnifique ! Cela fait deux semaines maintenant que ce soulèvement nous a permis de vaincre la peur, l’indolence et la frustration de vivre sous la dictature de l’argent, mais aussi de nous rencontrer comme êtres humains, par-delà toutes les identités qui nous avaient maintenus séparés.

Depuis le début, cette insurrection généralisée spontanée exprime une critique en actes du mode de vie capitaliste. Elle exproprie et détruit ses symboles et ceux de l’État : supermarchés, pharmacies, banques, commissariats, édifices municipaux, etc. Ses revendications sont nombreuses, si nombreuses que chacun sait que la seule question qui se pose est celle d’un changement structurel. « Plus rien ne sera comme avant », entend-on dans les rues. Notre désir de vivre a retrouvé de la force dans l’aventure de cette lutte contre le système.

La précarisation qui prévaut dans ce territoire et contre laquelle ce mouvement s’est levé, n’est pas le produit de mesures d’austérité. Ici, l’état de bien-être n’a jamais existé. Elle est le résultat d’un saccage organisé par l’État-Capital. Comme tu le sais sûrement, le Chili fut l’un des berceaux du néolibéralisme. Le dictateur Pinochet a tout vendu : l’eau, la santé, les pensions de retraite, l’éducation, les routes, la mer, etc. Et la démocratie qui lui succéda consolida ce système social et économique.

Mais, à force d’humiliations et d’abus répétés des politiciens et des patrons, la conscience de tous s’est aiguisée. Un des slogans de cette insurrection l’exprime : « Il ne s’agit pas de 30 pesos [l’augmentation du prix du ticket de métro qui provoqua ce soulèvement fut de 30 pesos, soit de 4 %], il s’agit de 30 ans ». Claire est l’allusion à l’époque de la « transition vers la démocratie », l’année 1989 étant celle qui vit accéder au pouvoir, après la dictature, le premier président élu démocratiquement. Ce slogan — que les Indiens mapuches ont fait leur en le transformant ainsi : « Il ne s’agit pas de 30 pesos, mais de plus de 500 ans » — est révélateur du niveau de conscience des insurgés quand ils font de la dictature de Pinochet et du régime démocratique les deux faces de la dictature du capital, l’État n’étant, à travers les politiciens et autres experts qui pullulent dans sa sphère, que son simple exécutant.

C’est là que se manifeste une autre caractéristique de ce mouvement : la totale absence en son sein des partis politiques. Bien que, sans crainte du ridicule, ceux qui s’en sont faits les détracteurs nous affirment qu’il serait, à travers la faction gauchiste d’ici, sous influence russe, vénézuélienne ou cubaine, le fait est que les seuls drapeaux qu’on y voit sont celui du Chili, des peuples indigènes et des équipes de foot. Du haut du pouvoir on se désespère de lui fabriquer des représentants, ces voix autorisées avec lesquelles on pourrait négocier. On en cherche dans les organisations syndicales et sociales ; on convoque aussi des assemblées citoyennes. Jusqu’à maintenant personne n’a accepté de jouer ce rôle. Le caractère de masse et la diversité de ce mouvement sont des antidotes contre toute tentative de récupération.

On dénombre, à ce jour, plus de 4 000 arrestations (parmi lesquelles plus de 400 enfants et adolescents) et plus de 1 300 blessés par armes à feu. Il y a plus de 100 dépôts de plainte pour torture et une vingtaine pour violences sexuelles de la part de la police. D’après les chiffres officiels, on compte 33 morts et plus de 140 personnes souffrent de lésions oculaires — 26, parmi elles, ayant perdu l’usage d’un œil. (Quand j’ai lu dans un article censuré par Le Monde qu’en France aussi la police éborgnait, j’ai été surpris de constater que les deux polices s’accordaient sur les mêmes techniques de répression.)

Quelques heures à peine après le début de l’insurrection — qui coûta très cher aux grands capitalistes, même si ce coût est sans comparaison avec le montant de leurs vols —, le pouvoir déclara l’« état d’exception », ce qui lui permit d’imposer des couvre-feux et de sortir les militaires des casernes pour réprimer aux côtés de la police. Cela fait une semaine que l’« état d’exception » a été levé, mais le niveau de répression n’a pas baissé. La police continue d’utiliser des armes antiémeute (pratique mise en œuvre dans ces manifestations) et de procéder à des arrestations massives ou sélectives.

Tous les secteurs politiques et les chaînes de télévision nous disent qu’il est possible de manifester « à condition d’être pacifiques ». (Certains bons citoyens ont revêtu des gilets jaunes popularisés par le mouvement français pour développer, en alliés de la police, leurs propres techniques de maintien de l’ordre.) Mais le niveau de répression est très élevé, même quand on manifeste de façon moins offensive, plus mesurée. Il faut croire que la police redoute vraiment que nous passions beaucoup de temps ensemble…

L’État a les mains pleines de sang. Il nous dit qu’il réprime pour notre paix. Peu nombreux sont ceux qui le croient. Malgré l’énorme violence qu’il nous inflige, personne n’a peur de lui. Et, de fait, on constate, dans les manifestations, une prolifération de noyaux de plus en plus larges qui répondent aux « forces de l’ordre » par la violence offensive et l’autodéfense.
Il est vrai que, majoritairement, nous sentons bien que nous n’avons plus rien à perdre, qu’il n’y a pas d’avenir dans cette société. D’un côté, la télévision nous inonde de nouvelles sur la catastrophe écologique qu’elle-même nous prie aussitôt d’oublier en nous montrant des publicités de tout ce que nous pouvons acheter. De l’autre, nous constatons qu’être vieux dans ce Chili relève de l’enfer. On peut avoir travaillé toute sa vie pour une retraite misérable.
Et, de fait, les anciens se voient obligés de continuer à travailler jusqu’à la mort. Je n’exagère pas. Il y a cinq ans, une nouvelle a fait grand bruit ici : il s’agissait de l’histoire d’un jardinier qui travaillait en face du palais de La Moneda, le siège de la présidence, et qui mourut assis sur un banc de la place qu’il fut chargée de balayer les dernières années de sa vie. Il avait quatre-vingts ans.

Certains voudraient canaliser cette irruption à travers la création d’une nouvelle Constitution. Celle que nous avons date de l’époque de Pinochet ; elle légitime le saccage. La revendication d’une assemblée constituante d’où sortirait cette nouvelle Constitution rencontre chaque fois plus d’échos parmi certains groupes. Il m’arrive de penser que, si on la satisfaisait, le mouvement perdrait en puissance. Mais, d’un autre côté, je pense aussi que, si elle répondait aux multiples aspirations du peuple, une autre Constitution pourrait contribuer à modifier si profondément l’ordre des choses au Chili qu’elle accoucherait d’un autre pays où, peut-être, la nouvelle Constitution finirait par ne plus avoir de nécessité. Car cette révolte remet intuitivement en cause les fondations de la structure sociale capitaliste.

Le moment que nous vivons semble être notre seule terre fertile. Quelques jours durant, tout a semblé possible. Beaucoup d’assemblées de quartier autoconvoquées ont été créées. Certaines villes frappées par la pollution des industries extractivistes se sont confrontées aux grands capitaux et paralysé leurs projets. Voir surgir ces formes d’organisations spontanées a été passionnant.

Les manifestations continuent d’être massives. Elles ressemblent à des fêtes. Dans les rues conquises, les gens se sentent heureux. On y danse, on y chante, on y partage des idées, des repas, des sourires. Personne ne sait ce qu’il va advenir de tout cela. Pour le moment, nous continuons de profiter de nos rencontres, en pariant sur la puissance qui naît du fait de nous voir et de nous sentir.

Que faut-il faire pour progresser dans la destruction de cet ordre qui s’écroule de lui-même sans notre intervention ? S’agit-il seulement de vivre nos vies à contre-courant des exigences du capital ? Faut-il renoncer à mettre à bas ce système dans son ensemble pour nous consacrer à construire, sur ses ruines, ici et maintenant et dans les limites et potentiels des circonstances, nos propres formes d’organisation ?

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COMPRENDRE NOTRE IMPUISSANCE POLITIQUE

Yannis Youlountas, octobre 2019

(...) Alors, pourquoi nous échouons partout ? Pourquoi, tôt ou tard, le pouvoir et ses valets parviennent à nous empêcher d'expérimenter autre chose, de nous organiser autrement et de défendre la Terre qui se meurt ?

Tout simplement parce que nous sommes naïfs (et je m'inclue dans le lot). Nous ne retenons pas assez les leçons de l'Histoire et poursuivons nos répétitions passées qui n'ont jamais rien apporté ou si peu. Nous ne prenons pas assez à la racine les problèmes et n'allons pas jusqu'au bout de la démarche nécessaire pour les résoudre définitivement.

Alors que partout dans le monde, le pouvoir nous écrase, nous appauvrit, nous humilie, nous reprend nos conquêtes sociales, nous crève les yeux, nous enferme, nous affame, nous bombarde, nous empêche de filmer, nous menace, nous frappe, nous tue et détruit la Terre, morceau par morceau, nous réagissons comme s'il était encore possible de discuter et de négocier avec notre agresseur récidiviste.
Nous nous comportons comme si avions oublié que le pouvoir a toujours agit ainsi et continuera tant qu'il le pourra. Ses variantes dans le temps et l'espace ont commis les pires atrocités sous toutes les formes possibles et avec tous les prétextes imaginables. Toute l’Histoire de l’humanité est là pour en témoigner.

LA VALSE DES TYRANS

Aujourd'hui, on parle plus de Trump et de Erdogan, un autre jour de Mitsotakis, un autre encore de Macron, puis de Bolsonaro, Assad, Poutine, Merkel, Johnson, Junker, Salvini, Rohani, Netanyahou, Kim Jong il, Al Saoud ou encore Xi Jinping, et ainsi de suite, en oubliant que le problème n'est pas seulement l’une ou l’autre de ces personnes, haïes tour à tour, mais surtout ce qu'elles incarnent, les moyens colossaux dont elles disposent au sommet de l’État et l'attitude engendrée par leur position.
Autrement dit, le problème de fond, encore et encore, et aujourd’hui plus que jamais, c’est le pouvoir.

C'est parce que nous n'allons pas jusqu'au bout, dans notre refus du pouvoir, que continuons de subir la valse des tyrans d'un bout à l'autre du globe, d'années en années, de siècles en siècles. Les visages changent, mais le problème reste le même. Un problème simple : des gens se posent en chefs, encouragés par nos propres erreurs et se permettent de décider à notre place de nos vies.

Mais ce n'est pas tout : ces gens au pouvoir, ces VIP qui s'amusent à se faire la guerre économique et militaire par victimes interposées comme on joue aux échecs ou à la bataille navale, s'entendent parfaitement dès lors qu'il s'agit de nous empêcher de nous libérer. Car leur priorité est, bien sûr, de stopper ce qui les menacent sur leur piédestal, car si l'un d'entre eux tombait pour laisser place à une société véritablement horizontale, libertaire et égalitaire, les autres seraient aussitôt sur la sellette partout ailleurs. C'est ainsi que les différentes figures du pouvoir se sont souvent entendues, implicitement ou explicitement, par exemple contre la Commune de Paris, la révolution de 1936 en Espagne et beaucoup d'autres expériences politiques qui prouvaient à chaque fois que nous pouvions vivre autrement.

RÉPRESSION ET CRIMINALISATION DU MOUVEMENT SOCIAL

Aujourd'hui, le fait que le pouvoir frappe simultanément le Rojava, Exarcheia et plusieurs ZAD d'un bout à l'autre de l'Europe n'est pas le fruit du hasard. L’offensive du pouvoir contre toute forme de résistance ne cesse de se durcir depuis des années. Tous les mouvements sociaux en France le confirment : la violence de la répression policière a atteint des sommets dans l'hexagone et les moyens technologiques mis en place pour nous surveiller n'ont désormais plus de limites, du Patriot Act à l’État d’urgence. La réalité dépasse la fiction, y compris celle du roman 1984 de George Orwell. Les dispositifs inquisiteurs et oppressants se renforcent partout en Europe, avec la France en tête de file pour la reconnaissance faciale et la Grèce pour la criminalisation du mouvement social avec le classement imminent du groupe anarchiste Rouvikonas en organisation terroriste, alors qu'il n'a jamais tué personne.

Erdogan parle également de terroristes au sujet des femmes kurdes qui luttent pour leur émancipation dans les rang des YPG. De nombreux chefs d'états utilisent aussi ce terme pour parler de celles et ceux qui leur résistent un peu partout, qui défendent la terre, qui défendent la vie.
Car face au pouvoir, nous ne faisons pas autre chose : nous sommes la vie, la foule, les enfants, la nature qui se défendent.

UNE SOCIÉTÉ BÂTIE SUR UN LEURRE

Dès lors, posons-nous la question : lutter pour vivre, sauver la vie, survivre aux injustices, vivre dignement, cela ne signifie-t-il pas nécessairement prendre nos vies en main ? La réponse est tout aussi empirique que logique. Car l’Histoire nous prouve que le pouvoir ne nous a jamais libérés et que toute émancipation n’est jamais venue que de nous-mêmes, de notre volonté, de notre clairvoyance, de notre courage, de nos luttes. La logique nous rappelle également qu’une vie digne revient à une vie libre (nul n’est digne que celui qui est responsable et n’est responsable que celui qui est libre). C’est pourquoi il nous revient de prendre nos vies en main pour bâtir un autre futur.

Le pouvoir tente de nous faire croire que le monde est horrible et que l’homme est un loup pour l’homme, ce qui lui permet d’imposer une forme de société (capitaliste et hiérarchique) pour civiliser, ordonner et pacifier le chaos destructeur. En réalité, nous savons bien que c’est tout le contraire (et c’est ce que nous essayons de faire comprendre aux jeunes en souffrance, aux résignés, aux déprimés et aux suicidaires) : ce n’est pas le monde qui est horrible, mais cette société. Ce n’est pas l’homme qui est un loup pour l’homme (pardon pour les loups, la formule est de Plaute, puis reprise par Thomas Hobbes), c’est cette société qui nous conduit à la guerre et à la compétition de tous contre tous.

L’existence même d’un pouvoir conduit à justifier l’idée de compétition et de hiérarchie partout dans la société. Car on ne peut placer quiconque sur un piédestal sans cautionner les rapports de domination et d’exploitation qui en découlent. Outre ce problème de cohérence, nous avons également vérifié à de nombreuses reprises que le pouvoir corrompt, comme nous mettait en garde Louise Michel.

IL N'Y A PAS DE BON POUVOIR

Focaliser sur un ou plusieurs dirigeants au lieu de remettre en question la fonction elle-même est donc une erreur. Bien sûr, certains régimes et hommes politiques sont pires que d’autres. Évidemment, il existe des différences. Mais, ces différences n’ont pas été suffisantes depuis plus d’un siècle pour parvenir à tourner la page du capitalisme et encore moins de la hiérarchie. Nous n’avons eu droit, au mieux, qu’à des réformes arrachées par des grèves, bien plus que concédées par les pouvoirs prétendument sympathiques. Par exemple, contrairement à ce que prétend une rumeur, la première semaine de congés payés n’était pas dans le programme du Front Populaire en 1936 et n’a été obtenue qu’à l’issue d’une des plus longues grèves du vingtième siècle en France. De même, ce n’est pas un régime royaliste ou de droite dure qui a massacré la Commune de Paris, mais la jeune Troisième République à ses débuts (avec le maire de Paris en fuite qui n’était autre que Jules Ferry). Cette même Troisième République s’est terminée honteusement en votant les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain en 1940, après avoir décidé le sinistre embargo sur les armes vers l’Espagne en août 1936, condamnant dès lors l’utopie qui commençait à voir le jour de l’autre côté des Pyrénées.

Le pouvoir, quel qu’il soit, n’est pas un allié et compter sur lui est une folie. Les seules promesses auxquelles nous pouvons croire sont celles que nous faisons à nous-mêmes, c'est-à-dire nos propres engagements réciproques, sur un plan horizontal, pour créer, défendre et bâtir ensemble une société nouvelle sur d’autres bases que la compétition, la domination et l’exploitation.

LE TABOU DE LA VIOLENCE

Ne plus être naïf, c’est aussi ne plus s’interdire le tabou de la violence face à un pouvoir qui, lui, ne se gêne jamais. Libre à chacun d’en user ou pas et de résister comme bon lui semble. Si quelqu’un veut prier Gaïa ou quelqu’un d’autre dans des manifs, grand bien lui fasse. Mais qu’il impose sa façon de faire et d’agir, c’est une autre affaire. Notamment quand il s’agit d’appeler explicitement au « respect du gouvernement » et de ses valets.

Nous n’avons pas à respecter nos bourreaux. Nous n’avons rien à négocier avec les tyrans. Nous voulons vivre libres. Nous voulons prendre nos vies en mains. Nous voulons congédier à jamais ceux qui veulent nous en empêcher.

Respecter le pouvoir, c’est le cautionner. On ne discute pas avec ceux qui s’affirment d’emblée supérieurs. De même, on ne lutte pas contre un système capitaliste et hiérarchique en reproduisant ses formes lucratives et verticales. Dès lors qu’on a compris la nécessité de détruire le pouvoir, on doit commencer à le faire à l’intérieur même de nos luttes, dans notre façon de nous organiser.

S'ORGANISER AUTREMENT POUR LUTTER

Nous ne pouvons pas continuer à lutter contre le pouvoir avec des partis structurés de façon hiérarchique ; des partis qui cautionnent le manège électoral dont les dés sont pipés, puisque c’est le pouvoir économique qui détermine aisément le pouvoir politique grâce à sa possession des moyens de fabriquer l’opinion.

Nous ne pouvons pas continuer à lutter contre le pouvoir avec des syndicats également structurés de façon hiérarchique ; des syndicats dont le sommet est sourd à certaines des atteintes de la base et dont les dirigeants se reconvertissent parfois au sein même du camp d’en face.

Nous ne pouvons pas continuer à lutter contre le pouvoir avec des organisations écologistes structurées elles aussi de façon hiérarchique ; des organisations dont le sommet vaporeux a déjà tout prévu, qui refusent de remettre quoi que ce soit en question et qui imposent une charte de lutte indiscutable à toutes celles et ceux qui s’en rapprochent.

Il est facile de comprendre pourquoi ces structures refusent d’aller jusqu’au bout dans la lutte contre le capitalisme et le hiérarchisme : leurs directions profitent, participent et répètent diversement ce que nous tentons précisément de combattre en leur sein. Elles ne sont ni cohérentes ni déterminées ni libres, contrairement à la société que nous désirons. Elles ne font que reproduire des schémas désuets, modérés et stériles, dans des lourdeurs bureaucratiques, stratégiques et autoritaires.

MULTIPLIER LES ROJAVA, LES EXARCHEIA, LES ZAD...

Notre impuissance politique est donc à la fois le produit d’une analyse incomplète du problème principal et de la répétition naïve de nos erreurs passées.
Car non, le problème ne se réduit pas à Trump ou Poutine, Erdogan ou Assad, Mitsotakis ou Tsipras, Macron ou Le Pen, et tant d’autres dans la valse des chaises tournantes. C’est le pouvoir lui-même qui est notre éternel ennemi.

Et non, on ne peut lutter contre le pouvoir, sa bureaucratie, sa hiérarchie, sa stratégie de communication, en procédant de la même façon dans nos luttes. C’est d’abord et avant tout parmi celles et ceux qui résistent que nous devons montrer notre capacité à nous organiser autrement pour l’étendre ensuite à toute la société.

Ce n’est qu’à ces deux conditions que nous pourrons enfin sortir de notre impuissance politique. De plus, nous devons absolument nous donner une dimension internationale à nos luttes, par-delà les frontières qui tentent de nous diviser et de nous faire croire que nos intérêts s’opposent. Car il n’en est rien, nous le savons bien : c’est la même lutte partout que nous devons mener, celle de l’émancipation individuelle et sociale pour prendre enfin nos vies en main.

Avec plus de solidarité internationale et plus de résistance locale partout simultanément, les quartiers, ZAD ou régions du monde ne tomberaient pas les uns après les autres, comme des dominos. Nous avons besoin d’autres expériences moins verticales et autoritaires comme le Rojava, d’autres quartiers rebelles et solidaires comme Exarcheia, d’autres ZAD un peu partout et de plus en plus. Ces initiatives sont trop isolées. Nous comptons trop sur elles. Nous les mythifions trop, sur des piédestaux, au lieu de les multiplier, de les réinventer sans cesse et de créer un véritable réseau sans frontières et horizontal dans l’entraide et le soutien mutuel.
Sans chef, il sera beaucoup plus difficile de nous récupérer, de nous corrompre, de nous abattre.

PASSER DU NOM AU VERBE POUVOIR

Pour finir, rappelons-nous que le pouvoir n’est pas seulement un nom, mais aussi un verbe. Et c’est là, précisément, dans la confusion entre ces deux homonymes, que se cache l’un des enjeux de notre époque : sortir enfin de la préhistoire politique de l’humanité. Le pouvoir est un nom : celui de l’autorité qui dirige, qui gouverne, qui exerce tout ou partie des droits d’une autre personne ou de toute une communauté et qui agit pour son compte. Mais pouvoir est aussi et surtout un verbe : il signifie tout simplement être en capacité de faire. Passer du nom au verbe, tel est l’enjeu. Détruire le pouvoir en tant que rapport de domination pour libérer notre capacité à penser et à choisir nos vies.

Ce qui vaut pour la société vaut également pour nos luttes. Donnons à voir partout la société que nous désirons. Cessons d’accepter de nous organiser dans des structures verticales et de courir après des hommes providentiels. Passons à l’étape suivante.
Pour prendre nos vies mains, commençons par prendre nos luttes en main.

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L'ÉCOLOGIE DÉNATURÉE

Lukas Stella, septembre 2019

Pronostics sur le réchauffement surévalués ? Écran de fumée pour masquer les pollutions qui intoxiquent nos vies ? Des affaires pour qui ? Un climat de peur qui focalise nos réflexions et déforme nos compréhensions ?.. Quand les statistiques alarmistes sont admises par simplification de la complexité du fonctionnement des écosystèmes, il est prudent de douter et de chercher par soi-même.

Les théories du réchauffement climatique dépendent toutes des rapports des experts du GIEC. Celui-ci a été créé en novembre 1988, à la demande du G7. La décision du G7 avait été prise sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin de justifier le nucléaire et d'empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique. Le GIEC ne fait que des hypothèses prédictives, qu'il présente comme les données d'une réalité inévitable, et les possibilités deviennent très vite des certitudes scientifiquement prouvées. Les simulations semblent être d'une objectivité incontournable.
Ces devins, au service des gouvernements, annoncent le désastre pour très bientôt afin de répandre la peur et l'angoisse dans l'intention de calmer les ardeurs de quelques rebelles et administrer la soumission volontaire. L'extinction finale a été décrétée scientifiquement comme notre devenir inéluctable.

NE GÉRONS PAS LE DÉSASTRE !

Sous une dictature économique généralisée, les gérants politicards ont perdu le pouvoir. Les trusts transnationaux et les milliardaires imposent les réformes nécessaires à leurs affaires mafieuses et instaurent un système technologique automatisant leur domination sans partage.

Pour laisser libre cours au pillage de la planète, le capitalisme empoisonne la vie des populations ainsi que leur environnement. Contrôlés par les pouvoirs dominants, les experts du Giec ne sont pas crédibles. Leurs rapports sont incomplets, parcellaires, censurés, et leurs conclusions prédictives fantaisistes et mensongères. On perd beaucoup en liberté et en intelligence collective à subir l'autorité des experts de l'État. "Tout expert sert sont maître", "L'expert qui sert le mieux, c'est, bien sûr, l'expert qui ment." Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, 1988.

Si le climat se réchauffe ce n'est pas l'apocalypse. N'oublions pas que dans la période de l'an 1100 à 1300, nommée par les spécialistes le Medieval Climate Optimum, les températures étaient alors plus chaudes de 6 degrés par rapport à aujourd'hui, et ceci a été suivi par le petit âge de glace. Pourtant, la fin du monde n'a pas eu lieu.

Par ailleurs, limiter les causes de l'effet de serre aux gaz et à l'empreinte carbone de l'activité humaine, en ignorant l'influence prépondérante de la vapeur d'eau et des nuages, ainsi que beaucoup d'autres facteurs, est une hérésie scientifique et une absurdité écologique. Le principal responsable de l'effet de serre est la vapeur d'eau génératrice de la couverture nuageuse. Les micros et nanos particules, les pressions et dépressions, les océans, le bétonnage des villes, les rayonnements cosmiques, sont des phénomènes parmi bien d'autres qui jouent un rôle dans la formation des nuages, et donc modifient quelque peu un climat en perpétuel changement. La focalisation de tous les médias des pouvoirs oppresseurs, sur les prophéties d'un réchauffement leur permet d'occulter les graves pollutions qui s'emballent sur toute la planète. Ce qui est caché crée l'illusion, la peur et la soumission à un système qu'il s'agit seulement de perfectionner en le verdissant, afin de développer un éco-capitalisme profitable aux plus riches.
L'écologie récupérée, dénaturée et falsifiée, sert maintenant de prétexte aux nouvelles servitudes modernes, permettant le pillage effréné des derniers restes de vie à exploiter, détruisant la bio-diversité, intoxiquant tous les écosystèmes. Le désastre est déjà là, l'extinction des espèces, l'intoxication chimique et la bouillie électromagnétique généralisée... Reporter la catastrophe sur un futur hypothétique en la limitant au réchauffement, c'est autoriser, au présent, son expansion mortifère multiforme.

Ce système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par la destruction de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L'écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l'intoxication généralisée de la vie.
"Le catastrophisme d’État n’est très ouvertement qu’une inlassable propagande pour la survie planifiée – c’est à dire pour une version autoritairement administrée de ce qui existe. Ses experts n’ont au fond, après tant de bilans chiffrés et de calculs d’échéance, qu’une seule chose à dire : c’est que l’immensité des enjeux (des « défis ») et l’urgence des mesures à prendre frappent d’inanité l’idée qu’on pourrait ne serait-ce qu’alléger le poids des contraintes devenues si naturelles." René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Encyclopédie Des Nuisances 2008.

Au hasard d'interactions multiples enchevêtrées, émergent parfois des changements inattendus qui ne sont pas programmables. Les prévisions tirées des calculs informatiques amplifient les croyances de ceux qui les ont programmées. Dans des écosystèmes très complexes, les modèles informatiques ne sont pas très fiables et l'interprétation de leur résultats souvent extravagante.

La propagande médiatique ne discute que de chiffres, de dates, de doses et de statistiques. Les caprices du climat ne se modélisent pas dans leurs supercalculateurs, les aléas des interrelations des processus vivants ne se résument pas à une série de chiffres, les interactions hypercomplexes d'un écosystème global n'entrent pas dans leurs programmes étriqués, la nature ne s'informatise pas. Le climat est une variation permanente, une instabilité en interdépendance avec son milieu, un phénomène complexe et ingouvernable. Il n'y a pas de coupable, il n'y a que des interactions dans des ensembles multiples ouverts à leur environnement. Il n'existe pas de système isolé, car nous vivons dans un monde composé de relations. Isoler une partie, disséquer en fragments séparés un système d'interactions complexes détruit la compréhension de l'ensemble.

DÉTRUIRE CE SYSTÈME QUI DÉTRUIT NOS VIES

Les prédictions des experts gouvernementaux sont des suppositions scientistes, des commentaires idéologiques, des préjugés qui n'ont pas grand chose à voir avec la recherche scientifique. La science nécessite un questionnement et une remise en cause permanente, c'est ce qui maintient sa réfutabilité, et donc la préservation du dogme.
L'écologie récupérée est fragmentée, constituée de mesures chiffrées puis extrapolées, montées en représentations prédictives, en projections catastrophiques, administrant la réalité spectaculaire d'un capitalisme en décrépitude. Par ailleurs, l'écologie unitaire est un outil de compréhension globale de tout ce qui se vit sur terre, dans le contexte d'un écosystème élargi à la planète, avec ses interactions, dans le cours de leurs évolutions.

Le dérèglement climatique peut être catastrophique. Il n’y a pas que le climat qui ne va pas, notre existence même est menacée par une intoxication générale sans limite. Le désastre est déjà dans notre vie quotidienne, il a intoxiqué ce qui reste de notre survie, dévastée par un travail harassant et aliénant.
C’est le système d’exploitation de la dictature économique qu’il faut renverser ! Pollutions chimiques, génétiques, nanoparticules, nucléaires, électromagnétiques, le monde marchand ravage une planète en ruine, et détruit la vie dont il tire profit. L’intoxication est biologique et mentale, les nuisibles sont au pouvoir, les décideurs sont des casseurs de vies.

Pour les profits personnels de quelques hyper-riches, les gens de pouvoir empoisonnent la société et saccagent les équilibres fragiles de la vie. Il ne s’agit pas de croissance ni de décroissance du capital, mais du capitalisme lui-même, qui est par essence dévastateur. La nature est notre propre nature, nous ne voulons pas d’un monde qui pourrit nos vies. Il ne s’agit plus de survivre dans la misère mais de vivre pleinement.

Ni comptable ni devin, le désastre c'est maintenant. L'effet de serre n'est pas l'écologie, c'est un écran de fumée qui cache l'emballement des pollutions et l'intoxication de la vie. Peu importe les prédictions, c'est la pollution qu'il faut éradiquer, et le capitalisme, toxine de nos vies, qu'il faut éliminer. Il s'agit de construire un monde sans chefs et sans marchands, prendre nos vies en main par une auto-organisation égalitaire, une révolution écologique, sociale et libertaire. Détournement et débordement, à l’abordage du vieux monde en décrépitude, notre colère s'insurge contre une dictature économique mortifère, pour sauver la vie sur notre terre.

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CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE

Guillaume Deloison, 2017 (Extraits)

Nous faisons face à un système de dominations qui nous exploite et nous oppresse au quotidien. Le capitalisme déploie sa logique marchande dans la totalité de nos vies. Tout devient une simple marchandise, un moyen de profits, d’accumulation. C’est contre ce monde qu’il nous faut nous battre et organiser nos existences. Nous, en tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de dominations qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Libres et égaux. Déployer cette logique, communiser, c’est instituer des formes d’existence totalement incompatibles avec la persistance du capitalisme. C’est lier des relations concrètement égalitaires et libertaires, c’est faire du monde un commun. Comment construire notre puissance face au pouvoir, qui exploite, oppresse, détruit ; comment conquérir notre autonomie ? [...]

Ce n’est pas une mission historique, ce n’est pas en tant que classe du travail mais contre cette société de classe, cette hiérarchie, qu’il faut se battre. C’est une nécessité pour le vivant et ce qui veut vivre. Le pouvoir n’a jamais rien lâché sans y être contraint, il ne le fera jamais, il broiera tant qu’il peut. L’abattre est aujourd’hui une question de survie. Être pragmatique ce n’est pas négocier le pourcentage d’abattage des forêts, de population de poisson, de la toxicité de notre eau. Être pragmatique c’est abattre cette société de classe avant que l’autre moitié du vivant soit broyée. Il n’y a nulle part ou s’enfuir, il faut l’affronter.

En tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de domination qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Il est déjà possible de voir des actions se renouveler contre la domination, de façons plus ou moins spontanées. C’est par la violence que le capitalisme nous réduit à une simple donnée, un chiffre, une unité et dans ce processus il se créer des résistances, auxquelles la domination doit encore s’adapter. C’est dans une lutte que la société de classe s’impose ; Dans un antagonisme. Absentéisme, sabotage, vol, débrouillardise, réseaux de soutien, émeute, mise en commun, ZAD, etc. en sont les traces. La domination en mouvement se reconfigure, la classe se compose et se recompose. C’est de cette réalité matérielle qu’il faut partir pour élaborer une stratégie de lutte efficace.

Notre solidarité, la débrouillardise, la mise en commun sera une nécessité première pour vivre dans cet effondrement. Ne pouvant plus offrir un confort suffisant, ne pouvant entretenir l’espoir, le système de domination, pour persister, se fait plus autoritaire. Il faut s’organiser face aux appropriations étatiques ou même privées, mafieuses qui veulent faire persister cette société hiérarchique, qui veulent faire perdurer une forme d’exploitation et de société de classe. C’est dans la lutte que nous créons le commun.

Face à ce système totalitaire, il faut créer des poches d’air, des espaces de liberté, il faut s’attaquer directement à ce qui nous exploite, il faut détruire l’usine, détruire la ville-usine. Il n’y a rien à attendre de fausses solutions, qui ne font que reconfigurer la domination, qui ne font bien souvent qu’étendre la domination, le contrôle. Les autolib’ n’ont rien d’écologique, ce ne sont que des artifices marchands, elles ne sont qu’opium qui nous empêchent de construire de vraies solutions communément. Les centres commerciaux détruisent les liens que tisseraient des activités locales, autonomes. Les transports en commun, l’architecture des banlieues, les outils de travail, sont les outils de la domination auxquels s’attaquent spontanément les exploité-e-s, les vivant comme tels. Il faut détruire ce qui quantifie, dans le seul but de quantifier, d’échanger, il faut redonner aux rues leurs fonctions vitales, détruire les artères marchandes ; elles doivent être des lieux de vies et non de circulation des marchandises.

Dans l’action directe contre le système marchand, nous constituons un mouvement commun, nous conquérons notre autonomie. Ces actions peuvent prendre plusieurs formes, selon les dispositifs contre lesquelles elles se dirigent ; Comme le sabotage, pratique historique de l’anarcho-syndicalisme, qui doit aujourd’hui s’étendre aux champs élargis de l’usine, la ville, ses moyens de contrôle, les réseaux de transport marchands etc. À Grenoble, avril 2017, les valideurs à quai des trams ont était mis hors service en y versant un liquide corrosif. De façon répété, ce genre d’action peut permettre la gratuité des transports, faire payer les transports étant de fait impossible, réparer n’étant pas rentable; Comme l’occupation, la mise en commun de lieux de vie, tels les ZAD ou les Squats, qui tout en résistant au développement de la domination nous permettent d’organiser la lutte et de vivre, de vivre de nouvelles formes d’existence, des formes non-marchandes et non-hiérarchiques, communes et anarchiques. À notre dame des landes on affrontait un projet d’aéroport destructeur, on cultive, fait de la récup, à Bure on lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaire qui n’est qu’une impasse pour cette industrie ; Comme l’auto-réduction, qui consiste à imposer la baisse du prix d’un produit ou d’un service voire sa gratuité, à mettre en bien commun ce qui est produit tel que cela s’est fait dans le mouvement autonome italien des années 70. À Parkdale, suite à l’embourgeoisement, le propriétaire voulait augmenter les loyers, mais les locataires se sont organisé-e-s un par un et ont organisé une gréve des loyers, Ils ont arrêté de payer leur loyer et ont stoppé les augmentations qui menaçaient d’expulsions de nombreux locataires; Comme un potager commun ; Comme un groupe de discussion, d’agitation, d’information, d’entraide ; Comme du hacking, le développement de logiciel libre, de low-technologie ; Des placards communs dans nos quartiers, des plantations sauvages, des manif’ sauvages etc...

L’action directe est diverse et n’a comme limite que notre imagination, ce qui la définit c’est son caractère direct, nous agissons de nous même, avec nos propres forces et moyens, comme l’ont fait les anarcho-syndicalistes aux heures victorieuses de la CGT. Nous ne jouerons pas leur jeu parlementaire, nous n’avons pas d’intermédiaire, de représentant, de bureaucrate, nous ne déléguerons jamais notre puissance pour qu’elle se perde dans des négociations syndicales et politiques, ou des accords écologiques qui ne sont que du spectacle. Nous sommes autonomes, et nos actions sont directes, elles communisent contre le capital.

Notre autonomie n’adviendra que de nous même, elle ne pourra venir de la domination capitaliste, de son évolution logique, de l’avènement mécanique du socialisme ou même de la prise du pouvoir. Dans ce système en crise perpétuelle pour reconfigurer sa domination, il nous faut construire notre autonomie, il nous faut communiser, mettre en commun. C’est dépasser la propriété privé, individuelle, et la planification collective, c’est faire commun, s’articuler solidairement. C’est sur ces pratiques que se fondent nos modes d’existence futurs. Vivant l’autonomie, la défendre sera alors pour tous et toutes une évidence. Communiser, c’est un moyen de faire face aux difficultés que l’on rencontre dans la reproduction de nos existences, dans la crise. C’est une lutte contre le capital pour assurer notre survie. Nous communisons pour vivre mieux.

Entre ami-e-s, entre collègues, en groupes affinitaires, il nous faut nous organiser de façon égalitaire et libertaire. A travers nos relations il nous faut abattre les différentes dissociations qui nous classent, pour être concrètement égaux. Il nous faut instituer l’entraide pour nous libérer concrètement. Il s’agit de plus qu’une égalité ou d’une liberté formelle, abstraite, absolue, individuelle. C’est ensemble que l’on se construit, au consensus, avec l’accord de tou-te-s. Il nous faut créer des collectifs puissant qui vont s’attaquer aux processus et aux catégories institués de la domination(sa répression meurtrière, sa socialisation inégalitaire, sa misère et son luxe, sa violence etc). Des changements individuels, une morale individuelle, une pureté militante ne créera jamais un rapport de force qui émancipe. Toute exploitation, oppression, toute hiérarchie à travers nos relations doit être défaite, communément. La liberté n’est pas la liberté d’exploiter et d’oppresser. S’approprier, faire propriété, n’est pas liberté, n’est pas communiser.

Les situations concrètes étant plurielles et changeantes, les organisations adéquates seront nécessairement diverses. Selon les problèmes, selon les compétences, les besoins, les désirs, les moyens, l’organisation s’adapte au concret. Le concret déborde toujours nos planifications, déployons une rationalité qui en prend acte sans surplanifier encore. Les solutions ne préexistent pas aux différents problèmes, elles se construisent communément, selon les diverses déterminations qui nous lient. Manger, boire, se loger, se déplacer, produire, se fera avec et selon chacun, il faut initier, instituer l’entraide, plutôt que de s’en remettre à un État ou au marché. S’il est nécessaire de loger des personnes, voyons comment faire, construire ou réaffecter etc. De nombreuses choses dans notre quotidien, vivent déjà dans ces rapports d’entraides, en réalité pour beaucoup sans l’entraide, la survie ne serait même pas possible. C’est ensemble que l’on vit et répond à nos besoins, nos désirs, à notre volonté, comme réponse consciente de notre imaginaire à nos déterminations.
La médiation du système marchand nous tue, ses impératifs abstraits, économiques et politiques menacent tout. Il faut abolir l’économie en tant que rationalisation abstraite des besoins. L’économie n’est pas quelque chose qui aurait toujours existé, tout échange ne relève pas de rapports marchands, c’est une catégorie spécifique de notre période historique. Il y a d’autres moyens de répondre à nos besoins que la médiation du marché ou de l’état, nous pouvons répondre à nos besoins directement, communément, sans médiation, sans abstraction. Cette rationalité concrète vise la satisfaction immédiate, directe, autonome des nécessités de l’existence. C’est s’organiser selon nos propres règles, égalitaire et libertaire. Une chaise dans le capitalisme n’est pas la même chose qu’une chaise dans la communisation, car elle ne renvoie pas au même écosystème social, au même processus de production. Il faut imaginer ce qu’une ZAD à l’échelle d’un pays peut déployer comme puissance et comme diversité de formes d’existence.

Sans médiation qui nous exploite et nous oppresse, nous pouvons déployer notre puissance qui n’est plus fragmentée, divisée, hiérarchisée, classée. L’éducation, la santé, le logement, l’agriculture, l’architecture, l’art, l’amour prendront d’autres formes, libéré-e-s de la domination marchande et de sa rationalité abstraite. La technique doit être nécessaire, elle ne doit pas se développer pour elle-même, mais servir le commun, non pas le quantifier, le détruire. Des formes tout a fait nouvelles d’existences s’organiseront, chacun subvenant directement aux volontés des autres. Nous ne quantifierons, produirons pas sans fin, sous une autorité, ou dans un but abstrait, un but marchand, mais dans la concrétude et les limites de nos besoins communs. Nos activités doivent être l’expression de notre imaginaire face à la diversité des nécessités. Il ne doit pas y avoir de fondement absolu, mystique, à notre autonomie, il n’y a qu’une vérité crue, des déterminations concrètes auxquelles il nous faut répondre. Comme la science, nous procédons sans aucune autorité. Notre imaginaire en tant que capacité de notre corps à répondre aux déterminations a été, est et sera une force déterminante pour notre forme de vie. Il nous faut en saisir les limites, les failles, pour dépasser l’abstrait, pour faire de l’imaginaire la puissance sociale qu’elle est. Notre civilisation s’est organisée avec des chefs, cette hiérarchie n’est plus adaptée à la complexité du concret auxquels doivent faire face nos larges groupes sociaux. La communisation est un mouvement déterminé.

Selon les nécessités qu’impliquent les différentes échelles géographiques (locale, régionale, internationale), nous pouvons former des fédérations autonomes, égalitaires et libertaires. Bien sûr il est impossible que tout le monde s’occupe de tout, des personnes peuvent donc se charger de fonctions précises. Ces personnes n’ont pas de pouvoir décisionnel à proprement parler. Ils ne disposent d’aucun moyen coercitif pour imposer des décisions et peuvent être remplacé-e-s à tout moment s’ils ne peuvent tenir leurs responsabilités. Il nous faut nous organiser, nous coordonner comme un ensemble divers, souple et autonome, sans chefs ni représentant-e-s mais avec des responsabilités communes. La critique doit être courante entre nous, personne n’est parfait et sans chefs, c’est communément que l’on construit notre autonomie.

Cette autonomie peut nous permettre une diversité tactique, allant de la lutte non violente, de l’expérimentation de zones d’autonomies à des formes de luttes plus clandestines, qui se lient stratégiquement dans la lutte. Cette souplesse, puissance tactique face à la totalité capitaliste, est de plus un moyen de faire face au niveau de surveillance auquel il nous faut faire face. Il nous faut nous connaître pour nous faire confiance. Il nous faut veiller les uns sur les autres. Et sans centre d’organisation, il est d’autant plus difficile pour l’état de nous contrôler, de nous administrer, et de nous réprimer, nous casser. Sans chefs, notre mouvement est alors pour eux ingouvernable.

Ce qui nous lie c’est une lutte radicale contre toute domination. Cette radicalité est primordiale pour former un mouvement commun face au capitalisme et ses réactions. A travers cette rationalité concrète nous nous opposons à toutes variantes capitalistes, à tout alter-capitalisme, à tout anticapitalisme tronqué. Tout ce qui substitue notre puissance immédiate à une autorité supérieure ou une valeur absolue, abstraite, doit être combattu. Ces fascistes qui critiquent la société capitaliste à travers des catégories autoritaire, essentielles, comme « la nation »,  « la femme », affirmant le bien fondé des inégalités; Ces libéraux pour qui la liberté abstraite d’exploiter est si essentiel, qu’ils nient les inégalités ; Ces étatistes qui sont incapables d’entrevoir la sortie du capitalisme, et qui se contentent alors de gérer, de planifier les catastrophes, de façon plus ou moins autoritaire selon la conjoncture ; Ces fausses solutions écologiques qui sans faire la critique du capitalisme s’en remettent à un mysticisme ou à des technologies qui n’ont de durable que le nom. C’est face à toutes ces variantes qu’il nous faut lutter avec la ferme intention d’abattre le capitalisme. Il faut s’opposer radicalement au capitalisme pour ne pas en être une roue de secours. Nous visons plus que l’autogestion, l’auto-exploitation et la charité. Gattaz a bien proposé de sauver des entreprises par le bénévolat !

Il est nécessaire d’être offensifs et d’ancrer nos pratiques dans un rapport de force sous peine d’être récupérés. Solidaires dans notre radicalité nous constituons un front autonome, en rupture radicale d’avec le capitalisme. Aider son prochain, protéger un coin de nature n’a aucun avenir si on ne s’attaque pas radicalement au capitalisme qui finira par le bouffer. C’est conscient-e-s des nécessités écologiques et sociales que nous communisons. C’est cette lutte pour notre autonomie, qui construit notre futur monde commun.

Il faut prendre et produire communément ce dont nous avons besoins, il ne s’agit pas de comptabiliser, de quantifier, d’administrer abstraitement. La satisfaction de nos besoins, nos désirs, de nos volontés doit être sans médiation, autonome. Nous produirons, cultiverons non pas dans le seul but de quantifier, de hiérarchiser ; tout est commun, nous serons alors au delà du concept de gratuité. Bouffe, toit, meubles, outil, instrument, art etc. Dans la satisfaction immédiate et commune de nos besoins nous abolissons le travail, la propriété, la dissociation de la valeur marchande, les qualités diverses de chacun font irruption dans la quantité, les standards sont brisés ; Nous développons les moyens de notre autonomie ; nous déployons une rationalité concrète, pratique, qui brise les abstractions qui nous dominent ; Nous conquérons notre autonomie.


https://guillaumedeloison.wordpress.com/2018/02/03/conquerir-notre-autonomie/
https://www.youtube.com/channel/UCzB4XvWgVlXFI4ljbQXzmwA

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DU FÉTICHISME DE LA VIOLENCE

Louis, Colmar, Du fétichisme de la violence Louis, Colmar, mai 2019

L'État comme le capitalisme n'ont pu se développer historiquement qu'en détruisant, parasitant les communautés locales toujours peu ou prou fondées sur des formes variées de démocratie locale plus ou moins directe. Refonder aujourd’hui une nouvelle forme de démocratie directe suppose donc de redéfinir, détricoter les périmètres de compétence coercitive de l'Etat et simultanément ceux du marché. Les structures coercitives de l'Etat et du marché ne peuvent pas être réappropriées, fonctionner dans le cadre d'une démocratie directe. Pour le dire autrement, il est impossible de faire fonctionner démocratiquement l'Etat et le marché, ce qui implique qu'il faille repenser la coordination des entités locales de base à nouveaux frais. La centralité de la production économique marche de pair avec la centralité du pouvoir politique, même si aujourd'hui ces deux sphères se sont largement opposées par rapport à leur origine commune.

Il s'agit d'arriver à articuler le local et l'universel, mais un universel fondé sur la reconnaissance de l'altérité : l'universalité des Lumières était au contraire fondée sur le sentiment de l'identité substantielle. La crise historique actuelle est ainsi une crise de l'identité articulée à une crise de l'universel : ce qui nous renvoie à deux formulations idéologiques de la même crise, la tentative de réaffirmer une identité nationale en niant la possibilité de se référer à un universel, et l'affirmation d'une universalité vide qui cherche à nier la question de l'identité collective et du sens du vivre-ensemble. L'actuelle revendication de démocratie directe dans le cadre du mouvement des GJ peut également se lire dans le cadre de cette double crise de l'identité et de l'universel tels qu'ils ont été institutionnalisés. Et il s'agit bien d'une crise institutionnelle, d'une crise de l'institution passée de la société : la volonté de re-créer un lien social direct est une première réponse à cette crise globale, mais elle doit aussi tisser, articuler cette réponse avec une double, simultanée re-définition de l'identité et de l'universel. On voit tout de suite ici le problème posé par les "populismes" : le repli sur une identité nationale passée et l'abandon de la question de l'universel, simplement recadrée et caricaturée dans des frontières nationales. A l'inverse, les "écologismes" défendent un universalisme planétaire passé sans être capables de l'articuler à des identités en crises. Les humains n’ont pas seulement à redéfinir leur rapport utilitariste à la "nature", ils doivent aussi repenser la symbiose de l’humanité dans son univers. (...)

Je ne vois pas comment il serait possible de changer les rapports entre les humains sans changer en même temps notre rapport pratique au monde, et changer notre rapport pratique au monde est inconcevable sans abolir le capitalisme. Cette question est cependant complexe et défie largement notre intuition quant à ce que devrait, pourrait être un autre rapport réellement démocratique (démocratie directe) à la production et à l'enrichissement du lien social (plutôt que la production et l'enrichissement marchands). Notre intuition est en effet largement formatée par des siècles de centralisation du pouvoir symbolique et des siècles de centralisation de la production industrielle.

La problématique à laquelle nous sommes confrontés est que l'appareillage industriel du capitalisme se révèle aujourd'hui être devenu structurellement anti-démocratique, jusque dans le châssis de ses machines, jusque dans ses principes de conception et de fonctionnement. (Une centrale nucléaire en est un symbole flagrant...). Mon avis est qu'il faut remplacer la centralisation mondiale de la production par une libre diffusion de toutes les techniques permettant à chaque humain de maîtriser au maximum tous les aspects matériels de la production de sa vie, associé à une libre coordination des acteurs permettant de maîtriser un minimum une socialité commune. Cela suppose une transformation conceptuelle des machines qui n'auront plus pour objectif de produire des objets, mais de produire une autonomie individuelle imbriquée dans des autonomies collectives enchâssées les unes dans les autres, en dehors de toute possibilité d'appropriation privative de ces techniques et moyens, dans le respect des contraintes écologiques globales.

Face à une telle exigence d'autonomie individuelle et de libre association entre égaux (égaux parce que tous différents…), partout sur la terre, le présent contexte économique et politique, fondé sur la dépossession des moyens de production et la dépossession des moyens de contrôle de l'immense majorité des humains, on ne peut que conclure au caractère totalement artificiel d'un ordre qui fonde cette réelle dépossession universelle sur une prétendue inégalité intrinsèque des humains entre eux (rendue gouvernable par la fiction de la seule égalité juridique…). Il n'y a aucune justification possible au fait que les différences entre les humains soient instrumentalisées et hiérarchisées au profit exclusif de quelques-uns. Ces différences, la diversité, l'altérité, sont au contraire au fondement de la véritable richesse collective des humains, et seule la négation de ces différences dans un processus de sélection et de mise en avant d'une "qualité" radicalement discriminante permet à une société inégalitaire de se mettre en place et de se maintenir. Pour le dire autrement, une société inégalitaire discrimine la diversité des qualités humaines dans un processus de différenciation hiérarchisé d'un "mérite" de référence, pour sélectionner des élites qui n'apparaissent telles que tant qu'il est possible de donner un crédit quelconque à ce processus de différenciation.

La présente crise sociale peut ainsi également être lue, par-delà la dénonciation des incompréhensibles et scandaleuses inégalités de fortune, comme la remise en cause du système dominant de justification des inégalités qualitatives entre les humains eux-mêmes. Et lorsque ce système de justification s'effrite, son iniquité finit par se lire et se vivre comme violence. La réponse de tous les bénéficiaires de ce système de justification face à sa crise de légitimité a jusqu'à présent toujours consisté à invoqué une violence dont eux-mêmes seraient la victime dans une complète logique d'inversion de la réalité. On en a encore une preuve récente avec les récentes répressions des manifestations des GJ.

La dénonciation médiatique et politique de la violence, tout particulièrement dans l'actuelle crise sociétale, relève clairement de l'incantation magique : il s'agit, en particulier lors de toutes les interviews ou dans tous les discours officiels, de désigner un "ennemi fétichisé" qui n'a aucun titre à faire partie de "la" société, et de totalement décontextualiser la situation historique vécue pour seulement entretenir la peur du chaos. Vous ne dénoncez pas la violence, par principe et sans condition ou retenue aucune, c'est que vous vous excluez automatiquement de "la" société, qui se trouve de fait légitimée (c'est du moins l'objectif...). Le point important c'est que cette violence qui est dénoncée sur toutes les places médiatiques n'est jamais la violence réelle, n'est jamais le moment et l'expression historiquement construite d'une crise, mais seulement la preuve irréfutable du caractère inévitablement et fondamentalement mauvais, pervers, maladif, irrationnel, antisocial de leurs auteurs (liste non exhaustive bien sûr), et indissociablement de tous ceux qui ne dénoncent pas sans réfléchir cette violence fantasmée. Il est rigoureusement impossible dans le monde médiatico-politique de parler de violence réelle sans commettre un sacrilège, au sens religieux du terme.

L'objectif de tous les pouvoirs établis est de donner le maximum de consistance à cet "ennemi fétiche", de créer et d'entretenir le plus large consensus autour et contre lui, pour, ensuite, faire l'amalgame entre cet "ennemi fétiche" et tous ses opposants qui ne respectent plus la fiction de l’unité nationale. La dénonciation par le pouvoir actuel de la "violence" est tellement caricaturale qu'il est en train de vendre la mèche du caractère fétiche de la violence qu'il dénonce. Son problème est que sa légitimité tient entièrement à l'invisibilité de ce fétichisme... Si le corps politique arrive à percevoir qu'il y a une différence qualitative entre la violence dénoncée par le pouvoir et la violence vécue, alors il est à en train de jouer sa survie.

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DE LA NÉCESSITÉ DE LA FIN D'UN MONDE

Lukas Stella, avril 2019

À l’ère industrielle, la production de biens s’est développée par la technologie et son appropriation capitaliste, qui en se surdéveloppant s’est accaparé le pouvoir sur notre société d’êtres humains. Cette technologie rend productible tout ce qui existe sur Terre en le transformant en marchandise et le rendant accessible par l’intermédiaire du marché. L’outil reste au service de l’usage que la main veut en faire, mais la machine nous force à nous soumettre à elle. La machine est la propriété des capitalistes, elle est étrangère à l’homme qui travaille, dépossédé de son activité elle le rend étranger à sa production, et il devient alors étranger à lui-même. La machine entraîne par nécessité la machinisation du monde, et la technologie sa marchandisation. Tout est calculable par les machines comme valeur marchande, l’homme y compris. Tout est profitable aux plus puissants pour produire toujours plus d’argent. Les choix technologiques des industriels ont verrouillé les progrès scientifiques à venir, bloquant toute évolution sociétale humanisante. La marchandisation totale du monde est l’unique perspective de la réalité en spectacle, sa consommation le consumera, détruisant tout par son exploitation mortifère.

Notre société est un système machinique d'oppression où le pouvoir a été usurpé grâce à la dictature d'une économie mondialisée qui se dissimule comme technique incontournable de gestion. Marx parle du capitalisme comme un automate, un rapport social d'exploitation de l'homme par l'argent, où "Il ne s'agit plus d'échanger une marchandise contre une autre par le biais de l'argent, mais de produire plus d'argent grâce à des marchandises" (Le Capital, tome I). Avec de l'argent, par le biais d'une marchandise on produit plus d'argent. Mais la marchandise est aujourd'hui partout, l'argent lui-même est devenu marchandise. C'est alors qu'avec l'informatisation du monde, l'argent peut maintenant se multiplier automatiquement à l'infini, échappant aux contraintes de la production, par des spéculations financières opaques, dans des réseaux parallèles en dehors de tout contrôle. Plus de 80 % des richesses du monde passent par des échanges immatériels entre ordinateurs qui se font sans entrave à la vitesse de la lumière, à l'ombre de réseaux obscurs.

Depuis que les machines ont amplement remplacées les météorologues, les résultats calculés par ces automates sont exactes et pourtant de plus en plus fantaisistes. Les calculs prédictifs sur les aléas de la vie sont toujours plein d'erreurs. Les processus complexes d'auto-organisation qu'inventent spontanément les phénomènes vivant ne se réduisent pas à des calculs sur des mesures. Les machines limitées à la reproduction de leurs programmes n'ont pas d'intelligence situationnelle globale pour comprendre les interactions complexes et hasardeuses du monde des vivants. L'intelligence artificielle est une escroquerie de grande envergure, un artifice publicitaire inventée par les marchands de machines pour faire plus de profits, une machination idéologique pour rabaisser la réflection humaine à une reproduction de procédures préfabriquées, assimilant les êtres vivants à des marchandises mécaniques programmées. Il s'agit d'imposer une soumission totale à une machinerie mondiale, gérant sa propre reproduction pour les profits exclusifs d'hypers marchands qui contrôlent la fabrication et le fonctionnement des machines. Le seul but à cet informatisation généralisée de la société est le développent des inégalités et la concentration du pouvoir au mains de quelques milliardaires.

La crise permet à certains de bien meilleurs bénéfices. Ce qui rapporte le plus de nos jours ce sont les jeux sur les financements des dettes, des crédits et des obligations. La dette publique mondiale représente plus de deux fois le poids de l'économie du monde. Les dettes créent de l'argent, beaucoup d'agents, et c'est beaucoup trop de liquidités qui circulent dans les sphères de la haute finance. La crise est une escroquerie, une source de profit sans limites pour des milliardaires suicidaires qui ruinent l'avenir, pour toujours plus de profit qui permet d'appauvrir et d'asservir toujours plus les populations. Plus des trois quarts de l'argent des hyperriches sert à la spéculation, pariant sur un avenir incertain et un peu près n'importe quoi, sans même avoir les fonds nécessaires, multipliant les dettes, faisant gonfler des bulles financières qui leur rapporteront des fortunes lors de leurs éclatements, tout en provoquant des désastres économiques planétaires sans précédent. Le futur a été pillé, la faillite du capitalisme a déjà commencé.

L'explosion démographique, la course effrénée aux profits, l'obsolescence programmée des marchandises, le gaspillage institué, l'exploitation destructrice de la nature et de l'homme démolissent une société fragilisée en ruinant la vie, par la destruction des forêts et des espèces, la disparition des insectes, dont une grande partie de pollinisateurs... Les pollutions chimiques, nucléaires et électromagnétiques risquent de se répandre et de s'accentuer dangereusement menaçant notre santé. La montée des eaux dues au dérèglement climatique, plus de deux mètres à la fin du siècle, va inonder une grande partie du littoral, condamnant à l'exode la majorité de la population mondiale. La quantité d'eau potable a diminué de moitié en 50 ans. La fonte des glaciers menace d'assèchement la plupart des fleuves, durant l'été, compromettant l'irrigation et les cultures. On a perdu en un demi siècle un tiers des terres arables. L'érosion des sols et la désertification s'étendent dangereusement. L'épuisement des ressources naturelles, et des métaux rares nécessaires à la fabrication de batteries et du matériel informatique. La nourriture appauvrie qui n'a plus de pouvoir nutritif, l'effondrement de la fertilité des sols, la chute vertigineuse de la biodiversité, les dérèglements écologiques, la nouvelle instabilité climatique et la dégradation générale de la nature mettent en danger l'agriculture et l'alimentation des populations. La croissance de la pauvreté et les famines qui s'annoncent, notamment en Afrique, vont provoquer d'énormes migrations des populations menacées de mort.

Toutes les courbes indicatrices de production ou de consommation sont exponentielles et grimpent à toute vitesse alors que les ressources s'épuisent progressivement. Les spécialistes cherchent à limiter le désastre, minimiser les dommages à quelques millions de morts acceptables, sans trop savoir ce qu'ils font. Il n'est pas possible d'appréhender le changement d'un système du point de vue de son fonctionnement interne, selon ses propres termes. Les dirigeants tâtonnent à l'aveugle dans un enchevêtrement de doubles contraintes, prisonniers de paradoxes qu'ils ne discernent pas et qui les dépassent. Ce système d'exploitation marchand n'envisage d'autres solutions que celle de perdurer dans son auto-destruction mortifère, occultant en permanence la fin de son existence comme seule condition de survie. C'est cette omission qui crée l'illusion d'un bien-être d'apparence dans une intoxication mentale généralisée.
Plus on a une connaissance des catastrophes que le système enchaîne, des détériorations désastreuses, plus on cherche à s'adapter et essaient de survivre dans des conditions devenues extrêmes. Notre adaptation à la machine nous intègre peu à peu à son fonctionnement catastrophique, elle nous machinise à son programme destructeur.

Nos conditions d'existences sont gérées par ordinateurs qui nous ordonnent dans leurs procédures. Dans une société informatisée, on résout les problèmes de façons techniques par une fuite en avant technologique. La raison technique passe pour un moyen de légitimisation du pouvoir dominant, l'oppression devient une nécessité technique, et tout s'accélère dans une atrocité inhumaine. En s'emballant, le système engendre une dictature du désastre qui prétend gérer la catastrophe tout en la produisant, pour en tirer les meilleurs profits jusqu'à la fin.

Notre planète a ses propres limites à la destruction, et lorsque le système dépasse ses seuils de tolérance, ses pics butoirs, s'amorce une rupture, il accélère le dépassement des autres limites, et la courbe de croissance exponentielle atteint sa dernière phase, dépassant un niveau qui ne garantit plus la stabilité, l'interconnexion des réseaux produisant alors un emballement général, une contagion qui devient instable, inconnue, imprévisible, inévitable et irréversible. Notre monde et notre espèce sont maintenant dangereusement attaqués et menacés par la marchandisation généralisée.

Le catastrophisme préfigure la fin du monde, il se construit dans l'apparence permanente d'un instant immobile, l'omission de tout bouleversement, sans renversement possible ni changement de perspective. Le catastrophisme est une soumission durable à l'inévitable programmé. Mais il va de soi que sans prédire l'avenir, on peut percevoir qu'un vaste processus destructeur a déjà commencé. L'ignorance des population précipitera la chute du système. Le choc sidère, la perte des illusions conformistes commotionne et fige les perceptions dans un refus de comprendre le cours des événements.

Le système est en train de s'autodétruire dans l'illusion béate de son accomplissement technologique. Nous en sommes au début de la fin du capitalisme, à l'aube obscure d'un nouveau monde, encore possible. Personne ne peut prévoir ce qui va émerger de ce chaos, les réactions provoquées par cette dévastation sans précédent ouvrant les portes de l'incertitude, du hasard, de la vie. Sortir d'urgence de cette société marchande inégalitaire, injuste, invivable et mortifère est inévitable et fondamental.

La précarité du monde conduit à des contestations précipités parcellaires, des apparences de révoltes épisodiques dont le seul but est d'être vu, de passer à la télé. La représentation visible occulte la volonté de changement globale qui l'anime. La récupération, par le système, de sa contestation passe par les polémiques des politiques partisanes. La récupération des révoltes en actes passe par le réformisme syndicale corporatiste. Les syndicats négocient avec nos exploiteurs les conditions de notre exploitation, la quantité de souffrance acceptable pour survivre, alors que ces révoltes expriment la nécessité de l'abolition de l'esclavage du travail et la volonté de renverser la dictature économique qui en gère le fonctionnement. Ce système marchand totalitaire n'est pas réformable, il suit sont développement technologique irréversible, l'exploitation capitaliste y est sans entrave et non négociable, on ne discute que de détails sans importances. Inexorablement, le capitalisme entraîne l'humanité dans encore plus de misères et de souffrances.

La forme de nos combats n'est pas une fin en soi, mais seulement un moyen parmi d'autres. L'apparaître de nos actions produit des images de soi plus importante que les actes de libération. Le changement en spectacle produit des représentations qui n'ont plus besoin de se transformer, la mise en scène d'une révolution phantasmée qui économise sa réalisation effective. Personne n'a à imposer aux autres sa manière de faire. Il ne s'agit ici que de bricoler ensemble une organisation souple au fur et à mesure des actions communes. Aucune structuration prédéfinie des combats ne sera une garantie de la radicalité révolutionnaire de nos luttes. Seules nos pratiques vivantes de prolétaires antiautoritaires et égalitaires portent en elles leurs devenirs.

Le libre contenu de la révolte cassant la normalité et désintégrant la soumission dans l'action, dans sa perspective révolutionnaire en rupture avec le vieux monde, est déjà sa forme en train de se réaliser. Seule une remise en cause globale sans équivoque peut permettre le début d'un changement effectif de nos vies, par l'appropriation du pouvoir de décision sur nos conditions d'existence et la libre auto-organisation égalitaire locale, tout en renversant la dictature marchande qui nous détruit et intoxique notre monde.

La fin de ce monde est une nécessité vitale. Quand tout semble sous contrôle, figé, réprimé, il y a toujours une part émergeante non assujettie, un no-man's land imprévu où s'auto-organise un brin de vie qui s'est échappé pour ne pas disparaître. Quand la pression des pouvoirs dominants augmentent des fuites apparaissent et se propagent, des débordements dissimulés se répandent là où on ne les attendait pas. La révolution n'appartient à personne, sinon à tous ceux qui la font, libre de son développement en devenir, inventant les incroyances d'un nouveau monde en construction.

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NATURE DE LA CRISE ACTUELLE DES GJ

Survie de merde Louis, Colmar, janvier 2019

La crise des GJ (gilets jaunes) marque peut-être d’une pierre « jaune » la mise en évidence de la contradiction entre la mondialisation de l’économie et son incapacité à assurer la survie individuelle des humains. Ce qui s’effondre sous nos yeux c’est le mythe selon lequel le capitalisme, certes, augmentait les inégalités, mais qu’en contrepartie il permettait malgré tout à l’humanité entière d’accéder à un minimum de dignité. Ce rêve d’un « progrès » de nos conditions d’existence, par-delà le développement des inégalités, vole aujourd’hui en éclat.

Le mouvement des GJ met le doigt sur une réalité qui défie aujourd’hui l’entendement : non pas une panne du progrès, mais son effondrement. Ce que nous vivons ce n’est pas l’émergence d’une société à deux vitesses, avec un secteur mondialisé qui irriguerait avec plus ou moins de justice le reste de la société, comme on a pu et voulu le croire d’une manière ou d’une autre jusque dans les années 1980. Non. Ce qui se passe sous nos yeux, c’est la mise en évidence du fait que l’économie mondialisée détruit l’économie de subsistance de la majorité des humains. Cette destruction des équilibres traditionnels en a depuis toujours été le moteur, mais, au moins, jusqu’à ces dernières années, le progrès matériel qu’il a entrainé profitait d’une manière ou d’une autre à l’ensemble de la population (avec toutes les inégalités et injustices que l’on voudra bien mettre en avant, avec raison, pour en relativiser la portée).

Ce qui s’est passé depuis le tournant néolibéral des années 1980, c’est que les puissances économiques globales qui conditionnent notre existence, ont littéralement fait sécession d’avec la vie quotidienne de la majorité de la population mondiale, à un degré et avec une intensité sans plus aucune mesure avec ce qui avait pu se faire auparavant. Jusque dans les années 1970, les économies nationales pouvaient encore se targuer d’une relative autonomie, dans le contexte général d’une économie vécue comme inter-nationale, à un moment où les grands leaders économiques se pensaient et agissaient encore comme des multi-nationales, et jouaient encore peu ou prou leurs partitions dans les cadres nationaux existants. Ils permettaient ainsi une très relative cohérence dans le développement des économies nationales dans lesquelles elles étaient impliquées.

A partir des années 1980, le caractère multi-nationale de l’économie s’est transformé en économie mondialisée. Cette mondialisation se caractérise par le fait que les groupes économiques mondiaux jouent désormais contre les économies nationales, et non plus avec. Les économies nationales ne sont plus des « partenaires » mais des centres de profit dont les diverses règles de protections sociales sont des coûts à élaguer (dumping social et fiscal à l’échelle mondiale totalement assumé et revendiqué !). Tous les Etats, y compris ceux de l’OCDE, se sont adaptés avec plus ou moins de casse à ces nouvelles règles de jeu, officiellement pour préserver l’emploi, plus prosaïquement pour sauvegarder ce qui peut l’être de leurs rentrées fiscales. (...)

Ce que l’on décrivait jusqu’à présent comme une économie à deux vitesses, l’économie mondialisée et l’économie localisée, doit maintenant être décrite comme une économie éclatée, brisée et irréconciliable. L’économie mondialisée vampirise l’économie localisée, en lui imposant ses normes techniques, sociales, financières, ses logiques de rentabilité et ses référentiels de salaire. Cette guerre, l’économie localisée vient de la perdre, car le niveau des salaires qu’elle est encore capable de proposer à la population n’est plus à la hauteur de ses besoins, n’est plus en mesure de permettre aux gens qui travaillent de vivre de leur salaire. Je pense que cette situation est irréversible.

Le mouvement des GJ marque pour moi le basculement politique de la mondialisation dans les pays dits riches. L’originalité n’est pas que la population demande à pouvoir vivre de son travail, mais que cette revendication ne puisse plus être satisfaite par une augmentation des salaires dans l’économie réelle, dans l’économie « localisée ». Le mouvement des GJ s’inscrit dans la rupture entre ces deux mondes, sa prise de conscience sensible, rupture que les partis politiques, les syndicats, la presse en générale, sont incapables de voir et de comprendre et qui explique en grande partie le rejet et la méfiance dont ils sont l’objet. Tous leurs modèles d’analyse reposent en effet sur l’inévitable priorité à donner à l’économie globalisée, qui est pour eux tous un socle non questionnable : ils ne savent littéralement pas voir l’abime qui s’est creusé entre deux mondes. Et c’est de cet abime que les GJ hurlent leur soif de vivre.

Il est remarquable que cette revendication d’augmentation des revenus ne s’adresse que marginalement aux entreprises, et qu’elle se traduise plutôt par une revendication de diminution des taxes et impôts. J’aurais tendance à penser que c’est la conséquence de l’intuition de cette rupture entre les deux économies, du savoir intuitif que l’économie réelle dans laquelle est plongée la population a perdu la partie face à l’économie globalisée. Et comme les politiques, les syndicats, les médias ont comme univers mental la société globalisée, ils ne comprennent pas ce qui se passe sous leurs yeux. Pire, ce qui leur fait peur dans le mouvement des GJ c’est précisément qu’ils refusent de s’inscrire dans le référentiel théorique et idéologique de la mondialisation, justement parce que ce qu’ils demandent en premier c’est le droit de vivre décemment immédiatement, sans plus aucune considération pour tous les discours qui leur promettent que demain ira mieux, qu’il faut juste un peu de temps, qu’il faut seulement s’adapter, faire les sacrifices nécessaires.

Il me semble que le mouvement des GJ s’inscrit au cœur de l’émergence de cette rupture entre les deux économies. Que le mouvement des GJ se soit développé autour des ronds-points pourrait relever d’un sens poétique historique remarquable. Le rond-point est en effet un lieu, ou plutôt un non-lieu, intermédiaire entre la ville et la campagne, et qui n’est ni la ville ni la campagne, tout comme les GJ n’ont plus de vraie place dans ce que sont devenus les villes, ni dans ce que sont devenus les campagnes. Les ronds-points censés être des fluidificateurs de la circulation sont devenus le symbole du grippage sociétal.
Il me semble que le mouvement des GJ marque le renversement du sens du progrès qui a structuré le développement de notre monde depuis le milieu du XVIIIe siècle : le développement de l’économie devient visiblement anti-humain, anti-social, quand son développement contradictoire aggrave visiblement et nécessairement la situation vécue de la moitié de la population, non seulement à l’autre bout du monde, mais à l’intérieur même de tous les pays, y compris dans les pays dits riches. C’est le sens profond de la revendication de principe du rétablissement de l’ISF. Ce qui est pointé par le mouvement des GJ, c’est qu’il n’y a plus d’économie nationale quand les deux économies qui la caractérisent tirent dans des directions opposées. L’enjeu est de comprendre que nous sommes arrivés à un point de non-retour. Nous sommes aujourd’hui arrivés à un point de bifurcation : l’intégration à l’économie mondiale est une impasse, tout comme le rétablissement d’une unité économique à l’intérieur de frontières nationales est impossible. La question n’est plus de savoir ce qu’il faudrait faire pour qu’un pays, en tant que tel, puisse s’intégrer efficacement à l’économie globalisée, mais combien de temps l’illusion sur cette possibilité peut encore durer. La question européenne relève de la même problématique : le fonctionnement actuel de l’Europe est un échec flagrant, et le repli sur des entités nationales une impossibilité.

La question du chômage est emblématique de cette problématique. Tous les gouvernements des pays riches font de cette question du taux de chômage un indicateur de leur efficacité, mais ils se moquent littéralement de la population. Déjà ils considèrent qu’il y a plein emploi si le seuil de chômage ne dépasse pas 5% (soit environ 1,5 millions de personnes en France). Cela veut dire qu’ils admettent comme une nécessité structurelle le fait qu’il est quasiment impossible de descendre le taux de chômage en-dessous de ce seuil, alors qu’en même temps on stigmatise les chômeurs. D’autre part ce qui leur importe c’est que les gens ne soient pas inscrits au chômage, n’existent pas dans les statistiques : la qualité, ou plutôt l’absence de qualité des emplois qu’ils occupent n’a aucune espèce d’importance, pas plus que l’indécence des seuils minimas des salaires versés. Quand ils disent qu’il n’y a quasiment pas de chômage en Allemagne ou bien aux USA sous prétexte que dans ces pays les gens occupent plus d’emplois que dans d’autres pays, emplois qui ne permettent pas de vivre à des millions de gens quand bien même ils en occupent plusieurs, de qui se moque-t-on ? Le taux de chômage est d’ailleurs une arnaque : un taux de chômage bas est censé être un indicateur positif de la capacité politique des dirigeants, quand dans le même temps un taux de chômage élevé est dans les faits un indicateur boursier positif de la situation économique du pays en question. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent. En effet, la promotion d’un taux bas s’adresse à la population qui subit le chômage (les exclus de la globalisation), tandis que le taux élevé s’adresse à ceux à qui le chômage profite…

Cette question du chômage doit devenir un marqueur de la contradiction entre ces deux économies : le chômage n’est pas un dysfonctionnement annexe du fonctionnement de la société, et qui à ce titre pourrait être corrigé. Il doit devenir évident pour tous que le chômage est le lubrifiant qui permet à l’économie de tourner, et qu’à ce titre la stigmatisation des chômeurs et des pauvres en général est un scandale sans nom. Le chômage est d’ailleurs devenu l’horizon social qui attend tous les salariés. C’est ce que l’on nous dit implicitement lorsque l’on nous assure que plus personne ne peut espérer faire un travail donné toute sa vie : les hommes ne sont plus qu’une matière première jetable pour l’économie globalisée, et tout ce qui relève de l’économie localisée n’est qu’une forme particulièrement instable de la gestion du chômage. Il aujourd’hui est totalement illusoire de croire que l’économie localisée soit en mesure de rattraper, de compenser, de corriger les dégâts de l’économie globalisée.

Le chômage a changé de sens, de signification. Alors qu’il pouvait être considéré jusqu’à maintenant comme un accident entre deux emplois, il est devenu la situation « normale » de l’économie localisée, l’emploi devenant un accident provisoire de l’économie globalisée, les entreprises elles-mêmes, peu importe leur taille, devenant également de plus en plus éphémères. La théorie du ruissellement avancée pour cautionner l’autonomisation de l’économie globalisée doit être prise au premier degré : le ruissellement est bien un phénomène destructeur qui creuse en profondeur le sol en empêchant son irrigation, tout comme la financiarisation de l’économie globalisée assèche l’économie localisée.

L’approche que font les deux principaux mouvements politiques qui courent après les GJ, LFI et RN, est caractérisée par la même erreur d’analyse, qui repose sur l’ignorance de cette fracture profonde de l’économie, sur l’ignorance de sa divergence désormais insurmontable. La gauche (LFI, La France Insoumise, insoumise à quoi ?) considère que le problème est une mauvaise répartition des richesses, et qu’il suffirait de drainer un flux suffisant de capitaux de l’économie globalisée vers l’économie localisée pour résorber en grande partie leur écart, et ainsi permettre à tout le monde de vivre. La droite (RN, Rassemblement National, rassemblement de quoi et de qui ?) considère au contraire que si on donnait la priorité à l’économie localisée l’incidence de l’économie globalisée se réduirait d’elle- même, et d’autant plus vite que les groupes globalisés seraient économiquement recentrés sur une entité nationale (pourtant aujourd’hui pour eux totalement fictive). Les deux ont tort car ce qui est en cause ce n’est pas un équilibre à trouver entre le local et le global, de gérer autrement leur complémentarité telle qu’elle existait jusqu’à récemment. Il s’agit d’acter leur réconciliation impossible, le caractère irréductible de leur antagonisme, là où l’ensemble du champ politique, y compris ses versions de gauche (LFI) et de droite (RN), ne cherchent qu’à gérer d’une manière ou d’une autre ce qu’ils croient être une complémentarité. Cela passe aujourd’hui par la nécessité d’une double redéfinition. Il s’agit en effet de réinventer en même temps le local et le global, ce qui peut donner sens à la vie de chacun à l’endroit où il vit tout en imaginant de nouvelles solidarités à l’échelle planétaire qui est nécessairement, crise du climat oblige, notre horizon d’espérance commun. Tant que ce mouvement des GJ refusera de choisir entre ces deux économies, il sera un terreau d‘espoir, et c’est pourquoi il doit refuser avec force de s’inscrire dans le jeu politique, donc électoral. Il doit continuer à trouver la force d’obliger tous les acteurs de la société à se positionner face à lui, mais en gardant et construisant ses propres règles (c’est l’ambition que je vois dans la dynamique lancée à Commercy, l’assemblée des assemblées).

J’ai la faiblesse de croire que le mouvement des GJ, de par son refus de s’inscrire dans le jeu politique (par-delà la diversité indéniable de ses acteurs, et peut-être certainement même grâce à elle), et sa position de principe touchant à son exigence d’une réévaluation immédiate et non négociable de la vie quotidienne (par-delà toute considération sur le caractère économiquement réaliste ou non de ce qui fait une vie décente), par son exigence de démocratie directe (entendue aussi comme besoin impérieux de retrouver immédiatement une prise pratique sur notre vie commune), est en train de faire exploser ce monde. Pour le moment le jeu est encore ouvert : les pompiers réussiront-ils à éteindre l’incendie ?

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APPEL DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES DES GILETS JAUNES

Assemblée des assemblées des gilets jaunes Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en Assemblée des assemblées, réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable.

Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable.
Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales !

Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.
Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement.

Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera !
Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre !
Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de
communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider !
La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire.

Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société !

Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

Macron Démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.

Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy.
Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

https://www.youtube.com/watch?v=gJI5_us3RJI

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APPEL ANTIAUTORITAIRE SANS FRONTIÈRES

Pour une journée de résistance simultanée, sans frontières, le 10 décembre 2018, contre le durcissement du capitalisme et de la société autoritaire

Partout dans le monde, au prétexte de la dette des États, le pouvoir ne cesse d’accroitre les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres et de détruire la planète.

Partout dans le monde, ce recul de nos droits et ce saccage de la vie s’accompagnent d’une amplification de la surveillance et de la répression contre tous ceux qui s’y opposent.

Partout dans le monde, le pouvoir tente de diviser pour mieux régner en détournant la colère sur le dos des migrants qu’il fait passer pour les principaux responsables du malheur des opprimés.
Partout dans le monde, le fascisme ne cesse de monter, stade ultime du capitalisme, paroxysme de la société autoritaire, prêt à éliminer ses opposants et tous ceux qui lui déplaisent.

Partout dans le monde, le pouvoir se prétend légitime au prétexte, d’une part, de lois qu’il écrit lui-même pour conserver et renforcer sa position, et, d’autre part, d’élections périodiques qui n’ont rien de démocratiques puisqu’elles sont le produit de la fabrique de l’opinion par les médias de masse qui appartiennent à la classe dominante.
Partout dans le monde, le pouvoir usurpe sa position et nous vole nos vies.

À la différence des classes opprimées du 19ème siècle, au temps où elles commencèrent à s’organiser au niveau international et à se révolter, nous sommes aujourd’hui face à deux problèmes nouveaux qui s’ajoutent aux précédents : la course contre la montre technologique face à un pouvoir qui ne cesser de se renforcer grâce à de nouveaux moyens de surveillance et de répression, ce qui rappelle les œuvres prophétiques de Orwell et de Huxley, et la course contre la montre écologique face à un capitalisme qui, en plus de nous exploiter, arrive maintenant à un stade où la destruction de la Terre sera bientôt irréversible.

Nous ne pouvons donc plus attendre. Nous ne pouvons plus nous contenter de lutter chacun de notre côté, chacun à l’intérieur de nos frontières, chacun dans le cadre de nos luttes spécifiques sur toutes sortes de sujets, chacun avec nos différentes façons de penser et d’agir.
Il devient urgent de faire converger nos résistances, un jour par mois, à compter du 10 décembre 2018 et, par la suite, tous les 10 de chaque mois, en même temps, partout dans le monde, parallèlement à nos luttes locales quotidiennes.

Nous proposons un jour par mois d’actions simultanées contre le durcissement du capitalisme et de la société autoritaire. Un jour par mois pour rappeler partout que cette lutte est globale. Un jour par mois pour évoquer l’urgence de nous mobiliser partout et d’en finir avec le pouvoir et l’exploitation. Un jour par mois pour entrer dans un compte à rebours, reprendre confiance en nous, devenir plus nombreux, et préparer ensemble la fin de la société autoritaire et du capitalisme.
Le 10 de chaque mois est le premier jour à deux chiffres, comme un changement d’ère, d’époque, de maturité. Car nous devons sortir de la préhistoire politique et économique de l’humanité avant qu’il ne soit trop tard.

Parmi nous, pas de chef, pas de responsable, pas de direction syndicale, pas de bureau d’un parti, pas d’homme providentiel, pas de d’avant-garde éclairée : nous proposons uniquement et simplement un jour de convergence globale par mois, mais nous ne voulons en rien diriger ni coordonner quoi que ce soit. Juste donner une impulsion de départ, avec ce texte et les actes qui vont s’ensuivre.

Nous ne proposons pas non plus une marche à suivre, une façon de faire, un cadre précis à nos actes ce jour-là : à chacun de lutter comme il l’entend là où il se trouve et de cibler ce qui lui semble important. Descendre dans la rue un même jour, partout dans le monde, est déjà quelque chose d’important, ne serait-ce que pour parler et préparer la suite en occupant des places, des terres, des usines, et plus, beaucoup plus, si certains le souhaitent.

À chacun d’imaginer sa façon de résister ce jour-là et de la faire savoir, éventuellement avec des photos ou des vidéos, à travers nos médias libres et autogérés partout dans le monde, comme les indymedia, par exemple.
À chacun de traduire dans d’autres langues ce message et de le propager, sur Internet et jusque sur les murs des villes, pour que chaque 10 du mois, nous soyons toujours plus nombreux et plus déterminés.
Personne ne nous libérera que nous-mêmes : c’est à nous de prendre au plus tôt nos vies en mains.

Le pouvoir n’est pas à conquérir, il est à détruire.

Des anarchistes, libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes et anti-autoritaires de plusieurs régions du monde (Grèce, France, Argentine, Espagne, Algérie, Italie, Mexique, Belgique, Canada, Allemagne…)

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QUELQUES LIGNES SUR LA FIN DU MONDE

Véloce, septembre 2018

D’autres l’avaient prévu, mais nous sommes en train de le vivre : la fin du monde est un spectacle de plus. Des plaies dignes de la Bible s’abattent chaque semaine (hécatombes d’animaux en tous genre, fonte des glaces, incendies, canicules, inondations, séismes et tsunamis) et pourtant ce fait indéniable entre tous est lui aussi mis à distance, éloigné, contemplé. Cet arrêt de mort qui concerne tout le monde ne semble concerner personne, et surtout ne nécessiter aucune action digne de ce nom. Jamais il n’a été plus brûlant que la réalité soit transformée, et jamais elle n’a été si désertée au profit de son reflet spectaculaire, devenu cybernétique. Si les nouvelles de l’apocalypse saturent les réseaux sociaux, elles ne sortent personne de sa torpeur.

D’habitude, on considère que la population subit son destin capitaliste avec la même fatalité que s’il s’agissait du bon ou du mauvais temps. Cela dit pour exprimer ce paradoxe que sa situation politique, sur laquelle elle peut évidemment agir, lui paraît aussi distante et insurmontable que les nuages. La chose est allée si loin qu’elle s’est renversée : de nos jours, la population subit le désordre du climat comme elle suit avec résignation son destin capitaliste, et parce qu’elle le suit. Cette résignation dans l’aliénation a atteint son point extrême : le climat même, qui était pourtant l’archétype de la chose sur laquelle l’humanité n’a pas de prise, est devenu aujourd’hui un enjeu politique de première importance, et la preuve ultime qu’il faut prendre nos affaires en main. Le soleil et la pluie, la neige et le vent qui paraissaient si lointains, sont à leur tour victimes du désastreux état de la société.

Le capitalisme est devenu un mode de destruction tant il reproduit notre existence matérielle en menaçant de la détruire à court terme. Son essence abstraite – strictement quantitative, se révèle à tous, dans la mesure où il est activement en train de faire abstraction de la vie sur Terre, pour le maintien de la valeur marchande. Il lui faut continuer quoiqu’il en coûte à transformer de l’argent en davantage d’argent. De ce fait, jamais les moyens de produire n’ont été si développés, et jamais leur finalité n’a été si nuisible.

S’il en fallait une preuve, en voici une qui ne manquera pas de surprendre les générations futures, si tant est qu’il en advienne : pendant que le monde brûle, tout un pan de la technologie actuelle est occupé à un invraisemblable chantier de matérialisation de l’idéologie, sous forme de réalité virtuelle. La disparition du monde est comme compensée par l’élaboration de sa réplique en images de synthèse. Par un étrange parallélisme, tandis que la fin du monde se réduit à des images, les images sont agrandies à l’échelle d’un monde. C’est un marché d’avenir. (…)

Cette incapacité de penser la totalité, au moment même où elle se manifeste le plus violemment, explique l’impuissance absolue des mouvements politiques. D’un côté des débris de partis et de syndicats mènent à reculons et avec un siècle de retard des luttes réformistes pour garder les emplois et les salaires d’un travail aliéné qui est en train de tout détruire ; de l’autre des écologistes veulent que le climat soit une priorité pour le gouvernement, c’est-à-dire un marché de plus, pendant que leur aile réactionnaire prône le retour à la terre. La perspective révolutionnaire est la seule valable. Elle résout ce faux dilemme entre luttes écologiques et luttes économiques qui en a mené plus d’un dans le piège de la décroissance.

C’est le même mouvement qui libère l’homme et l’animal, qui redonne du sens à l’existence et préserve l’environnement, parce que c’est la même logique et la même organisation sociale qui nous mène au désastre et qui vide – très concrètement, chaque chose de sa substance. Les gens comme les fruits n’ont plus aucun goût. Dans un cas comme dans l’autre, c’est l’abstraction marchande qu’on éprouve, la finalité de la vente substituée à celle de l’usage. Et nous ne parlons pas des villes et des distractions d’aujourd’hui. L’espace et le temps sont réglés de façon concentrationnaire. Tout a la forme du malheur.

De la même façon, si nombre de variétés de plantes sont devenues stériles, c’est parce que la lutte des classes est perdue pour le moment, et que la propriété capitaliste est allée jusque là. C’est le même processus de travail, amputé en tous sens, bâti exclusivement pour l’extorsion de plus-value, qui épuise le travailleur et les sols. C’est la même concentration du capital qui appauvrit les gens et fait monter les eaux. De ce fait, bien plus que le recyclage ou le veganisme, la grève devient un geste écologique de première importance. Les révolutionnaires sont les seuls écologistes conséquents.

Certains avant-gardistes bien installés disent qu’il est déjà trop tard, et que même une révolution ne changerait rien à l’inévitable effondrement. Il faut renverser cet argument avant d’y répondre. Contrairement à ce que ces résignés veulent croire, un effondrement de la société ne signifie pas nécessairement la fin du capitalisme et de nos misères. Il pourrait se traduire par l’approfondissement terrible de sa logique : les dernières gouttes d’eau potable se vendront à prix d’or, de même que les dernières parcelles sans radioactivité. On voit déjà des paysans chinois faire le travail des abeilles et polliniser des pommiers à la main. On défend déjà l’exploitation extrême des coursiers à vélo sous prétexte qu’ils ne polluent pas. On propose de bâtir des murs pour arrêter la fonte des glaces.

Quant à la révolution, elle ne sera peut-être pas suffisante. Mais elle est en tous cas nécessaire. Elle seule permettrait de rediriger et de transformer l’appareil productif en vue de l’usage, d’abolir la médiation de la vente et la concurrence ; donc d’élaborer de façon concertée une reproduction matérielle qui ne mette pas le monde en péril et cesse d’empoisonner les gens. Et sans s’arrêter là, qui pourrait être belle et libérer le temps. Malgré ses proportions bibliques, tout le monde sait que la catastrophe a été faite de main d’homme. C’est la mort manifeste de toute métaphysique, critique ou non. Elle révèle même aux plus bornés que l’humanité est seule maîtresse de son destin. Que seul un type de rapport entre les hommes menace le vivant tout entier. Que la vie ne peut plus attendre, et qu’elle en vaut la peine.

http://www.lisez-veloce.fr/

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INTOXICATION MENTALE

Lukas Stella, août 2018

Représentation, confusion, aliénation et servitude

Nous oublions trop souvent que nos points de vue varient selon les situations, notre histoire et notre culture. Si notre mode de vie influe sur nos perceptions, voir d’une certaine façon crée sa propre réalité. Nous survivons sous influence d’un système qui formate nos conditions d’existences.
De notre éducation jusqu’au travail et son monde de fétiches, les religions, les croyances et les idéologies manipulent notre esprit. Le matraquage publicitaire nous bourre le crâne de clichés et de comportements à reproduire pour se donner l’illusion d’exister dans la mise en scène de nos apparences. Dépossédés de nos personnalités nous sommes conditionnés par nos représentations spectaculaires.
Intoxiqués par nos prothèses numériques, programmés par des machines omniprésentes, emportés par un désastre de confusions, nous sommes aliénés dans une soumission béate, une consommation exaltée et frénétique.
Mais cette intoxication mentale n’est que superficielle et manque de cohésion. Tout n’est qu’affaire d’apparences trompeuses se fissurant à la surface des choses marchandes en perte de crédit. Cette société en faillite dysfonctionne et se désagrège, mais renaît aussitôt par métamorphose à l’envers du décor.

CONDITIONNEMENT TOXIQUE
(extraits du premier chapitre)

La culture dominante, le formatage de l’éducation, l’abdication aux idéologies économiques, les pressions médiatiques répandues en permanence par les technologies de l’information nous influencent malgré nous, à petites doses sur le long terme. Nous nous adaptons à ces contraintes de manière inconsciente, devenant peu à peu malléables et manipulables, dans une accoutumance pouvant aller jusqu’à une réelle toxicomanie psychologique.
Croire que ce que l’on voit est la seule véritable réalité est un principe erroné. Il s’agit de comprendre comment notre point de vue n’a plus besoin de partir du constat d’un monde objectif véridique, unique et indépendant de l’être humain qui le décrit, réalité extérieure où évoluent des individus subjectifs soumis à cette réalité étrangère, mais plutôt d’hommes libres vivant dans un monde partagé, composé de multiples réalités personnalisées dépendantes de la situation.

Il s’agit de voir ce que cela peut nous apporter ; quel intérêt pour appréhender les nouveaux changements d’envergures qui ne manqueront pas d’arriver ; quelle importance cela peut avoir pour dépasser les contradictions insurmontables qui s’annoncent, et pour détourner les conflits qui menacent de se répandre en cette fin de civilisation, période où s’achève une société en ruine où tout dysfonctionne, et où le “chacun-pour-soi “ entraîne une guerre barbare de tous contre tous.

Il y a urgence de développer des pratiques ouvertes sur de nouvelles possibilités collectives par l’utilisation d’une pensée dialectique situationnelle et antiautoritaire, qui seule nous permettra d’effectuer le renversement de perspective nécessaire à la construction collective d’un changement radical, et ceci, avant de ne plus pouvoir ne pas sombrer, emporté par l’écroulement d’un système nécrosé en décomposition.
Il est maintenant primordial, dans cette société dite de communication où prolifèrent les prothèses communicantes, là où la communication brille par son absence, de bien comprendre comment fonctionne la communication entre individus, base de la vie sociale, afin de ne pas rester bloquée par ses pièges qui pullulent de partout. Les productions de marchandises de “non-communication », développées par la caste dominante, nous enferment dans des représentations mises en spectacle, envahissant tout l’espace, tout le temps.

Libérer notre manière d’appréhender le monde de cette aliénation pathologique, nous permettra de nous reconstruire une vie commune dans l’auto-organisation libertaire d’un nouveau monde humain, devenu incontournable en cette fin de société, où règnent confusions et barbaries. Notre pensée contextuelle sans certitude, avec ses contestations dialectiques, est incontrôlable, car elle ne sera pas comprise ni récupérée par les gens de pouvoir. Ils sont dans l’incapacité d’appréhender le vécu dans ses contradictions à partir d’un extérieur possible, un devenir désiré émergeant dans son expérimentation situationnelle, un combat en codérives incertaines et créatives.

En quelques années, la société marchande s’est mondialisée et informatisée de toutes parts. La confusion a envahi le monde de la pensée, par de nouvelles convictions aveugles, des croyances absolues. La réflexion s’est figée dans la contemplation d’une réalité immuable, qu’on ne peut plus remettre en question. Notre conception du monde a été insidieusement polluée par les médiations d’une réalité mise en représentation par les multinationales de la communication. Nos représentations ont été conditionnées, et ont modifié nos perceptions des réalités qui nous sont devenues étrangères. Nous avons été possédés par la dépossession de notre monde directement vécu. Cette séparation toxique nous a dessaisies de tout pouvoir sur nos conditions d’existence, et les possibilités de changement réel nous apparaissent inaccessibles.

L’économie n’est qu’une façon de regarder le fonctionnement de la société qui donne à tout ce qui existe, une valeur marchande. Le marché dirige le monde, et les décideurs essaient de suivre sans vraiment comprendre. Avec l’abandon des régulations et la privatisation des décisions par la libéralisation du marché, les dirigeants de l’État ont perdu le pouvoir sur l’économie et la finance, et se retrouvent réduits aux fonctions de simples gestionnaires d’un système qui leur échappent. Alors que tout se complexifie dans de multiples interactions mondialisées, les experts, référents de l’exactitude, spécialiste de leur domaine restreint, sont dépassés par les évènements. Parce qu’ils ne peuvent pas concevoir d’ailleurs à leur totalitarisme économique, les décideurs ne peuvent pas comprendre le système dans son ensemble, n’ayant aucun recul, et c’est pour cela qu’ils ne peuvent pas le gérer rationnellement.

La majorité des hommes ne voient pas, ou refusent simplement d’admettre, l’agonie du dieu économique, intoxiqué par ses contradictions, et ce, à cause de l’anxiété qui en découle. La mort de l’économie capitaliste commençant à devenir largement envisagée, le désespoir croît et le nihilisme gagne du terrain. Quand le capital menace de s’écrouler comme un château de cartes de crédit, et que l’argent conditionne toutes relations, c’est l’échange généralisé sous la forme barbare du non-partage, le profit égoïste comme seule morale, qui produit l’escroquerie générale, qui répand la misère et la confusion.

On ne voit que ce que l’on veut bien voir. L’observateur modèle sa vision à son image sans s’en rendre compte, il crée ainsi sa propre réalité intransigeante. C’est alors que nos croyances conditionnent nos perceptions et nos actes. Lorsqu’elles sont partagées par un grand nombre elles constituent un environnement propice, un système sectaire qui renforce cette croyance en une doctrine systématique intransigeante.
En séparant le monde du sujet observant, on le réduit à une réalité d’objets extérieurs, étrangers au sujet agissant. Le monde est alors objectivé, c’est-à-dire transformé en une accumulation d’objets séparés du vécu. Un monde objectif apparaît comme la seule réalité apparente d’un monde en représentation qu’on ne peut plus saisir directement. L’objectivation réalise son objectif qui est de prendre tout phénomène comme objet de commerce, réifiant l’existence dans ses interactions avec les autres. Toute relation devient échange de marchandises dont on doit, à tout prix, tirer profit aux dépens de l’autre.

Les rapports marchands, ayant envahi tout le temps et tout l’espace disponible, s’imposent de partout par un automatisme des attitudes. La répétition de certaines situations entraîne une prédisposition réflexe à la reprise de comportements familiers, intégrés comme étant opérationnels. La stéréotypie des habitudes échappe à toute volonté. Les automatismes accommodateurs procèdent par associations analogiques ou par adaptations systématiques à un contexte spécifique, ils déclenchent des procédures inconscientes empêchant la réflexion et rendant inaccessible toute remise en question. La répétition des routines crée l’accoutumance qui engendre des attitudes conservatrices dans une conformité autoprotectrice. C’est un sous-programme tournant en arrière-plan qui n’autorise aucun changement. On croit tout comprendre sans se rendre compte qu’on ne cherche même plus à comprendre.
On pense trop souvent que ce que l’on voit ou entend est vrai parce que “ça” existe, et que c’est la bonne réalité qu’il faut apprendre aux autres qui ne la partage pas. On doit absolument les convaincre et les persuader. Tant que nous ne permettrons pas aux autres d’être eux-mêmes, comme ils l’entendent, et à nous-mêmes d’être libres de nos choix, il sera impossible de ne pas chercher à posséder les autres, à les soumettre à sa convenance, impossible d’aimer authentiquement, sans névrose, un autre être humain.

La réalité est une croyance qui n’est pas dans ce qui est observé, mais dans la relation qu’a l’observateur avec des gens qui ne croient pas à la même réalité. Les choses ou les évènements ne sont réels que relativement à la manière dont on les observe. L’explication de l’observateur dépend des rapports qu’il a avec la réalité dont il parle. Le mot n’est qu’une étiquette d’une opération, mais pas la chose elle-même. C’est l’opération d’observation qui fait distinguer les choses et les phénomènes, et par là même, les fait exister. On n’observe pas des objets, on les contextualise dans nos relations avec les autres.
L’expérience du monde réel n’est pas séparée de nous, sa réalité ne nous est pas extérieure, nous l’expérimentons avec d’autres et l’incarnons en la vivant. C’est notre monde que nous construisons à partir de ce que nous en percevons, que nous formalisons avec nos interprétations et lui donnons du sens avec nos représentations. Quand nous comprenons notre expérimentation du monde, nous faisons corps avec lui, il ne nous échappe plus, et nous pouvons commencer à nous le réapproprier. C’est alors que l’on peut reprendre librement le pouvoir sur notre vie.

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SOLIDARITÉ AVEC NOTRE-DAME-DES-LANDES

Raoul Vaneigem, avril 2018

Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes illustre un conflit qui concerne le monde entier. Il met aux prises, d’une part, les puissances financières résolues à transformer en marchandise les ressources du vivant et de la nature et, d’autre part, la volonté de vivre qui anime des millions d’êtres dont l’existence est précarisée de plus en plus par le totalitarisme du profit. Là où l’État et les multinationales qui le commanditent avaient juré d’imposer leurs nuisances, au mépris des populations et de leur environnement, ils se sont heurtés à une résistance dont l’obstination, dans le cas de Notre-Dame-des-Landes, a fait plier le pouvoir. La résistance n’a pas seulement démontré que l’État, « le plus froid des monstres froids », n’était pas invincible — comme le croit, en sa raideur de cadavre, le technocrate qui le représente —, elle a fait apparaître qu’une vie nouvelle était possible, à l’encontre de tant d’existences étriquées par l’aliénation du travail et les calculs de rentabilité.

Une société expérimentant les richesses de la solidarité, de l’imagination, de la créativité, de l’agriculture renaturée, une société en voie d’autosuffisance, qui a bâti boulangerie, brasserie, centre de maraîchage, bergerie, fromagerie. Qui a bâti surtout la joie de prendre en assemblées autogérées des décisions propres à améliorer le sort de chacun. C’est une expérience, c’est un tâtonnement, avec des erreurs et des corrections. C’est un lieu de vie. Que reste-t-il de sentiment humain chez ceux qui envoient flics et bulldozers pour le détruire, pour l’écraser ?

Quelle menace la Terre libre de Notre-Dame-des-Landes fait-elle planer sur l’État ? Aucune si ce n’est pour quelques rouages politiques que fait tourner la roue des grandes fortunes. La vraie menace est celle qu’une société véritablement humaine fait peser sur la société dominante, éminemment dominée par la dictature de l’argent, par la cupidité, le culte de la marchandise et la servitude volontaire.

C’est un pari sur le monde qui se joue à Notre-Dame-des-Landes. Ou la tristesse hargneuse des résignés et de leurs maîtres, aussi piteux, l’emportera par inertie ; ou le souffle toujours renaissant de nos aspirations humaines balaiera la barbarie. Quelle que soit l’issue, nous savons que le parti pris de la vie renaît toujours de ses cendres. La conscience humaine s’ensommeille mais ne s’endort jamais. Nous sommes résolus de tout recommencer.

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OUBLIEZ MAI 68 !

Extrait d'un tract du Comité d'Action pour le Pouvoir des Conseils Ouvriers,
distribué à St-Étienne en mai 1969.

Tel est le slogan implicitement contenu dans le tapage politico-merdique, le bruit qui succède, un an après, à la première manifestation de la grande Fête Révolutionnaire qui balaiera les restes pourris du vieux monde. Oubliez vite ce que vous avez vécu en mai 68, et redevenez de braves ptits étudiants. (…)

En mai 68 est née une nouvelle jeunesse de la révolte. En même temps, l’université s’est mise à sécréter abondamment la pâte réformiste destinée à consolider le système chancelant : sous leur phraséologie révolutionnaire, les groupuscules « gauchistes » sont en effet de purs produits de l’ordre bourgeois, appelés à impulser les transformations nécessaires au maintien de la Société du Spectacle. Il n’y a qu’à les entendre parler de « défense des intérêts des étudiants », de « regrouper à la base les étudiants progressistes », et autres galimatias, pour se rendre compte qu’il s’agit là de la plus magnifique fausse-couche du crétinisme estudiantin.

Que fait en effet le « vrais étudiant » dans l’université ?.. Il s’initie à la domination, il apprend son futur rôle d’exploiteur, il se masturbe dans sa misère (intellectuelle, politique, psychologique et sexuelle). En fait, c’est un crétin qui se gargarise des paroles mortes de vrais étudiants professeurs, nommés « professeurs d’université ». L’étudiant se fatigue à apprendre l’ignorance, il s’entraîne à ne plus posséder d’esprit critique, tout en avalant les mensonge creux de ses maîtres stupides qui lui font croire qu’il s’initie là aux « vérités supérieures » de la « haute culture ». L’étudiant est un apprenti cadavre.

Dans le spectacle social du système capitaliste, le statut d’étudiant n’est qu’un rôle provisoire, une situation de transition. L’Université est là pour lui imposer une conduite stéréotypée, un comportement unidimensionnel, après quoi lui sera délivré un brevet d’intégration à la société spectaculaire. Pour cela, l’étudiant doit bien sûr apprendre sérieusement les discours sérieux de la culture morte. Il doit s’habituer à prendre sérieusement les vessies pour des lanternes, jusqu’au point où le réflexe conditionné l’empêchera de s’apercevoir de l’existence même d’une différence. Dès lors, après la castration définitive de son énergie créatrice, il deviendra un jour ce qu’il rêve de devenir : le parfait robot-type cybernétique dont la société marchande a besoin.

La révolution prolétarienne n’a pour but de changer la forme juridique de la société, mais bien, comme disait Marx, de « transformer le monde », ou, selon le mot de Rimbaud, de « changer la vie ». Un révolutionnaire doit donc avoir pour le moins la passion de défendre sa volonté de réalisation individuelle et le désir de libérer sa propre vie quotidienne. (…)

Paul, mai 1969.


1968 1973 Saint-Etienne révolutionnaire
http://1968-73saint-etienne.over-blog.com/

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D'UN MAI SAUVAGE À L'AUTRE

Appel international à converger sur Paris le 1er mai


UNE EFFERVESCENCE RÉVOLUTIONNAIRE

Aujourdíhui, certains journalistes, intellectuels, artistes et politiciens souhaitent commémorer l'année 68 et ses révoltes, qu'ils présentent comme animées uniquement par le désir de démocratie capitaliste, de plaisir individualiste et libéral. Une fois encore, il s'agit de vendre, de l'audimat, des torchons littéraires et des bulletins de vote ; il s'agit en fait de neutraliser et de mettre à distance ce qui a pu se jouer de politique lors de l'une des années les plus subversives, violentes et offensives de l'après-guerre. Analyser l'histoire pour marteler sa fin, évoquer la fougue et la révolte d'une génération pour mieux enfermer et pacifier la suivante.

Les étudiants parisiens entament le mois de mai en occupant la Sorbonne, les revendications singulières explosent, le refus d'un monde s'exprime sur les murs des villes et s'incarne dans les barricades nocturnes. Les ouvriers rentrent rapidement dans la danse et déclenchent une grève générale sauvage qui paralyse le pays. En deux semaines, le gouvernement plie et accorde des concessions sociales historiques, concessions rejetées par les grévistes...

A Mexico, pendant plusieurs mois, un mouvement pour la liberté d'organisation et contre la répression politique alterne manifestations de centaines de milliers de personnes, occupations des universités et lycées, et affrontements de rue. L'État mexicain achèvera le mouvement en assassinant plus de deux cents personnes lors du massacre de Tlatelolco.

Derrière le rideau de fer, un nouveau gouvernement lance un processus de libéralisation politique, soutenu par le peuple qui accélère sa mise en œuvre : liberté d'expression et de réunion, fin de la censure, ouverture des frontières vers l'Ouest, limitation du pouvoir de la sureté d'État. Il faudra que des chars investissent les places pour mettre fin au printemps de Prague.

Les Viêt-Congs lancent l'offensive du Têt contre les principales villes du Sud. Si les assaillants sont globalement repoussés après quelques semaines, cette offensive montre au monde les capacités de l'armée populaire vietnamienne, annonçant les débuts de la défaite américaine.

En Italie, le mouvement étudiant entre dans sa deuxième année. Partant d'une critique du système universitaire, de son autoritarisme et de sa fonction capitaliste, le mouvement déborde ce cadre, se mêle de politique internationale et de questions domestiques, enchaîne les grèves, quitte les campus pour se fondre dans les villes, et connaît ses premiers affrontements victorieux contre les flics. L'année 68 s'inscrit dans les débuts de la longue séquence rouge italienne, douze années d'expérimentations et de conflits politiques, d'occupations, de grèves, d'émeutes, de lutte armée, de radios pirates, d'expropriations, de quartiers en rébellion. Un bouleversement de tous les aspects de la vie...

Ailleurs aussi, au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Sénégal, un mouvement d'émancipation sans précédent secoue la planète : libérations sexuelle et politique, luttes contre toutes les formes d'autorité, mouvement féministe et dissidence politique ; refus du travail, du monde de l'économie et de ses diktats ; vies communautaires et illégalismes ; naissance de l'écologie radicale et rejet du système académique, réappropriation de savoirs ; rébellion contre l'impérialisme, l'institution militaire et les guerres coloniales.

Les femmes et les hommes qui ont porté ces luttes en ont payé le prix fort, des dizaines de milliers de blessés et de morts, de prisonniers et d'exilés. Mais ils ont aussi connu des victoires et des puissances nouvelles, expérimenté des formes de vie et de combats inédites ; fissurer le monde pour en faire émerger d'autres, inconnus et fous... Partout, ce sont des alliances entre ouvriers et étudiants, entre hommes et femmes, entre immigrés et citoyens nationaux qui ont forgé l'ampleur et l'intensité de ces mouvements, l'altérité comme puissance commune, une manière de désarçonner l'adversaire, de se réinventer, d'apprendre à se battre, et à gagner.

ILS COMMÉMORENT, ON RECOMMENCE

Malgré toutes ces tentatives révolutionnaires, le régime capitaliste a continué sur sa lancée, de mutations en récupérations, de pics de croissance en crises mondiales, le monde est plus malade qu'il ne l'a jamais été.

Les citoyens européens sont supposés être au sommet de la liberté, leurs vies regorgent de choix palpitants. Le choix de liker ou pas, le choix de cette marchandise de merde, ou de la suivante, le choix de ce parti ou d'un autre, qui mèneront de toute façon la même politique, et, évidemment, le choix du type de cancer qui nous fera crever... Une abondance de trajectoires vides de sens pour nous faire oublier notre absence de destin, voilà ce que le capitalisme offre aux "privilégiés" de notre époque. Quant aux autres, les millions de migrants fuyant les guerres, la pauvreté ou les destructions climatiques, ils sont condamnés à l'errance et à la mort aux portes de l'Europe, ou, lorsqu'ils arrivent à passer, à devenir la main d'œuvre exploitée du patronat, ainsi que la chair à canon sur laquelle les polices occidentales expérimentent leurs techniques répressives.

Sur le plan de l'égalité, certaines femmes blanches et cultivées peuvent aujourd'hui devenir des managers comme les autres, et même parfois les dirigeantes de grandes puissances mondiales. Mais le nombre de viols et de féminicides ne diminue pas pour autant, et les femmes racisées continuent à être le ciment inavouable de nos sociétés : laver, soigner, assembler, éduquer, et surtout rester invisibles.

Le travail est plus que jamais imposé comme la valeur cardinale de notre société. Les chômeurs sont traqués, méprisés et éradiqués. Uber, Amazon et leurs armées de managers "créatifs" entreprennent de ré-inventer le fordisme et un mode d'être au monde où chaque seconde est comptée et contrôlée : le culte de l'instant, un présent perpétuel ne laissant aucune place au passé ni à l'avenir...

Au niveau global, on ne peut plus compter le nombre d'espèces animales disparues ou en voie de disparition, pas plus que le nombre d'écosystèmes détruits ou le degré de pollution des océans. Le monde de l'économie continue d'imposer toujours plus la domination de la planète, et la destruction de toutes les formes de vie.

Dans cet univers merveilleux émergent heureusement une forme de conscience lucide, des tentatives de subversions et de confrontations. Un peu partout, la désertion progresse, le capitalisme vert et les politiciens professionnels ne font plus rêver que les idiots ou les salauds. Des alliances se tissent, des migrants occupent des places et des bâtiments, rendent visibles leurs existences et leurs expériences, des femmes s'organisent ensemble pour faire valoir leurs droits, leurs voix et leurs vies. A une échelle plus large, des réformes politiciennes ou des meurtres policiers peuvent entraîner des éruptions politiques massives et inattendues, des grands projets d'infrastructure donnent parfois naissance à des communes libres et à des transformations sensibles de territoires entiers, certaines réunions des dirigeants de ce monde finissent par la mise en échec de milliers de policiers et le saccage en règle de métropoles hyper-sécurisées.

Dans le cadre de ces tentatives, un appel à se rendre à Paris pour un mois de mai sauvage a été lancé par des camarades français. Par ce texte, nous souhaitons répondre positivement à cette invitation, et la relayer auprès de tous nos complices et amies, en devenir ou éprouvées.

Nous nous rendrons à Paris parce que nous pensons que, tout autant que l'état du monde, les mots et l'histoire méritent eux aussi un combat. Il ne s'agit pas de fétichisme ou d'idéalisation d'une période révolue, mais de se nourrir, de rendre vivantes une mémoire, une histoire, des vies et des luttes, ainsi que les désirs et visées qui les ont traversés. Il y a cinquante ans, des milliers de compagnons se sont lancés à l'assaut du ciel. Qu'ils aient finalement échoué à abattre le capitalisme n'est pas l'important. Ce qui nous importe, ce sont les questionnements, les gestes et les élans qu'ils ont posés et comment leur faire écho, comment les respirer, les interroger, les réitérer peut-être. Comme le disent nos amis zapatistes, l'avenir est dans notre passé...

Nous nous rendrons également à Paris pour ce qui s'y joue actuellement, pour soutenir nos camarades français et présenter nos meilleurs vœux à Macron. Élu sur le rejet de la classe politique traditionnelle et se présentant comme "apolitique", Macron met en œuvre depuis un an une politique néolibérale à un rythme frénétique : destruction des droits sociaux, autoritarisme assumé, accroissement du contrôle étatique. Sa première erreur pourrait être de mener actuellement de front des réformes du baccalauréat, de l'accès à l'université et de la SNCF, tout en ayant rendu clair qu'il s'apprête à démolir le secteur public français. Les cheminots, connus comme étant les ouvriers les plus combatifs, ont initié un mouvement de grève qui affectera fortement les transports à partir de début avril. De nombreux lycéens et étudiantes ont commencé à bloquer et occuper leurs écoles et universités. Dans la fonction publique, les travailleurs comprennent que les cadences infernales et le management agressif auxquels ils sont soumis ne feront qu'empirer. Bien sûr le gouvernement double ses attaques politiques d'attaques médiatiques contre les cheminots et les fonctionnaires, alors que les occupations de lycées et díuniversités font face à une répression policière et administrative féroce.

Mais la journée de grève et de manifestations du 22 mars 2018 a laissé voir une combativité et une détermination qu'on n'avait plus vu depuis le mouvement contre la loi travail de 2016 : 180 manifs dans toute la France, les systèmes ferroviaires et aérien durement touchés, des cortèges de tête massifs et offensifs. Personne ne peut dire comment ce début de mouvement évoluera dans les semaines à venir, mais il y aura un enjeu certain à créer des ponts, multiplier les rencontres et les mondes à partager : envahir les gares en manif, ouvrir les assemblées, occuper des lieux, trouver des cibles communes... Essayer de sentir et de combattre ensemble, pour que le printemps qui vient dépasse líhistoire et libère enfin un temps dont on s'éprenne.


Rien n'est fini, tout commence...


https://www.lespaves.net/1968-2018-dun-mai-sauvage-a-lautre-appel-a-converger-sur-paris-le-1er-mai/?lang=fr

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DE LA DESTINÉE

Raoul Vaneigem, De la destinée (extraits), 2015

Le stade de délabrement auquel est arrivée une civilisation, bâtie par l’homme et contre lui-même, révèle l’imposture d’un système fondé sur l’inversion de l’homme et de la vie. Chacun est désormais amené à redécouvrir, avec sa spécificité d’être humain, un potentiel de création que la croyance à son statut d’esclave le dissuadait de revendiquer.
Destin et destinée s’opposent. Version profane de la Providence, le destin, identifié au hasard, à la fatalité, à la nécessité, est inéluctable. La destinée, elle, met en œuvre les capacités créatrices de l’homme en voie d’humanisation, la faculté de se créer en recréant le monde. À l’encontre des mécanismes du corps fonctionnel et rentabilisé, elle tend à privilégier le corps mû par une énergie vitale qui a été vampirisée pendant des siècles pour être transformée en force de travail.
Construire sa destinée concrétise la réalité d’une vie authentique, s’émancipant de l’état de survie où elle végétait. Tout annonce une mutation de civilisation, une société où il nous appartiendra d’éradiquer les comportements prédateurs en établissant la prééminence de la vie et de la conscience humaine.

Pendant des siècles, des générations de prédateurs se revendiqueront d’un mandat céleste pour s’approprier des êtres et des choses. En d’interminables querelles, ils se partageront et se disputeront le pouvoir, esclaves d’une peur qu’ils sont contraints d’inspirer au plus grand nombre afin de les maintenir en servitude.

La réduction de l’être humain à l’Homo œconomicus implique la réduction de la vie à la survie. La survies est la vie économisée au bénéfice de l’activité laborieuse. Le processus de l’homme en voie d’humanisation se trouve ainsi engorgé et dévoyé. Comme le notait le Traité de savoir vivre : « survivre nous a jusqu’à présent empêchés de vivre. »

La confusion se fait lumière et le mensonge vérité. « Homme » désigne un être plus inhumain qu’humain ; sa dénaturation passe pour sa vraie nature, celle qui l’incite à la prédation, à la guerre, à la cruauté, à l’autodestruction.

L’ordre économique du monde a bâti une réalité économisée où les faits observés, étudiés par des contrefaçons d’êtres humains, sont eux-mêmes contrefaits. Car objets observés, observateur et instruments d’observation appartiennent à un champ de préoccupation où la vie est marginalisée, dépouillée de sa cohérence, coupée de son osmose avec l’univers vivant.

La guerre sociale du maître et de l’esclave ne fait qu’une avec la guerre existentielle qui oppose en chacun la nécessité de survivre et la tentation de vivre une vie pleine et entière.

En bloquant les émotions et en empêchant la conscience humaine de les prendre en charge et de les affiner, la carapace caractérielle les dénature et ne leur laisse pour exutoire que le débondement sauvage. (…) Le non-dépassement de l’animalité se traduit chez l’homme par la constitution d’une carapace caractérielle. Celle-ci a pour fonction de le protéger contre le déferlement du flux émotionnel qu’elle réprime au nom de l’esprit, dont la prééminence sort ainsi renforcée.

L’hystérie est le discours du corps expulsé de lui-même. Quand il crie vengeance et parle au nom de sa bestialité réprimée, son langage a tout lieu d’être celui de la prédation.

La survie est l’inversion de la vie. Elle la nie en l’économisant. La civilisation marchande a pour fondement le mensonge qui occulte la réalité d’un monde à l’envers et d’une existence vécue à revers.

Renoncer à la vie a sacralisé l’empire de la mort.

Ce qui prête sa puissance à l’aliénation religieuse, c’est le sentiment d’exil que la séparation de l’homme avec lui-même instille en lui. Spolié d’un potentiel de vie qui l’autoriserait à créer un monde propice à son bonheur, il s’en remet à un Créateur extra-terrestre du soin de programmer le malheur que sa résignation sollicite.

L’avoir a objectivé l’homme par le biais du travail et de la marchandise. Transformé en un objet d’échange et d’appropriation, il n’a d’autre choix que de sacrifier sa part de vie humaine et de compenser sa déperdition d’existence par l’acquisition de biens qui, au delà de la subsistance, accroissent son image de marque sur le marché du pouvoir.
Le travail que produit l’homme le reproduit en tant qu’être déshumanisé. La qualité de l’être est remplacée par la quantité des biens qui le représentent spectaculairement.

L’homme n’est plus perçu comme sujet où la vie s’incarne. Il se mesure à l’aune de l’objet marchand qui le représente.

La mécanisation du vivant a donné une valeur normative absolue à l’absurdité d’un monde à l’envers où l’être humain n’est rien et où l’homme est la représentation abstraite de tout ce qu’il aspire à vivre et ne vie pas.

Les essais que la vie expérimente en nous diffèrent radicalement des comportements mécanisés qui nous sont imposés de l’extérieur, qui sont des implants, les produits d’un système qui à chaque instant tente de nous faire fonctionner selon ses normes.

Nous en sommes arrivés à un tel degré de carence de l’être et à une tel prolifération autodestructrice de l’avoir qu’aujourd’hui c’est par un renoncement systématique à la vie que la survie même de l’homme et de la terre est menacée.

Les bourgeois, successeurs et vainqueurs de la noblesse ne disposaient que d’un avoir pour acheter l’illusion d’exister.

En exilant l’homme de lui-même et de son potentiel de vie, la civilisation marchande identifie le temps à un paramètre économique dont la fonction est d’ordonner l’univers comme univers de la marchandise et du travail.

Or, maintenant que la survie elle-même est mise en péril par une paupérisation globale affectant la planète et l’existence, l’avoir perd sa capacité de compenser, ne serait-ce qu’illusoirement, la pauvreté de l’être à laquelle la possession de biens proposait sa piètre consolation. L’avoir est sans recours ni avenir ; l’être est seul à nous satisfaire en offrant les bases d’une destinée véritablement humaine.

S’adapter est un mode de survie propre aux bêtes et aux plantes. Vivre, c’est inventer les moyens et les conditions favorables à une existence individuelle et sociale meilleure. La vie est autocréatrice.

La base de notre destinée à construire est en nous. M’identifier à ce que j’ai en moi de plus vivant est la seule identité que je revendique, la seule à briser le plus sûrement avec la servitude volontaire.

Nos vérités péremptoires ne sont que des mensonges sans faille.

Ceux qu’ébranlent les tourbillons de l’incertitude s’accrochent si fermement à l’opinion reçue que les moindres doutes et contestations leur semblent odieux, tant ils redoutent de tomber dans leur propre vide.

Nous sommes habités par une pluralité de mondes possibles dont la porte du rêve entrouverte ne nous dévoile qu’une brève lueur.
Mon alchimie ne s’embarrasse ni de justifications ni de raisons pertinentes. Elle ignore les projets millimétrés, les programmes, les itinéraires prévisibles. Elles est la lumière de l’obscur, elle emmène sans mener. Sa poésie me prémunit contre le vide délétère qu’engendre le mal de survie.

Là où règnent la compétition, la réussite et l’échec, «manquer de caractère» est perçu comme une marque de faiblesse dont le premier prédateur venu tire profit. Que mettre à la place de la forteresse vide, si ce n’est une puissance intérieure, une force créatrice, un rayonnement du désir de vivre, capable d’agir de façon dissuasive contre menaces, infortunes et contrariétés ? La poésie vécue n’est rien d’autre que la puissance de la générosité vitale. En échappant à toute forme de sacrifice et de contrainte, elle atteint à une capacité de résonance protoplasmique.

La force de l’être réside précisément dans une puissance sensitive et sensuelle dont la propagation exponentielle a la capacité de déclencher la réaction en chaîne d’une générosité humaine, un déferlement que l’idéologie éthique transforme en un mesquin et ruisselant devoir de solidarité. C’est cette nouvelle innocence qui va conquérir le monde sans se l’approprier. Là réside la seule violence qui m’attire, la violence de l’humain qui brise ses chaînes.

La souveraineté de l’humain implique l’alliance de chacun avec ce qu’il a en lui de plus vivant. Ce qui ne m’identifie pas à mon devenir humain m’asservit à ce qui me tue.

Nous sommes des mutilés. Les béquilles, imposées dès l’enfance, nous persuadent de notre impuissance. Nous ne pourrons les jeter qu’en réapprenant à marcher.
J’aspire à réintégrer, par l’exercice d’une autonomie créatrice, le devenir humain auquel j’appartiens.

Nul ne se changera sans changer le monde, nul ne changera le monde sans se changer.

Tout moment amorce le dépassement du temps qui s’écoule.
La conscience du moment met en œuvre un processus d’incarnation du désir.

Rien n’offre un remède plus salutaire au désarroi que de raviver sans cesse l’attrait des jouissances attisées en chacun par la volonté de vivre.

Le temps qui nous est dérobé est un vol, le temps imposé un viol. Que la conscience humaine se réveille et l’instant cessera de nous emporter où nous ne sommes pas.

Le pessimiste attend le pire et celui-ci a tout lieu d’arriver, l’optimiste attend le meilleur, qui arrive ou n’arrive pas. L’un et l’autre ont en commun de s’en remettre passivement aux décrets d’un impénétrable destin. Tous deux s’agenouillent devant un ordre des choses qui les traite en objets.

Une faille s’ouvre tôt ou tard dans le temps, nous engageant à comprendre que changer un instant en moment est l’acte poétique inaugural d’un autre monde possible.

L’efficacité est un hymne à la gloire du travail qui nous ruine.

Être humain, c’est rompre ses chaînes.

Le désir individuel d’une vie souveraine entre en résonance avec la volonté d’un renouveau social, qui peu à peu émerge des limbes d’une société de nuit et de brouillard.

Tandis que la société de profit et de pouvoir se délite au fond de son impasse, l’immémorial dessein d’accéder à une véritable humanité ravive sa mise en œuvre sous le regard aveuglément imbécile du spectacle et de ceux qui y paradent.

Le futur auquel mon désir s’attache vient nourrir mon présent. (…)
Il me suffit d’ouvrir le présent à mes bonheurs à venir. Je l’invite à les accueillir comme je fais fête à l’amante en fêtant l’amour qui la conduit vers moi.

J’ai cessé de réclamer le meilleur avec les angoissantes incertitudes qu’un tel espoir implique. Je m’ouvre en toute confiance aux échéances du bonheur qui du lointain de mon devenir s’achemine vers moi pour enrichir mon présent.

Quand les résonances jaillissent spontanément, elles mettent en branle un processus d’affinement et d’harmonisation qui suit son cour sans hâte ni lenteur.

J’ouvre en moi et devant moi un espace-temps où je n’ai qu’à me laisser guider par une heureuse conjuration de moments, voir de situations. Ainsi s’agence une échappée belle qui me délivre des machinations labyrinthiques.

Le sens de la vie c’est la vie même.

Je tiens le dégoût de la vie pour la plus répugnante vomissure de la société dominante.

L’étouffement des siècles n’a jamais épuisé le souffle des aspirations humaines. L’importance du désir ne réside pas dans sa satisfaction mais dans la passion qu’il stimule en se formulant. Entre brise et tempête, la puissance poétique qui nous crée et que nous créons signale la proximité de nos océans.

La ruine des fausses richesses que l’avoir a accumulées en arrachant à l’être sa vraie richesse dénonce à la fois la réalité falsifiée d’un monde d’objets et restitue au sujet – à chaque existence particulière – le droit de lutter pour son autonomie et son émancipation.

Jouir des êtres et des choses dissuade de se les approprier. La passion de la jouissance brise l’avidité de l’avoir. Seul ce qui se donne est acquis et se renouvelle sans cesse. L’avoir sécrète l’ennuie : il ne conçoit le changement que réduit à l’échange.

La meilleur façon d’échapper au Destin, c’est de se vouer sans réserve à sa destinée. L’intensité d’un désir sans fin sait accueillir avec le faste de la simplicité le messager du meilleur des futurs.

Je n’ai rien en commun avec ceux qui luttent contre un pouvoir avec les armes du pouvoir. Je marque une distance infranchissable avec quiconque préfère au souffle des aspirations humaines la mauvaise haleine de l’autorité.
En me retirant d’un terrain que la confusion des hostilités rend stérile, et en ne fréquentant que des amis - connus ou inconnus - épris d’une même quête de l’émancipation, je n’ai pas à redouter qu’un coup d’estoc m’atteigne au défaut de la cuirasse. Je puis être moi, avec mes errements et mes incertitudes, sans avoir à me défendre, à me justifier, à tenir un rôle par lequel le premier venu me fourrera dans son armoire à jugements. En d’autres termes : ne briguant aucun pouvoir, aucun rôle de chef, de gourou, de pédagogue, de maître à penser, je n’ai rien à redouter des vieux réflexes agressifs hérités du passé.

L’occasion nous est offerte de nous réapproprier la puissance de l’homme et de la terre, spoliée par des Dieux laborieusement forgés sur l’enclume de la civilisation marchande. L’avoir a tué l’être humain en inventant l’être divin qui l’a exilé de la terre. Nous allons tuer l’avoir et bannir le divin en devenant humains, infiniment.

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DE L'INSÉCURITÉ PUBLIQUE ET DE QUELQUES MOYENS D'Y REMÉDIER

Paul Castella, 2002 (décédé le 3 octobre 2017)

L'insécurité n'est pas une donnée objective, mais un sentiment. Elle ne se mesure pas à l'aide de statistiques ou de mesures gouvernementales. Difficile à cerner, le sentiment d'insécurité naît d'impressions confuses, désagréables, accumulées au cours du temps. Dans tous les cas, c'est un signal que l'on va mal. On se sent menacé, inquiet, excédé par un trop-plein de rencontres déplaisantes, de vexations, de peurs, d'humiliations. La vie en société ressemble plus à un enfer qu'à un paradis.

Quels facteurs y concourent ? Ce n'est pas tant l'impertinence de la jeunesse, son côté « sauvageon », qui a toujours à la fois exaspéré et charmé les adultes. Mais plutôt la répétition d'actes imbéciles et méchants, d'autant plus irritants qu'on sait fort bien que leurs auteurs sont eux aussi excédés, mal dans leur peau, comme rendus malfaisants par une vie sociale insatisfaisante. Il n'y a rien de rassurant à constater que le malheur des uns augmente le malheur des autres.

Une partie des actes qui suscitent le sentiment d'insécurité sont commis par des jeunes de milieu populaire, souvent issus de l'immigration. Il s'agit généralement d'attitudes, de paroles ou de gestes qui témoignent d'un refus de respecter ce qu'on appellerait « les règles élémentaires de la vie en société ». Autrement dit, cette courtoisie, cette civilité, cette urbanité, qui font qu'on peut vivre ensemble dans une ville tout en étant différents. C'est évidemment le signe que la ville n'est plus un lieu où vivre ensemble, de quelque culture qu'on soit.

Pour une large part, il s'agit d'agressions, verbales ou physiques, justifiant le droit du plus fort à écraser le plus faible. C'est la logique de la compétition poussée à l'extrême. L'esprit capitaliste à l'état pur, porté par ceux qui n'ont pas la chance de posséder un capital.

C'est souvent un comportement en bande, où l'union fait la force, dont l'usage permet de se venger de l'humiliation passée en la faisant subir à celui ou celle qui, isolé(e) face à la bande, se trouve momentanément en position de faiblesse. Effet pervers d'une solidarité vécue sur le mode de l'exclusion, qui bafoue le sentiment de fraternité, fondement de toute véritable démocratie. Les exclus du système pratiquent ainsi la logique dont ils souffrent pour exclure à leur tour les victimes qu'ils trouvent sur leur chemin. A cet égard, ces délinquants sont de bons élèves, qui suivent aveuglément les principes qu'on leur a inculqués, mais dont l'esprit de concurrence n'a pas trouvé d'emploi. Leur conduite est semblable à celle des gagneurs de l'entreprise capitaliste, à la différence près qu'ils n'ont pas de terrain économique où l'exercer. Dès lors, ils le font au hasard, sur un territoire qui n'est pas fait pour ça.

Parmi les bandes qui agissent ainsi, il en est de plus perverses, par ailleurs supposées défendre les faibles. Il s'agit par exemple de certaines patrouilles de forces de l'ordre, fonctionnant dans la même logique que les voyous auxquels ils sont supposés s'affronter. La revanche de l'humilié, qui à son tour humilie les autres, peut aussi s'appuyer sur la part de pouvoir que s'arroge le petit fonctionnaire, imbu d'une force qui lui est fournie par procuration. Au lieu d'agir en frère secourable, il se comporte en parâtre vengeur, et augmente d'autant le sentiment d'insécurité des citoyens.

Face à ces situations, si l'on pense que la guerre est une bonne réponse et qu'il faut augmenter la répression, au risque de susciter des réponses encore plus violentes, il est alors logique d'élire des gens de droite ou d'extrême-droite, dont c'est le rôle politique de défendre l'ordre à tout prix. Avec le fascisme au pouvoir, c'est la violence qui devient l'institution centrale, en balayant la démocratie. Il n'y a plus de sentiment d'insécurité, parce que les individus, privés de leurs droits de citoyens, sont désormais dans l'insécurité totale face à l'Etat. C'est la terreur qui devient souveraine. La droite classique, en principe, exprime quant à elle le point de vue d'une minorité de possédants pour qui la sécurité provient du travail des autres et l'insécurité des risques que ceux-ci se révoltent. Propagande et autorité sont alors les outils nécessaires à la paix sociale.

La primauté de l'économie sur toute autre considération est dans la logique du capitalisme, pour lequel toute la vie sociale doit se soumettre à la nécessité de conserver la disparité entre les possédants et les autres. Dans cette logique, le sentiment d'insécurité est un moteur d'élimination des faibles. C'est sans doute pourquoi la droite le met en avant et propose des moyens de lutte qui, en fait, le renforcent. En cas d'urgence, elle pourrait même recruter les voyous et confier provisoirement le pouvoir à des bandes fascistes.

La gauche, en principe, est porteuse d'un projet de justice sociale, où l'économie devrait obéir à d'autres impératifs. C'est en tout cas l'argument qu'elle se donne auprès du peuple. L'idéal qu'on lui reconnaît se rattache à des utopies qui dessinent un monde juste, fraternel, égalitaire. Mais en réalité, deux déviations l'ont éloignée de cet objectif. La première est le rattachement à l'idéologie soviétique, qui pose le capitalisme d'Etat comme étape intermédiaire vers l'avènement d'une société juste. Les gens n'ont plus d'autonomie et deviennent les pions d'une Masse qu'il convient de manipuler. L'Histoire a montré que ce système constituait en fait une redoutable dictature. La seconde déviation, plus moderne, confie à la gauche le soin de réguler les tensions sociales du capitalisme. Il ne s'agit plus de changer la vie, mais seulement d'aménager le système. Les promesses de fraternité ne sont alors qu'un argument publicitaire à destination du peuple. On fait ainsi carrière dans la gauche comme dans la droite, et les gens ne voient plus de différence entre les deux.

Comme les sociologues l'ont constaté, les variations du chômage et autres indicateurs économiques n'influent que peu sur le sentiment d'insécurité et le cortège de petite délinquance qui l'accompagne. L'impression de mal-être dépend plus de la suprématie de l'économie que de ses fluctuations. Les suicides de jeunes, les tueries absurdes
par désespoir, les actes irrationnels de malveillance, sont des manifestations d'une perte de confiance dans le social. Or l'homme n'est que social. Lorsqu'il oublie le sens des autres, il perd son humanité. Toutes les aberrations sont alors possibles.

Quand la gauche vend son âme au capitalisme, elle fait le sale boulot à la place de la droite. Ainsi a-t-on vu le gouvernement de gauche de Lionel Jospin faire passer la sûreté nationale (nom officiel de la sécurité publique) avant le bien-être des gens, y compris dans l'école. Faute d'une politique effectivement fraternelle et sociale, on a cédé aux solidarités de caste. On a fait passer des lois réactionnaires pour donner plus de pouvoir à la police et punir encore plus les comportements ludiques ou déviants. On propose même de rouvrir les bagnes pour enfants et on traque les relations sexuelles au nom de la protection de l'enfance. La liberté se cache derrière les juges et la fraternité n'a même plus de sourire sur le visage des politiciens.

Le pire est à craindre si ne se lève pas une nouvelle génération de gens de gauche, pour qui le sentiment d'insécurité doit se résoudre par le développement de pratiques sociales, fraternelles, culturelles, et amoureuses. Avant de proposer le pouvoir de dire non, il faut affirmer la liberté de pouvoir dire oui. Ne plus diriger, assister, contrôler, mais ouvrir des espaces de liberté, favoriser l'autonomie, laisser s'exprimer les différences.

En attendant d'abolir le capitalisme, on peut lui rogner les ailes. Imposer la démocratie à l'intérieur des entreprises, en ôtant leur pouvoir de nuire aux actionnaires. Et surtout, s'occuper d'autre chose que d'économie. Mettre en place des zones d'échanges, de fête et de fraternité. Créer un climat de confiance et d'amour entre les gens qui n'ont pas de pouvoir à prendre. Développer partout où c'est possible des structures de démocratie participative. Coopérer au lieu d'entrer en compétition. Cesser de soutenir les professionnels de la politique. Mettre en place une vraie écologie humaine. Rendre communautaires les espaces publics. Laisser parler ceux qui ont quelque chose à dire. Faire taire la propagande, commerciale ou politique. Laisser baiser ceux qui ont envie de le faire. Faire cesser les atteintes à la liberté de disposer de son propre corps. Laisser chanter, danser, peindre, écrire, jouer de la musique, tous ceux qui ont le désir de s'exprimer, sans impératif de rentabilité. Laisser fumer des herbes enivrantes à ceux qui aiment ça. Enlever le contrôle des médias aux politiques et aux sociétés commerciales. Dénoncer la laideur des urbanismes et y porter remède. Créer des lieux de discussion pour décider ensemble de quoi faire dans le social. Etc.

Surtout ne pas inventer de nouveau parti.

http://inventin.lautre.net/livres.html#paulcastella

http://www.dailymotion.com/video/xbs6gr_paul-castella-de-l-insecurite-publi

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CONDITIONS MINIMALES D'UN MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE

Véloce, juillet 2017

"Être le défenseur de la justice, ou le complice du crime, il n'y a pas de milieu." Élisée Reclus

I

Il n'y a pas, pour le moment en France, de mouvement révolutionnaire : il y a, certes, des mouvances contestataires dont la révolution est l'objectif avoué, et les cendres d'un conflit social de haute intensité. Mais les manifestations, même les émeutes – de plus en plus nombreuses – ne font pas encore du présent une lutte à la hauteur du seul enjeu envisageable : le renversement de l'économie politique par une force collective, consciente et volontaire, pour l'établissement d'un monde de la libre production solidaire de la vie sous toutes ses formes, entraînant une revitalisation et une émancipation générales.

II

La réalité a finalement contredit ceux qui croyaient notre société inattaquable, comme ceux qui prétendent qu'"il n'y a pas de sujet révolutionnaire". La radicalisation du capitalisme en crise, la fin du compromis de classe du XXe siècle, ont fait émerger un embryon de subjectivité collective l'an dernier, ce qui à notre époque était en soi un exploit. Exploit, que dans un monde si totalement idéologique, l'annonce d'une dureté encore accrue de la négociation de la survie ait mis le feu aux poudres, radicalisé en retour une fraction de la jeunesse et des salariés.
Peu sont ceux qui, ayant participé de près ou de loin à la contestation, peuvent nier que démocratie et capitalisme sont incompatibles, ou prétendent encore ne pas voir que nous sommes, depuis longtemps déjà, dans un régime totalitaire.

III

Quatres formes ont pris le parti de la contestation de l'an dernier, et avec elles des modes d'expression de la crise en cours. Les assemblées Nuit Debout, le cortège de tête et ses ingouvernables, les mouvements de victimes de la police dans les banlieues et quartiers pauvres, et les syndicats du mouvement social traditionnel. Opérant chacun sur un terrain séparé, tous doivent leurs limites et leur isolement à la spécialisation de leur lutte. Tous se rejoignent, malgré la beauté de leurs actions et la justesse de leurs analyses, dans l'impasse du militantisme : la croyance de la suprématie et de l'autonomie du terrain d'indignation qu'ils ont choisi. De là, le fétichisme de la parole sans actes de Nuit Debout, le fétichisme inverse du black bloc, l'étroitesse d'esprit ouvrieriste, y compris des bases syndicales, le légalisme incroyable de ceux dont la chair et le sang sont marqués quotidiennement par la police et les relégations de toutes sortes. De là même, l'ennui et la désertion des AG, la lassitude du marathon des manifs sauvages, la défaite et le découragement des salariés, le retour à l'aliénation religieuse, à la famille, des populations dites immigrées ou fils et filles de.
À l'inverse cependant, une synthèse limitée a produit les plus belles brèches des événements de l'an dernier : "l'apéro chez Valls", la participation des dockers au cortège de tête, le soutien élargi et immédiat aux familles de victimes de la police, jusque dans l'émeute.

IV

Tous les malheurs sont solidaires et aucune spécialité n'en viendra à bout. La possibilité révolutionnaire est toute entière contenue dans l'abandon de la perspective parcellaire de ces mouvements, qui n'est pas leur dissolution ou leur déni, mais la prise en compte du rapport de force sur un terrain à la fois plus fondamental et plus général. La simple addition des composantes du mouvement social, sans articulation et transformation réciproque des uns par les autres ne mènera à rien de suffisamment consistant et unitaire.
Aussi les nuitdeboutistes, comme les mouvements "pour la justice" doivent perdre leurs illusions électorales et légales : on sait depuis longtemps qu'il n'y a pas de loi instaurant la domination de classe, le chantage à la survie et la dépossession ; que la propriété a toujours saisi d'abord et fait écrire les lois ensuite. Qu'au contraire, le droit est une architecture vide, établie justement pour la marge de manoeuvre qu'il laisse au Marché, à l'État, et leur Police. Aucune loi ne proclame la destruction planétaire du vivant, et pourtant, nous y sommes de fait.
Le black bloc et les grévistes doivent mettre de côté leur querelle en miroir du purisme anarchisant – qui "ose" casser des vitrines et se battre avec la police, contre le purisme ouvrieriste – qui est au contact "concret" du salarié. Ce qui implique que les ingouvernables diversifient leurs actions – comme ils ont déjà commencé à le faire – et acceptent de déb