Un changement de perspective utilisant des pratiques libertaires, marxistes, situationnistes, alternatives, écologiques, systémiques, constructivistes radicales...
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LE TRAVAIL LIBÈRE-T-IL ? Hors service, feuille anarchiste, N° 36 (extrait), mai 2013 L'AUSTÉRITÉ SUR UNE ERREUR DE CALCUL, Inventin, avril 2013 QUAND L'OMISSION CRÉE L'ILLUSION, Lukas Stella, janvier 2013 CRITIQUE DE LA SOCIETÉ DE L’INDISTINCTION, L'internationale, janvier 2013 NIQUE LE PAPE, Paul, janvier 2013 PRÉSAGES D'IMPOSTEURS, Lukas Stella, décembre 2012 LE PROGRAMME DES "RÉJOUISSANCES" À VENIR, Paul, octobre 2012 NÉCROTECHNOLOGIE DE SYNTHÈSE, PMO, novembre 2012 LE MYTHE ÉCONOMIQUE COMME RÉALITÉ ILLUSOIRE N'ÊTES-VOUS QUE DES POIRES ? Raoul Vaneigem, septembre 2012 L'INVENTION DE LA CRISE, Daniel Durouchoux, Échanges, la revue des dirigeants financiers, LE SIFFLET ENROUÉ, Harpo Grouchos, juillet 2012 SOCIALOS COLLABOS ! Lukas Stella, juillet 2012 PAR-DELÀ L'IMPOSSIBLE, Raoul Vaneigem, avril 2012 ÉCHEC DE L'ART, Emmanuelle K, 2012 QUEL MONDE ALLONS-NOUS LAISSER À NOS ENFANTS ? Raoul Vaneigem, mars 2012 ET PUIS APRÈS ? Paul, mars 2012 LA GRÈCE, BERCEAU D'UN AUTRE MONDE, Raoul Vaneigem et Yannis Youlountas, mars 2012 CHOISIR SON MAÎTRE N'EST PAS UNE LIBERTÉ, Lukas Stella, mars 2012 GUERRE OUVERTE, Lukas Stella, octobre 2011 LE MOUVEMENT DES OCCUPATIONS AUX ÉTATS-UNIS, Interview de Ken Knabb, novembre 2011 ENTRETIEN AVEC RAOUL VANEIGEM, Siné Mensuel N°2, octobre 2011 WALL STREET OCCUPÉ, #occupywallstreet, septembre 2011 L'EXCEPTION LIBYENNE, Jean-Pierre Filiu, Le Monde, août 2011 Dans la crise généralisée de la pourriture marchande, POUR UNE NOUVELLE INTERNATIONALE, Message d’une insurgée grecque, décembre 2008 LETTRE OUVERTE DES TRAVAILLEURS D'ATHÈNES À SES ÉTUDIANTS, Des prolétaires, décembre 2008 L’ÉTAT N’EST PLUS RIEN, SOYONS TOUT (extraits) Raoul Vaneigem, juillet 2010 LES FACHISTES S'AFFICHENT EN SE CACHANT ! Le logo du FN est une copie conforme du logo du MSI. Les origines historiques du Front National, quelques extraits de "Fascisme et grand capital" de Daniel Guérin, de Guy Debord et de Raoul Vaneigem. LA MORT À PETITES DOSES PREND SON TEMPS Lukas Stella, mars 2011 TOURNANT INSURRECTIONNEL, À Londres comme partout, prenons l'offensive ! COLÈRE ET INDIGNATION, Communiqués CRIIRAD du 23 et 25 mars 2011 (extraits) COMMUNIQUÉS DE L'OBSERVATOIRE DU NUCLÉAIRE (extraits), mars 2011 MOHAMED SAÏL ANARCHISTE ALGÉRIEN (extraits) DÉGAGE ! Paul, février 2011 NOUS VOULONS VIVRE, Dan depuis la prison de la Santé, février 2011 ENTREVUE AVEC UN ANARCHO-COMMUNISTE RÉVOLUTION EN TUNISIE, En avant ! En avant ! ALGÉRIE, 5 suicides par le feu en 5 jours LA RÉVOLUTION MÉDITERRANÉENNE NE FAIT QUE COMMENCER, janvier 2011 TUNISIE, les miliciens de Ben Ali font régner la terreur, Radio Kalima, janvier 2011 ALGÉRIE, La chasse aux jeunes est lancée. Un jour, bientôt, ils vous chasseront ! | ||||
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Il peut être parfois utile de se remémorer certains moments oubliés de l'histoire. |
Les origines du Front National
Le Front national est créé le 5 octobre 1972. Lors du deuxième congrès de l'organisation Ordre nouveau des 10 et 11 juin, il a été décidé, à la suite d'un vote, de participer aux élections législatives de 1973 au sein d'une structure plus large, nommée « Front national ».
Décrit par Bruno Mégret comme un « parti artisanal », « sans cohérence politique ni idéologique », et « constitué de multiples chapelles issues de l'extrême droite et d'une masse de militants et de cadres nouveaux, venus pour beaucoup du RPR »
Le flou et le caractère inachevé du programme de Marine Le Pen, provient de l'utilisation opportuniste des idées d'autres partis ou celles d'intellectuels opposés au Front national.
Ordre nouveau, à l'origine du FN, était un mouvement d'extrême droite actif entre 1969 et 1973. Il est créé en novembre 1969 par une équipe d'anciens adhérents du mouvement Occident. Occident, fondé en 1964, était un mouvement politique français d'extrême droite fasciste. Dissous le 31 octobre 1968. Durant sa première année d'existence, le mouvement reproduit passivement un classique discours d'extrême droite, venu tout droit des années 1920-1930. Les publications d'Occident dénoncent alors la démocratie, et rejettent « le mythe de l'élection », qui doit être remplacé par la « sélection des meilleurs éléments de la communauté, en vue de constituer une nouvelle élite, fondée sur le mérite et les talents ». Le terme « fasciste » n'est pas renié : « Dans toutes les démocraties, la jeunesse s'ennuie, et dans toutes les démocraties, il y a des “blousons noirs”. Alors que dans les pays qualifiés de “fascistes”, il n'y en a jamais eu. Cela tient au fait que tout fascisme est l'expression d'un nationalisme, qui seul peut cristalliser la volonté de la jeunesse en un immense élan révolutionnaire. » Occident approuve bruyamment le coup d'État du 21 avril 1967 en Grèce et précise : « La seule méthode reconnue pour mettre fin à l'agitation marxiste étant l'élimination physique. »
Dans le Quartier latin, les « Occidentaux » usèrent de violence contre les militants d'extrême gauche, en signe d'opposition à la représentation de la pièce de Jean Genet "Les Paravents" au Théâtre de l’Odéon à Paris le 4 mai 1966, dont ils obtinrent finalement le retrait, puis contre la librairie "La joie de lire" (appartenant à François Maspéro) et contre le café Champollion, le même mois. Au début du mois de mai 1968, les militants d'Occident multiplièrent les provocations contre les militants d'extrême gauche, au point que, selon Joseph Algazy, « il est vraisemblable que ces violences dans les campus ont contribué, elles aussi, au déclenchement de l'explosion de Mai 68 ». Lorsque l'explosion intervint, les membres d’Occident hésitèrent à rejoindre les barricades pour renverser le régime gaulliste qu’ils exécraient ou, au contraire, à lutter contre les militants d'extrême gauche. Les militants se dispersèrent, les uns faisant campagne pour les gaullistes, les autres se rapprochant des Républicains indépendants, quelques-uns s'opposant aux CRS.
Le 27 octobre 1968, à la suite du saccage par les militants d'Occident du local du Snesup (Syndicat national de l'enseignement supérieur) puis du journal Action, un groupe commun pro-chinois et anarchiste investissait le café Relais-Odéon, lieu de rendez-vous habituel des militants d'Occident, y répandait plusieurs bidons d'essence avant de lancer un cocktail Molotov entraînant un incendie. Prévenus par une « taupe » dans les milieux d'extrême gauche, les militants nationalistes s'étaient ce jour-là abstenus de se rendre à leur « quartier général ».
Le fascisme se réfère au régime mussolinien, mais l'utilisation du terme peut s'étendre aux mouvements qui le reconnaissent comme influence notable. Dans la pratique, le dictateur Mussolini enfermait et persécutait ses opposants. "L'État totalitaire doit prendre le contrôle de la société tout entière et de tous ses secteurs, jusqu'à faire disparaître celle-ci, englobée dans l'État, devenu « total »."
La principale particularité du fascisme italien est son corporatisme. « il s’agit beaucoup moins d’un système auto-organisateur des intérêts économiques que d’une ingénieuse présentation derrière laquelle s’aperçoit le pouvoir politique, qui exerce sa dictature sur l’économie comme sur la pensée ». (Gaëtan Pirou, économiste français)
Le fascisme n'a pas de réelle cohérence politique, du fait notamment de la diversité de sa clientèle électorale. Comme dernier recours pour sauver le système capitaliste en période de troubles, le fascisme préserve la propriété privée et les différences de classe au profit du capital.
En Italie, le mouvement le plus important a longtemps été le Mouvement social italien (MSI), fondé en 1946. Bien que se référant explicitement à Mussolini, le MSI a échappé à la sanction judiciaire visant la reconstitution du Parti national fasciste, et a connu une longue présence sur la scène politique italienne, obtenant en 1948 six députés et un sénateur, et remportant ensuite des résultats électoraux non négligeables, notamment au sud de l'Italie. Le MSI a renoncé progressivement à ses référents fascistes pour devenir en 1995 Alliance nationale, parti politique de droite plus modérée. L'aile dure du MSI l'a quitté pour fonder le Mouvement social - Flamme tricolore.
En Espagne, le fascisme est surtout assimilé aux mouvements politiques se réclamant du franquisme, comme Fuerza Nueva. L'idéologie franquiste exaltait une Espagne traditionaliste et antimoderniste, fondée notamment sur la religion catholique et le corporatisme. Elle doit beaucoup au départ à la Phalange fondée en 1933 dans la mouvance du fascisme italien.
Les tendances fascistes du Franquisme sont indéniables (parti unique, culte de la personnalité, censure et restriction des libertés individuelle, répressions et tribunaux spéciaux, 200 000 exécutions...). Franco, après avoir massacré les républicains, concentre tous les pouvoirs jusqu’à sa mort.
Le nazisme fut une des formes du fascisme ayant fait du racisme une doctrine d'État. Le programme national-socialiste prétendait avoir une dimension sociale, symbolisée par le rouge dans le drapeau. Les nazis témoignaient d'un réel souci des classes populaires : ils réorganisent les professions, créent des mutuelles et des prestations sociales, luttent contre le chômage, favorisent des loisirs et des fêtes pour les couches populaires. À ses débuts, Joseph Goebbels (serviteur d'Hitler) qualifiait ainsi le nazisme de « bolchévisme national ». « Et maintenant peuple, lève-toi, et toi, tempête, déchaîne-toi ».
Dès le lendemain de l'incendie du Reichtag (siège du parlement allemand), le 28 février 1933, Hindenburg signe un décret présidentiel « pour la protection du peuple et de l'État », qui suspend les libertés individuelles et lance la chasse aux communistes. Dans la foulée, le gouvernement fait arrêter plus de 4 000 militants du Parti communiste d'Allemagne (KPD), dont son président Ernst Thälmann, ainsi que plusieurs dirigeants socialistes et intellectuels de gauche, au total plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le journaliste vedette Egon Erwin Kisch est aussi arrêté. Ces opposants sont internés dans les premiers camps de concentration nazis, essentiellement à Dachau. La peine de mort est introduite avec effet rétroactif. Ce décret qui marque la fin de la démocratie reste en vigueur jusqu'en 1945. En mai 1933, 20 000 livres sont brûlés sur la place de l'opéra à Berlin. Le ministère de la propagande régente et censure la presse écrite, la radio, le cinéma, l'art.
Cependant, Hitler, par pragmatisme politique, sera conduit à accepter les financements d'industriels inquiétés par la montée du communisme et à abandonner certaines revendications et à éliminer sans pitié les courants par trop « socialisants ». L'aile gauche du parti nazi disparait complètement, politiquement et physiquement, au cours de la nuit des Longs Couteaux en 1934 (environ un millier d'exécutions). La violence, la terreur de rue, la torture, exercée par la SA, essentiellement entre 1926 et 1933 a été précieuse dans la conquête du pouvoir et immédiatement après celle-ci, au prix de plusieurs centaines d'assassinats. Mais en 1934, elle est de moins en moins acceptable pour Hitler qui veut stabiliser son régime et qui a besoin de l'appui des partis conservateurs et de l'armée. Cette purge permet à Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale. La nuit des Longs Couteaux assure à Hitler le soutien des milieux conservateurs traditionnels, des grands financiers et industriels, hostiles à des réformes sociales. "Le moment est venu pour la révolution nationale de venir à son terme et de devenir une révolution nationale-socialiste. [...] Il faut diriger le torrent de la révolution dans le lit tranquille de l'évolution. [...] Il faut surtout maintenir l'ordre dans l'appareil économique"(Hitler).
"Adolf est ignoble, il nous trahit tous. Il ne fréquente plus que des réactionnaires" (Ernst Röhm, dirigeant des SA)
Goebbels explique à la radio comment Hitler a empêché Röhm de renverser le gouvernement et de jeter le pays dans le chaos. L'homosexualité de Röhm est une des justifications de la purge.
"Malheur à qui rompt son serment en croyant servir la révolution par la rébellion." (Rudolf Hess)
"Quiconque est traître à la patrie ne doit pas être jugé d'après l'étendue de ce qu'il a fait mais d'après ce qu'il voulait faire. Celui qui se place sous le signe de la déloyauté, de l'infidélité à ses promesses les plus sacrées ne peut attendre rien d'autre que ce qui lui est arrivé » (Adolf Hitler)
"L'acte accompli par le Führer était un acte de juridiction pure. Cet acte n'était pas soumis à la justice, il était lui-même la justice suprême" (Carl Schmitt, Conseiller d'État)
La nuit des Longs Couteaux scelle pour quelques années l'alliance d’Hitler avec les milieux conservateurs et l'armée. L'initiative brutale d’Hitler les apaise, l'élimination des nazis révolutionnaires, rassure la droite sur les intentions du nouveau régime.
La purge témoigne de la manière fondamentalement chaotique et imprévisible avec laquelle Hitler gouverne. Elle envoie également un message clair à l'ensemble de la société : aucun Allemand, quel que soit son rang ou sa position, n'est à l'abri d'une arrestation ou d'une exécution s'il est perçu comme une menace pour le nouveau régime.
Le nazisme prétend être une idéologie totalitaire, cherchant à dominer et à contrôler tous les aspects de la vie des citoyens, embrigadés dès l'enfance dans toutes sortes d'associations maîtrisées par le Parti, qu'ils étaient destinés à servir. Le culte de la personnalité est sans doute un élément central du nazisme, en ce qu'il permet au chef du mouvement d'exercer un pouvoir sans limite. Le régime nazi s'est inspiré du fascisme, mais aussi du bolchévisme, adoptant le principe d'un parti unique constitué de militants professionnels, parmi lesquels il recrute des milices privées, les SA et les SS, enfin en organisant la toute puissante Gestapo dès la prise de pouvoir. Le nazisme réduit l’Histoire à une lutte des races et met en valeur l’homme nordique menacé par le métissage. Les nazis éliminèrent, ceux qu'ils considéraient comme malades, ou ceux qui étaient considérés comme atteints de maladies physiologiques ou de troubles mentaux. les nazis éliminèrent selon des procédés systématiques environ 6 millions de Juifs et un million de Tziganes. D'autres groupes sociaux subirent les déportations et les persécutions : communistes et autres marxistes, anarchistes, tsiganes, handicapés physiques ou mentaux, « asociaux », homosexuels, catholiques, protestants...
Cette thèse raciale trouve son fondement dans le darwinisme social d'Herbert Spencer, donnant le droit du plus fort à l'éradication du plus faible comme naturel et transposable à la société humaine. Le nazisme est une variété de fascisme parmi d'autres, ayant la particularité d'avoir recours à un plan d'extermination systématique.
Goebbels effectua par les ondes une manipulation de masse sur la population. La manipulation mentale désigne l'ensemble des tentatives obscures ou occultes de fausser ou orienter la perception de la réalité d'un interlocuteur en usant d'un rapport de pouvoir, de séduction, de suggestion, de persuasion de soumission. Le principe de base – étudié dans les années 1930 – soutient qu'un individu en état de peur manifesterait des réactions de fuite et d'évitement les plus primaires et donc les plus prévisibles. Les fonctions complexes du cerveau, n'offrant pas de solution immédiate, seraient désactivées, rendant l'individu manipulable dans une situation d'extrême angoisse. Le sujet terrorisé – comme l'animal poursuivi par le chasseur – ne pourrait éviter les pièges qu'on lui tend.
"C’est l’un des droits absolus de l’Etat de présider à la constitution de l’opinion publique."
"L'idéal, c'est que la presse soit organisée avec une telle finesse qu'elle soit en quelque sorte un piano sur lequel puisse jouer le gouvernement". (Goebbels)
Pour Goebbels (Ministère de la Propagande) la propagande est un art utilisé pour la « mise au pas » de la société, qui nécessite pour faire passer son message, d'envelopper intelligemment les propos pour qu'on ne les perçoive plus consciemment, au risque de pervertir la vérité. "Plus le mensonge est gros, plus il passe."
D'après Wikipédia
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Le Fascisme, le National-Socialisme des années 20 à 45
Le fascisme offre avant tout à ses troupes une mystique volontairement vague. Il préfère susciter la foi plutôt que de s’adresser à l’intelligence. Au-delà d’un certain degré de misère, l’homme ne raisonne plus, mais attend un miracle. [S’inspirant de] Psychologie des Foules de Gustave Le Bon, Mussolini déclare "c’est en recherchant ce qui peut les impressionner et les séduire [les foules] qu’on les conduit". De même Hitler dans Mein Kampf "gagner la masse réside bien moins dans la proclamation d’une idée scientifique qui s’emparerait d’une foule que dans un fanatisme animateur, et dans une véritable hystérie".
Le fascisme tente de se définir avant tout comme une religion. La crise du capitalisme plonge les masses dans une consternation, un désarroi, analogues à ceux que devaient éprouver leurs lointains ancêtres devant les forces déchaînées et incompréhensibles de la nature. Et comme la religion traditionnelle est usée jusqu’à la corde, et trop compromise par ses attaches avec les possédants, on fabrique à l’homme un ersatz de religion : c’est toujours le vieil opium : "Je crois en notre Saint-Père le fascisme" (Credo du Balilla) [en Italie]. Le fascisme exhume le culte de l’homme providentiel. D’habiles charlatans s’emploient à faire naître dans l’âme populaire le besoin obscur d’un Messie. "Nous espérons un sauveur qui nous tirera de notre misère, mais nul ne sait d’où il viendra" (le grand patron Thyssen, en 1922, cité par G. Raphaël, in Krupp). Goering déclare Hitler "infaillible". Rudolf Hess s’écrie "Chacun sait que le Führer a toujours eu raison et qu’il aura toujours raison". Farinacci et quelques autres en Italie "tissent un mythe" autour de Mussolini "promu au rang d’un demi-dieu" (selon Sforza). La revue Milizia fascista donne cette consigne : "N’oublie pas que le Dieu d’Italie, c’est le Duce". (Temps, décembre 1933).
A ce culte, le fascisme superpose celui de la patrie. Le chef apparaît comme l’incarnation de la nation : servir la patrie, c’est servir le chef aimé. En Italie "Notre mythe est la nation" (Mussolini, octobre 1922), "Seigneur, sauve l’Italie dans la personne du Duce" (la prière du milicien). En Allemagne, lorsque Hitler prononce le mot Deutschland, il entre en transes. "Adolf Hitler c’est l’Allemagne, et l’Allemagne c’est Adolf Hitler" (serment National-Socialiste, Temps, mai 1935). Mystique de la jeunesse : "les jeunes Allemands seront un jour les architectes d’un nouvel État raciste" (Mein Kampf). "En Allemagne c’est la jeunesse qui gouverne" (Temps, septembre 1935).
La propagande fasciste repose sur des principes [simples]. "La propagande n’a qu’un but : la conquête des masses. Et tous les moyens qui servent ce but sont bons" (Goebbels, in Kampf um Berlin). "Sans ces trois moyens de propagande, l’automobile, l’avion et le haut-parleur, nous n’aurions pu finalement écraser nos adversaires" (Hitler, discours de Cobourg, octobre 1935). Utilisation intensive de symboles (salut à la romaine), visuels (faisceaux, croix gammée), vocaux (Eia Eia Elala, ou Heil Hitler), répétition intensive des slogans ("se limiter à des points forts peu nombreux, les faire valoir à coups de formules stéréotypées", Mein Kampf), puissance magique de la parole, prédilection pour les grands meetings, fascination magnétique des foules, mise en scène à grand spectacle (Hitler peut, personnellement, depuis son pupitre d’orateur, modifier les projecteurs et faire mettre les appareils de cinéma en marche. (Temps, mars 1936) "marcher ensemble", "uniforme-fétiche", etc...
En Allemagne, Hitler avouera rétrospectivement : "Un seul danger pouvait briser notre développement : si l’adversaire, dès le premier jour, avec la plus extrême brutalité, avait brisé le noyau de notre mouvement" (discours de Nuremberg, septembre 1933).
Extraits de "Fascisme et grand capital", de Daniel Guérin.
http://inventin.lautre.net/livres/Guerin-Le-Fascisme.pdf
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"Le fascisme a été une défense extrémiste de l'économie bourgeoise menacée par la crise et la subversion prolétarienne, l'état de siège dans la société capitaliste, par lequel cette société se sauve, et se donne une première rationalisation d'urgence en faisant intervenir massivement l'État dans sa gestion. Mais une telle rationalisation est ellemême grevée de l'immense irrationalité de son moyen. Si le fascisme se porte à la défense des principaux points de l'idéologie bourgeoise devenue conservatrice (la famille, la propriété, l'ordre moral, la nation) en réunissant la petitebourgeoisie et les chômeurs affolés par la crise ou déçus par l'impuissance de la révolution socialiste, il n'est pas luimême foncièrement idéologique. Il se donne pour ce qu'il est une résurrection violente du mythe, qui exige la participation à une communauté définie par des pseudovaleurs archaïques: la race, le sang, le chef. Le fascisme est l'archaïsme techniquement équipé. Son ersatz décomposé du mythe est repris dans le contexte spectaculaire des moyens de conditionnement et d'illusion les plus modernes. Ainsi, il est un des facteurs dans la formation du spectaculaire moderne, de même que sa part dans la destruction de l'ancien mouvement ouvrier fait de lui une des puissances fondatrices de la société présente ; mais comme le fascisme se trouve être aussi la forme la plus coûteuse du maintien de l'ordre capitaliste, il devait normalement quitter le devant de la scène qu'occupent les grands rôles des États capitalistes, éliminé par des formes plus rationnelles et plus fortes de cet ordre."
Guy Debord, La société du spectacle, 1967.
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Le parti de la mort exerce une séduction morbide sur ceux que la cupidité et le désespoir programmé ont convaincus de renoncer à vivre. Plus que jamais, cette fascination maladive se suffit à elle-même.
Les déçus et les vaincus d'une vie dont ils ont programmé la défaite sont les plus empressés à glorifier la mort. Nous sommes encombrés de vivants qui redoutent et méprisent la vie. Ennemis d'eux-mêmes, ils voient des ennemis partout dans le miroir de leurs propres hantises.
L'homme du ressentiment jugerait-il l'Autre intolérable s'il n'y voyait le miroir reflétant l'image trouble qu'il se fait de lui-même ? Il a besoin d'une malfaisance fabriquée pour exorciser ses propres fantômes. Pour lui, l'important n'est pas de redouter la menace intrusive de l'étranger, ni d'être convaincu de sa nuisance potentielle. Il veut qu'il en soit ainsi afin que l'anathème jeté sur l'Autre le déleste de sa propre insignifiance.
L'exacerbation de l'inhumanité et la tactique du bouc émissaire relèvent d'une pratique délibérée des mafias étatiques, populistes et affairistes, âpre à tirer d'ultimes bénéfices de l'organisation du chaos. Les sursauts inopinés de la peste suicidaire, les galvanisations du clan de la mort, l'engeance des kamikazes terroristes ne sont que les épiphénomènes d'une inhumanité ordinaire, celle qui croît sur le fumier de la prédation, avilit les moeurs et fait régresser vers un passé barbare.
Raoul Vaneigem, Lettre à mes enfants et aux enfants du monde à venir, 2012.
Lukas Stella, mars 2011
En japonais, "fukushima" se traduit par "l'ile du bonheur", c'est aujourd'hui "le meilleur des mondes".
"L’industrie nucléaire est une guerre contre l’humanité." John Gofman, biophysicien Californien.
Il n'y a pas que l'explosion des enceintes autour des réacteurs qui maintenant nous menace, mais aussi l'instabilité des "piscines à combustibles" qui contiennent plus de 100 tonnes de matériel nucléaire, notamment du MOX hautement toxique.
Aujourd'hui ce sont plusieurs réacteurs nucléaires qui ont probablement commencé leur entrée en fusion. Aucune technologie ne peut interrompre ou atténuer sérieusement ce phénomène incontrôlable. La fusion du combustible, à une température proche de 2000°, peut se transformer en lave et transpercer la cuve en acier puis traverser les fondations en béton avant de se refroidir un petit peu en profondeur. Ensuite, pendant plusieurs centaines d'années, l'endroit sera la "source radioactive", la plus active de la planète. De cette activité radioactive livrée à elle-même va se dégager en permanence des éléments radioactifs dans l'air au dessus des réacteurs qui auront probablement fondu.
Les liquidateurs japonais pensent qu'ils vont mourir dans quelques semaines.
En Chine, des traces de radioactivité sont désormais mesurables sur tout le territoire. Des traces d’iode radioactif ont été décelées dans un échantillon de lait dans l’Etat de Washington. La forte radioactivité qui se répand dans l'environnement au Japon, entraînée par les vents des hautes altitudes, va inévitablement contaminer toute la planète pour une longue période dont on ne sait pas grand chose. Les particules radioactives vont se diluer dans les masses d'air, puis retomber progressivement. Quand il s'agit de longues périodes de contamination, la dilution ne veut plus dire diminution du risque. Les particules radioactives, bien que diluées dans la masse, ne perdent en aucun cas leur potentiel hautement radioactif, et ceci pour des dizaines, voire des centaines d'années. L'inhalation de la plus infime particule radioactive est toujours dangereuse, car elle provoque des dégâts irrémédiables sur les cellules de l'organisme qu'elle rencontre. Mais on ne sait pas où elles vont migrer, puis se fixer.
Le processus nucléaire en cours va durer, et des éléments radioactifs vont se répandre continuellement dans l'environnement, contaminant pour une longue période le monde entier, accumulant, jour après jour, faibles doses sur faibles doses... D'après la CRIIRAD, la pluie tombée du 27 au 28 mars a provoqué un dépôt au sol de 8,5 Bq/m2 d'iode 131. La contamination va se prolonger et probablement augmenter, et dans quelques semaines on pourrait atteindre plusieurs dizaines, voir quelques centaines de Bq/m2.
Les très faibles niveaux de contamination vont progressivement s'additionner aux cours des jours, puis se concentrer dans les végétaux, les légumes, et enfin s'accumuler dans les animaux, c'est à dire la viande, le lait, les œufs, les poissons... Petit à petit, ce sera toute notre nourriture qui sera quelque peu, mais de plus en plus contaminée.
La centralisation de l'énergie nucléaire aux mains de quelques milliardaires obsédés par le risque et le gain facile ne pouvait que dégénérer. Ces affairistes mafieux empoisonnent la vie des populations jusqu'à menacer les conditions même de leur survie.
Les pouvoirs s'accaparent et manipulent les chiffres de la contamination pour protéger les intérêts des actionnaires et des financiers, mais l'imposture se fige dans leur réalité qui ne peut fonctionner qu'en exploitant et dénaturant la vie. Les cancers et les leucémies vont irrémédiablement se répandre et se multiplier. Le massacre de la nature même de la vie ne pourra plus durer très longtemps. Lorsque la barbarie des accapareurs de choses marchandes dissémine un peu partout la mort à petites doses, l'instinct de survie émerge de nulle-part, et la violence de la vie à réinventer ne peut que submerger la violence destructrice d'un monde en perdition.
Guitoto, mars 2011
À Londres comme partout, prenons l'offensive !
La grande journée contre les mesures d'austérité à Londres, à la base «journée syndicale» comme on les connaît tant dans la France pacifiée, a été détournée par les nombreux groupes anarchistes, libertaires, autonomes et radicaux antiautoritaires qui ont su reprendre l'initiative en se coordonnant autour d'un plan d'action inédit jusqu'alors.
Lors de cette journée historique, nous avons pu assister pour la toute première fois à l'expérimentation et à l'«application» de stratégies et tactiques de type altermondialistes propres aux contre-sommets à l'échelle et sur le plan de luttes sociales et populaires locales. La réappropriation collective et effective de ces stratégies transnationales de lutte radicale s'est concrétisée dans l'élaboration d'un plan d'action annonçant pas moins de 19 cortèges simultanés répartis en autant de Blocs d'action selon les modalités d'action propres à chaque groupe et individu, allant de l'occupation à la désobéissance civile, du blocage à la résistance directe à la police, du happening à la fanfare, etc. Ainsi nous avons pu assister à la formidable coordination solidaire de formes d'actions variées, avec notamment un Bloc Féministe (le Women's Bloc), un Bloc de travailleurs (Worker's radical Bloc), plusieurs Blacks Bloc (au moins cinq), plusieurs Red et Pink Bloc (LGBT, fanfares, batucada, désobéissance civile, etc.), un Book Bloc (étudiants équipés défensivement pour l'action directe avec casques et boucliers), un Dissident Bloc (actions «symboliques»), etc.
Non seulement ces stratégies ont été réappropriées sur un plan de lutte locale mais également et surtout transmises aux gens et à la population qui ont pu saisir ces outils de lutte selon leurs affinités et motivations. Et des lycéens aux travailleurs, des étudiants aux chômeurs, et de l'ensemble des prolétaires et précaires, chacun a pu se réapproprier individuellement et collectivement sa propre manière de lutter.
Par ailleurs, on peut noter la remarquable complémentarité et solidarité entre les formes d'action : pas de dogme de pacifisme béat et béant, pas de représentants ni organisateurs officiels ou officieux, pas de légalisme dominant, choses si tristement récurrentes lors des sommets avec de graves conséquences politiques (rappelons par exemple que le Service d'Ordre de la CGT a donné des adeptes de l'action directe en Black Bloc aux flics lors de l'Otan). Rien de tout cela à Londres, complémentarité, solidarité, auto-organisation horizontale laissant libre cours aux initiatives de chaque groupe et cortège.
En outre, au-delà d'une stricte journée d'action, même radicale et coordonnée, populaire et générale, les perspectives sont là : actions communes d'occupations de plusieurs parcs et bâtiments en vue d'une mise en durée du mouvement de fait insurrectionnel, et en écho aux révolutions du monde arabe. Ainsi, faire de Trafalguar Square une Place Tahrir, comme d'autres lieux. Tandis que tous les campus et universités sont déjà occupés par les étudiants et les ont ouverts en autant de Centres de Convergence, Infos Point et d'action.
Enfin, la coordination de l'information est également présente : indymedia London relaie infos et appels avec le réseau Resist26, sans compter la radio libertaire X26 qui crache du gros son dubstep suivi de rap anar français, parsemé de topos-briefing, et de rappels des conseils en action et en cas d'arrestation.
Côté répression, l'État n'a déployé que 5000 flics, face à une affluence de 500'000 personnes en pleine capitale. La police anti-émeute fut débordée toute la journée. Bien moins équipée qu'en France (pas de tenue robocop, pas de flashball, pas de grenades lacrymogènes, pas de canons à eau, pas de voltigeurs, pas de paintball, pas de taser), ils s'en sont tenus à la matraque et au corps à corps, parfois sans bouclier, mais bénéficiant néanmoins de chevaux et d'hélicoptères. Aussi, pour rare que cela soit, on a pu voir la police reculer, repoussée dans ses charges par des contre-attaques de manifestants.
L'Odéon a été occupé par des groupes anarchistes qui y ont hissé le drapeau rouge et noir. Trafalguar Square et Hype Park ont été occupé, avec la préparation autogestionnaire de sanitaires, de tentes, de ravitaillement, etc. Le magasin Manson a été occupé, ainsi qu'un hôtel de luxe.
lusieurs dizaines de grands magasins de luxe et quelques grands hôtels bourgeois ont été dévastés, saccagés et détruits. Les flics ont la plupart du temps été repoussés. On dénombre pour l'heure une vingtaine de blessés et autant d'arrestations chez les manifestants, cinq blessés chez les flics. Les briefings de Radio X26 nous faisaient entendre la détermination populaire criant à plusieurs milliers “ALL STREETS, OUR STREETS”, ou des slogans anticapitalistes radicaux.
En direct "http://actualutte.info/?p=2994"
Les camarades anglais ont su nous montrer qu'il n'y avait pas de circonstances à attendre, mais des conditions à créer. Ils ont su montrer la vulnérabilité de la police et du pouvoir, la capacité de reprendre notre lutte en main et de la rendre offensive, sans délégation, sans représentation, sans médiation, sans autorisation : ne comptant que sur la complémentarité des outils de lutte et la solidarité dans la lutte globale contre la précarité sociale, le capitalisme et l'État, le peuple anglais a amorcé un tournant dans la lutte sociale en Europe, par sa force de frappe insurrectionnelle.
Le peuple s'est retrouvé dans les occupations, les réquisitions, les blocages, la résistance frontale et solidaire face à la police, la joie, la fête, la détermination, la combativité, et a su se réapproprier la rue et le rapport de force.
Les camarades anglais nous donnent les pistes pour entrer en rapport de force direct contre l'État et le capitalisme, à nous de nous les réapproprier, ici et maintenant, localement et fédéralement. Propageons la révolte, et de la Tunisie à la Grèce, de l'Égypte au Portugal, du Wisconsin à Berlin, faisons vaciller les pouvoirs et reprenons notre présent en main, pour un futur à construire maintenant.
Alors que les plans d'austérité nous sont imposés comme des mesures dite inéluctables, que la précarité touche l'ensemble de la population pour sauver les banques de leur folie spéculative.
Alors que le capitalisme nous assassine par la loi du profit et du contrôle, par le nucléaire qu'il n'a jamais maîtrisé et qui assassine écosystème et populations, par les durcissements répressifs et l'État-policier tout puissant, par les licenciements et la misère.
NE LAISSONS PAS NOS FRÈRES ET NOS S?ŒURS BRITANNIQUES SE BATTRE SEULS,
JETONS-NOUS DANS LA LUTTE, JETONS-NOUS DANS LA GUERRE SOCIALE
que l'État et le Capital nous ont imposé et que nous assumons, dans laquelle nous prenons position.
À Londres comme partout, nous ne demanderons rien, nous ne revendiquerons rien,
NOUS PRENDRONS, NOUS OCCUPERONS.
Communiqués CRIIRAD du 23 et 25 mars 2011 (extraits)
Les chiffres relatifs à la contamination de l’air existent
mais ils sont confisqués par les Etats !
La CRIIRAD lance un appel international, invitant citoyens, associations, scientifiques, élus… de tous pays à se mobiliser à ses côtés afin d’exiger que les résultats relatifs à la contamination radioactive de l’air, obtenus grâce à l’argent public, soient mis à disposition du public et servent à sa protection.
Depuis plus de 10 jours, la centrale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI rejette des produits radioactifs dans l’atmosphère : ces rejets ne sont ni maîtrisés ni quantifiés. Dans le même temps des stations de mesures réparties sur l’ensemble de notre planète enregistrent les niveaux de radioactivité de l’air et suivent pas à pas l’évolution de la radioactivité dans l’espace et dans le temps… mais veillent jalousement à ce que ces données restent secrètes.
Cette situation est choquante en temps normal, totalement inacceptable en situation d’urgence radiologique. Et d’autant plus inacceptable que ce réseau de mesure est financé par l’argent public !
Alors que les masses d’air contaminé ont été détectées en Islande, en Suède, en Finlande et en Allemagne, la CRIIRAD dénonce les dissimulations du Département de L’Énergie des États-Unis.
Elle réitère son appel à se mobiliser afin que tous les résultats d’analyse du réseau du CTBTO soient rendus publics. Les Etats qui s’y opposent doivent être identifiés. C’est par exemple le cas de la France. Chaque citoyen doit connaître l’identité de ceux qui le privent d’informations fiables sur le niveau de radioactivité de l’air qu’il respire.
La CRIIRAD demande la publication de l’intégralité des données de tous les laboratoires du réseau du CTBTO : résultats jour par jour, pour tous les radionucléides mesurés, pour toutes les stations de mesure, aux Etats-Unis comme dans les autres pays, et ce depuis le 10 mars 2011 afin de disposer de valeurs de référence.
TOUS LES CHIFFRES DOIVENT ETRE ACCESSIBLES
· CEUX D’AUJOURD’HUI afin de suivre, jour après jour, l’impact des rejets radioactifs de la centrale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI qui, deux semaines après le début de la crise, ne sont toujours pas maîtrisés.
· CEUX D’HIER pour faire le bilan de toutes les pollutions passées, et éventuellement cachées aux populations ;
· CEUX DE DEMAIN pour ne plus se retrouver, comme ce fut le cas pendant près d’une semaine sans aucun résultat sur l’activité de l’air alors qu’il s’agit d‘un paramètre clé pour l’évaluation du risque sanitaire.
« L’obligation de subir nous donne le droit de savoir » Jean Rostand.
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L'inhalation de la plus infime particule radioactive, est dangereuse (interview de Hirose Takashi, scientifique japonais)
Japon : des millions de personnes à la merci de la radioactivité (30/03/11)
Le laboratoire CRIIRAD détecte un faible niveau d'iode 131 dans l'eau de pluie (29/03/11)
Colère et indignation (25/03/11)
Communiqué CRIIRAD sur la contamination radioactive des aliments au Japon (20/03/11)
Réseau drômois de surveillance de la radioactivité de l'air (CRIIRAD)
Mars 2011 (extraits)
EDF a falsifié des données sismiques pour économiser sur la sûreté
Les données sont accablantes pour 32 des 58 réacteurs français.
En 2003 (la situation est restée la même depuis), EDF a falsifié des données sismiques afin de s’éviter des travaux onéreux… et pourtant indispensables pour la sûreté des centrales nucléaires. Par un courrier du 17 juin 2003, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a couvert EDF en lui donnant raison contre l’avis des experts de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), tenus au silence. Les données sont accablantes et concernent 32 des 58 réacteurs français.
- Chinon (Indre et Loire) : EDF a baissé d’office la valeur de l’intensité des séismes de référence. Il s’agit là d’une falsification aussi incroyable que grossière.
- Belleville (Cher) : EDF s’est autorisée à prendre comme référence un séisme datant de 1079 pour lequel il existe très peu de données, écartant le séisme de référence (de 1933) qui impliquait des mesures plus contraignantes.
- Blayais (Gironde) : les chiffres d’EDF sont trois fois moins contraignants que ceux de l’IRSN. Or André-Claude Lacoste, directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire donne raisons à EDF sans se justifier. Idem pour Saint-Laurent des Eaux (Loir-et-Cher)
- Plus généralement, EDF a redéfini à sa manière les zones sismiques afin de ne pas avoir à tenir compte de certains séismes. Les centrales de Dampierre (Loiret), Bugey (Ain), Fessenheim (Haut-Rhin), Civaux (Vienne), Saint-Alban (Isère), Golfech (Tarn-et-Garonne), Nogent (Aube) et Chooz (Ardennes) également mises en cause.
Ironie de l'Histoire, au moment où cette affaire a été étouffée par l'Autorité de sûreté française (en 2003), 15 réacteurs nucléaires japonais étaient fermés administrativement suite à la falsification par l'électricien TEPCO (propriétaire des réacteurs actuellement en perdition à Fukushima) de documents concernant la sûreté.
L'inspection des réacteurs nucléaires français, annoncée par le Premier ministre François Fillon, est une opération de contre-feux dont le résultat est connu à l'avance : l'Autorité de sûreté nucléaire va expliquer que les réacteurs français sont parfaitement sûrs et que la population française peut avoir confiance.
Il s'agit d'une véritable tromperie
En réalité, tout réacteur nucléaire a vocation à causer une catastrophe. La réaction nucléaire dans un coeur de réacteur est une opération terriblement dangereuse qui est censée être contrôlée et refroidie par des systèmes complexes qui, l'actualité le montre, peuvent être mis à mal par des scénarios imprévus. Qui plus est, les centrales nucléaires françaises sont vieillissantes et donc de plus en plus dangereuses.
L'Allemagne vient de décider de fermer immédiatement 7 réacteurs, cela prouve que des décisions immédiates peuvent être prises. Il est irresponsable de demander une sortie du nucléaire en 20 ou pire en 30 ans : le parc nucléaire français a été construit à marche forcée en moins de 10 ans, il est donc possible de faire le chemin inverse en moins de 10 ans.
Par ailleurs, il y a de quoi s'interroger sur la position de certaines personnalités comme Nicolas Hulot, dont la fondation est largement subventionnée par EDF, qui demande "un débat sur le nucléaire" au lieu de revendiquer la fermeture la plus rapide possible des réacteurs nucléaires français.
Il n'y a pas eu de référendum pour imposer le nucléaire en France, pourquoi en faudrait-il un pour prendre acte de la catastrophe en cours au Japon et décider de sortir du nucléaire ?
Pourtant, les réacteurs nucléaires français arrivent à 30 ans d'âge, la durée de vie prévue à l'origine. EDF se prépare à investir 35 milliards d'euros pour rénover ces réacteurs : il faut d'urgence stopper ce processus et reverser ces sommes dans les programmes alternatifs. Chacun doit comprendre que tout a changé sur la question du nucléaire : il n'est plus temps de polémiquer sur le prix de l'électricité nucléaire ou sur la supposée indépendance énergétique. Il n'est plus temps de se demander s'il est possible de sortir du nucléaire : c'est possible mais surtout c'est indispensable... et en toute urgence.
C'est à la population de signifier aux dirigeants français, aveugles et sourds, et aux ridicules "écologistes cathodiques" (Hulot, Arthus-Bertrand) qu'ils doivent cesser leurs manoeuvres dilatoires : il faut décider immédiatement de s'engager dans la sortie du nucléaire, fermer dans les jours qui viennent les réacteurs les plus vieux , et programmer la fermeture rapide des autres, par exemple losrqu'ils arrivent à 30 ans d'âge, c'est à dire leur durée de vie prévue à l'origine.
La fusion du coeur est le plus grave accident qui puisse arriver dans une centrale nucléaire.
Il est désormais probable que c'est un véritable Tchernobyl qui a lieu... pour le moment à l'intérieur de l'enceinte de confinement (une grosse cloche de béton qui recouvre le réacteur). Le nuage radioactif est donc actuellement retenu mais la fusion fait monter la pression, ce qui menace de faire voler en éclat l'enceinte de confinement : ce serait alors un nouveau Tchernobyl.
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La malbouffe radioactive (Observatoire du nucléaire)
Catastrophe nucléaire : on vous l’avait bien dit (piecesetmaindoeuvre)
Alerte Plutonium Fukushima 3 : MOX et INTOX (mecanopolis)
Accidents nucléaires au Japon : dossier spécial (CRII-RAD)
(extraits)
"Messieurs les bourgeois et vos valets de tous poils, et malgré la haute prétention du napoléonet (...) qui espère museler les « subversifs » (...), le groupe anarchiste algérien est décidé à démontrer à l’opinion publique vos crimes, vos ignominies que vous voulez baptiser du mot « civilisation »."
(1929)
"Les colonisateurs et les marchands ont suivi la route tracée dans le sang du peuple arabe par les conquérants ; les uns ont dépossédé les indigènes et courbé sous leur joug hommes, femmes et enfants ; les autres se sont efforcés d’acquérir pour rien les produits naturels tout en vendant fort cher ce qu’ils apportaient. Concessionnaires et banquiers sont venus doubler l’ancien esclavage et, unis à la féodalité indigène, ont fait régner dans le pays conquis la plus dure exploitation."
"Ainsi ce peuple, qui ne demandait rien à personne, a vu s’ajouter à la tyrannie de ses anciens maîtres celle des maîtres nouveaux."
"Économiquement et politiquement, le peuple algérien est absolument esclave, deux fois esclave. Il ne possède réellement que deux droits : souffrir et payer, souffrir en silence et payer sans rechigner."
"Les Algériens qui ont pu quitter ce pays inhospitalier sont solidaires de leurs frères restés de l’autre côté de la Méditerranée."
"Ils espèrent que leur appel sera entendu tout particulièrement par leurs frères : les travailleurs français. Et, en revanche, ils assurent ceux-ci de leur solidarité dans les luttes qu’ils entreprendront pour la libération commune. Ils savent que Français et Algériens n’ont qu’un ennemi : leur maître. Fraternellement unis, ils sauront s’en débarrasser pour fêter ensembles leur affranchissement."
(1930)
"Non, n'attendez rien d'Allah, les cieux sont vides et les dieux n'ont été créés que pour servir l'exploitation et prêcher la résignation..."
"Nous ne sommes pas adversaires de l'organisation de groupes d'autodéfense du prolétariat... Coup pour coup ! Oeil pour oeil ! Dent pour dent ! Tels doivent être les mots d'ordre de lutte antifasciste..."
"Vos exploiteurs ne vous considèrent pas comme des hommes, mais comme des esclaves bons à tout supporter..."
"Aux travailleurs algériens ! Bravo ! Tu commences à te réveiller, tu entres dans la lutte sociale après avoir compris que tu es trop opprimé. Mais, hélas ! Croyant te libérer de la peste française qui te ronge, tu veux te rejeter vers le choléra islamique, qui te détruira pareillement, ou vers la politique, qui te dévorera [...]. Anarchistes, nous te disons : À bas tous les gouvernements et tous les exploiteurs, qu’ils soient roumis ou musulmans, car tous veulent vivre sur le dos des travailleurs..."
(1935)
"Jaloux des lauriers du pape Staline qui est en train d'imposer sa dictature au monde arabe, tel l'Iran et la Turquie dont il veut s'accaparer, en vertu sans doute du droit des peuples à se diriger eux-mêmes, nos communistes repartis de France tentent de vous imposer avec une fausse doctrine dont le but est de profiter de votre crédulité... Travailleurs algériens ! Pour qu'il n'y ait plus de caïds, de députés ou de marabouts endormeurs du peuple venez avec nous !"
(1946)
"Pour l'indigène algérien, la discipline est une soumission dégradante si elle n'est pas librement consentie. Cependant, le Berbère est très sensible à l'organisation, à l'entraide, à la camaraderie mais, fédéraliste, il n'acceptera d'ordre que s'il est l'expression des désirs du commun, de la base. Lorsqu'un délégué de village est désigné par l'Administration, l'Algérie le considère comme un ennemi."
"Tout le monde parle encore de Dieu, par habitude, mais en réalité plus personne n'y croit."
"J'avoue que le dieu arabe de nos sinistres pantins d'Algérie a bien fait les choses, puisque la guerre judéo-arabe nous révéla que les chefs de l'islamisme intégral ne sont rien d'autre que de vulgaires vendus aux Américains, aux Anglais, et aux Juifs eux-mêmes, leurs prétendus ennemis. Un coup en traître pour nos derviches algériens, mais salutaire pour le peuple qui commence à voir clair."
"Rien à faire, les Algériens ne veulent ni de la peste, ni du choléra, ni d'un gouvernement de roumi, ni de celui d'un caïd. D'ailleurs, la grande masse des travailleurs kabyles sait qu'un gouvernement musulman, à la fois religieux et politique, ne peut revêtir qu'un caractère féodal, donc primitif. Tous les gouvernements musulmans l'ont jusqu'ici prouvé."
"Quand au nationalisme que j'entends souvent reprocher aux AIgériens, il ne faut pas oublier qu'il est le triste fruit de l'occupation française. Un rapprochement des peuples le fera disparaître, comme il fera disparaître les religions. Et, plus que tout autre, le peuple algérien est accessible à l'internationalisme, parce qu'il en a le goût ou que sa vie errante lui ouvre inévitablement les yeux. On trouve des Kabyles aux quatre coins du monde ; ils se plaisent partout, fraternisent avec tout le monde, et leur rêve est toujours le savoir, le bien-être et la liberté."
"Le Kabyle est capable d'entraîner le reste du peuple algérien dans la révolte contre toute forme de centralisme autoritaire."
"Les Algériens se gouverneront eux-mêmes à la mode du Village, du douar, sans députés ni ministres qui s'engraissent à leurs dépens, car le peuple algérien libéré d'un joug ne voudra jamais s'en donner un autre, et son tempérament fédéraliste et libertaire en est le sûr garant. C'est dans la masse des travailleurs manuels que l'on trouve l'intelligence robuste et la noblesse d'esprit, alors que la horde des "intellectuels" est, dans son immense majorité, dénuée de tout sentiment généreux."
"Prenez garde qu'un jour les parias en aient "marre" et qu'ils prennent les fusils pour les diriger contre leurs véritables ennemis, au nom du droit à la vie..."
(1951)
Saïl Mohamed
Anarchiste et indépendantiste, né le 14 Octobre 1894 à Taourirt Béni Ouaghlis, en Algérie.
Ayant fait ses études primaires en Algérie, il exerça la profession de chauffeur mécanicien, puis on ne sait pas par quelles circonstances il s'est retrouvé en France. Pendant la première guerre mondiale, il est interné pour insoumission puis désertion. A sa libération, il s'installe dans la région parisienne et adhère à l'Union Anarchiste. En 1923, il fonde avec Slimane Kiouane le Comité de défense des indigènes algériens.
Dés 1924, ses premiers articles où il dénonce le colonialisme, le centenaire de la conquête de l'Algérie... dans des publications anarchistes telles que Le Libertaire, La Voix Libertaire...
En 1932, il devient le gérant de L'Éveil social et y publie plusieurs articles où il appelle les Algériens à s'organiser et à se révolter. Mais un article antimilitariste lui valut des poursuites judiciaires à la fin de la même année. En 1934, il est arrêté pour possession d'armes prohibées et reste quatre mois en prison.
A sa libération, Saïl ne désarme pas et reprend son combat. L’Éveil social fusionne avec Terre libre. il fut responsable de l’édition nord-africaine et tente de reconstruire le Groupe anarchiste des indigènes algériens.
Au début de la Guerre d'Espagne, il s'engage dans le Groupe International de la colonne Durruti (CNT) crée par les anarchistes refusant de se fondre dans les Brigades Internationales qu'ils considèrent contrôlées par les communistes. Ses premières lettres du front furent publiées dès octobre 1936 dans L'Espagne antifasciste. En novembre 1936, il fut blessé prés de Sarragosse et rentra en France.
En 1937, il participe à diverses manifestations : Contre l'interdiction du PPA, contre la répression des manifestants tunisiens et pour le soutien de la révolution espagnole. En 1938, il est arrêté et condamné pour provocation de militaire. Sous l'occupation, il est encore arrêté et interné dans le camp de Riom d'où il s'est échappé. Il se spécialisa jusqu'à la Libération dans la fabrication de faux-papiers.
Dès la Libération, Saïl essaye de reformer des comités d’anarchistes algériens. Il tient dans Le Libertaire une chronique de la situation en Algérie. En 1951, il est nommé responsable au sein de la commission syndicale aux questions nord-africaines. Il meurt à la fin avril 1953.
Paul, février 2011
De tous temps, les maîtres, faute de susciter le respect par leur valeur personnelle, ont inspiré la crainte pour garder leurs trônes. « Place ! » criait les gardes armés pour ouvrir la route au carrosse du seigneur. Ceux qui ne cédaient pas étaient impitoyablement punis, avec le plus de cruauté possible afin que l'horreur du châtiment dissuade les autres. En général, les tyrans étaient assassinés par leurs proches qui, à leur tour, reprenaient les rênes du pouvoir.
L'humiliation est la technique de base de la dictature. L'humble, comme son nom l'indique (dérivé du latin humus), est celui qui se prosterne face contre terre devant le maître. S'agenouiller devant le prince, lui baiser la main, s'incliner devant ses représentants, sont signes de cette soumission. Son but n'est évidemment pas politique, mais seulement d'œuvrer aux intérêts particuliers d'une caste. Autrement dit, de leur permettre de vivre dans l'opulence grâce à la docilité de serviteurs terrorisés. Que le maître soit chef de gang ou chef d'État, la méthode est la même.
En arabe, l'humiliation se dit hogra. C'était le sentiment des populations colonisées, ensuite soumises au pouvoir dictatorial des diverses factions qui ont confisqué les richesses, avec la complicité des anciens occupants, après la libération du joug colonial. La hogra, c'est la peur quotidienne, l'obligation de s'incliner avec déférence devant les chefs de l'administration, de leur payer des « cafés ». C'est accepter avec fatalisme l'injustice permanente exercée par les juges, la police, les directions des hôpitaux. C'est risquer à tout moment d'être dénoncé par un des multiples indicateurs qui surveillent la population. C'est n'être jamais reconnu en tant que personne humaine.
La colère qui a soulevé les peuples arabes soumis à la dictature, avant d'être provoquée par la pauvreté pourtant réelle d'une majeure partie des gens, a d'abord été le rejet fondamental de l'humiliation. C'est le geste de l'esclave qui secoue ses chaînes et proclame : jamais plus je ne m'inclinerai devant un maître. Le cri unanime qui montait dans les manifestations était :
« Dégage ! ». Pour dire au maître : fous le camp, disparais, tu n'es plus rien. Nous ne sommes plus à toi. Nous sommes libres. A celui qui méprisait ses sujets en leur disant : « casse-toi, pauvre con », l'insulté lui réplique avec la fierté de l'humain qui ne supporte plus l'arrogance : « Dégage! »
La raison pour laquelle la plupart des politiciens de l'Occident dit démocratique ne se sont pas précipités pour apporter leur soutien à l'insurrection arabe contre les dictateurs, c'est qu'ils ont bien compris combien ce cri de ralliement, « dégage! », ne tolérait aucune compromission. Ils ont compris que des peuples qui voulaient la liberté à ce point-là seraient difficiles à embobiner avec un discours politique à la sauce libérale : il y a une démocratie du peuple qui fait peur aux représentants de la démocratie politicienne.
Les castes de possédants qui manipulent en Occident les États dits démocratiques sont évidemment les alliées des dictatures dans les anciens pays colonisés : d'un côté on tient les populations en les faisant participer à leur propre soumission, et de l'autre, on aide des tyrans à maintenir au plus bas le coût de la main d'œuvre et des matières premières. Les entreprises occidentales qui ont délocalisé leur production dans des pays dits émergents ne sont pas prêtes à renoncer à leurs bénéfices. Les voilà bien marris, maintenant, de voir les peuples soumis lever la tête avec une allure si fière, avec un courage si magnifique, eux qui prétendaient que ces gens étaient serviles par nature et seraient incapables de vouloir vivre sans maître. Ils auraient dû regarder plus attentivement ces splendides enfants palestiniens quand ils jetaient des pierres sur les blindés de l'occupant. Ils auraient dû entendre les cris des émeutiers qui, de temps en temps, tentaient de secouer le joug des pouvoirs. Désormais, une clameur monte de partout pour hanter leurs rêves : « Dégage ! »
Deux lettres de Dan depuis la prison de la Santé, février 2011.
Dans la nuit du 12 au 13 janvier à Paris, Dan, Olivier et Camille se sont fait arrêter à Belleville pour des tags "Algérie – Tunisie / Insurrection", "Vive l’anarchie"…
"Le sol sur lequel vous vous trouvez est en feu"
August Spies à ses juges
Depuis toujours, des humains oppriment d’autres humains. C’est sur ces bases maudites qu’est née cette civilisation de l’enfermement. La domination, qu’elle soit économique, sexiste ou morale régit les rapports entre les gens, à tel point et depuis si longtemps que le simple fait d’inventer d’autres rapports, vivre ses relations différemment, vouloir un avenir débarrassé de toute autorité et agir dans ce but est un « crime ». Des amitiés se transforment en « association de malfaiteurs », des associations d’individus sans hiérarchie deviennent des « organisations terroristes » avec tous les fantasmes du pouvoir : leaders, exécutants, théoriciens, etc. De la France au Chili en passant par la Grèce, l’Italie et tant d’autres endroits où s’organisent des anarchistes et anti-autoritaires en vue d’en finir avec les rapports de domination, en face, la répression s’organiste aussi avec son arsenal militaro-juridique. Cette situation, en soi, n’est pas tellement étonnante, en vrai, elle est aussi vieille que le sont nos idées et nos désirs de vivre. Des lois scélérates de la belle époque en France jusqu’au délit d’anarchisme en Italie de nos jours, ce dernier a toujours servi d’épouvantail social. Si je parle tant d’anarchisme, c’est que moi-même je suis anarchiste, mais ce constat s’applique à de nombreuses catégories fantasmées du pouvoir : les « bandes », les « casseurs », les « anarcho-autonomes », les « Rroms » et autres « bandes ethniques à capuche » si chers aux crapules médiatiques.
En fait, il s’agit d’attribuer à ces catégories montées de toute pièce à des fins électorales et sociales, des pratiques séculaires et répandues comme la rétribution sociale, le sabotage, l’expression murale et autres moyens d’expression qui n’appartiennent à personne, sinon à ceux que la société pousse à réagir contre elle. On peut alors confiner ces pratiques à quelques « têtes brûlées » pour mieux faire oublier à tous qu’il n’appartient qu’à eux de reprendre le contrôle de leurs vies. Entrent alors en jeu syndicats, politiciens, porte-paroles et figures mythiques pour temporiser la rage des opprimés, pour déposséder chacun de sa propre révolte et la convertir en pouvoir et en argent pour quelques-uns.
Nous sommes tous en prison. Qui peut nier sans mauvaise foi que travailler, s’enfermer dans une salle de classe, une usine, un supermarché, ce n’est pas se constituer prisonnier ? Qui ne ressent pas, du haut de sa cage à poule emboîtée dans des barres d’immeubles qui nous barrent l’horizon, que sa vie n’est qu’une suite d’incarcérations diverses ? Qui réussit encore à éviter du regard les barbelés, barrières, portes blindées, grilles qui peuplent de plus en plus les lieux où nous nous trouvons et rampons, du travail au métro, de son 15m2 aux grands espaces des hypermarchés. Cette société est une vaste prison qui contient en elle une autre prison qui elle-même en contient d’autres. Dehors la menace de la prison, dedans la menace du mitard.
Dans cette vie morne et froide cependant, se soulèvent parfois les flammes de la colère. Récemment, en Tunisie, Algérie ou en Egypte, elles sont venues réchauffer le brasier de nos cœurs qui ne s’éteindra pas à coup de répression.
Nous avons voulu exprimer notre solidarité avec tous les émeutiers qui bravent l’ordre au mépris des menaces et des balles, car nous aussi nous voulons en finir avec ce monde de fric et de pouvoir, nous voulons vivre. Comme une minuscule contribution aux cris de colères qui ont traversé ces derniers mois la Méditerranée, nous avons écrit quelques tags sur les tristes murs des quartiers où nous vivons, contre les dominations démocratiques et dictatoriales contre le règne du fric et des Etats.
Des patrouilles de la BAC qui nous avaient repérés depuis quelques temps nous interpellent alors aux alentours de 3h du mat’, rue de Tourtille (XXe). Après une courte nuit au commissariat du XXe, la section anti-terroriste de la brigade criminelle prend le relais et nous ramène au 36 quai des Orfèvres après des perquisitions à nos domiciles pour mettre à jour leurs fichiers. Nous apprenons qu’ils nous mettent alors sur le dos une série de tags contre la Croix-Rouge et son implication omniprésente et internationale dans la machine à expulser et l’encampement progressif des pauvres. Nous sommes également poursuivis pour refus de fichage ADN et empreintes ainsi que pour non-respect du contrôle judiciaire qu’Olivier et moi avions déjà sur le dos. En février 2010, la SAT, encore elle, nous avait arrêtés pour notre participation à la lutte contre la machine à expulser. Nous avions alors été mis en examen ainsi que plusieurs autres camarades pour de supposés sabotages de distributeurs de billets.
Il s’agissait alors, et aujourd’hui encore, de punir et d’isoler quelques individus pour des luttes et des désirs partagés par tant d’autres.
Lors de notre incarcération, le procureur fut très clair : « Il faut mettre un coup d’arrêt définitif à la Mouvance anarcho-autonome et donner une leçon à M. Sayag avant qu’il ne s’engage sur la pente d’une contestation plus violente encore. »
Si l’Etat s’acharne aujourd’hui sur nous, c’est que nous n’avons jamais cessé, et très visiblement, de porter nos idées dans la rue, de parler d’anarchie à ceux qui n’en ont jamais entendu parler, et d’exprimer fièrement notre solidarité avec les révoltés du monde entier, et ce n’est pas un secret pour grand monde.
Je ne suis ni « innocent », ni « coupable » des faits qui me sont reprochés. Je suis anarchiste, en cela, toutes les pratiques qui visent à se libérer des rapports de domination sans les reproduire, obtiennent ma solidarité, que ces pratiques soient ou non les miennes.
A tous ceux qui ne pleurent pas pour ces pauvres murs que nous avons décidé de faire parler, à tous ceux aussi qui se sentent enchaînés, lorsque d’autres le sont, je vous envoie mes salutations révolutionnaires et vous appelle à ne pas marquer de trêve dans le combat pour la liberté qui est le vôtre, et qui est aussi le mien.
A tous les serviteurs de cet état de choses, vos peines de prison ne sècheront ni mes larmes ni n’atténuerons notre joie de travailler à la transformation des rapports.
Je réaffirme toute ma solidarité avec les révoltés qui s’agitent sans pour autant rêver de remplacer les dictatures par une domination démocratique. Ainsi qu’à tous les prisonniers de la planète qui ne baissent pas les bras et qui ne se séparent pas des autres en s’inventant des catégories comme « prisonnier politique ». De Sidi Bouzid à Athènes, de Bal-el-oued à Santiago, de Villiers-le-bel aux faubourgs de Rio, que nos révoltes engendrent nos solidarités, et vice et versa.
Liberté.
Depuis quelques mois, dans ce que journalistes et universitaires appellent le « monde arabe », éclatent de nombreuses émeutes et révoltes. En Tunisie, en Algérie, en Egypte et certainement bientôt ailleurs. Peu d’informations qui filtrent au final, puisqu’on n’a accès qu’à la propagande des médias ou par le biais de moyens dégradés tels que des réseaux sociaux et virtuels. Bien entendu, les médias s’acharnent à faire croire qu’il ne s’agit que de révoltes contre tel ou tel autre chef d’Etat « abusif ». A trop focaliser sur les figures toutes pourries de Ben Ali ou Moubarak, on finirait presque par réussir à taire les véritables raisons de la colère. A vrai dire, il ne s’agit pas d’un « complot » médiatique, tout cela n’est peut-être même pas volontaire, car les journalistes que savent-ils vraiment de ce qu’est une vie de pauvre, harcelé par les autorités ? Rien. Il n’y a qu’à voir le traitement médiatique fait aux soulèvements de novembre 2005 en France. On ne nous a parlé que de « violence gratuite » (mais cela existe-t-il vraiment ?), de hordes de barbares détruisant « leurs » propres lieux de vie, se tirant « une balle dans le pied ». Au choix, de la haine ou de la condescendance. Mais sont-ils capables d’autre chose de là où ils parlent ? L’empathie, c’est entre autres se reconnaître dans le sort qui est fait à l’autre. Seulement, un journaliste, un politicien, ou un « intellectuel », que savent-ils de ce qu’est la vie d’un damné de la terre ? Que connaissent-ils de la vie de misère que la plupart d’entre nous vivons, sous le couperet permanent de sa banque, de son proprio, du trésor public ? Toujours rien. Il n’y a qu’à voir le tintamarre citoyen, cassant les oreilles de tout le monde dès qu’un pauvre journaliste doit se foutre à poil devant des flics, ce que des milliers de pauvres vivent chaque jour dans le silence de l’habitude. Il n’y a rien d’étonnant donc à ce que journalistes et intellectuels (aussi compassionnels soient-ils) soient incapables de comprendre quoi que ce soit aux éclats de rage qui émaillent ici et là le vernis d’autorité des puissants.
Cependant, pour nous révoltés, en tout cas pour moi, ces émeutes réveillent un instinct de liberté insoupçonné. Si d’un coin du monde à l’autre, nous vivons tous différemment, il est aisé de se reconnaître dans les yeux d’émeutiers qui mettent le feu à ce qui les opprime quotidiennement.
On remarque qu’avant que ces charognards politiques ou religieux ne tentent de récupérer les émeutes à leurs fins, aucune revendication, aucune demande n’a émergé des foules enragées. Il s’agit là d’un signe d’une grande importance. Car cela signifie que les émeutiers n’attendent plus rien du pouvoir. Qu’il ne s’agit plus maintenant que de présenter l’addition à ceux qui nous gouvernent et les chasser à coups de pied au cul. En France, comme ailleurs, aucune difficulté pour s’identifier à ces insurgés, réalisant nos rêves en face de nos yeux, bravant les mensonges et les balles, acceptant les risques d’un basculement dans l’inconnu qu’est l’absence de pouvoir fixe. De plus, ils nous ont montré que c’était possible, ils ont prouvé aux plus résignés d’entre nous que la révolte n’est pas une utopie, que rien ne peut l’arrêter. Ce mouvement spontané de révolte est aussi une belle occasion de se poser quelques questions. Des questions qui se sont déjà posées, ici au lendemain de la seconde guerre mondiale et de sa prétendue « libération ». Malheureusement, ils sont peu ceux qui n’ont pas déposé les armes à l’avènement de la démocratie. Et aujourd’hui, qui se souvient encore du témoignage d’un anarchiste comme Belgrado Pedrini ? De la lucidité de tous ceux qui, récemment passés sous le joug de la démocratie percevaient déjà que le régime n’avait changé que de nom et de manteau, que ses prisons et ses lois étaient toujours là pour nous pourrir la vie.
Il ne faut pas se faire d’illusions, c’est certainement le sort qui est réservé aux émeutiers dont nous parlons, même si par exemple en Tunisie, la plupart des émeutiers ne sont pas gentiment rentrés chez eux après l’annonce du départ de Ben Ali. Non, ils ont continué à se venger en rasant les commissariats où nombre d’entre eux furent torturés comme des chiens. Et je le répète, malgré que les situations ne sont pas les mêmes, nous avons la même rage contre ce quotidien merdique qui ne connaît pas de frontières.
En ces périodes de troubles sociaux quotidiens où certains, rollex aux poignets, nous appelent sans honte à nous serrer la ceinture alors qu’ils continuent à péter dans la soie aux yeux de tous. Pas de surprise à ce que cela s’embrase. Ils nous parlent de « crise », de sacrifices, alors que notre vie est déjà une suite de sacrifices et de renoncements, et que la leur est un long fleuve tranquille qui lui, ne connaît pas la crise.
Alors que certains cherchent à réussir en marchant sur les autres, que d’autres s’évadent à coups de drogues ou de prières et prophéties, cherchant un ailleurs où guérir d’ici, les insurgés du monde entier montrent le chemin d’une transformation radicale de nos vies, ils montrent qu’il ne relève pas que du rêve de renverser un régime, de se jouer de lui, de le déchirer gaiement.
Le sourire sur leur visage est le nôtre.
Le pouvoir ici comme ailleurs, sent bien que son règne est fragilisé par cet état de fait et ce n’est pas un hasard que des anarchistes soient incarcérés pour avoir tagué dans ce qu’ils appellent des « zones urbaines sensibles » (à vos souhaits !) des messages comme « Algérie / Tunisie / Partout / vive l’insurrection » ou « solidarité avec les émeutiers du Maghreb ». C’est qu’il ne faudrait tout de même pas donner des idées aux pauvres. Comme si d’ailleurs, les révoltés avaient besoin de quelques tags pour se révolter. Il faut bien être con soi-même pour prendre les gens pour des cons de la sorte.
De fait, ces émeutes ont présenté de nombreux signes d’une véritable émancipation. Une chose frappe l’œil d’abord, sinon totalement, les émeutiers ont partiellement fait péter les catégories du pouvoir. Ce qui n’empêche pas les médias de nous parler de « jeunes ». Il suffit de jeter un œil pour apercevoir jeunes, vieux, femmes, hommes, pauvres et un peu moins pauvres unis dans la paradoxale allégresse d’une colère insurrectionnelle qui se lâche avec courage.
Pour les révolutionnaires anti-autoritaires d’ici et d’ailleurs se pose la question de la solidarité internationale. Quelle forme peut-elle prendre ? Je pense que cette question contient en elle-même ses propres limites. Je veux dire par là que la question de savoir comment exprimer à travers les mers et les continents notre sympathie avec ces événements est bien moins prioritaire à mon avis que de savoir comment nous pourrions la vivre ici même, là où nous sommes. Le risque, à force de trop regarder à côté, c’est de perdre de vue ce qu’il y a en face, sur le sol que nous foulons de nos pieds. « Bring the war home ! » criaient les antimilitaristes américains au moment de la guerre du Vietnam.
Cela me fait venir une pensée, nous étions quelques un/es en décembre 2008, à nous méfier de l’engouement extraordinaire que suscitait la vague d’émeutes qui venait d’éclater en Grèce suite à la mort d’Alexis, tué par balle par des flics. Là aussi le courage et la force des révoltés de Grèce avaient de quoi nous toucher droit au cœur, mais aussi nous faire complexer de nos manquements. Mais pourquoi cette méfiance ? Parce que peu avant, ici même, avait eu lieu le soulèvement le plus massif depuis plus d’une trentaine d’années. Et ce, au mieux dans un silence de mort du côté d’une grande partie du mouvement dit anti-autoritaire ou plus largement « gauchiste », au pire, dans le mépris et la condescendance la plus dégueulasse possible.
On pourrait reprocher à l’époque la facilité de se reconnaître dans une révolte qui contenait tous les signes de reconnaissance identitaires des milieux contestataires momifiés : logos, idéologies, tracts, manifestes etc. divergeant formellement des émeutes de 2005, qui elles, n’utilisent pas les cadres de reconnaissances et la liturgie gauchiste post 77 si chère aux vendeurs de T-shirt qui peuplent ce petit marécage. Un pari plus dur à jouer donc, si on estime toutefois que l’exotisme est plus important que les opportunités d’agir concrètement sur ce monde.
Alors, deux poids deux mesures ?
Actuellement incarcéré et « coupé » du monde, je serais bien incapable de dire si le comportement est le même vis-à-vis des révoltes actuelles en Afrique du Nord. Mais je me souviens du grand mutisme qui a gagné le petit mouvement avant d’atterrir ici. Alors que se déchaînait déjà la colère des insurgés et que pleuvaient les balles.
Je ne dis pas tout cela pour stigmatiser qui que ce soit, je serais d’ailleurs bien malhonnête de ne pas admettre que moi-même, muni de préjugés, j’étais méfiant. Certainement influencé par cet inconscient collectif qui voudrait que les peuples arabes soient foutus d’avance. D’abord méfiance vis-à-vis des mouvements religieux, ensuite, un certain manque d’audace pour imaginer que des dictateurs qui ont pris une trentaine d’années pour asseoir leur pouvoir et le graver dans la roche puissent tomber au bout de quelques semaines de troubles. Peut-être aussi, comme beaucoup de camarades, suis-je trop habitué à me reconnaître dans des codes identitaires, et trop peu à considérer la rage des opprimés pour elle-même, et non pour l’image (ou l’imagerie) radicale qu’elle se donne.
Je suis bien conscient que ces quelques lignes n’ont pas grand intérêt, il ne s’agit que d’essayer de poser quelques pistes de discussion, qui, je l’imagine, sont déjà bien présentes dans les discussions de chacun.
Pour la propagation de la joie des bouleversements,
pour l’abolition d’un ici et d’un là-bas.
le 13 février 2011
Accroupi contre un arbre, il dessine un tank. Avec des photos de Ben Ali découpées dans les journaux, il crée des collages féroces contre l'ancien régime qu'il expose sur le trottoir. Régulièrement, une petite assemblée s'arrête pour le regarder faire et commenter les caricatures. L'une d'elles représente un hydre dont trois têtes sont triomphantes. Sous les photos du Ben Ali souriant, Mohamed a inscrit le nom des pays amis de l'ancien dictateur : France, Arabie saoudite et Etats-Unis. Sous la tête sanguinolente, il a écrit « Tunisie ».
Les Tunisiens ne chuchotent plus, ils parlent, ils écrivent, ils dessinent, ils chantent, ils manifestent. La fièvre ne les quitte plus. Devenues quotidiennes, ces manifestations de joie et de colère n'en sont pas moins impressionnantes, émouvantes.
Les nuits tunisoises, pourtant, ne sont pas qu'inquiètes. Elles sont festives dans les bars qui s'organisent pour contourner le couvre-feu et accueillir leurs clients de minuit à l'aube. Il suffit d'arriver avant minuit et de ne pas ressortir avant 4 heures. On y danse, on y boit beaucoup et on célèbre encore et encore la révolution.
Extrait de http://www.rue89.com/2011/02/13/la-fievre-revolutionnaire-des-tunisiens-nest-pas-retombee-190232

Le monde regarde l'Égypte et est solidaire des événements. Cependant, à cause de la coupure du réseau Internet, les informations sont très dures à trouver. Peux-tu nous dire quels événements ont eu lieu la semaine passée en Égypte. À quoi ça ressemblait de ton point de vue ?
La situation à cet instant est vraiment cruciale en Égypte. Cela avait commencé par une invitation à une journée de contestation contre le régime de Moubarak le 25 janvier. Personne ne s'attendait à une invitation pour une journée de contestation, de la part d'un groupe Facebook, pas vraiment organisée et appelée «Nous sommes tous Khalid Said» (Khalid Said était un jeune égyptien qui a été tué par la police de Moubarak l'été passé à Alexandrie), c'était le mardi où tout a commencé, l'étincelle qui a mis le feu à tout le reste. Ce mardi, il y a eu des grandes manifestations dans la rue de toutes les villes égyptiennes, le mercredi le massacre a commencé. Il a commencé lorsque se terminait le sit-in sur la place Tahir, très tard dans la nuit de mardi et a continué lors des jours suivants, spécialement à Suez. Suez a une valeur toute particulière au cœur des égyptiens. C'était le centre de la résistance contre les sionistes en 1956 et 1967, dans le même district. Suez a combattu les troupes de Sharon dans la guerre israélo-palestienne. La police de Moubarak a perpétré un massacre - 4 personnes ont été tuées, 100 blessées, avec des gaz lacrymogène, des balles en caoutchouc, des lances-flammes et une étrange substance jaune, peut-être du gaz moutarde, projeté des airs. Vendredi a été appelé le Jumu'ah de la rage - Jumu'ah est le nom arabe de vendredi. C'est la fin de semaine nationale en Égypte, dans beaucoup d'autres pays musulmans aussi. C'est un jour sacré de l'Islam parce les grandes prières ont lieu ce jour, appelées les prières de Jumu'ah. Il était planifié d'aller aux manifestations après les prières, à midi, mais la police a essayé d'arrêter ces marches avec toute sa puissance et sa violence. Il y a eu pas mal d'accrochages au Caire (dans le centre-ville, à Mattareyaf, dans l'Est du Caire), dans toute l'Égypte, spécialement à Suez, Alexandrie, Mahalla (dans le delta du Nil, un des centres des classes laborieuses). En plein soleil de midi, le peuple a marché au Caire en direction du centre-ville, pour se rendre à un sit-in sur la place Tahir, pour demander la fin du régime de Moubarak, en chantant le slogan «Le peuple demande la fin du régime». En fin d'après-midi, vers 17h, Moubarak a décrété un couvre-feu et a déployé l'armée dans les villes égyptiennes. Le couvre-feu a été suivi d'un plan orchestré par la police, pour laisser des criminels et voyous appelés Baltagayyah s'échapper. La police a orchestré l'évasion à grande échelle de criminels dans de nombreuses prisons égyptiennes afin d'effrayer le peuple en Égypte. Pas de police, plusieurs troupes armées incapable de contrôler les rues, les gens étaient effrayés. Cela a été suivie par une série de nouvelles sur la télévision égyptienne, les radio, les journaux à propos de pillages dans de nombreuses villes et de tirs sur des personnes. Les gens ont organisé des «comités populaires» pour sécurisé chaque rue. C'était bienvenu pour le régime qui voulait faire peur à la population avec l'instabilité du pays, mais c'est aussi grâce à ces troubles que nous avons pu commencer à construire les conseils ouvriers.
Depuis Mercredi, il y a eu des affrontements entre pro et anti-Moubarak. Est-ce que cela décrit correctement la réalité ? Qui sont ces «supporters de Moubarak» ? Quel impact ont eu ces affrontements sur l'attitude de classe laborieuse égyptienne ?
C'est absolument faux de présenter ces affrontements comme des affrontements entre pro et anti-Moubarak. Les pro-Mubarak étaient constitués en majorité par des Baltagayyah et la police secrète, dans le but d'attaquer les contestataires sur la place Tahir. Cela a uniquement commencé après le discours de Moubarak hier, après celui d'Obama. Personnellement, je pense que Moubarak a sentit le ciel lui tomber sur la tête et son sang n'a fait qu'un tour. Il se sent comme Neron et veut brûler l'Égypte avant de la quitter, essayer de faire croire aux gens qu'il était un facteur de stabilité, de sûreté et de sécurité. Dans ce sens, il a réellement réussit à progresser - une sainte alliance nationale a été formée contre les Tahrites (les contestataires de la place Tahir) et la «commune de la place Tahir». Bon nombre de gens, spécialement ceux de la classe moyenne, ont affirmé qu'il fallait mettre fin aux manifestations à cause du risque de voir l'Égypte brûler, la famine commencer, mais évidemment tout cela n'est pas vrai - c'est largement exagéré. Chaque révolution a ses difficultés et Moubarak use de la peur et de la terreur pour rester plus longtemps au pouvoir. Personnellement, je dis que les contestataires prennent leurs responsabilités concernant la situation et que Moubarak doit partir, il le doit parce qu'il est dans l'incapacité de négocier dans la situation actuelle.
Que pense-tu qu'il va se passer la semaine prochaine ? À quel point la position prise par les États-Unis affecte-t-elle la situation actuelle ?
Personne ne peut prédire ce qu'il va se passer la semaine prochaine. Moubarak est un idiot têtu et les médias égyptiens font la plus grosse campagne médiatique de leur histoire pour discréditer les prochaines protestations prévue le vendredi 4 février. Nous appelons à une nouvelle marche d'un million de personne à Tahir, appelé le «Jumu'ah du salut». La position qu'a pris le gouvernement des États-Unis l'affecte plus que les manifestations. Moubarak est un traître, capable de tuer tout le peuple, mais il ne peut pas dire non à son maître.
Quel est la participation des anarchistes ? Qui sont vos alliés ?
L'anarchisme en Égypte n'est pas un grand courant. On peut trouver quelques anarchistes mais pas encore de grand courant. Les anarchistes en Égypte ont joint les contestataires et les comités populaire pour défendre les rues des voyous. Les anarchistes égyptiens ont un certain espoir dans ces conseils. Les alliés des anarchistes en Égypte sont les marxistes, évidemment. Nous avons actuellement un débat idéologique - toute la gauche appelle à l'unité et ensuite argumente sur tout. Les anarchistes en Égypte sont une part de la gauche égyptienne.
Quelles formes de solidarité peut-on construire entre les révolutionnaires en Égypte et les révolutionnaire de "l'occident" ? Que peuvent-ils faire immédiatement et à long terme ?
L'obstacle le plus difficile pour les révolutionnaires égyptiens est la coupure des moyens de communication. Les révolutionnaires occidentaux doivent mettre la pression sur leur gouvernement pour empêcher le régime égyptien de le faire. Pour le moment, personne ne peut dire ce qu'il va arriver dans le long terme. Si la révolution est un succès, les révolutionnaires occidentaux devront faire preuve de solidarité avec leurs camarades égyptiens contre le risque d'agression des États-Unis et d'Israël. Si la révolution est vaincue, ce sera le massacre de tous les révolutionnaires égyptiens.
Quelles seront les principales tâches, une fois que Moubarak sera parti ? Y a-t-il déjà des planifications au niveau de la rue ? Que proposent les révolutionnaires anti-capitalistes ?
Les principales tâches actuelles, si on parle des demandes de la rue, sont une nouvelle constitution, un gouvernement provisoire et des nouvelles élections. Il y a beaucoup de planification à ce sujet par de nombreux courants politiques, en particuliers les Frères Musulmans. Les révolutionnaires anti-capitalistes ne sont pas très nombreux au Caire - les communistes, la gauche démocratiques et les trotskystes ont revendiqués les mêmes choses concernant la constitution et de nouvelles élections, mais pour nous en tant qu'anarchistes -- anti-capitalistes et anti-étatique aussi -- nous allons essayer de faire en sorte que les comités qui ont été formés pour protéger et sécuriser les rues, deviennent plus fort et de les transformer par la suite en véritables conseils populaires.
Que veux-tu dire aux révolutionnaires à l'étranger ?
Cher.ère.s camarades du monde entier, nous avons besoin de votre solidarité, d'une large campagne de solidarité et la révolution égyptienne gagnera !
Parti Communiste-Ouvrier d’Iran, janvier 2011Le vendredi 14 janvier, un mois de protestations et de luttes de la classe ouvrière et du peuple de Tunisie contre le chômage, la misère et l’État policier corrompu a conduit à la fuite précipitée de Zine El-Abidine Ben Ali, le président de Tunisie. Ce fut la première réalisation du peuple de Tunisie dans sa lutte pour la liberté et l’égalité.
C’est le début d’une révolution dont la victoire ne peut être que l’établissement du pouvoir direct des citoyens basé sur la participation populaire dans l’administration de l’État, le renversement complet de l’actuel gouvernement et la destruction de la machine répressive d’État utilisée contre le peuple de Tunisie depuis plus d’un demi-siècle.
La rapide victoire des gens de Tunisie pour forcer Ben Ali, qui était à la tête d’une redoutable machine de terreur, à fuir, pousse à l’optimisme et a été saluée par les peuples du monde en particulier dans les pays arabes. Dans plusieurs pays, les gens ont manifesté pour soutenir le peuple de Tunisie, alors que l’ombre de la peur plane sur la tête des dictateurs. En Iran, les gens se précipitaient pour regarder ces scènes similaires à celles de leur propre lutte contre le régime islamique lors de la révolution de 2009, et envoyaient des messages de soutien et de salutations après la fuite du dictateur tunisien ; ils se sentent plus forts pour leur lutte contre le régime islamique d’Iran.
Le début de la révolution tunisienne est un événement important avec un impact considérable dans la région et en particulier dans les pays de ce qui est appelé le «monde arabe». Cette révolution doit vigoureusement aller de l’avant et réaliser sa victoire. L’élite dirigeante de Tunisie, en coordination avec les puissances occidentales, en particulier la France et les États-Unis, tente de mettre «hors de la vue» quelques uns des visages les plus haïs de l’État tunisien et de sauver la machine répressive d’État, comme l’armée et autres organes de répression, en invitant quelques nationalistes, islamistes et éléments réactionnaires de l’opposition pour former un gouvernement «d’unité nationale», ils tentent de maintenir et de justifier l’actuel système d’oppression et d’exploitation. Le nom de code de cette opération est celui de «révolution du jasmin», supposée être basée sur le modèle de la révolution de velours. En transférant le pouvoir entre différents groupes de la classe dirigeante, le but de l’élite au pouvoir est de provoquer la défaite de la révolution du peuple en Tunisie.
La population de Tunisie doit faire avancer sa révolution ; en mettant en avant des revendications comme la libération inconditionnelle des prisonniers politiques, le jugement public de Ben Ali et de tous ceux qui sont responsables des récents assassinats, la fin de la loi martiale, l’abolition des organes répressifs de l’État, la publication de tous les documents concernant le pillage et les détournements de fonds par les hauts fonctionnaires du gouvernement, la participation directe et populaire dans toutes les prises de décision dans les industries, les organisations gouvernementales, les universités et les quartiers, la liberté inconditionnelle d’expression, de grève, d’organisation et d’activités politiques, la hausse immédiate des salaires, etc. Aucun gouvernement, qu’il se nomme «d’unité nationale» ou autrement, n’aura aucune légitimité pour diriger tant qu’il ne reconnaîtra pas ces revendications. Tout gouvernement qui refusera d’accepter ces revendications sera considéré comme la continuité de l’ancienne dictature et par conséquent ne pourra être reconnu.
Aller de l’avant et obtenir ces revendications ne sera possible que par l’organisation de masse de la classe ouvrière et de la population de Tunisie.
Nous sommes pour l’avancée et la victoire complète de la population de Tunisie ; sa victoire sera une victoire pour les peuples du monde, dont le peuple d’Iran.

Bordj-Menaiel, le 12/01/11, un citoyen répondant au nom de Aouichia Mohamed, a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant dans l’enceinte du siège de la daira de Bordj-Menaiel, à 30 km à l’est de Boumerdès. Âgé de 41 ans et père de six enfants, il a recouru à cet acte suprême suite à son "exclusion arbitraire" de la liste des bénéficiaires de logements sociaux.
Jijel, le 14/01/11, à 21 H, un jeune de 26 ans, s'est immolé en plein centre-ville de Jijel, sur l'avenue Emir Abdelkhader ! Sous le choc, les passants se sont accourus pour secourir ce jeune malheureux qui a voulu en finir avec sa vie pour dénoncer la mal-vie qui le terrasse au quotidien.
Tebessa, le 15/01/11, un chomeur de 26 ans, s'est immolé près de Tébessa. Mohcin Bouterfif s'était aspergé d'essence et transformé en torche vivante devant la mairie de la ville minière de Boukhadra.
Oum-El-Bouaghi, le 16/01/11, un pompier de 38 ans, Mehanaine Karim, a tenté de mettre fin à sa vie dans une caserne de la protection civile dans la ville d’Oum-El-Bouaghi, à l’est d’Algérie.
Mostaganem le 16/01/11, un jeune chômeur de Mostaganem, à l’ouest d’Algérie, a fait la même tentative devant le bâtiment de la sureté d'wilaya (département).
Radio Kalima, janvier 2011TUNISIE, le régime de Ben Ali au bord de la rupture
Nous apprenons, par des sources sûres, que la famille et la belle famille du président tunisien est en train de plier bagage, dans la précipitation et la panique.
Ils se dispersent aux quatre coins de la planète, Canada, USA, Italie, France, pays du Golfe, partout où ils ont stocké les milliards de dollars qu’ils ont volé au peuple tunisien, et qu’ils seront forcés, bientôt de restituer, parce que le peuple tunisien les pourchassera, où qu’ils se terreront.
Ils vivent des moments d’amertume, ils pleurent, et se trainent dans les aéroports du monde, où ils sont toisés comme des bêtes curieuses.
Qui l’eut cru, il y a seulement quelques semaines ?
Ah… ILs croyaient que le peuple tunisien, parce qu’il était indulgent et bon enfant, était à leurs pieds, qu’il ne réagirait jamais à leur morgue et à leur arrogance ! Ils se prenaient pour des seigneurs dans un pays d’esclaves.
Que n’ont-ils fait endurer aux hommes et aux femmes libres de cee pays qui ont osé lever la tête! N’est-ce pas pas Tawfik Ben Brik, n’est-ce pas Sihem Benseddrine, n’est-ce pas, vous tous, dignes représentants de ce peuple aimable et magnanime, qui avez été foulés aux pieds de vils bourreaux. Mais tant va la cruche à l’eau…
Où sont-ils aujourd’hui, ces beau-parents enflés de leurs suffisance, ces goitreux, ces dindons parvenus, ces gens qui ne peuvent regarder leurs propres compatriotes qu’en affichant une grimace de mépris, alors que les plus méprisable étaient eux-mêmes, ces voleurs, ces trafiquants, ces corrupteurs, ces corrompus…
Le Tunisien qu’ils ont opprimé, pressuré, humilié, épouvanté, et ravalé au rang d’esclave, croyaient-ils, est infiniment plus noble qu’eux et tout leur argent sale, que leurs résidences somptueuses dont ils ne profiteront plus, que leurs cours de chiyatines, que leurs armées de flics, zélés à brandir la matraque, à torturer leurs propres frères, pour servir leurs maîtres. Pauvres flics qui vont découvrir le déshonneur d’avoir servi des monstres, contre leurs propres frères. Mais ils seront pardonnés. Livrés à leur seule conscience. Parce que le Tunisien est compatissant.
La vie est plus forte que la mort ! (...)
Le peuple tunisien a longtemps accepté l’inacceptable, parce qu’il avait peur pour son pays, pour sa quiétude, pour la douce nonchalance qui édulcore les ocres de la terre, et adoucit ces bleus vifs de la mer qui font bondir le coeur de joie.
Mais, point trop n’en faut !
Parce que les hommes de rien ne connaissent pas les limites à ne pas dépasser.
Et en voulant tout avoir, ils viennent de tout perdre.
Le jour est venu où le peuple Tunisien a aspiré à une vie plus digne. (...)
Et le souffle de vie, les espérances d’une vie meilleure, d’une vie plus digne, a fait voler en éclats un régime que nous croyions indéboulonnable.
L’inquiétude, l’humiliation, la peur des lendemains, l’amertume, et les regards qui brûlent les coeurs, sont devenus les lots de ceux qui les dispensaient sans compter. A leur tour aujourd’hui d’apprendre ce qu’est le fiel et le poison.
Ce n’est plus qu’une questions de jours, peut-être d’heures: La Tunisie est libre, libre, libre ! (...)
Libérez les youyous stridents qui déchirent le plomb ! Redressez votre taille, jeunes Tunisiens qui venez de remporter une victoire pour vos propres aînés ! Allez en paix, désormais, au pays du jasmin, et que l’amour inonde vos coeurs bénis !
Et vivement la libération pour leurs frères algériens, marocains, lybiens mauritaniens. Que vienne l'heure de la délivrance et de la dignité !
D.Benchenouf
Les biens de la famille du président Ben Ali attaqués et pillés
Des manifestants ont attaqué et pillé hier et aujourd'hui des magasins des enseignes françaises Carrefour et Casino auxquels sont associés des proches du pouvoir en Tunisie, selon des informations recueillies par l'AFP. A Gafsa (sud-ouest), le dépôt d'un magasin Carrefour, au rez-de-chaussée d'un immeuble de sept étages, a été pillé par des manifestants aujourd'hui alors que le magasin situé au premier étage a été détruit mercredi, selon des témoins.
Les pillages se sont déroulés sous les yeux de militaires postés avec leur blindé près d'agences bancaires dont aucune n'a été visée, selon ces témoins.
A Nabeul, dans le nord-est, un magasin de la même enseigne a été totalement détruit et vidé par des manifestants, a rapporté un correspondant de presse. A Gabès, dans le sud-est, un autre magasin Carrefour a été pillé, selon un correspondant de la radio Chams FM. Il appartient à l'une des filles du président Zine El Abidine ben Ali.
A Bizerte (nord-est), un magasin de la chaîne Monoprix a subi le même sort jeudi, ont indiqué des habitants. Dans le quartier Lafayette, proche du centre ville de Tunis, des manifestants ont tenté de marcher vers un magasin Champion mais ont été dispersés par la police, selon de nombreux témoins.
A Ettadhamen, banlieue proche du nord de Tunis, d'autres manifestants ont tenté de s'approcher de l'hypermarché Géant de la chaîne Casino qui se trouve à quelques kilomètres plus au nord et où est implanté aussi un magasin Conforma appartenant à Imed Trabelsi, l'un des frères de l'épouse du président, Leila Ben Ali, a constaté une correspondante de l'AFP.
Interrogé pour savoir s'il voulait s'attaquer à l'hypermarché Géant parce que c'est une enseigne française, un manifestant a répondu "non, ce n'est pas français, ça appartient à des proches du président".
Radio Kalima, janvier 2011Alors que l'insurrection a gagné l'ensemble du pays et touche dorénavant la capitale, Tunis, où il y a eu au moins un mort, des très graves dérapages sont signalés.
Une partie de la police de Ben Ali, transformée en milice, fait régner la terreur en s'attaquant aux citoyens. Meurtres, pillages et viols sont signalés dans plusieurs villes. Les miliciens en civils, pourchassent les citoyens, incendient les infrastructures, pillent les biens privés. Selon des informations obtenues par nos correspondants sur place, l'appareil policier qui entoure Ben Ali, a décidé de se maintenir au pouvoir coute que coute. Impliqués pendant des années dans une politique répressive, (enlèvements, tortures, racket en tous genre) ils savent que la population leur demandera des comptes si le régime change.
Face au hésitations de la communauté internationale, voire dans certains cas, à la complicité de certains dirigeants, notamment le président français, Nicolas Sarkozy qui tente de sauver le régime actuel, l'appareil policier de Ben Ali s'engage dans une guerre totale contre la population.
Massacre en Tunisie, plus de 80 morts
Selon des informations de sources indépendantes sur place en Tunisie, plus de 80 personnes ont été tuées depuis le début de la contestation.
La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) parle d'un bilan qui s'établit désormais à 66 morts identifiés depuis le début des troubles, mi-décembre. L'organisation affirme détenir une liste nominative de ces 66 personnes tuées.
L'armée fraternise avec les manifestants
à Sfax le 12 janvier 2011.
Une grande partie de l'Armée tunisienne est avec le peuple et le protège lors de ces manifestations contre la police.
http://www.youtube.com/watch?v=9_fslhS-WgE
Yahia BounouarLa chasse aux émeutiers est ouverte. Partout, dans tous les villages et toutes les villes d'Algérie, la police lance la chasse aux jeunes qui ont participé aux émeutes.
Par dizaines et centaines, ils sont arrêtés chez eux, au petit matin et conduits dans les commissariats de police. Ils y sont interrogés, malmenés, intimidés ainsi que leur famille et placés en détention.
Alors que le pays vit une très grave crise politique, la seule réponse des dirigeants est répressive. Arrêter et emprisonner les jeunes. Pendant des années, ces jeunes algériens se jetaient à la mer, pour espérer une vie plus digne, sous le regard indifférent des dirigeants. Pendant des années, chaque matin, on apprenait qu'ils avaient tenté de prendre le large et qu'ils s'étaient fait coincer, soit par les gardes côtes européens, soit par les algériens. A aucun moment ça n'a gêné le pouvoir algérien. Que nos enfants se suicident ne les concerne pas, mais qu'ils les défient, les rejettent, et surtout, les affrontent, leur devient subitement insupportables. Le ministre de l'intérieure vient de les traiter de tous les noms : de voleurs, de fainéants, vivant de rapines etc... Parce qu'ils ont osé l'affronté et non pas se jeter à la mer. Lui et ses maîtres, sont beaucoup plus tranquilles lorsque nos jeunes se suicident en silence ou sont secourus par les gardes côtes espagnols et italiens. Mais dans leur pays ils doivent subir et la fermer. Aucun espoir, aucune perspective, aucune vie digne en vue et se la fermer. Et lorsqu'ils bougent, ils sont traités de tous les noms.
Ce régime, aveugle et sourd aux cris de ses propres enfants, qui verrouille toutes possibilités d'expression est voué à disparaitre. Ce régime, constitué de prédateurs, qui pillent les richesses de l'Algérie et maltraite son peuple est voué à disparaitre ! Il sera emporté, par une belle nuit claire, comme l'ont été ses semblables, en moins de 24h. Ou est Pinochet, ou est Ceaucescou, ou est Salazar, ou est Ferdinand Marcos, ou est Kourmanbek Bakiev, le dictateur du Khirgizistan, chassé en quelques heures ?Le peuple qui les a rejeté, qui les défit, les chassera aussi surement que le cours de l'histoire.
Cette jeunesse que vous méprisez tant, en vous terrant dans des villas hyper sécurisées, aura raison de vous.
Ces jeunes que vous pourchassez aujourd'hui de votre police, jusque dans leur misérable taudis, vous renverserons et vous chasserons comme des malpropres. Et eux, les gueux, les voyous, les « moins que rien », les sans grade, un jour, bientôt, vous jetterons définitivement dans les poubelles de l'histoire.
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Lukas StellaLe changement ne peut se penser en termes de recettes, de directions et de restrictions, de rentabilités obligatoires, d’exploitations et de profits, de campagnes politico-publicitaires, de majorité fictive, de manipulations et de conditionnements, de compétitions d’affaires mafieuses, d’arnaques et de spéculations, de guerres et de victoires écrasantes... Il s’agit seulement de penser à ceux qu’on aime ou qu’on aimerait rencontrer, à ce que nous désirons de mieux pour eux et aussi pour nous. C’est dans les volontés de vivre ensemble sans entrave, que commence le changement dans le monde de la gratuité, là où les puissances financières et leurs domestiques ignorent tout.
L’idée que nous pourrions faire autrement, voire apprendre à faire autrement, nous est étrangère, car la construction de notre réalité limite nos possibilités. Notre aptitude à changer résulte pour une large part de notre capacité de mettre à jour les ressources cachées derrière les handicaps ou les résistances qui sont seuls visibles. Il s’agit d’extraire de nos inhibitions et de nos défauts nos reserves en sommeil en reconnaissant et utilisant leurs fonctions utiles. Pour avoir le désir de changer et d’y prendre du plaisir en s’en sentant capable, il est nécessaire de comprendre qu’on en a le potentiel. Si l’on recherche les limites des autres on se limite soi-même, mais en cherchant les ressources on s’en donne en retour. Le fait d’utiliser la fonction utile de nos défauts, ainsi que les ressources de nos inhibitions, est une manière efficace et inventive de nous auto-gérer.
Nos capacités sensorielles qui enrichissent nos ressources, sont inversement proportionnelles à l’accumulation de nos préjugés, certitudes et explications préfabriquées. Le développement de notre acuité sensorielle dépend de notre capacité à discerner et appréhender les différences. En n’utilisant pas toutes nos capacités sensorielles, nous rétrécissons notre champ du connaissable, et limitons nos possibilités d’action.
Tout se passe comme si nous avions oublié l’étendue étonnante de nos ressources humaines, perdant confiance en la force de notre nature, dont l’essence est un changement permanent.
L’exploitation de l’homme par l’homme est une guerre dévastatrice. Elle ne peut être abolie sans le dépassement de la lutte de l’homme avec lui-même, entre les forces de l’inconscient et celles du conscient. En changeant de perspective, l’inconscient n’est plus notre adversaire mais notre trésor, réservoir inépuisables avec lequel on coopère dans le cours de la poétique de la vie ainsi recomposée. Notre intelligence inconsciente redevenue accessible, nos intuitions incertaines peuvent inventer les incroyances nécessaires au changement devenu inévitable.
Chaque fois que s’est construite la réalisation d’un changement de perspective, bouleversant les rapports sociaux et humains, a soudainement émergé cette passion de vivre pleinement, capable de dissoudre l’oppression économique et de réveiller les désirs d’amour, d’entraide et de solidarité, dans la gratuité des plaisirs sans limite, l’art de jouir et l’invention du bonheur.
La volonté de changement ne suffit plus. La recette idéale repose sur la croyance d’avoir trouvé la vérité, l’unique, en dehors de tout contexte. Ce mythe s’accompagne de la mission de prêcher la vérité afin de changer le monde, avec l’espoir qu’elle soit reconnue par le plus grand nombre d’adeptes. Ceux qui ne veulent pas se convertir à ce point de vue deviennent obligatoirement de mauvaise foi, c’est-à-dire de croyance maléfique et il s’agit de les éliminer pour le bien de l’humanité
« Un modèle social universellement dominant, qui tend à l’autorégulation totalitaire, n’est qu’apparemment combattu par des fausses contestations posées en permanence sur son propre terrain, illusions qui, au contraire, renforcent ce modèle. Le pseudo-socialisme bureaucratique n’est que le plus grandiose de ces déguisements du vieux monde hiérarchique du travail aliéné.
Au sein de ce monde, des organisations prétendument révolutionnaires ne font que le combattre apparemment, sur son terrain propre, à travers les plus grandes mystifications. Toutes se réclament d’idéologies plus ou moins pétrifiées, et ne font en définitive que participer à la consolidation de l’ordre dominant. Les syndicats et les partis politiques forgés par la classe ouvrière pour sa propre émancipation sont devenus de simples régulateurs du système, propriété privée de dirigeants qui travaillent à leur émancipation particulière et trouvent un statut dans la classe dirigeante d’une société qu’ils ne pensent jamais mettre en question.
Dans un monde fondamentalement mensonger, ils sont les porteurs du mensonge le plus radical, et travaillent à la pérennité de la dictature universelle de l’économie et de l’État. »
Des membres de l’internationale Situationniste et des étudiants de Strasbourg, De la misère en milieu étudiant,1966.
Toutes les tentatives idéales de changement social ont largement prouvé leur inefficacité. La recherche de la solution parfaite crée un paradoxe. Le problème qui bloque la situation est la recherche d’une solution impossible. Le déblocage passe par le rejet du choix d’une solution, ce qui crée un nouveau paradoxe qui prend la place de l’ancien en l’annulant. La solution émerge dans l’absence de solution. Au lieu de chercher une solution, il s’agit de chercher un problème qui corresponde aux actions possibles. Ainsi la situation se décale dans une perspective de changement, dans un jeu subversif à rebondissements situationnels.
« Les prolétaires découvrent aujourd’hui qu’il n’existe pas de programmation de l’avenir. Ils ont peur, n’ayant rien à proposer sinon la destruction absolue de toutes les formes sociales présentes.
Cela n’est en rien un défaut, mais la qualité essentielle du prolétariat moderne, son nihilisme conscient, le projet d’inaugurer une aventure inconnue à l’échelle de l’humanité, et d’en avoir l’entière responsabilité.
Pour lui est prévisible tout ce qui est visible et nécessaire. »
Jules Henry et Léon Léger, Les hommes se droguent, L’État se renforce, 1974.
Si vous voulez connaître comment ça marche, cherchez à changer certains fonctionnements. Les pratiques opératoires se substituent alors aux croyances réductrices.
Les connaissances d’une pensée incarnée dans sa situation vécue concernent chacun de nous dans sa dérive structurelle avec les autres, construisant ainsi de nouvelles perspectives, libérées des certitudes réductionistes.
L’incident créatif, ou le changement imprévu surgit toujours en dehors du cadre des contrôles du système, car il ne peut pas envisager l’existence d’un extérieur à son propre fonctionnement. Limité à son contexte interne, un système ne peut pas se comprendre lui-même, car pour cela il faudrait qu’il se regarde de l’extérieur, ce qui reviendrait à se dédoubler. Il est aveugle sur lui-même, et donc sur ce qu’il lui est étranger.
Pour comprendre le changement il est nécessaire de recadrer la situation dans un contexte plus élargi, comprenant l’invention d’un changement de perspective, échappant ainsi au cadre restrictif et destructeur du spectacle. Décaler un point de vue dans un angle resté mort jusqu’à présent, introduit un mélange de contextes différents, demeurés étrangers. C’est alors qu’émerge une certaine confusion dans les perceptions et dans les règles jouées jusque là dans ce genre de circonstance. Pour compenser cette confusion et se reconstruire un certain équilibre, une importance nouvelle est attribuée aux relations avec les autres. Cette situation vécue comme une nouvelle expérience, a de grandes chances de déboucher sur l’invention spontanée d’incroyances, et ceci par nécessité, ce qui n’était pas concevable dans le cadre des croyances utilisées dans le contexte antérieur.
En sortant à l’improviste du cadre de référence habituel, un changement émerge là où on ne l’attend pas, d’où découle une nouvelle perception de la situation. C’est une invention qui échappe à nos croyances antérieures. En introduisant d’un extérieur fictif un nouveau point de vue, on expérimente de la sorte un jeu différent, qui se joue des règles de l’ancien jeu, le rendant ainsi caduc.
Il s’agit d’adapter cette tactique, invention d’un réel possible, à nos désirs. Cela permet d’inventer le changement en utilisant les contributions de l’expérience comme fondation d’une stratégie prédictive d’intervention qui se maintient dans une constante évolution auto correctrice. Nous pouvons ainsi construire une perspective alternative qui rende possible d’expérimenter différemment la situation, contribuant à un nouvel usage des connaissances que nous possédons déjà. Nous ne savons simplement pas que nous savons. En effet, nous pouvons choisir d’être soit un découvreur d’un monde séparé dont la réalité demeure inchangeable, soit un inventeur de notre propre monde, libre de se construire des choix devenus possibles.
Le changement de perspective consiste à abandonner nos certitudes solitaires et ainsi réaliser que la directionnalité du cours de nos dérives naturelles résulte de la conservation de nos désirs de vivre ensemble. Il est ainsi possible de passer de la recherche d’une solution de changement, au plaisir de changer, immédiat et gratuit, pris au cours de nos expérimentations incertaines.
Le désir nous pousse dans notre évolution en donnant sens à nos actions. Prendre le temps d’imaginer la réalisation de nos désirs sème les graines du changement, comme une force d’attraction considérable. Nos comportements ont alors une forte propension à s’orienter spontanément dans la direction désirée, inventant un espace de rêve et de liberté. L’envie pressante de réaliser nos désirs accroît fortement le désir de changer, en rendant l’objectif attractif, elle mobilise et attire les énergies qui se libèrent.
La stratégie opérationnelle s’adapte constamment aux problèmes et aux objectifs, sans être influencée par des théories déterministes et autoritaires. On procède coup après coup, en autorisant l’émergence de modalités perceptives différentes. Il s’agit de faciliter des changements comportementaux pour altérer la difficulté ou la façon inefficace de la surmonter, dans une perspective alternative attirante qui rende possible d’expérimenter autrement la situation de trouble.
Notre but est d’initier le processus de solution plutôt que de s’affronter sans espoir aux forces de l’ordre, de se heurter frontalement au système de contraintes contrôlées. Attaquer là où l’on ne nous attend pas de pied ferme, là où ça ne paraîtra pas comme une agression représentée par le spectacle. Actions directes, bandes armées, terrorisme n’ont d’existence qu’à travers la propagande de leurs ennemis. Ne pas foncer droit dans le mur quand on peut choisir la facilité par plaisir et par jeu, avec les autres, cherchant résonance et synchronie, disponible au nouveau contexte émergeant, s’appropriant les éventualités propices des imprévus en devenir.
De multiples dérives possibles sont à notre portée. De petits changements en entraînent toujours d’autres. Faire en sorte de vivre ensemble une nouvelle expérience concrète nous conduira à avoir une perception différente de la réalité, à construire un nouvel équilibre basé sur cette perception, rendant accessible une nouvelle situation, à l’intérieur de laquelle, le changement de perceptions et de réactions devient inévitable. Nous pouvons de la sorte opter pour des observations opératoires qui nous permettent de connaître nos problèmes par leurs solutions. Cet apprentissage évolutif est un processus expérimental dans lequel nous trouvons notre chemin avec les autres, formant un tissu vivant de relations qui nous inclut, là où les concordances forment des conjonctions, et où les synchronies entrent en résonance.
Un petit changement dans le comportement de quelques personnes peut mener à des différences profondes, d’une portée considérable dans le comportement de tous.
« Nous voici donc flottant dans un monde qui n’est que changement, alors que nous en parlons comme si il y avait un élément statique dans ce monde ».
Gregory Bateson, Quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit, une unité sacrée, 1991.
Le détournement pratiqué par les situationnistes est une pratique d’utilisation dans un cadre prédéfini, dont le retournement peut permettre un recadrage inattendu, en sortant du contexte de départ. Sa récupération commerciale dans les domaines de la publicité, de la politique et de l’art, a progressivement transformé ses capacités de dérive poétique et subversive, en techniques marketings ostentatoires.
Il s’agit aujourd’hui de s’approprier les relations abandonnées aux apparences préfabriquées, en détournant des situations directement vécues, sortant ainsi du cadre des objets de communication textuelle et visuelle. Quand il n’est pas la trace directe d’une situation vécue dans un changement radical de perspective, le détournement se limite à un phénomène de communication particulier perdu dans les apparences spectaculaires de la soumission généralisée.
Lorsque tout semble prédéterminé, calculé à l’avance, que le temps nous est compté et planifié, toute utilisation décalée dans les dérives des changements de perspective, se jouant des règles sans aucun respect, rend nos choix imprévisibles et les changements possibles.
Lorsque nous nous impliquons dans les révoltes, en nous appropriant les mouvements, nous ne devons jamais dédaigner, ni condamner les conduites de certains parce qu’elles nous paraissent naïves, bornées, inopérantes et inefficaces. Ces comportements adoptés dans des tentatives de révolte font partie, comme nous, du problème inhérent au changement. Ces comportements, comme les nôtres, constituent l’environnement à l’intérieur duquel nos désirs de changement se manifestent.
Notre stratégie, pour être opérationnelle doit s’ancrer dans l’utilisation de ces manifestations bizarrement répétitives, stupides dans leurs échecs, absurdes dans la reproduction de schémas sans débouchés, irrationnelles et contradictoires dans l’accumulation des défaites. Utiliser les résistances au changement nous permettra de comprendre les vertus de nos défauts en poussant dans le sens de la facilité.
La simple reconnaissance des conditions existantes se fonde ainsi sur le respect total d’individus autonomes. Notre tactique consiste à être prêts à réagir à tout et n’importe quel aspect de la révolte ou de son environnement, parés à nous emparer d’un moment, d’un événement, en nous appropriant avec d’autres ce qui se passe. Nous nous construisons une disponibilité à discerner et à utiliser avec dextérité des comportements minimaux et des aspects encore inaperçus de la situation, facettes non reconnues de l’expérimentation en cours. Nous prenons des éléments des événements immédiats et les retournons dans une direction constructive, un sens efficace pour un changement effectivement possible, dans une perspective de renversement global.
Si nous dérivons activement dans ce processus de co-création du changement, dont l’origine est située dans l’expérimentation collective de la rébellion, alors nos contributions ne pourront pas être prises comme des solutions éclairées à reproduire. Il n’y a de conduites à suivre que dans la soumission et la résignation. Il n’y a pas de programme de changement, seulement des pratiques plus ou moins opérationnelles.
Nous ne proposons aucun programme, aucune ligne de conduite à suivre servilement, nous avons choisi les ressources que chacun apporte dans sa révolte. Nous pouvons nous entraider à réaliser les vertus de nos défauts.
En pratique, il s’agit d’encourager ces comportements de résistances à l’oppression, inappropriés au changement, afin de les détourner subtilement dans un point de vue décalé au contexte élargi des possibilités de changement, émanations de nos désirs communs du moment. Ce qu’apporte chacun est l’énergie de vie qui nous permettra de nous élancer dans une situation imprévue et de l’expérimenter, en co-création avec les complices du moment. Ces processus créatifs ne sont pas provoqués par des intuitions divines venues du ciel, mais surviennent toujours par accident, là où l’imprévu nous pousse à une réaction susceptible de nous faire retrouver un certain équilibre. La création de situation ne vient pas d’une inspiration supérieure, mais de l’utilisation d’événements imprévisibles dans une appropriation collective instable en recherche d’harmonie et de synchronie.
En fonction de la spécificité du blocage au changement, en copier la structure mais en modifiant le sens qu’on lui accorde, peut mettre la force de cette persistance au service d’un changement opérationnel. On peut ainsi modifier nos dispositions perceptives et réactives sans que nous nous en rendions vraiment compte. Dans cette perspective, l’accent n’est plus porté sur la cause du problème, mais sur comment il se maintient, s’alimente et persiste. Pour construire un changement rapide, il s’agit ici d’altérer la persistance du problème, bloquer le blocage en le détournant.
Les tentatives de solution, dysfonctionnelles dans leur mise en acte redondante, finissent par construire littéralement un cercle vicieux, à l’intérieur duquel ce que font les individus ou les groupes d’individus pour combattre leurs problèmes, les maintient en les rendant plus complexes. Le déblocage consiste à introduire de petites modifications dans les tentatives de solutions. Ceci conduit toujours à de nouvelles possibilités opérationnelles.
C’est la déviation qui est le moteur du changement, car elle altère la difficulté, ou la façon inefficace de la réaliser. Elle peut révéler des éventualités alternatives qui rendent possible une expérimentation différente.
Nous pouvons transformer le sens accordé au problème généré par une volonté de changement inopérante, en un processus en action, dont chaque partie événementielle devient une possibilité accessible. Modifier le comportement séquentiel habituel peut s’effectuer en ajoutant quelques étapes, imprévues mais réalisables, au processus en cours. Chaque composant peut ainsi devenir réalisable.
Nous partons du point de vue décalé que nous, chacun dans sa spécificité et son histoire propre, avons déjà fait preuve d’un fonctionnement adéquat et efficace. Ceci n’enseigne pas comment devenir opérationnel dans un processus de changement, mais seulement favorise l’utilisation de certains stratagèmes qui nous permettent de débloquer par nous-même notre histoire constructive endormie. Nous sommes le processus impliqué dans une stimulation des ressources en jeu, ressources qui sont restées trop longtemps coincées dans un fonctionnement inopérant.
Tout est utilisable selon le point de vue du changement possible. Lorsqu’elles ne sont pas limitées à des résistances corporatistes, les grèves peuvent devenir un outil efficace de bouleversement social. Les économies parallèles basées sur l’échange coopératif ou la gratuité désagrège à petits « peu » cette période de fin de règne de l’échange lucratif en compétition permanente. Jouir de la vie en se jouant des entraves dissout la morale du sacrifice et de la culpabilisation qui soutient l’esclavage de l’activité par le travail. De partout le système est remis en cause. Il nous reste à situer ces actions en les décalant dans un changement de perspective. Il n’y a pas une façon de faire mais une infinité.
Les révolutionnaires de la vie savent déjà quoi faire pour dépasser les troubles qui font blocage. Seulement, ils ne savent pas qu’ils savent, car ils se croient inefficaces. Nous pouvons inventer ensemble un nouvel usage des connaissances que nous avons déjà, dans des équilibres différents qui n’ont plus besoin d’être uniques et parfaits.
Il y avait une voie idéale mais irréalisable, à présent il y a une multitude d’expérimentations possibles.
Paul, juillet 2010« Demain, ça ira mieux », clament en choeur le militant politique et le travailleur social. Le progrès est en marche. Le sens de l'Histoire va dans la direction du mieux être. Même le curé s'y colle, qui promet aux malheureux le bonheur éternel - pour après l'après. Mais non, mais non. Cessez de bêler, petits moutons. Tout cela n'est que billevesées. Il faut se rendre à l'évidence : le pire est à venir.
On dit « la crise » : ça fait trente ans qu'elle dure. A ce compte, ce n'est pas une crise, mais une chute sans fin. Ceux qui espèrent en voir le bout feraient bien de réfléchir à quoi il pourrait ressembler, ce « bout ». Car la situation peut encore et encore empirer. Il n'y a pas de limite à la dégradation des conditions. Sauf évidemment leur suppression.
Les finances se creusent. Les spéculateurs spéculent. Les politiciens sont corrompus. Les militaires tuent et torturent. Les flics aussi. Les pères battent leurs épouses et leurs enfants. Les enfants battent les chiens. Les maîtres font pleurer les écoliers et les écolières, qui appellent au secours leurs grands frères pour qu'ils punissent les maîtres. Le joli monde moderne est plus barbare que l'ancien.
Le pire arrive.
Et la nature ne va pas mieux. Les étés se réchauffent. Les cyclones ravagent. Les inondations inondent. Des maladies apparaissent qui se transforment en épidémies. Les virus mutent. Les médecins mentent. Les journalistes matent. La bouffe fait mal. L'air intoxique. L'eau empoisonne. Les gens n'ont plus confiance dans ceux qui s'occupent d'eux. Tout le monde se méfie de ses représentants.
Le pire arrive, mais pour qui ?
Car les serviteurs se mettent à insulter leurs employeurs. Les collégiens disent merde à leurs profs. Les gens ne votent plus. Des casseurs pillent les supermarchés. On brûle des écoles. Même des prisons s'enflamment. Les églises et les mosquées se vident. Des jeunes de plus en plus jeunes se livrent à la débauche. On castagne les gardiens de l'ordre. Des travailleurs sabotent leurs machines. Les scandales se multiplient. Des patrons affolés se pendent. Les donneurs d'ordre s'égosillent en vain. Les penseurs ne savent plus où donner de la tête. Tout part en miettes.
Pour qui le pire est à venir ?
A nous de choisir.
Gustave Lefrançais, juillet 2010« Face à la radicale irruption critique du logos primordial, l'homme borné des ahurissements de masse, demeure toujours frappé d'effroi... »
Héraclite, Fragments sur la nature de l’être
« ...le passage de la propriété foncière au travail salarié constitue un véritable mouvement dialectique en tant que processus historique accompli puisque le dernier produit de la propriété foncière moderne est bien l’instauration généralisée du travail salarié qui, ensuite, apparaît comme la base de toute la merde contemporaine ».
Marx, Lettre à Engels du 2 avril 1858
L’homme qui veut vivre en l’être vivant de sa vie doit refuser toute idée d’améliorer la société de l’avoir car il sait bien qu’en celle-ci, travailler au croître de l’argent même de façon maîtrisée et régulée, c’est encore forcément mourir tous les jours…
Cette société n’est pas abjecte parce que les valeurs marchandes sont trop prégnantes. Ce monde n’est pas ignoble en raison du fait qu’il serait mal géré. La société du spectacle marchand est immonde parce qu’elle est gestion, c’est à dire appropriation de la vie de l’être par le travail de la vente et de l’achat et fabrication infinie d’une absorption mortifère de la centralité du vivre par la possession des choses.
Vivre en vérité de vie, ce n’est point entreprendre de ré-humaniser l’in-humain et de re-naturaliser l’anti-nature…A l’encontre de tous les projets d’acceptation et de renouvellement du spectacle de l’astreinte au trafic du négoce, la seule perspective humaine consiste à liquider les lois de l’économie sur la vie de l’être.
Un monde humain n’est pas un monde où l’on redistribue plus intelligemment les dépenses. Un monde humain est un vivre qui se vit en auto-satisfaction communautaire de l’anti-aliénable et de l’anti-rétributif et qui ignore radicalement le payer, l’escompte et l’intérêt.
Si pour les marchands d’enchantement aliénatoire, l’être n’est que le nom d’un supplément d’âme destiné à enluminer cogestionnairement les manufactures du spectacle de l’avoir afin de les rendre davantage acceptables, la critique radicale – par delà la publicité commerçante du simulacre – énonce, elle, clairement et distinctement que l’être du vrai de l’être est d’abord le mouvement réel de notre agir historique humain et que son manifester est avant tout l’immanence invariante de notre relation d’essence à la vie naturelle du cosmos en tant qu’impossible quantification de la qualité des sens de l’émotion humaine.
La logique de la marchandise c’est celle du spectacle totalitaire de l’économie de l’homme dispersé, émietté, éparpillé et désagrégé jusqu’à ne plus être que la lamentable carcasse du temps-argent. Les êtres humains pour re-devenir la communauté de leur être n’ont rien à se réapproprier de cette merde qui sacralise la domination des objets sur les hommes. Ils ne doivent pas en retourner l’emploi sur le terrain de la baliverne gestionnaire qui considère qu’il faut mettre les immondices de l’économie au service des hommes comme si administrer de manière plus participative les processus matériels de notre réification pouvait être autre chose qu’un renforcement de notre mise en pièces marchandes.
Notre ennemi irréconciliable aujourd’hui, ce n’est pas le libéralisme ou l’ultra-libéralisme des autoroutes géantes du capitalisme privé pas plus qu’hier c’était le bochévisme ou l’ultra-bolchévisme des geôles concentrationnaires du capitalisme d’Etat. Par delà les formes contradictoires, successives et complémentaires que peut prendre le cycle du bénéfice dans l’espace-temps du despotisme de la transaction, la seule anti-thèse historique à l’auto-émancipation humaine c’est bien l’organisation du marché du travail - quelle qu’elle soit – et telle qu’elle fait là travailler l’organisation du marché pour que chaque salarié continue indéfiniment de vendre sa vie réécrite en force de travail du trépas de sa présence au monde.
Tous les projets de nouvelle croissance, de nouvelle économie, de nouvelle politique, et de nouvelle démocratie renvoient par delà leurs rêves, leurs ambitions, leurs ignorances et leurs peurs à cette vieille permanence irréaliste de l’idéologie du « moindre mal » qui en nous offrant de sur-vivre autrement dans le monde du travail du marché pour sur-vivre mieux dans le travail du marché du monde, nous condamne finalement à un voyage sans fin au bout de cette sinistre nuit où l’on ne trouve que l’exploitation et la domination.
L'aliénation, c'est la pratique du dé-saisissement de l’être de l’homme dans le spectacle du fétichisme marchand. De même que l'homme, tant qu'il est sous l’emprise du marché de la religion du travail, ne peut et ne sait concrétiser son être qu'en en faisant un être fantastique, étranger et voilé à lui-même, de même il ne peut, sous l'influence de l’égocentrique besoin échangiste de la représentation sociale, s'affirmer pratiquement et produire des objets pratiques qu'en soumettant ces derniers ainsi que toute son activité à la domination d'une entité étrangère qui transforme tout ce qu’il fait en perte de lui-même.
Dans le système du spectacle des objets on ne rencontre plus que des objets systématiquement spectaclisés et l’homme de la misère intime généralisée n’a plus pour seul signification que celle que lui attribue la domination démocratique du travail de l’ennui et de l’abattement qui le place tout entier dans la subordination à la dialectique autocratique et ir-répressible de l'argent.
Les apôtres de la démocratie réelle quand, dans le meilleur des cas, ils critiquent certains aspects du mode de production capitaliste aboutissent toujours en dernier ressort à faire l’impasse sur la critique sociale pratique par laquelle le prolétariat sera amené à historiquement abolir ses propres conditions d'existence prolétarisée, c'est à dire annihiler le mode de production capitaliste en même temps que sa propre condition de prolétariat. Par conséquent, le seul point d’arrivée envisageable pour ces démocratistes réels, c’est de figer le prolétariat en tant que classe inamovible du travail, catégorie économique d’un capital éternel candidement ré-formé et où les hommes seraient simplement censés pouvoir amender leurs conditions immuables d'existence captive.
L'émancipation de l’être de l’homme, c'est son dés-enchaînement, non pas des soi-disant abus de l’avoir mais de l’avoir en tant que tel et le retour historique à un vivre humain véridique en tant qu’auto-mouvement de sa véritable communauté. Ce qui exprime là une insurrection en force du vouloir vivre, débarrassé de la dictature démocratique de la valeur telle que celle-ci couronne spectaculairement la scission de la réalité de l’homme emprisonné dans le citoyennisme des spéculations où le tout de la vie s’achète et se vend au prix du dépouillement des vivants de leur propre vie.
Lorsque la domination toujours plus réalisée de l’exploitation capitaliste a fini par s’emparer de la totalité des espaces de la sur-vie en rendant toujours plus difficile aux hommes de distinguer et de désigner leur propre misère en l’avoir, il est clair que le Tout ou Rien de l’intransigeance radicale tant galvaudé par les thuriféraires du il faut bien faire quelque chose et qui signifie en fait : il faut bien faire quelque chose dans le bouger de la chosification, vient là spécifier que tout essai de corriger l’horreur du monde n’a pas d’autre fonction que de satisfaire l’irrépressible besoin égotiste de s’imaginer participer à la notoriété spectaculaire du devenir trans-formiste des contes et des comptes de l’oubli de l’être.
Mais désormais puisque le Tout du monde est devenu en totalité l’exclusif déploiement de la misère marchande, nous nous trouvons bien dorénavant face à cette seule alternative, combattre réellement la totalité du marché de la misère ou rien…Etant entendu que ce rien perfide qui ne s’avoue pas ne peut plus être autre chose aujourd’hui que vaines proliférations de querelles internes aux formes aliénées du politique et de l’économique qui n’aspirent qu’à batailler pour faire prospérer différemment l’aliénation elle-même.
N’en déplaise aux propagandistes de la gestion humainement régulée des ressources de la nature arraisonnée par les Lumières marchandes, notre vieille terre n'est pas un territoire de rentabilité à mieux administrer pour les calculs de l’augmentation mais la phusis de l'indivisible nature de l'être en tant que dimension ontologique de l'anti-paraître et de l'anti-avoir...Ainsi, contre le temps de la fausse conscience du marché mondial qui s'annonce comme découpe aliénatoire en gérances de l'espace des patrimoines de la consommation, il convient d'impulser la critique radicale de la religion de la marchandise des vastes étendues de la non-vie régnante et singulièrement de toutes les intenses activités de ravalement que celle-ci nous propose afin de rationaliser décorativement son incohésion.
Le pire du capitalisme, ce ne sont pas les vraies nuisances de ses excès en dés-humanité, ce sont les supposés bienfaits de la marche paisible et normale de son procès de dés-humanisation qui emmagasine les êtres en simples spectateurs figés par l’économie narcissique des exhibitions de l’acquérir.
A l’heure où de l’extrême droite à l’extrême gauche du capital, la triomphante croissance économique de la vie fausse a très massivement perdu ses attraits à mesure que le développement de la crise marchande se transmutait en crise du développer marchand lui-même, la mode pour un nombre croissant de rackets politiques de la perpétuation de la marchandise consiste désormais à nous offrir, un peu, beaucoup ou passionnément, un ultime marché de dupes étiqueté croissance différente ou bien dé-croissance lequel par son dessein de capitalisme vivrier de proximité, n’aboutit bien sûr qu’à renverser trompeusement le mythe de la croissance de l’artificiel illimité qui continue de la sorte à perdurer à l’envers.
Etre anti-productiviste sur le terrain aliéné de la marchandise maintenue dans son adoucissement et adouci dans sa maintenance, c’est toujours et encore demeurer sur le terrain aliénant de la production marchande qui se voit là préservée et protégée par le jeu duplice de sa persévérance simplement inversée.
Contre le village global de la mondialisation capitaliste, l’émancipation de l’être des ravages industriels de l’avoir ne passe pas l’apparition d’un bio-capitalisme allégé et organisé autour de villages locaux à comptabilité responsable par l’entremise d’un clavier monétaire bien tempéré où les hommes iraient monnayer leur vie sur des marchés moins gaspilleurs, plus sobres et davantage soucieux de l’humanisme de la marchandise.
En un temps de déchéance où la perte de soi dans la création chaotique et constamment renouvelée de l’errance en la marchandise révèle toute l’inconscience d'un monde qui échappe totalement à ses créateurs, la quasi totalité de nos vies asservies par la dictature démocratique de l’avoir laisse très clairement apparaître que face à la classe dirigeante du spectacle capitaliste mondialiste, nous constituons bien l’immense multitude internationale des prolétaires, c’est à dire de ces êtres à l’être perdu et sans aucun pouvoir sur la destination de leur existence. Mais, en le sachant et en le comprenant, nous pouvons simultanément et a contrario indiquer la direction des chemins d’un vrai vivre humain, c’est à dire d’une dialectique du surgir radical pour une authentique communauté de l’homme.
Nos pires ennemis sont les diffuseurs de la fausse critique qui fait la publicité d’un réaménagement des langages du marché et des métabolismes de l’argent.
Par-delà le marxisme qui n’est que l’ensemble des contre-sens historiques spectaculairement mis en scène par la domination réalisée de l’aliénation pour sauvegarder l’exploitation de la marchandise-force de travail, Marx qui n’a cessé de se déclarer non-marxiste - à l’opposé des conservateurs du salaire - insiste en permanence sur le fait fondamental que le seul projet adéquat à l’émancipation de l’être de l’homme est celui de l'abolition définitive du salariat et de l’Etat.
Pendant des millénaires anti-civilisationnels, les communautés organiques de l’être primordial ont constitué des dynamiques de vie sacrale où rien ne pouvait être converti en appartenir puisque le tout cosmique du vivre ensemble était fondamentalement défini comme l’intouchable et in-divisible inaliénabilité de la communauté. Pour les Sioux des vastes plaines comme pour les Germains de la forêt profonde, chaque geste de naturalité : respirer, aimer, manger, boire, rire, pleurer, chasser ou produire élaborait un moment de sacralité en l’immanence du séjournement dans l’habiter en le mouvement de la terre lequel ne pouvait évidemment être mercantilisable.
C’est seulement lorsque la société de l’avoir résultant des décombres de la communauté disloquée par les ravages de l’échange est née que l’on a pu voir survenir l’économie et la politique du profane négociant qui ont ainsi réduit le sacral primordial à une caricature dont le territoire n’a cessé d’être restreint et qui confisqué par les institutions religieuses de sa liquidation judiciaire a fini par ne plus représenter qu’un rituel vide jusqu’à portion de totale capitulation lorsque l’argent est devenu lui-même la théologie du monde.
A la tradition primordiale de l’être communautaire vrai a de la sorte succédé la tradition falsifiée des sociétés d’ancien-régime qui ont sanctifié la coexistence d’un sacral en voie de constante réduction et d’un profane en permanente extension durant cette longue durée culturelle où la civilisation de l’argent peu à peu a fini par conquérir toutes les territoires du temps de la vie domptée pour finalement partout imposer la victoire capitaliste des révolutions démocratiques de la pure quantité.
Dès lors, contre la dictature du temps historique de la profanation marchande qui a tout envahi pour en faire le spectacle mondial de toutes les circonstances, les hommes qui veulent être, doivent refuser le statut de libres producteurs et consommateurs du temps-marchandise de la fausse conscience. Ils ont l’ardente obligation de remettre révolutionnairement en cause l’expropriation violente de leur sacralité par laquelle la démocratie dictatoriale de l’avilir travailliste les a dépossédés des plaisirs ontologiques de leur être.
C’est ainsi que la compréhension révolutionnaire du retour au vrai désir humain a appris qu’ elle ne pouvait s’opposer à l’économie politique que sur le terrain de l’anti-économie et de l’anti-politique, non pas pour embellir l’ignominie de la vie niée mais pour exprimer que le sacral de l’être en sa totale récusation de l’avoir doit parler une langue vraie qui se reconnaît exclusivement en ceci qu’elle est un déchirement humain radical d’avec le monde des racines du déchirer l’humain.
La marchandise, l’argent, la valeur, le capital, le travail ne sont donc pas des catégories neutres qui ont dérivé fortuitement vers l’in-humain. Ce sont les catégories mêmes du monde de l’in-humanisation dés lors que la société de l’avoir s’est substituée à la vieille communauté de l’être organique et que les hommes, au lieu de produire pour la satisfaction des besoins de leur être cosmique, se sont vus emportés par le travail des échanges de la plus-value.
L’économie en tant qu’obscurantisme scientifique n’est rien d’autre que l’entreprise mythologique de la classe des appropriateurs de l’histoire qui tentent désespérément de dominer les catégories de l’aliénation alors même que celles-ci deviennent de plus en plus incontrôlables. Le regard économique sur les catégories de l’aliénation n’est là que la vision aveugle la plus aliénée de l’aliénation, celle qui s’oppose donc le plus à ce que le temps historique conscient devienne véritable conscience révolutionnaire de lui-même.
L’économie est la réalité spectaculaire du monde dés lors que le monde n’est plus le monde de la qualité de l’homme mais le monde de la quantité transactionnelle qui exile justement l’homme hors de sa propre nature humaine afin de l’en-fermer dans la production omni-présente de la soumission en l’abondance de sa propre misère. Le marché du spectacle de l’accumulation rend ainsi l’homme étranger à lui-même, dans la dé-possession et le clivage qui voit le parcours quotidien de chacun le réduire partout au rôle de simple épave circulante dans la production symphonique de la chosification du monde et du spectacle narcissique de la désolation représentative.
L’économie est la science de la justification mensongère de la marchandise, la conception qui veut absolument poser idéologiquement la négation définitive du vrai jouir humain incarcéré dans la raison du chiffre. La critique sociale, elle, trouve toute sa pertinence définitoire dans le fait qu’elle pose la réalité humaine comme jouissance vraie et donc comme éradication absolue de toutes les justifications mensongères de l’idéologie scientifique de l’économie de la marchandise.
La vraie limite de la marchandise, c’est finalement elle-même comme devenir-monde des contradictions de son propre essor de marchandisation. Mais par delà la dialectique d’auto-négation interne de la marchandise qui fait que celle-ci devient procès matériel de sa propre im-possibilisation lorsqu’elle a terminé de possibiliser le devenir de la matérialité de son propre procès, il convient de saisir en quoi le prolétariat est le cœur vivant de cette matérialité historique devenant pleinement elle-même.
En effet, le prolétariat est fondamentalement le procès de la marchandise devenant in-admissible pour cette raison ontologique radicale que lorsque la marchandise devient visiblement in-tolérable c’est essentiellement parce qu’elle est précisément la marchandise. La véritable limite de la marchandise, c’est de la sorte l’immense insatisfaction humaine du prolétaire qui pour être homme doit cesser d’être prolétaire. Cela indique, par delà l’indistinction universelle de l’argent en tant qu’ équivalent-général de toutes les formes possibles de l’unité de la misère que la distinction radicale de l’être de l’homme méprise les mécontentements mystifiants en l’économie narcissique de la sur-vie, telle qu’ils expriment simplement cette tiédeur complaisante et servile, simplement déçue par les nuisances, les pollutions, les dérèglements ou les exagérations de la merde marchande puisque la conscience vraie a pour objet l’insatisfaction fondamentale du prolétaire, de l’homme qui se sait prolétaire et qui ne veut plus le demeurer, du prolétaire qui s’insurge de ce qu’on lui dénie absolument la réalité de son humanité, du prolétaire in-satisfait de la marchandise parce qu’ en non-satisfaction ontologique de n’être que du prolétariat, c’est à dire de la chair à travail.
Devant la réalisation toujours plus parfaite de la domination accomplie de la crise mondiale de la vraie misère, de cette misère essentiellement humaine parce que résultant de notre condamnation à la privation explicite d’humanité, la marchandise en tant que rapport social mondial excrémentiel et en tant qu’elle est l’ennemi de la biosphère du plaisir humain ne peut que s’évertuer à dis-traire la masse des prolétaires par de nouvelles mises en scènes réformistes de plus en plus mondiales et de plus en plus fallacieuses pour nous amener à accepter de nouvelles recompositions de la gestion de la pourriture du temps du marché.
Ceux qui n’entendent pas devenir une force de pouvoir au sein des pouvoirs qui font la force du monde de l’argent mais aspirent au contraire à abattre la société de la non-vie, peuvent synthétiser leur projet par cette formule simple constamment reprise par ceux qui n’entendent pas préserver la prison salariale de la marchandise spectaculaire mais retrouver l’épanouir naturel du produire humain:
A bas le prolétariat, A bas la politique !
Non pas bien entendu au sens d’un antagonisme avec les hommes prolétarisés par la dictature démocratique de la valeur mais parce que l’on ne peut positivement épanouir la qualité d’être de homme qu’en s’opposant fondamentalement à son enfermement dans la condition prolétaire de la quantité commerciale..
Ceux qui veulent effectivement vivre en la vraie vie du développement humain, ne proposent pas l’amélioration du marché de la condition prolétarienne mais sa suppression car ils savent que si la révolution sera prolétarienne par ceux qui détruiront l’économie politique de l’oppression, elle sera anti-prolétarienne par le contenu de radicalité qu’elle fera surgir contre tous les asservissements politiques à l’économie de la mesure circulante.
Les batailles sociales réduites, éclatées et décevantes de ces vingt dernières années n’ont fait qu’accentuer la misère généralisée du salariat de plus en plus écartelé entre la course aux délocalisations et le poids de plus en plus lourd d’une armée de réserve immigrée savamment orchestrée par le capital tant pour casser le coût du travail que pour miner la spécificité de l’éco-système subversif des vieilles traditions ouvrières européennes. La crise de la finance de l’économie à mesure qu’elle révèle l’inévitable explosion à venir de l’économie de la finance elle-même ne pourra aller qu’en s’aggravant…A terme, la paisible issue tranquille est bien sûr impossible.
Pour l’instant les puissances syndicales et politiques du monde de la marchandise semblent conserver l’initiative... Mais rien pourtant n’est encore joué. Refuser la logique aliénatoire des terrains de l’ennemi qui entend nous emprisonner dans la réforme pour conserver le système du travail et de l’échange est donc vital. A partir de là, comprendre et reconnaître notre territoire de besoins et de désirs, c’est toujours et encore mettre en avant la possibilité d’un vivre en commun dans les nécessités du produire humain de l’authenticité de l’être. C’est ce à quoi contribue la saisie radicale des conditions objectives de la révolution sociale pour la communauté humaine. C’est ce par quoi nous pouvons agripper les armes théoriques et pratiques pour la conflagration décisive qui ne va pas manquer d’arriver.
Le plus grand empêchement à l’acte d’auto-émancipation du prolétariat est en l’acte permanent qui le fait lui-même foncièrement arrangeant à toute sa misère historique telle que celle-ci produit et reproduit à la fois toute son impuissance d’existence et sa façon si aisée de s’accommoder à tout cet exister impuissant. Et cependant l’expérience a appris aux hommes qu’il n’y aura pas de recours possible auprès du système qui les a déportés à l’envers d’eux-mêmes et qu’ils ne pourront trouver le satisfaire humain sans lutter. Mais ils préfèrent s’aveugler et se dis-traire dans les consolations du vide qui ornementent le cycle infini de leur passivité lamentable dans le faire semblant spectacliste.
Le renoncement et le fatalisme habitent la planète en tous ses habitats de corvée et d’obéissance jusqu’à ce point d’abrutissement advenu qui entend faire croire qu’il y aura toujours de l’économie, de la politique et du pouvoir car il paraîtrait qu’il en a toujours été de la sorte…
Le travail et son frère jumeau le loisir demeurent ici la meilleure des polices de l’âme et du corps. Ils tiennent chacun enfermé dans un cercle vicieux de satisfactions fictives mais de vraie servitude destiné à permettre l’infinie continuation omniprésente de l’arrachement de l’homme d’avec lui-même, la séparation de toutes les activités, le morcellement du temps, l’isolement des hommes et l’incarcération des voluptés.
Les réformes entreprises pour assurer un développement durable de l’éloge de la marchandise ne sont jamais et d’abord des conquêtes du prolétariat mais avant tout les restructurations que le système est obligé d’opérer stratégiquement pour assurer sa survie et la progression du spectacle de l’avoir. L’industrie de l’aliénation ne fait là en général qu’user de la pression tendancielle des masses constamment retournée contre elles-mêmes pour liquider ses archaïsmes les plus désuets. Le réformisme quel qu’en soit par ailleurs le drapeau n’arrive là en fin de compte qu’à garantir les nécessités mythologiques du développement capitalistique, en particulier celle de toujours davantage dompter et intégrer la force de travail pour pouvoir l’exploiter avec le moins de risque et le plus d’intensité.
Le besoin générique de la communauté humain constitue le cœur ontologique du communisme lequel n’a pas été inventé par des penseurs en mal de pensée. C’est à contrario, l’expression spontanée de l’histoire pratique de notre vie en mal de vie depuis que la communauté organique des origines a été disloquée par le mouvement économique du posséder. C’est l’ancestrale aspiration de la tradition primordiale à retrouver l’esprit et l’assemblée de la communauté qui des révoltes d’esclaves de l’antiquité aux insurrections ouvrières de la modernité en passant par les jacqueries paysannes de l’ancien régime, n’a pas cessé de crier que décidément la vraie vie qui n’a pas de prix est bien ailleurs que dans le temps-argent.
La communauté humaine retrouvée sur la base vivante de l’universel qui est le cosmos générique de l’espèce en tant que dialectique consciente de la biosphère implique la fin du marché, du travail et de l’entreprise comme unités indissociables de la vie confisquée par la production du temps-marchandise. Cela provoque la fin de la domination sociale de l’échange en permettant la suppression de l’argent qui constitue le vecteur fondamental des dynamiques échangistes de la réification. Mais bien évidemment, ce n’est nullement là pour revenir à cette forme primitive de l’échange qu’est le troc et qui d’ailleurs ne résoudrait rien quant au processus d’échappée du produit par rapport au produisant. Dans le communisme qui est l’auto-mouvement du produire la reproduction de la vie immédiate, les objets qui ont pour seule finalité le besoin humain ne circulent pas dans un sens avec pour compensation ( semi ou para-mercantile !) une circulation d’autres objets dans un sens inverse.
Les objets qui sont là immédiatement posés sur le terrain de l’anti-solvable sont répartis directement en fonction des besoins humains réels de chaque membre de la communauté. Dans un rapport de centralisation mondiale dé-concentrée où le local et le général se synthétisent en un universel dynamique par le biais de la fédération planétaire des Communes, ces objets sont voulus, conçus et produits aux seules fins de développer les possibilités d’activités les plus productives de sens communautaire humain. Cela s’effectue dans le champ d’un produire homogène et poly-valent qui ignore les aliénations du travail et de la division du travail ainsi que les coupures entre villes et campagnes héritées de la longue histoire qui a généré la séparation généralisée de l’homme et de son produit.
Le but de la révolution communiste pour la communauté humaine n’est pas de fonder un système de gestion économique nouveau mais d’engendrer au-delà et contre toute gestion et toute économie, une activité différente qui rompe avec la falsification de la vie sociale. Le problème du pouvoir économique ou politique de la médiation aliénatoire n’apparaît dans l’histoire que lorsque les hommes perdent le pouvoir immédiat et transparent de vivre, de se transformer eux-mêmes ainsi que leur environnement et dés lors qu’ils se trouvent contraints de basculer dans des formes d’agir qui ont un autre but que le contenu générique de leur nécessaire activité humaine et qu’il faut bien réunir artificiellement les activités séparées des hommes séparés par le biais d’un ré-unir supérieur qui relie politiquement et économiquement des existences précisément dé-liées de leur vérité humaine…
Beaucoup commencent à percevoir vaguement et obscurément que nous vivons la fin du monde des illusions marchandes même si bien entendu ils ne savent pas encore ce qui va advenir comme devenir contraire. Le mouvement du revenir à l’être n’a pas encore eu la force de rendre visible son contenu encore inconscient et d’affirmer ses perspectives de manière explicite. Ceux qui supportent de moins en moins la barbarie capitaliste et qui traînent leur vie privée de vie en l’angoisse infinie doivent découvrir ce à quoi ils aspirent en le refouler de toutes leurs divisions : le monde dont leur conscience malheureuse est porteur et qui appelle à la révolte vers un possible re-conquérir communiste du vécu.
La société de l’avoir a introduit une rupture essentielle avec le cosmos de la communauté de l’être en transformant ce dernier en monde de la tyrannie de l’économie et de la politique et en brisant ainsi la sacralité du rapport dialectique homme-nature.
Jadis, les besoins, les plaisirs et les goûts exprimaient le devenir du vibrer en la nature en tant que l’homme n’était justement que la nature sacrale prenant conscience d’elle-même. Désormais, depuis que l’achat et la vente ont fait de cette nature profanée un environnement hors-nature au service de la technique du profit, les nécessités des cycles de l’argent qui épuisent et défigurent l’homme et la terre ont remplacé le cycle des nécessité de vie.
Branche dérivée de la biologie, l’écologie entre là de plein pied dans les parcours fétichistes de la tyrannie scientifique des équations du rendement en tant que guide capitaliste pour une action réfléchie et raisonnée permettant à l’homo sapiens technologisé d’être mieux asservi au développement du gain, désormais corrigé, et d’un environnement économisé, c’est à dire davantage épargné et donc moins coûteux et plus rémunérateur.
En seulement quelques siècles, l’ordre des asservissements économiques et politiques qui unifie la société de l’avoir depuis que celle-ci s’est substituée à la communauté de l’être, est parvenu à tant souiller la terre, l’eau, l’air et le feu de notre cosmos ontologique que la poubellisation de l’existence toute entière est devenue la carte d’identité de la domestication quotidienne dans la dé-naturation lucrative de toutes les naturalités.
Toute société est d’abord, en tant qu’organisation disciplinaire de la non-vie collective, une forme d’appropriation aliénatoire de la nature vécue en tant que justement séparée de l’homme pendant que celui-ci précisément ne vit qu’en tant qu’il n’est plus que son propre démembrement au cœur de son lui-même. A travers la crise actuelle de l’usage capitaliste de la nature, à nouveau se pose donc, et cette fois universellement, la question sociale de la nécessité de la communauté en tant qu’unité humaine anti-marchande contre la marchandise qui est le spectacle unitaire de l’anti-humanisation.
En vue de conjurer cette menace, les défenseurs du toilettage de la société de l’avoir, ont fait de l’écologie la dernière valeur suprême pour assurer le développement durable de l’appauvrissement des hommes dans la dictature d’un quantitatif réparé, re-modelé, re-localisé, dé-libéralisé et re-socialisé dans un marché débarbouillé et lissé, ce qui évidemment et à supposer que ceci puisse exister ne changerait rien au fait que l’économie politique écologiste ne saurait produire autre chose que la falsification de la vie ripolinée aux couleurs du leurre.
La démocratie spectaculaire du mensonge marchand établit son diktat totalitaire par un tour de passe-passe organisé en permanence dans les structures conscientes et inconscientes du langage qui est à la fois l’âme de ce qui nous reste d’être et le vecteur de signification colonialiste de l’avoir. De la sorte, les dénominations peuvent subsister sur le marché linguistique de la dénaturation capitaliste alors même que ce qu’elles désignent est emporté par le vent de la modernisation qui altère, frelate et fausse l’ensemble de ce que l’on trouve sur les marchés où l’homme est séparé de sa vie. Il en est ainsi du fromage ou du vin qui peuvent fort bien conserver leur désignation ancestrale pendant que leur composition peut ne plus avoir aucun rapport avec ce que l’appellation exprime traditionnellement.
A l’inverse, le spectacle marchand du mensonge démocratique peut aussi changer le terme dont on use pour caractériser une réalité pendant que celle-ci a pourtant été captieusement poursuivie puisque l’illusionnisme de la marchandise trans-forme en tout lieu le vrai en faux jusqu’à faire disparaître toute capacité à saisir l’authenticité du temps.
De la même façon que pendant de longues décennies les experts universitaires et médiatiques du falsifié rayonnant dont le seul métier est de défendre la fausseté du monde en sa réalité renversée n’ont cessé de ne point vouloir qualifier le capitalisme étatique léniniste pour ce qu’il était en vérité, les laveurs de vitrines de la société spectaculaire marchande ont tous aujourd’hui pour spécificité de médire uniquement de l’ultra-libéralisme pour mieux de pas dire qu’ils entendent en réalité simplement remodeler le devenir-monde illusionniste des affaires. Mais après tout, il est somme toute normal que dans une époque où excelle le spectacle de la soumission de masse au charlatanisme des marchés, plus rien ne veuille plus rien dire du tout.
Entre le monde du spectacle de l’économie et le cosmos de la nature de l’être, l’antagonisme est total et de plus en plus absolu à mesure que le capital ne cesse de reproduire en l’élargissant la sphère aliénatoire des valeurs circulantes de la crise historique du fétichisme de la marchandise. Le dépassement de la loi de la valeur est là un impératif vital pour mettre fin à l’opposition entre les forces naturelles du cosmos et cette force d’anti-nature bien spécifique que produit l’activité productive humaine marchandisée. Autrement dit, seule l’abolition du travail en tant qu’activité séparée du vivre humain, destinée à reconduire l’échange des coûts de la servitude pour la reproduction du profit, rendra possible la reconquête de la communauté humaine en tant qu’humanité naturelle vivant en nature humanisée.
La dictature de la valeur se valorisant sur la nature ainsi de plus en plus dé-naturée ne disparaîtra qu’avec la fin du rapport social d’aliénation marchande dont elles est l’expression spectaculaire d’autonomisation. Le prolétariat se niant comme prolétariat ne détruit pas la dictature démocratique de la valeur comme substance extérieure à sa propre réalité mais immédiatement en tant qu’il se nie consciemment comme substrat de la réalité de ladite substance, en s’auto-abolissant donc comme humanité asservie au travail de la valeur.
Tout mouvement de pensée ou d’action qui recherche des solutions ou des moyens d’intervention dans le cadre du système marchand du spectacle de l’aliénation, en s’installant ainsi visiblement dans ce qu’il prétend éventuellement récuser démontre par là même qu’il ne peut élaborer autre chose qu’une simple et insignifiante refonte du système aliénatoire des installations du spectacle marchand.
Prolétaires, c’est à dire tous les hommes dont l’être est disloqué par l’avoir jusqu’à être privé de toute autorité sur leur propre existence, encore un effort pour cesser de l’être et pour abolir la condition prolétarienne afin d’enfin devenir des êtres humains véritables en la communauté de l’être…
Décidément, définitivement et résolument, la merde du spectacle de l’économie politique, est bien le monde dont il faut effectivement tout entier sortir le plus vite possible…
A BAS LA DOMESTICATION ECONOMIQUE ET POLITIQUE…
VIVE LA COMMUNAUTE HUMAINE DE L’ÊTRE !
Paul, mai 2010Dans un article publié en dernière page du journal Le Monde du 30 mai 2010, l'écrivaine canadienne Nancy Huston rappelle que des scientifiques français ont renouvelé la célèbre expérience de Stanley Milgram de 1960, consistant à inciter des gens normaux, avec la caution d'une autorité scientifique, « à infliger à un inconnu des décharges électriques de plus en plus élevées ». Les résultats ne sont guère encourageants, puisque « le pourcentage d'obéissants augmente encore : sont prêts à torturer à mort un innocent, non plus les deux tiers, mais les quatre cinquièmes de nos semblables ».
On peut envisager cette expérience comme un test, destiné à mesurer l'intensité de cette déficience mentale notoire qu'on appelle « obéissance ». Car c'est bien de cela qu'il s'agit. L'être humain est humain dans la mesure où il reconnaît les autres comme ses semblables, et ne leur fait jamais ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fasse. Montrer qu'on est capable du contraire apporte la preuve qu'on est un malade mental. Comme ce n'est pas à cause de l'hérédité (il n'y a pas de « race » méchante), c'est forcément une dégénérescence acquise. Et comme cela touche une très large majorité de gens, force est de conclure qu'il s'agit d'un fléau social.
Faire obéir autrui, c'est toujours nier son humanité. On fait obéir les animaux et les machines. Tandis qu'on explique aux autres humains ce qu'on voudrait qu'ils fassent. Car l'humain parle, et c'est sa raison qui le différencie des animaux. Agir comme si l'humain ne comprenait pas la parole, c'est le ramener au stade d'une poupée de son. On peut alors lui piquer des aiguilles dans le corps, sans ressentir aucune compassion.
Les imbéciles qui pensent que le Mal est intrinsèque à l'homme et s'évertuent de le combattre par la contrainte utilisent un remède pire que la maladie qu'ils prétendent guérir. Car c'est la contrainte qui rend méchant et l'obéissance qui fabrique les bourreaux. Autant dire que les gens dits « normaux », c'est-à-dire respectant des normes, en général sans en remettre jamais en question le bien fondé, sont de parfaits produits d'une pédagogie de la contrainte : plus ils seront « sages » et obéissants, plus ils seront susceptibles d'appuyer sur le bouton si une autorité « reconnue » leur dit de le faire.
Mais comment peuvent-ils être insensibles aux cris de douleur qu'il entendent ? Car l'expérience inclut un feed-back émotionnel dont on pourrait penser qu'il devrait inciter les sujets de l'expérience à refuser de poursuivre. Certes, ils se posent des questions, mais ils les adressent à l'autorité qui les chapeaute, comme de gentils élèves l'ont appris. Et la réponse rassurante des responsables leur suffit pour commettre des actes criminels. Ils sont des assassins parce qu'ils sont « normaux ».
On leur a dit : « qui aime bien châtie bien ». Alors que le simple bon sens suffit pour affirmer sans ambiguïté que : celui qui aime ne châtie pas. Ils ont entendu des phrases comme « si je te fais mal, c'est pour ton bien », ou bien « tu me remercieras plus tard ». La souffrance fait alors partie partie de leur conception du bien. Comme le dominicain masochiste qui inflige aux autres les pires supplices par amour de la souffrance qu'il s'inflige à lui-même en portant un cilice sous sa bure d'inquisiteur, ils ne saisissent plus la frontière entre le bien et le mal qu'on fait à autrui. Au contraire, ils sont adeptes de principes moraux définissant le Bien et le Mal comme de vastes catégories définies par des lois, sans relation avec les sentiments qu'on éprouve à agir de telle ou telle façon. La justice de l'État, les yeux cachés par un bandeau, s'exerce sans égard pour la personne humaine qu'elle acquitte ou condamne. Et ceux qui parlent en son nom sont des élèves bien obéissants, de bon et zélés serviteurs de raisons qui ne sont ni les leurs, ni celles des gens dont ils s'occupent. Ils sont d'ailleurs très fiers, en général, de cette absence d'humanité qu'ils travestissent sous une apparence de neutralité de la justice. Que feraient alors des gens normaux, si un juge leur donnait l'ordre d'appuyer sur le bouton des décharges électriques ? Combien oseraient refuser ?
Comme on le voit, l'obéissance, cette déficience mentale, ne va pas sans l'autorité. Car on obéit toujours à quelqu'un. Si on le fait, c'est qu'on appris à lui reconnaître le droit de nous contraindre. Évidemment, si la contrainte est physique, comme un revolver dont le canon est appuyé sur la tempe, il est difficile de ne pas obéir. Mais ce n'est pas le cas dans la majeure partie des actes par lesquels les gens « normaux » reconnaissent à l'autorité le droit de leur faire faire quelque chose. Car chaque fois qu'une personne obéit, elle accorde à une autre le droit d'exercer son autorité. Ce n'est pas tant parce que l'adjudant leur ordonne de faire demi-tour que les soldats le font, c'est au contraire parce qu'ils le font que l'adjudant prouve qu'il a de l'autorité. Les soldats qui n'obéissent pas sapent l'autorité de celui qui les commande. Autant dire qu'un général qui n'est pas obéi n'est rien de plus, malgré ses galons, qu'un pantin qui gesticule. D'ailleurs, les tenants de l'autorité ont généralement la prudence de ne jamais donner des ordres dont ils savent qu'ils ne seront pas suivis. Car, même s'ils punissent les mutins, leur résistance a miné l'autorité.
L'apprentissage de l'obéissance est la principale raison de ce qu'on appelle en général l'éducation. Les circulaires de l'Éducation Nationale (autrefois plus justement appelée Instruction Publique) sont souvent très claires à cet égard. Puisqu'il faut une dizaine d'années de conditionnement répétitif pour arriver à fabriquer à partir d'enfants des adultes satisfaits d'être disciplinés, c'est évidemment que cette attitude n'est pas fondamentale à l'être humain. Ayant alors intériorisé, sous forme de « doubles messages » du genre « je te fais du mal pour te faire du bien », la souffrance individuelle comme bien public, il n'est pas étonnant que le bon élève soit virtuellement le pire des bourreaux. On sait que les prisons sont la meilleure école pour fabriquer des bandits, ainsi que des malades mentaux. Mais l'école, l'armée, les grands corps de l'État, le clergé, fonctionnent tous sur le même modèle où chacun est récompensé selon son obéissance à l'autorité. Il en va de même des bandes de malfrats, genre Mafia ou Services Secrets. Le sport, notamment d'équipe, est une autre école de cette violence exercée contre la liberté d'agir et de penser. Pas étonnant que l'école ou le foot soient des terrains où les pires violences se manifestent volontiers. Pas étonnant non plus à ce qu'un système fondé sur l'obéissance à l'autorité ait fait du foot et de l'école les lieux privilégiés du conditionnement social. Il faut ajouter à cela le rôle rempli par les médias, notamment les séries télévisées, dans le renforcement des mécanismes qui construisent cette maladie mentale : on y voit en effet très souvent des représentants de l'ordre justifier des actes de torture, physique ou mentale, pour obtenir des résultats en vue du « bien public » (par exemple, cette ignoble série intitulée 24 heures chrono, où un agent de l'État présenté comme sympathique justifie en permanence les pires des pressions sur des individus bien sûr présentés comme d'avance coupables).
Car le test présenté plus haut comporte une lacune : il y est dit que les individus auxquels les sujets de l'expérience sont appelés à infliger des décharges électriques étaient « innocents ». On n'ose imaginer avec quelle joie carnassière et quelle férocité jubilatoire les mêmes « gens normaux » auraient appuyé sur leur bouton si on leur avait présenté l'opération comme une vraie séance d'aveu, face à quelqu'un supposé être un « ennemi de la société ».
La maladie mentale qui atteint la majorité des gens dits normaux n'est pas une fatalité. Elle ne vient pas d'une cause extérieure, genre contagion. Elle tient au contraire au fonctionnement même de leur « normalité ». Tant que l'autorité et l'obéissance resteront des vertus sociales, l'humanité ne cessera de ressembler à une écurie. Avec ses animaux bien dressés, ses mangeoires, ses palefreniers et ses propriétaires terriens.
Mais il n'est pas de maladie mentale dont on ne peut guérir. Certes, il est difficile de se remettre d'une longue exposition à la soumission, surtout agrémentée de croyances qui la sanctifient. Cependant, comme on l'a remarqué lors de l'expérience : « mieux le sujet était était intégré à la société, plus il était susceptible d'obéir à l'ordre de torturer ». Voilà qui devrait combler d'aise les grade-chiourmes : on peut faire torturer la moitié des honnêtes gens par l'autre moitié. Ça laisse de la marge au terrorisme d'État pour trouver de la main-d'oeuvre. Car rien n'incite plus les moutons à se faire tondre qu'entendre les bêlements de terreur de leurs congénères. Pourtant, si 80% des gens acceptent les ordres inhumains, il en reste encore un cinquième : « les insoumis, c'était plutôt les marginaux, des individus mal intégrés ». On s'en serait douté. Cela fait du monde, quand même. Tout n'est pas perdu. Il reste encore assez d'êtres humains pour redonner de l'élan à la liberté, à l'égalité et à la fraternité. Sans contrainte, ni ordre. Sans autorité, ni discipline. Comme des êtres sains d'esprit. Absolument.
Lukas Stella, mai 2010Le problème des retraites est dépendant, et donc inséparable de celui du chômage. Les trois quarts des plus de 55 ans ne travaillent pas et ne cotisent pas. Il suffit de comparer les chiffres publiés par l'INSEE pour s'apercevoir que nous avons été berné. Le quart qui travaillera plus longtemps supprimera du travail disponible pour les jeunes. Pour réduire le chômage il faudrait rabaisser l'âge de départ à la retraite à 55 ans, ce qui serait possible s'il n'y avait pas de cadeaux fiscaux (75 milliards en 2010 selon l'AFP).
La droite et la gauche font le choix d'augmenter le nombre de chômeurs pour répondre aux exigences des agences de notations, sociétés privées au service des multi-milliardaires qui les financent. Pour nos gouvernants, larbins des financiers, plus de chômage permets de faire encore plus pression sur des travailleurs qui doutent et commence à remettre en question le système qui les exploite. L'urgence en période de crise sociale est d'étouffer toute tentative de rébellion.
Plus de chômage ne veut pas dire plus de chômeurs. Du fait des radiations (500 000 par an), des indemnisations limitées dans le temps et de quelques manipulations comptables, le nombre de chômeurs officiels peut apparemment ne pas augmenter. Le chômage ça se cache, et surtout ça coûte moins cher que les retraites. Actuellement environ 80 % des français sont sans travail. Si l'on soustrait les moins de 20 ans et les plus de 60, on se rapproche de 45 %. Plus de la moitié des chômeurs passent à la trappe comme par magie, et disparaissent des statistiques, donc de la réalité des apparences.
Travailler plus longtemps se résumera à plus de misère, mais à de la misère caché, c'est à dire à pas de misère. L'arnaque a l'air de fonctionner, du moins pour un certain temps...
Dans le monde des apparences, il suffit de faire comme si tout fonctionnait pour que ça marche, grâce aux pressions des médias à la solde de leurs actionnaires, qui le rabâchent sans relâche pour mieux le faire passer.
"Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.(...) C'est une vision du monde qui s'est objectivée.(...) Le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante." (Guy Debord)
Sous le règne de la confusion généralisée, quand plus rien n'est vrai, tout devient possible à ceux que n'arrête pas l'invraisemblable.
Paul, mai 2010Le journal Le Monde du 9-10 mai 2010 titre sur cinq colonnes à la Une :
« mobilisation générale contre le risque de contagion mondiale ».
Un nouveau virus serait-il apparu sous les microscopes des gardiens de la santé publique ? Une nouvelle maladie sexuellement transmissible ? Un air de folie porté par les nuages de poussières volcaniques ? Mais non, le titre le précise, il s'agit de la « crise grecque ».
Qui a peur de la contagion ? Depuis quand les problèmes d'argent nécessitent-ils des mesures prophylactiques ? En fait, de quelle « crise » s'agit-il ?
On avait parlé de « crise financière » à propos des mouvements de spéculation sur les crédits faits aux pauvres, aux Etats Unis, pour acheter des maisons qu'on saisissait ensuite aux mauvais payeurs - qu'ils étaient forcément - afin de les revendre plus cher. Mais trop de pauvres, plus assez d'argent, les prix des maisons ont dégringolé et les titres ont perdu leur valeur. Apparemment, grâce aux crédits insufflés par les États, les créditeurs ont de nouveau rempli leurs caisses. Comme d'habitude. Les crises financières ne sont pas contagieuses.
Que se passe-t-il donc en Grèce qui incite les aboyeurs à décréter la mobilisation générale ? Des riches, dit-on, y ont fait des dettes que les pauvres vont devoir éponger. Rien que de très habituel. D'accord, le trou est grand, mais on en a vu d'autres. Le risque n'est pas là.
Depuis quelques années, le thème de la contagion mondiale est devenu récurrent. Il y a eu les différentes grippes, aviaires ou porcines. Il y a le virus islamique, soigneusement entretenu à coups de communiqués authentifiés par la CIA. Les nouveaux flics chargés de contrôler les troupeaux humains portent désormais des blouses blanches et sont armés de seringues hypodermiques. Mais en Grèce ?
La majeure partie du peuple grec, paraît-il, ne s'en laisse plus compter. Ce doit être cela. Ils refuseraient de se laisser tondre pour habiller les ploutocrates. Les balivernes de la propagande européenne ne passeraient plus. Il faudra les vacciner de force ? Contre quoi ? QUOI ? La révolution ? Vous voulez rire. C'est quoi, ça ?.. Et si les bureaucrates européens devenaient incapables de garder leurs peuples pour l'avantage des maîtres de l'économie ?.. La révolte, sans doute, est contagieuse. Voilà certainement ce contre quoi les pisseurs d'encre appellent les petits épargnants à se mobiliser.
Or voici que le ventre de la terre s'en mêle. Un volcan crache des fumées qui empêchent les compagnies aériennes de prévoir les vols de leurs avions. On devrait vérifier là-dedans qu'il n'y a pas des fauteurs de troubles déguisés en coulées de lave.
Lukas Stella, mai 2010Le fonctionnement de la société a fondamentalement changé depuis 1968. Sa contestation n'a pas compris les conséquences de cette mutation, l'empêchant d'effectuer le changement de perspective nécessaire à l'émergence d'un mouvement de transformation radicale.
L'internationale s'est réalisée dans la mondialisation et l'abolition de l'État est en cours, ayant déjà perdu tout contrôle sur l'économie et la finance. Les politiques gèrent au jour le jour un fonctionnement qui leur échappe, en justifiant très mal leurs mesures de rafistolage. Ce sont des escrocs bonimenteurs, et la contestation marche dans les pas de leurs embrouilles, se rendant complice de l'arnaque générale mal dissimulée par sa représentation spectaculaire.
La perte de sens et de sensibilité qui découle de cette anesthésie générale, accélère le processus de putréfaction du tissu des relations dans une apparence abracadabrantesque de cohésion — chacun pour soi et contre tous, à celui qui rafle le premier les restes à porté de main, et bouffe son voisin avant d'être mangé tout cru, pille le système avant qu'il ne soit trop tard... Les grands charognards insatiables débordent d'agressivité. La barbarie sans entrave est devenue la norme.
Tout juste accompli, le nouveau capitalisme se dévore lui-même. L'économie saccagée est dépouillée par une finance opulente, surexcitée par l'abondance d'un gain trop facile. Le ralentissement excessif de la circulation des échanges marchands aboutit à des obstructions locales, jusqu'à l'embolie. La gangrène s'étend toujours d'avantage. Ses mortifications se répandent, favorisant la propagation de nécroses dans un système qui sombre progressivement dans un coma inévitable.
L'affaire de la crise grecque a répandu dans le monde son odeur fétide de putréfaction. Elle s'est révélée lorsque les agences de notation, dont les plus gros clients sont des fonds spéculatifs et des banques d'affaires, ont changé leurs notes basée sur leur propre estimation des risques ou des opportunités, quand ils ont découvert qu'une partie de la dette avait été caché sur les conseil de la banque d'affaire Goldman Sachs, devenue une des première mondiale grâce à ses truanderies dans la "bulle internet" et avec les "subprimes". Contrairement aux apparences, ce n'est pas à cause de sa dette que ce petit pays fragile et rebelle, s'est fait piéger. Celle du Japon dépasse les 200% de leur PIB. Le montant de la dette des États Unis est 40 fois supérieure à celle de la Grèce. La dette était un prétexte spéculatif. Certains affirment que c'était l'Euro qui était la cible de cette attaque, afin de permettre un rééquilibrage par rapport au Dollar, voir une parité, et prendre au passage des gains faramineux sur le marché des changes, grâce à l'effet de levier qui permet de miser jusqu'à 100 fois sa mise et de la doubler en trois mois.
Ces opérations spéculatives effectuées par des fonds américains sur la dette grecque ont montré au reste du monde que des financiers et des banques d'affaires pouvaient forcer un État à changer de politique, afin d'imposer une rigueur d'exception et appauvrir brutalement la population. Dans la jungle des prédateurs, l'exploitation de la pauvreté reste le meilleur moyen de s'enrichir.
Mais ce plan ne réduira pas la dette de la Grèce. Baisser les salaires et réduire les aides sociales va provoquer une réduction de la consommation, donc de la croissance, si ce n'est une régression, qui aura pour effet de diminuer les recettes de l'État, donc en fin de compte d'augmenter sa dette. Le but de ce coup tordu est bien de réduire les salaires en période de crise économique, pour maintenir les marges sur les plus-valus, les dividendes versés aux actionnaires, selon la règle des 15% de retour sur fonds propres. C'est le coup d'envoi d'un processus général de réduction progressive des salaires et des aides sociales, déjà suivi par l'Espagne, le Portugal et bientôt l'Italie... sur les traces de l'Argentine.
Cette affaire grecque sonne comme un avertissement à tous ceux qui ne voudraient pas se plier aux exigences de la haute finance. Le berceau de la philosophie va sombrer juste pour l'exemple.
Le crédit sert à faire du crédit qui sert à faire du crédit... ce qui permet de parier sur les dettes futures et de jouer avec le risque des autres. Ce sont des produits dérivés, ou produits toxiques, qui transforment les créances en titres financiers négociables sur un marché secondaire, de gré à gré, de particulier à particulier, d'ordinateur à ordinateur. Et pour être plus tranquille, cette titrisation est monté, par petits paquets mélangés pour embrouiller les cartes, dans des paradis bancaire, fiscal et réglementaire. Ceci crée une masse monétaire privé parallèle dont les volumes défient l'imagination. Il s'agit de crédits-dollars qui représentent 88 % des liquidités monétaires mondiales, soit 942 % du PIB mondial. Les gigantesques richesses accumulées à partir du capital disparaissent ainsi de la circulation officielle et deviennent invisibles.
À trop parier sur les risques futurs, se crée un système qui génère toujours plus de risques, dont certains profitent abondamment tant que le système ne s'emballe pas.
Suite à quelques tentatives politiciennes de régulation des marchés financiers, cette attaque contre un petit pays retentit dans le monde comme un coup de semonce envers toute tentative de contrôle sur leurs trafics, affirmant haut et fort que le nouveau capitalisme n'a d'autre règles à respecter que celle des financiers et de leur succursales bancaires, sans foi ni loi, et surtout sans limites. Tout est prêt pour échapper à toutes réglementations, des paradis réglementaires et fiscaux aux dark pools (boîte noire), des produits dérivés aux crédits-dollars, des marchés de gré à gré au trading haute fréquence...
La finance n'obéit qu'à ses propres exigences de rentabilité, tous les coups sont permis. En quelques années elle a complètement assujetti l'économie en se rendant indispensable par sa gestion des risques que par ailleurs elle fomentait, raflant au passage les bénéfices de productivité et la plus-value du capital.
Fort à parier que la prochaine bulle éclatera plus vite qu'apparaîtra la croissance.
La gangrène se propage dans un système livré à lui-même, sans réelle gouvernance, qui impose les contraintes implacables nécessaires aux affaires maffieuses de financiers multi-milliardaires, libre de piller ce qui reste d'un monde en décomposition.
Paul, mars 2010« La religion écologique du "sauver la planète" risque de nous emporter dans des débordements idéologiques, non sans danger de totalitarisme, comme certaines gouvernances mondiales qui l'ont déjà préconisées ; tout cela évidemment pour le bien de l'humanité et au nom de "la science", comme ce fut le cas des idéologies totalitaires du XXe siècle. »
Henri Atlan, La religion de la catastrophe, Le Monde, 27 mars 2010
Après la guerre du Vietnam, le gouvernement américain avait commandé un rapport à la CIA pour répondre à la question : dans la perspective d'une fin de la guerre froide, par quoi pourrait-on remplacer l'antagonisme USA-URSS afin de mobiliser l'Amérique ? Deux réponses avaient été proposées : la conquête spatiale, et l'écologie. Comme on l'a vu, la première solution s'est révélée fort couteuse et peu opérationnelle en matière de mobilisation des esprits. Si les extra-terrestres avaient eu la bonne idée de nous attaquer à ce moment-là, il est sûr qu'on aurait choisi cette alternative. Mais un autre danger a été découvert qui, menaçant l'humanité, pourra servir d'argument à l'embrigadement planétaire : le réchauffement climatique.
N'oublions pas que les projets actuellement initiés à l'échelle internationale sont tous plus ou moins pilotés par des gens qui sont en rapport avec ce qu'on appelle le club de Bilderberg. Or, comme l'avait montré Alex Jones, un des objectifs poursuivis par cette organisation est de favoriser par tous les moyens l'instauration d'une gouvernance mondiale. En somme, les capitalistes rêvent de construire une sorte d'Union Soviétique planétaire dont ils auraient le contrôle, grâce notamment à la manipulation des outils cybernétiques. Dans cette perspective, les humains qui ne font pas partie de l'élite dirigeante ne sont que des pions destinés à faire tourner la machine (cf. Matrix). Mais, plutôt que de les contraindre par la terreur stalinienne, le développement des sciences humaines permet aujourd'hui d'élaborer des méthodes plus fines de conditionnement, dont le résultat serait de faire adhérer les gens à leur propre asservissement. La propagande dite démocratique, où des partis politiques aussi peu différents que les cravates de leurs représentants mâles suscitent des débats publics sans enjeu réel afin de faire croire aux « citoyens » qu'ils se dirigent eux-mêmes, fait partie d'un système dont les éléments sont réduits à de simples données statistiques. Voter librement dans les élections organisées par l'Etat n'est pas dire ce qu'on veut pour cela se réalise : c'est augmenter d'un point une liste de chiffres. L'essentiel de l'opération est que les gens soient persuadés de choisir ce qui leur arrive, alors qu'en fait ils ne font que signer leur abdication en tant qu'acteurs de leur propre vie. L'Etat dit démocratique est alors le lieu où leur existence est agrégée sous forme de pourcentage.
Il en va de même pour le « climat ». On sait ce que c'est, bien sûr, quand on habite quelque part. Il pleut, il fait soleil, le froid s'installe, la chaleur dure, etc. Chacun connaît le climat de sa région. Mais globalement, à l'échelle d'une planète, le climat n'est qu'une statistique. On le calcule de la même manière qu'on fait des moyennes pour deviner quel parti aura plus de voix qu'un autre. La technique des sondages est la même que celle de la météo. C'est la logique du supermarché, où toutes choses sont équivalentes. Son outil est mathématique. Son idéologie pratique est l'écologie politique qui fait le lien entre : la marchandise, des événements naturels (comme l'élévation de la température, la pluie, etc), et l'Etat dit démocratique. Dans la glorieuse marche de l'humanité domestiquée vers la réduction de tout ce qui existe à l'état de marchandise, on a réussi le prodige d'inventer une monnaie « carbone », encore plus abstraite que le dollar, qui sert désormais de matériau à toutes sortes de spéculations financières (et à enrichir les papes de l'écologie, comme le fameux Al Gore). Comme si un pet qu'on lâche à New York empoisonnait l'air à Marrakech, la nouvelle logique de la marchandise appliquée au climat prépare les esprits à accepter toutes les dérives du pouvoir : au nom de n'importe quoi qui a lieu n'importe où, on obligera les gens de n'importe où ailleurs à faire n'importe quoi d'autre. Car l'important dans la loi n'est pas son contenu, mais les armes qu'elle donne au pouvoir pour justifier ses actes.
Certes, il y a des dangers qui guettent la planète du Capital, et ce n'est pas une mince affaire pour ses administrateurs de trouver de nouvelles stratégies pour empêcher les gens, devenus de plus en plus intelligents et désireux de vivre, de renverser l'ordre du monde. Depuis l'invention de la cybernétique, on sait que le contrôle le plus efficace d'un processus ne consiste pas à le diriger (comme un chef donne des ordres), mais à l'influencer de manière latérale, d'en catalyser les étapes indirectement. C'est pourquoi les Etats dits démocratiques ont abandonné la direction des principaux médias, pour en laisser l'administration aux mêmes groupes financiers qui veulent établir la gouvernance mondiale. Désormais, les mêmes techniciens de la pub monteront les campagnes des produits fabriqués, la propagande des partis et les opérations destinées à manipuler les populations, en prenant les gens pour des cons. Pour que les benêts se mobilisent comme un seul robot pour défendre l'ordre qui les asservit, on leur invente de bonnes raisons, avec des images chocs, des refrains entraînants, et on leur donne les réponses qu'on avait préparées d'avance. Plutôt que la peur du Tsar, on leur invente des frayeurs passagères, qui se catapultent à la façon dont une nouvelle lessive remplace l'ancienne tout en promettant le même résultat : après les oiseaux porteurs de fièvre (premier essai), on découvre opportunément un virus né du cochon pour expérimenter la prise en main des populations par l'Etat devenu thérapeute (les nouvelles divinités maléfiques se sont réfugiées dans l'infiniment petit). Peu importe la réalité du danger, l'important est de mettre en oeuvre des stratégies. Et, dans l'ensemble, ça marche. On le fait pour que les gens deviennent les éléments d'un ensemble, justement. Des pions qu'on pique, qu'on effraie, qu'on rassure, et qui appelleront eux-mêmes leurs surveillants au secours pour qu'on les aide à s'enfermer spontanément dans leurs cellules capitonnées.
Tu trembles, petit homme ? L'Etat Mondial est là pour te garantir une existence, certes peu aventureuse, mais tellement douillette. Ecoute la voix de ton maître. Il te dit : lève-toi, soumets-toi, prends ta place dans la chaîne des humains. Ce n'est pas le moment de n'en faire qu'à ta tête, d'agir selon ton bon plaisir : l'urgence est de sauver la planète. De qui ? De quoi ? Et puis, elle est où, cette planète ? Elle parle comment ? Elle a envie de quoi ?… T'occupes : les experts sont là pour apporter les explications et on te dira que faire au moment venu.
O benêts ! Que de couleuvres on vous fait avaler.
C'est pourtant vrai que le climat va mal. D'abord celui de l'air tout simplement, devenu irrespirable dans les villes, à cause des voitures que les travailleurs robotisés sont si fiers d'avoir pour se conduire eux-mêmes dans leurs lieux de souffrance et d'ennui. Et l'eau ? Elle est comment, l'eau ? Ici et là, elle tue. Et la nourriture ? Je veux dire la vraie. La plupart des benêts ne savent même plus ce que c'est. Et ils sont prêts à défendre leurs rayons de supermarchés pour avoir le droit de s'enfiler les produits frelatés dont on les a persuadés qu'ils sont meilleurs que ceux de la semaine dernière. Sans parler du climat social, avec ses agressions, ses peurs, ses suicides, ses grèves ratées, ses manifs sans plaisir, ses syndicats de merde et ses partis soporifiques. Il va très mal, le climat social. Pire qu'une tomate transgénique sous effet de serre. La faute à qui ? Bien sûr, nigaud, au manque de gouvernance ! Confie-nous tes poumons, ton estomac et ton zizi, nous en ferons de bons produits, avec campagnes de pub appropriées. Arrête de penser que tu pourras vivre par toi-même, signe-nous un bon à tirer et nous allons t'apprendre à Sauver la Planète.
Mais quoi ?… La campagne risque de foirer ?… Les gens ne marchent pas dans la combine ?… Que nous contez-vous là ?… Ça branle dans le manche ?…
Sauve qui peut, les capitalistes !…
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ADDENDUM INVENTIN
« Dans les discours du catastrophisme scientifique, on perçoit distinctement une même délectation à nous détailler les contraintes implacables qui pèsent désormais sur notre survie. Les techniciens de l'administration des choses se bousculent pour annoncer triomphalement la mauvaise nouvelle, celle qui rend enfin oiseuse toute dispute sur le gouvernement des hommes. Le catastrophisme d'État n'est très ouvertement qu'une inlassable propagande pour la survie planifiée - c'est-à-dire pour une version plus autoritairement administrée de ce qui existe. Ses experts n'ont au fond, après tant de bilans chiffrés et de calculs d'échéance, qu'une seule chose à dire : c'est que l'immensité des enjeux (des "défis") et l'urgence des mesures à prendre frappent d'inanité l'idée qu'on pourrait ne serait-ce qu'alléger le poids des contraintes sociales, devenues si naturelles. »
René Riesel, Jaime Semprun,
Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, juin 2008.
Dominique Plihon, février 2010La crise financière a été déclenchée en 2007 par le surendettement des ménages américains sur le marché immobilier des subprimes. Elle se poursuit en 2010 par les soubresauts du marché de la dette souveraine des États. Il y a là un scandale en forme de paradoxe : les dettes publiques ont enflé brutalement depuis deux ans à cause de la défaillance des marchés financiers et des banques, qui a conduit les États à financer des plans de sauvetage et de relance très coûteux. Aujourd'hui, ces mêmes marchés et leurs acteurs s'érigent en juges, alors qu'ils sont responsables de la crise et de la montée brutale des dettes publiques. Ils mènent des attaques spéculatives contre les pays les plus endettés, à commencer par la Grèce, demain le Portugal et l'Espagne, dont ils exigent des taux d'intérêt très élevés. Il faut en effet savoir que les dettes des pays développés sont souscrites à hauteur de 80% par les investisseurs internationaux, ce qui met les États et l'avenir de la zone euro sous la coupe des marchés.
Aujourd'hui, le poids des États et de leurs finances publiques serait devenu d'un coup excessif et intolérable. Mis entre parenthèses au début de la crise, le Pacte de stabilité est sorti des oubliettes par la Commission européenne. La Grèce est ainsi placée sous étroite surveillance, avec l'obligation de ramener son déficit public de 13% à 3% du PIB d'ici à 2012. Le programme grec de stabilité prévoit, entre autres, de réduire les salaires et les effectifs dans la Fonction publique. Tous les pays de l'Union européenne sont sommés de s'ajuster. Le gouvernement français a promis à Bruxelles de maîtriser son déficit en ramenant la progression annuelle de ses dépenses publiques à 0,9%, contre 2,25% de 1997 à 2007, alors que le poids de la dette publique française, estimé à 76% du PIB, doit être relativisé car il est inférieur à celui de nombreux pays (125% aux États Unis et 270% au Japon). La montée des dettes publiques et la menace d'attaques spéculatives vont être utilisées comme prétexte pour réduire les services publics et les systèmes de protection sociale. Les autorités françaises ont déjà commencé à engager les négociations sur la réforme des retraites en utilisant cet argument. Les politiques d'ajustement qui se mettent en place sont économiquement inefficaces et socialement inacceptables. La réduction brutale des dépenses publiques va enrayer la fragile reprise de l'activité qui s'est manifestée ces derniers mois, ce qui va amplifier la hausse du chômage et... amener une nouvelle hausse des déficits publics. L'erreur du gouvernement Juppé à la suite de la récession de 1993 risque de se répéter. Ce dernier avait fait alors avorter la reprise par une politique de rigueur qui avait fait bondir la dette publique de 36% du PIB en 1991 à 58% en 1996 ! Le processus de crise sociale avec une montée des mouvements sociaux qui avait déstabilisé le gouvernement Juppé pourrait bien se reproduire demain en France, en Grèce et dans d'autres pays de l'Union européenne.(...)
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ADDENDUM INVENTIN
Les entreprises françaises payent en moyenne, seulement 18% de leurs bénéfices en impôt, alors que le taux est légalement fixé à 33,3%.
En France, la productivité horaire du travail a augmenté de près de 75 % en 30 ans, pendant que le taux de l’impôt sur les sociétés baissait de 75%, multipliant par trois la part des dividendes versés aux actionnaires. Les gains liés à l'accroissement de la productivité sont passés directement dans les poches des actionnaires sans payé d'impôts.
Plus de 35 milliards d'euros versés aux actionnaires des groupes du CAC 40, la plus part ont même décidé d'augmenter ces dividendes. N'oublions pas que ces entreprises qui ont des tas de filiales dans les paradis fiscaux, ne payent pas d'impôt.
Chaque année, des dizaines de milliers de milliards de dollars disparaissent vers les paradis fiscaux.
L'État s'est privé de recettes (impôts) de près de 400 milliards depuis 1999 (INSEE).
La valeur des actions cotées et des titres d'OPCVM détenus par les administrations publiques s'élève à plus de 214 milliards d'Euros.
"Les crises économiques ne sont pas des fléaux de Dieu ; elles sont, comme les guerres, l'oeuvre d'un petit nombre d'individus qui en profitent."
Henry Ford
"Nous sommes toujours gagnants"
Un vice-président d'une grande banque d'investissement américaine
"J'ai été impressionné par la facilité d'accès des dirigents financiers aux plus hauts échelons du gouvernement américain."
Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI
"Le monde financier ne laisse jamais filtrer la moindre parcelle de vérité".
Un cadre financier britanique.
"Penser la fraude en économie, c'est admettre que la fraude n'est pas un accident, mais qu'elle est la conséquence inévitable de la loi du marché."
"Plus l’économie va mal, moins le politique gouverne, mieux la finance se porte et plus la fraude prospère."
"La crise ? Elle commence."
Jean de Maillard, L'arnaque : la finance au-dessus des lois et des règles.
"En 2007, sur 6 670 000 000 d’habitants, 340 000 (je dis bien 340 000) possédaient ou administraient 95% des richesses du monde."
(soit 95% des richesses pour 0,005% de la population, 1 pour 20 000)
"Les marchés, la finance, les paradis fiscaux sont les nouveaux maîtres du monde."
"La finance moderne et la criminalité organisée poursuivent des objectifs communs. Elles ont toutes les deux besoin, pour se développer, de l'abolition des réglementations et de la suppression des contrôles étatiques."
"Sur les marchés financiers, tout est désormais permis, parce que rien ne peut plus être interdit"
Jean de Maillard et Pierre-Xavier Grézaud, Un monde sans loi.
"L’immobilier n’offre plus d’actifs valorisables par des bulles. La finance s’est donc tournée vers les marchés d’actions et leurs dérivés, les matières premières, l’or, la dette des Etats, etc. Comme la titrisation - cette invention géniale de la finance Ponzi - est en panne, ce sont les Etats qui alimentent directement à fonds perdus la nouvelle spéculation, de plus en plus opaque. Le secteur financier s’est concentré autour d’une poignée de mégabanques qui font la pluie et le beau temps face à des Etats démunis. Croyez-vous vraiment que les Bourses mondiales sont euphoriques parce que l’économie se redresse ? Cherchez plutôt du côté des dark pools et des crossing networks, des flash orders ou du trading haute fréquence, qui sont entre les mains d’un tout petit nombre d’opérateurs, et vous découvrirez pourquoi Martin Bouygues ne comprend plus rien au cours de ses actions. C’est qu’il n’y a rien à comprendre : les cours sont manipulés dans l’obscurité la plus complète.
La finance mondiale me fait penser au ver-coquin, ce parasite qui se nourrit du cerveau des bovidés et meurt avec son hôte."
Jean de Maillard, La fraude est un rouage essentiel de l’économie.
Dark pools, le trading haute fréquence, les bourses de l'ombre.
Jean de Maillard, L'arnaque (extraits)
Ibrahim Warde, Les maîtres auxiliaires des marchés, ces puissantes officines qui notent les Etats.
Hervé Martin, Derniers coups tordus des spéculateurs sans frontières.
Marc Fiorentino, Les banksters nous pissent à la raie, protégés par nos politiciens bonimenteurs.
Jean Paul Baquiast, Les prédateurs financiers et les Etats.
Sinbad le marin, février 2010On ne peut pas parler de révolution en ce moment en Iran, mais s’agissant d’un mouvement massif hétéroclite, certaines tendances radicales s’y distinguent qui paraissent les plus porteuses d’une perspective d’émancipation du prolétariat iranien et mondial. Les thèses qui suivent sont pour certaines plagiées ou détournées. Elles possèdent la faiblesse inhérente à une position extérieure, contemplative, au mouvement. La difficulté résidant dans la possibilité – ou non – de se faire une idée précise de la situation iranienne de ces derniers mois, du rapport entre les principales forces qui la composent et de l’influence des puissances étrangères, il est possible que certaines thèses soient incomplètes, voire erronées. Elles sont écrites pour être discutées, corrigées, traduites et employées rapidement.
Le mouvement révolutionnaire en Iran est inséparable de l’abolition mondiale réelle de toute division en classes, division fondamentale d’une société étendue maintenant à toute la terre, et dont découlent toutes les oppositions entretenues de nations, et de races. Ainsi, le mouvement iranien doit être fermement internationaliste, universellement ennemi de toute exploitation. Il doit reconnaître partout dans le monde ses amis et ses ennemis sur ce seul critère réel. Et il doit combattre toutes les illusions sur les différentes variantes du pouvoir de classe qui vont chercher à remplacer la république islamique.
Le mouvement iranien doit donc constater et critiquer l’état réel du monde, et des forces révolutionnaires dans le monde. Celles-ci peinent à se reconstituer après presque un siècle de déroute lié à leurs deux échecs successifs : l’un correspondant à la défaite de la révolution russe qui a vu une classe bureaucratique confisquer le pouvoir des soviets et l’exercer au nom et contre le prolétariat ; l’autre correspondant à la débâcle des forces contestataires qui sont nées à la fin de années soixante soit pour s’écraser sur les remparts de la contre-révolution étatiste des années soixante-dix (Italie), soit pour s’intégrer à la société marchande selon les processus du spectacle démocratique (France, Etats-Unis, Portugal, Angleterre). Le terrain de la guerre sociale étant déserté, les trois dernières décennies ont permit au capital de renforcer son hégémonie à l’échelle de la planète, ajustant ses dispositifs de contrôle et de diffusion de l’idéologie de la marchandise. C’est en grand partie pour n’avoir pas tiré les leçons du premier échec que les forces révolutionnaires ont échoué une seconde fois, pour n’avoir pas vu dans les bureaucraties syndicales et politiques les meilleurs alliés des capitalistes ; et de ne pas les avoir traitées en conséquence.
A travers leurs hommages et leur déclaration de soutien aux manifestants iraniens, l’État français et l’Union européenne ne cherchent rien d’autre qu’à renforcer le dispositif mental manichéen qui pose le modèle démocrate bourgeois comme une alternative valable à la république islamiste et comme seule idée capable de fédérer les forces d’opposition. Ils voudraient nous faire oublier que tous les pouvoirs hiérarchisés partagent le même intérêt à maintenir les conditions de leur domination respective, et que l’affrontement actuel entre l’Iran et les Etats occidentaux correspond à une divergence d’intérêts secondaires – mais néanmoins profonde – liée à l’arrogance des « grandes puissances » ou de ceux qui aspirent à le devenir. Leur confrontation apparente, car il ne s’agit pour le moment que du spectacle de leur confrontation, travaille à renforcer l’unité de leur emprise respective sur la classe dominée. En occident, ce processus constitue une petite partie du flot de spectacles permanent, tandis qu’en Iran il est l’ultime stratégie du pouvoir pour se maintenir en place : dans une société qui prend conscience de sa division fondamentale, c’est-à-dire ou une grande partie des masses ne se reconnaît plus dans l’idéologie officielle, l’Etat iranien tente de retrouver l’unité de sa domination en jouant la vieille carte de l’anti-impérialisme et celle ensanglantée du nationalisme et de la glorification de la puissance militaire. C’est en vain : une partie des masses ne s’identifient plus aux intérêts de ses maitres, comme l’ont démontré une fois de plus les événements du 11 février 2010. Le régime est désormais engagé dans une fuite en avant qui ne peut que le mener à sa dislocation ou son renversement à moyen ou court terme. Il manifeste déjà les symptômes de brutalité de la bête blessée.
Parmi les États qui s’affrontent plus ou moins symboliquement sur la question du nucléaire iranien, aucun n’avouera jamais quelles seraient les conséquences catastrophiques pour le maintien de la domination de classe si l’un d’eux venait à être balayé par des forces révolutionnaires anti-étatistes. Pour cette raison aucune puissance occidentale, moyen-orientale ou asiatique, ne laissera jamais une révolution se réaliser en Iran sans chercher à la récupérer, la saboter ou l’écraser par tous les moyens. Fort malheureusement la classe capitaliste internationale est celle qui a pour le moment donné les plus grandes preuves de solidarité de classe. Un mouvement révolutionnaire doit prendre en compte cette considération et chercher dès maintenant à prendre contact partout sur le globe avec celles et ceux qu’il a reconnu comme ses amis, c'est-à-dire poursuivant le même objectif que lui : abattre le pouvoir de classe, abolir l’économie.
Certains gauchistes ont compris les conséquences positives qu’aurait l’instauration d’un Etat laïque en Iran pour les forces (féministes pour la plupart) qui luttent contre le développement de l’islam politique dans de nombreux pays arabes : un modèle à suivre. Elles ne seraient rien en comparaison de ce qu’une victoire de la révolution prolétarienne provoquerait d’enthousiasme et d’initiatives subversives de la part du prolétariat mondial et de terreur dans la classe dominante, partisans de l’islam politique compris.
Certaines tendances révolutionnaires iraniennes – notamment celles s’exprimant à travers les différents partis communistes comme le Parti Communiste-Ouvrier d’Iran (PCOI) – ont l’avantage d’avoir dès leurs origines développé une analyse, évidente mais pas si répandue, totalement désillusionnée vis-à-vis de l’URSS. Leur refus de considérer le totalitarisme stalinien comme un modèle de société socialiste les a incité – particulièrement le théoricien marxiste Mansoor Hekmat – à insister sur la nécessité de l’autonomie ouvrière dans le processus révolutionnaire, notamment par l’instauration de Conseils Ouvriers. Mais Hekmat, malgré sa tentative de critique du bolchevisme, se perd dans une conception léniniste du rôle de ces Conseils, et les appréhende, non pas comme moyen et finalité de la société communiste, mais comme la base consciente sur laquelle doit se fonder le pouvoir de l’Etat socialiste – véritable usurpation dont on connaît l’issue contre-révolutionnaire systématique. Dans le programme qu’il a rédigé, et que reprend entre autres le PCOI, certains paradoxes frappants mettent à jour de vaines tentatives de conciliation entre un communisme bureaucratique et un communisme libertaire. En raison de ses hésitations théoriques on peut s’interroger quelques temps sur l’intérêt que présente ce parti et quels pourraient être ses apports à une révolution en Iran, mais la question est vite tranchée au regard de la stratégie qu’il a décidé d’adopter lors son 7ème congrès en décembre 2009 : en dépit de la pertinence plusieurs de ses analyses, ses prétentions à se hisser comme le dirigeant de la révolution iranienne font de lui un simple proto-Etat, un vulgaire candidat à la possession du pouvoir bureaucratique de classe.
Les tendances conseillistes qui traversent certains courants révolutionnaires iraniens depuis les années 1970, malgré de profondes faiblesses analytiques, pratiques et théoriques, ont influencé positivement la réalisation de certaines expérimentations. En 1979, lors de la chute du régime du Shah, les membres de l’organisation marxiste Komala profitèrent du climat insurrectionnel pour piller les casernes et armer des civils qui maintinrent pendant quatre années une zone totalement indépendante du pouvoir central de Téhéran, alphabétisant les filles et expropriant les grands propriétaires terriens, entre autres. Les villes et les villages du territoire autonome s’organisèrent en Conseils selon les principes de la démocratie directe. Cette expérience autogestionnaire, bien que critiquable sur plusieurs aspects, est l’exemple le plus accessible qui doit servir de modèle immédiat aux travailleurs iraniens qui luttent aujourd’hui, et à l’ensemble du mouvement.
Le but d’un mouvement révolutionnaire en Iran, et partout dans le monde, est l’autogestion, celle qui est apparue sous une forme limitée après le renversement du pouvoir du Shah, et que le pouvoir de la république islamiste a combattue âprement. L’autogestion doit être réalisée totalement. Elle est partout la seule garantie d’indépendance. Le Conseil est sa forme d’organisation par excellence, le moyen, le but et le pouvoir réel du prolétariat. Les Conseils auront le pouvoir de créer librement la totalité de la vie sociale, d’utiliser la totalité des moyens dont ils disposeront pour la création, et la réalisation des désirs individuels et collectifs. Ils permettront de construire de manière libre, ludique et consciente tous les aspects de l’existence. Il est encourageant de constater que dans l’histoire récente du pays les manifestations contestataires des travailleurs iraniens ont souvent délaissé la forme d’organisation syndicale pour lui préférer les formes, certes plus sporadiques mais plus autonomes, du Conseil et de l’assemblée générale.
La lutte en cours contre la domination politique et son idéologie religieuse doit être rejointe et englobée par la lutte contre la domination économique qui lui est directement liée, l’Etat moderne n’étant désormais plus que la manifestation centrale de la hiérarchie contenue dans la logique marchande. Un tel élargissement qualitatif de la contestation est d’autant plus facile que l’organisation paramilitaire du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, qui se charge en grande partie de la répression actuelle et dont l’influence est grande au sein de l’Etat, se trouve être également une énorme puissance économique, une composante essentielle du patronat iranien, qui contrôle de nombreux secteurs, ports, aéroports, armement, loisirs, bâtiment, et possèdent usines, entreprises de télécommunication, banque, holdings influentes au Moyen-Orient… C’est une bourgeoisie mélangée de bureaucratie (les bureaucrates dirigeant l’État, l’économie, l’encadrement politique des masses).
La précipitation du régime à désigner comme « mohareb » (ennemi de Dieu) tout type d’opposant montre bien que la religion est son idéologie principale, le discours qui fonde sa légitimité et sa raison d’être. Par conséquent le mouvement iranien doit désormais déclarer qu’il veut la désislamisation totale du pays. La tâche semble peut-être ardue mais peut être réalisée d’autant plus fortement et expressément que la religion lui apparait depuis trente ans dans sa vérité fondamentale : le masque de la domination.
Renvoyer la religion à son néant est la première garantie de ne pas voir se lever un nouveau pouvoir séparée de la société après le renversement du premier.
La force du mouvement actuel est son auto-organisation, son absence de hiérarchie. De là vient la difficulté du régime à le réprimer efficacement, et de là naissent des perspectives révolutionnaires réelles. Par son refus de la division masses/lieder, il prend la forme adéquate pour assurer son autonomie, et possède par conséquent les moyens de réaliser le projet révolutionnaire d’abolition de toutes les classes. Seule lui manque encore la conscience claire de ses aliénations et de la tâche à entreprendre pour les abolir. Mais l’atmosphère générale de la contestation travaille à cette prise de conscience : l’échec des tentatives des Moussavi et autres Karoubi de recentrer la colère sur le seul résultat du scrutin de juin 2009 montre que nombreux sont celles et ceux qui ne souhaitent plus simplement changer d’employeur mais changer l’emploi de leur vie.
La force du mouvement pour la libération des femmes d’Iran (du moins dans la tendance qui s’est exprimée à travers Equal Rights Now) est sa volonté internationaliste. Ses faiblesses sont sa théorie et ses illusions. Ces femmes sont deux fois dominées – par l’économie et le patriarcat – mais ne le voient qu’une fois. Les illusions qu’elles nourrissent à l’égard du modèle de la démocratie bourgeoise leur coupent la perspective d’abolir réellement toutes les dominations. A défaut de s’en défaire, leur contestation partielle rejoindra la fonction répressive de la nouvelle classe dominante qui remplacera – s’il elle y parvient – la république islamiste.
Si les ouvrier(e)s iraniens font preuve d’une combativité accrue ces derniers mois à travers de nombreuses grèves, débrayages et manifestations (qui restent localisés à l’exception de la grève générale au Kurdistan iranien en juin 2009) leur pratique est dirigée essentiellement vers la satisfaction de revendications immédiates – pour le paiement des salaires en retard de plusieurs mois dans la majorité des cas. Pour le moment ils/elles n’ont pas particulièrement manifesté leur volonté massive d’entrer dans le conflit en cours (à l’exception de quelques conflits localisés qui se sont immédiatement politisés dans l’ambiance de contestation générale). Pourtant ce sont eux/elles qui possèdent le pouvoir de renverser efficacement l’ordre dominant en Iran grâce à leur accès direct aux moyens de production, et la possibilité qu’il leur est faite de s’en emparer. Les manifestations massives du mois de juin, de décembre et de février ont permis aux opposant(e)s de prendre le contrôle de certaines rues, voire de quartiers entiers. Mais même dans l’hypothèse qu’ils/elles soient parvenu(e)s à s’emparer des lieux d’exercice du pouvoir, celui-ci se serait maintenu tant que les travailleur(e)s auraient continué de se rendre dans les usines. Peut-être la dislocation en cours de l’Etat iranien permettra dans un futur proche de le mettre à bas par de simples manifestations massives (et armées), mais il sera alors d’autant plus aisé pour les capitalistes de maintenir leur pouvoir de classe en rebâtissant à la hâte, et sur les ruines de l’ancien, un nouvel Etat à la tête duquel ils placeront le premier usurpateur venu qui prétendra représenter la volonté populaire. Les mots d’ordre de ralliement des travailleurs au mouvement en cours, de grève générale, d’occupation des usines et de formation de Conseils (ouvriers ou non) doivent devenir ceux des révolutionnaires iraniens qui sont sur les positions les plus avancées, et doivent être diffusés massivement par tous les moyens en leur possession.
Il reste aux travailleur(e)s iraniens à faire une démarche similaire à celle des femmes qui luttent contre l’apartheid sexiste : un appel international à celles et ceux qui partagent la même condition de survie, le salariat, et à tout faire pour s’en défaire.
"Considérations sur la situation iranienne et ses perspectives révolutionnaires" en Pdf
Paul, février 2010Ceux qui n'ont pas tout oublié des leçons d'Histoire de France se rappellent que le roi Louis XIV a inventé la Mode, suite à la Fronde, pour occuper les Nobles à autre chose que la politique, afin de pouvoir régner sans partage sur le royaume. Pendant que ces messieurs-dames discutaient chiffons et coiffures, le pouvoir était libre d'agir à sa guise. Les temps, certes, ont changé, mais guère les méthodes des gouvernements.
Comment il faut s'habiller, quel vêtement est signe de quelle allégeance, que peut-on montrer de son corps, les questions de mode sont multiples et autorisent tous les commentaires de ceux qui sont chargés de pousser les populations à de vaines querelles. C'est pourquoi nous allons joindre ici notre voix discordante à toutes celles qui pérorent sur le sens profond des façons de se vêtir. Notamment à propos de « voile » pour les femmes.
En ce domaine, l'avantage de la burqa (vêtement traditionnel pachtoune remis à la mode par les seigneurs de guerre soutenus par les Occidentaux contre le pouvoir communiste de Kaboul qui l'avait à l'époque interdit en ville) est que, d'une seule pièce de tissu, elle est facile à mettre ou à enlever. Depuis une dizaine d'années, mise à la mode par les salafistes, elle doit aussi cacher les jambes (ce qui permet de porter ce qu'on veut dessous). A condition de mettre des chaussures, voire des gants, on pourrait même la porter à même la peau, comme c'était autrefois la règle pour les djellabas en été. Ce voile une-pièce fait pendant à la tenue de bain une-pièce des
femmes occidentales, telle que ma mère en portait. Les femmes qui se sont mises ensuite à montrer leur ventre et surtout leur nombril étaient il n'y a pas si longtemps réputée indécentes, et supposées de moeurs légères. Mon grand-père, qui fabriquait des rubans, a ruiné son entreprise en déclarant : « les femmes porteront toujours des chapeaux ».
Le « voile intégral » au Maghreb est, comme le bikini, un vêtement deux-pièces, constitué d'un foulard, ou hijab, couvrant la tête et cachant la nuque (voire d'un haik, enveloppant la femme de la tête aux pieds), et d'un voile masquant le visage, appelé niqab. Son avantage est que la fente par où perce (en arabe naqaba) le regard n'est pas partiellement obstruée par un grillage. Le niqab permet donc de mieux voir (sans être vu) et de mieux concentrer l'attention du vis-à-vis sur les yeux de celle qui le porte (sauf si elle met des lunettes noires, ce qui, évidemment, accentue la fonction voyeuriste de la tenue). Des yeux de braise, cerclés de kohl, perçus par l'interstice du niqab, sont un élément récurrent de la poésie érotique arabe. Les femmes en niqab qui vont regarder les hommes en maillots de bain jouer au foot sur la plage peuvent ainsi montrer aux jeunes filles le garçon qu'elles vont épouser, alors que ce dernier ne sait rien de l'apparence de sa fiancée. En Espagne, les fenêtres à persiennes qui permettaient aux appartements des femmes d'avoir vue sur la rue, ou sur le patio, s'appelaient « jalousies ». Comme les fenêtres à moucharabieh, elles ont la même fonction que le niqab.
Jusque dans les années soixante, il était interdit aux femmes catholiques d'aller à la messe sans se couvrir la tête. La mantille espagnole, fort en vogue chez elles, était une longue écharpe de soie ou de dentelle dont elles se couvraient la tête et les épaules. D'autres femmes, portant chapeau, y ajoutaient une voilette, en général de dentelle, qui leur dissimulait tout ou partie du visage. Au contraire, les hommes étaient tenus d'enlever leur couvre-chef en entrant à l'église, et il leur était défendu de s'y montrer en culotte courte. Car, comme le dit l'apôtre Paul, dans le chapitre 11 de la première épitre aux Corinthiens :
Toute femme qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c'est comme si elle était rasée.
Car si une femme n'est pas voilée, qu'elle se coupe aussi les cheveux.
Or, s'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile.
L'homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme.
Le sentiment de pudeur, qui justifie les interdits en matière de parties du corps qui doivent être cachées, varie selon les époques et les lieux. Dans la Grèce antique, le nu était réservé aux hommes, qui pouvaient se montrer ainsi en public, tandis que les femmes devaient se draper. On peut remarquer ce fait dans la statuaire de n'importe quel musée d'Athènes. Dans d'autres pays, les femmes vont seins nus mais doivent cacher leurs jambes sous des étoffes. Bien entendu, ces règles de bienséance conditionnent la façon dont les gens s'habillent.
La mode des tissus bruts (robes de bure des capucins ou djellabas de laine écrue) est en général liée avec des courants mystiques de retour aux origines. On la voit à l'oeuvre chez des gens qui par ailleurs refusent la couleur, en même temps que la peinture ou la musique. Cette mode n'est pas très éloignée de l'obligation de porter un uniforme, en vogue dans les groupes fortement hiérarchisés, comme les armées, le clergé ou les écoles autoritaires. L'avantage pour le pouvoir d'une telle règle est d'interdire visuellement la fantaisie, source de désordre et ferment de désobéissance. Son désavantage, que Louis XIV avait bien noté, est de ne pas offrir aux pulsions rebelles le puissant dérivatif de la mode, utile pour canaliser la frivolité dans des occupations futiles.
De tous temps les esclaves ont porté la marque leurs maîtres. Comme les bestiaux, auxquels ils étaient volontiers assimilés, il n'était pas rare qu'ils soient marqués au fer rouge, ou tatoués, du logo de leur propriétaires, ou d'un simple numéro quand celui-ci était l'Etat (comme les Nazis l'ont fait dans les camps de concentration). Lorsqu'on veut développer dans la société un mouvement de servitude volontaire, il est de bon augure, voire de bon ton, d'inciter les gens à choisir eux-mêmes leurs chaînes comme un élément de mode. Ainsi les jeunes d'aujourd'hui sont-ils encouragés à arborer sur leurs vêtements toutes sortes de logos ou de slogans qui les identifient aux maîtres de l'économie. La mode occidentale transforme ainsi les gens en porteurs naïfs d'entraves symboliques, sous forme de ticheurtes ou de polos décorés des marques de leurs fabricants.
Sur la plupart des plages d'Europe, le « nu intégral » est interdit par des lois portant sur l'atteinte à la pudeur, tandis qu'on se met à tolérer le « monokini ». On peut se rappeler, par ailleurs, de l'emploi fait par des voyous du « casque intégral », portant une visière en général teintée, entrés en moto dans une bijouterie pour la braquer sans être reconnus. On commence à assister à l'emploi du « voile intégral » pour les mêmes fonctions. Car se dissimuler n'est pas exclusivement affaire de pudeur (vraie ou feinte), mais peut être une tactique pour commettre des actes illicites (ainsi, dans certains pays musulmans, les prostituées sont-elles souvent voilées intégralement, de sorte que seules leur démarche et leur gestuelle permettent de soupçonner leur inconduite). Les mêmes autorités qui interdisent le nu intégral veulent obliger les gens qui prennent l'avion à passer dans des machines à les déshabiller intégralement aux yeux des fonctionnaires de l'Etat. La loi de la pudeur a ses humeurs. Parfois elle s'offusque, parfois elle ferme les yeux.
On se rappelle Tartuffe : « Cachez ce sein que je ne saurais voir ». Un jour la fesse se dévoile, un autre jour, le ventre, un bout d'épaule, une joue, un regard. Y accorder de l'importance est un jeu de pouvoir. Jouer avec, un amusement.
Et si les garçons portaient le niqab ? …
Raoul Vaneigem, Septembre 2009Nous assistons à l'effondrement du capitalisme financier. C'était aisément prévisible. Même parmi les économistes, où se rencontrent plus de crétins encore que dans la sphère politique, certains tiraient la sonnette d'alarme depuis une dizaine d'années. Nous sommes dans une situation paradoxale : jamais, en Europe, le pouvoir répressif n'a été aussi affaibli, et jamais la passivité des masses exploitées n'a été aussi grande.
Mais la conscience insurrectionnelle ne dort jamais que d'un oeil. L'arrogance, l'incompétence et l'impuissance des gouvernants finiront bien par l'éveiller, tout autant que le cheminement, dans les consciences et dans les moeurs, de ce qu'il y eut de plus radical en mai 1968.
Nous sommes en guerre, oui, mais ce n'est pas une guerre économique, c'est une guerre mondiale contre l'économie. A la fois contre celle qui, depuis des millénaires, est fondée sur l'exploitation de la nature et de l'homme et contre un capitalisme rafistolé qui va tenter de se sauver en investissant dans les énergies naturelles et en nous faisant payer très cher ce qui une fois les nouveaux moyens de production créés est gratuit, comme le vent, le soleil, la puissance végétale et tellurique. Si nous ne sortons pas de la réalité économique en créant une réalité humaine, nous permettrons, une fois de plus, à la barbarie marchande de se perpétuer.
La moralisation du profit est un leurre et une imposture. Il faut rompre résolument avec un système économique qui a toujours propagé la ruine et la destruction sous couvert d'apporter à l'homme un bienêtre aléatoire dans le malheur constant. Il faut que les relations humaines supplantent les relations commerciales et les annulent. La désobéissance civile consiste à passer outre aux décisions d'un État escroquant les citoyens pour renflouer les escroqueries du capitalisme financier. Pourquoi payer à l'Étatbankster des impôts destinés vainement à combler le gouffre des malversations alors que nous pouvons les affecter dans chaque collectivité locale à l'autofinancement des énergies gratuites?
La démocratie directe des assemblées autogérées est en droit d'ignorer les diktats de la démocratie parlementaire corrompue. La désobéissance civile envers un État qui nous spolie est un droit. À nous de tirer parti de la mutation en cours pour constituer des collectivités où le désir de vivre l'emporte sur la tyrannie de l'argent et du pouvoir. Nous n'avons à nous soucier ni d'une dette étatique qui couvre une gigantesque escroquerie du bien public, ni de ce mécanisme de profit que l'on appelle la «croissance».
Désormais, l'objectif des collectivités locales doit être de produire pour ellesmêmes et par ellesmêmes les biens d'utilité sociale, répondant aux besoins de tous, à des besoins authentiques, non aux besoins préfabriqués par la propagande consumériste.
La crise des années 30 était une crise économique. Celle à laquelle nous sommes confrontés est une implosion de l'économie, en tant que système de gestion. C'est l'effondrement de la civilisation marchande et l'émergence d'une civilisation humaine. Nous sommes dans le trouble d'une mutation où les repères du vieux monde patriarcal disparaissent, alors qu'apparaissent à peine et dans une grande confusion les jalons d'un style de vie véritablement humain et une alliance avec la nature, mettant fin à son exploitation, à son pillage, à son viol.
Le pire serait l'absence de conscience du vivant, le manque d'intelligence sensible, la violence sans conscience, car rien n'est plus profitable aux mafias affairistes que le chaos, le désespoir, la révolte suicidaire et ce nihilisme que propage la cupidité mercantile où l'argent, jusque dans sa dévaluation précipitée, s'impose comme la seule valeur.
J'ignore combien de temps prendra la mutation en cours (le moins longtemps possible, j'espère, car j'aimerais y assister). Je ne doute pas, en revanche, que la nouvelle alliance avec les forces de la vie et de la nature propage l'égalité et la gratuité. Il faut aller audelà de l'indignation que provoque l'appropriation marchande de l'eau, de l'air, de la terre, de l'environnement, des végétaux, des animaux, et mettre en oeuvre des collectifs capables de gérer les ressources naturelles au profit des intérêts humains et non marchands. Ce mouvement de réappropriation prévisible a un nom. C'est l'autogestion, une expérience maintes fois esquissée dans uni contexte historique hostile, et qui apparaît désormais, en raison de l'implosion de la société marchande, comme la seule solution individuelle et sociale.
Aucun dialogue n'est possible ni souhaitable avec le pouvoir. Celui-ci a toujours agi unilatéralement, en organisant le chaos, en propageant la peur, en emprisonnant les individus et les collectivités dans un repli égoïste et aveugle. Nous allons, par la force des choses, réinventer des réseaux solidaires, des assemblées d'intervention en faveur de tous et de chacun, passant outre aux diktats de l'État et de ses hiérarchies politico mafieuses. La voix de la poésie vécue va balayer les derniers échos du discours où les mots sont à la solde du profit.
Le temps de l'écoulement, de l'usure, de la fatigue, du dépérissement est un temps déterminé par l'activité laborieuse qui, régnant sur toutes les autres, les corrompt. Le temps du désir, de l'amour, de la création a une densité qui rompt avec le temps de la survie, rythmée par le travail. Au temps identifié à l'argent va succéder un temps du désir, un audelà du miroir, où commencent des territoires inexplorés.
Je ne suis ni pessimiste, ni optimiste. Je tente de rester fidèle à un principe: désirer tout, ne rien attendre.
«Le désir d'une vie autre est déjà cette vie là.»
Claude GUILLONOn est tous des putes, on est tous maqués. Vendre ses mains, son cerveau, sa vie, n'est certes pas moins aliénant que de vendre son cul. Le salariat est le système de la prostitution généralisée. La misère sexuelle qui fonde ce système fournit directement les clients de la putain. L'équation paraît simple à poser, au moins en théorie : abattons le salariat, faisons reculer la misère et l'ignorance en amour et nous résoudrons du même coup le problème de la prostitution.
Et pourtant nous ne l'aurons abordé qu'en tant que forme particulière de l'esclavage sans aller au fond des questions qu'il soulève. Plus de putes, plus de macs, fort bien ! Maintenant, qui va faire l'amour avec ceux-celles qui dans l'ancienne société payaient pour se faire aimer ? Et puis on sait bien que les prostituées ne voient défiler qu'une portion infime de ceux que la société prive d'amour. D'abord les femmes qui ne disposent pas - même si elles le désiraient - du recours à la prostitution masculine ; les vieillards dans la misère et puis, dans toutes les catégories d'âge et de sexe, il y a les moches, handicapés graves ou simplement gueules ingrates par trop éloignées de nos critères habituels de beauté ; les hommes encore sont censés avoir « du charme », mais les femmes...Certes, on peut imaginer que les bouleversements amenés par une révolution culturelle modifieraient radicalement le tableau des relations sociales, donc érotiques, dont nous avons l'habitude. Puisque l'axe, le moteur et le but de la révolution c'est de faire naître en chaque individu « dix fois plus » de passions qu'il n'en a aujourd'hui, sans doute découvrirons-nous avec enthousiasme telle pratique amoureuse dont nous n'avions pas idée ou qui nous rebutait.
Algèbre d'amour
La manie de l'acte gratuit se développant, comme dirait Brassens, va-, t-on voir un brassage complet et immédiat des âges, des sexes et des conditions sociales ? Fourier, avec raison, n'y croit pas un instant ; il a compris, avant que nous en fassions l'expérience pratique, que si on se contente d'afficher la liberté des désirs ce sont toujours les mêmes qui se branlent devant l'affiche. Et c'est l'audace et l'ambiguïté de Fourier pour mieux aider le désir à s'épanouir dans. tout le corps social, il faut le cerner, le codifier et finalement le coincer dans une morale, voire une mystique. Il sera question de "philanthropie", de "charité" amoureuse. L'harmonie se doit d'assurer le plaisir amoureux « au centenaire comme aujouvenceau pourvu qu'il lui reste assez de force ou d'intelligence pour y parvenir ».
Fourier devance à longueur de pages les critiques qu'il pressent. Comment réfléchir à de telles possibilités révolutionnaires quand on a l'esprit encore embrumé de la crasse « civilisée » ? Même l'image que nous nous faisons de la vieillesse est caduque.; en harmonie la jeunesse des corps et des esprits entretenue par une vie entière de libre amour réduit à un fort petit nombre les vieillards usés par l'âge ou par quelque disgrâce. Pour les autres, parfaitement aptes à donner et recevoir l'amour, un renversement des mentalités leur attirera la déférence et l'intérêt passionné de la jeunesse.
Un exemple. Urgèle a 80 ans et Valère en a 20 ; Urgèle risque de se heurter à la répugnance de Valère mais celui-ci fréquente depuis l'âge de 5 ans plusieurs groupes où Urgèle a acquis depuis longtemps une grande expérience ; elle excelle entre autres "en algèbre d'amour ou calcul des sympathies accidentelles en amour; c'est l'art d'assortir passionnément une masse d'hommes et une masse de femmes qui ne se sont jamais vus ; faire en sorte que chacun des cent hommes discerne d'emblée celle des cent femmes pour qui il éprouvera amour composé, convenance parfaite des sens et de l'âme, sympathie de circonstance en rapport de caractère et en fantaisie accidentelle ».
Leurs passions communes rapprochent aussi Valère et Urgèle dans un amour « bien différent de la conquête que peut faire aujourd'hui une femme de 80 ans gui n'obtient un jeune homme qu'à force d'argent ». "Valère ne deviendra pas pour elle un amant habituel mais elle aura quelque part au gâteau". Voilà une façon de concevoir la réinsertion sociale des vieux, explosive non seulement en France mais en Chine "populaire" où l'on se gargarise de la place faite aux personnes âgées dans la collectivité.
Le code amoureux de la société harmonienne accorde aussi beaucoup d'importance à la beauté. Dans la "civilisation" être laide) est un handicap ; en harmonie, on encouragera vivement la beauté à servir la communauté. C'est « l'angélicat, coutume qui déterminerait une foule de beaux couples à favoriser passagèrement une masse d'amants et d'amantes »(:..) « On contraint aujourd'hui tant de beaux jeunes gens au service de la guerre » (...) « Combien il serait plus séduisant de suivre la facile carrière de philanthropie amoureuse."
Un ministre des plaisirs
Chacun des partenaires du couple angélique "sera ministre des plaisirs sensuels de l'autre, introducteur bénévole des élus et élues, négociateur pour leur admission collective. Chacun considérera comme service de haute amitié les plaisirs qu'on aura procurés à son angélique moitié » (...)
« S'il se trouve dans la contrée quelque individu accidentellement disgracié par la nature, l'ange et l'angesse leur feront religieusement !'offre de leurs faveurs. »
Outre le plaisir sensuel proprement dit que tel membre du couple angélique peut prendre à ce qui nous apparaîtrait plutôt comme une corvée, le couple est gratifié de l'admiration et du respect religieux qu'il suscite. « Il est adoré de ce gui !'entoure autant qu'il s'adore lui-même."
Ces actes philanthropiques que nul n'est tenu d'accomplir puisque "l'harmonie n'admet aucune mestcïe coercitive", assurent d'abord à leurs auteurs la garantie de bénéficier réciproquement de la disponibilité amoureuse de tous et de toutes. Fourier est strict : "Ce n'est jamais l'individu servi qui paie ceux qui le servent"; même si cette formulation paraît excessive, elle indique bien la préoccupation d'assurer la circulation maximum de l'amour et du désir dont les codifications d'apparence parfois obsessionnelles ont pour fonction, paradoxalement, de prévenir le gel du désir dans une structure limitante (couple, groupe).
Pas de loi contraignante donc mais une forte pression sociale puisque "un couple peu connu n'exciterait malgré sa beauté que le plus faible intérêt ». En somme, une illustration dans le domaine sexuel de Bakounine : « Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m'entourent, hommes et femmes, sont également libres. Ma liberté personnelle, ainsi confirmée par la liberté de tout le monde, s'étend à l'infini ». Tout le contraire du stupide et flic « ma liberté s'arrête où commence celle des autres ». Autrement dit (Vaneighem) « Je sais que tu ne m'aimes pas car tu n'aimes personne hormis toi-même. Je suis comme toi. Aime-moi ! » Pour Fourier, je n'accorde pas d'identité propre à ceux auxquels je m'offre, en eux j'adore le remous du désir qui m'enflamme moi-même. La pseudo-individualité bourgeoise est dissoute dans le flux des rapports désirants. Rien n'est perdu, personne n'est floué.
L'amour aveugle
Non seulement l'amour n'est pas aveugle, mais c'est peu dire qu'il y regarde à deux fois. Personne ne fait l'amour avec « n'importe qui ». Chacun(e) de nous a « ses » goûts, « ses » dégoûts, « ses » préférences. Proposer à quelqu'un de partager son plaisir est une entreprise sordide ; en dehors de rite extrêmement précis, on a toutes les chances d'essuyer un refus. On ne laisse pas comme ça n'importe qui servir de prétexte à l'afflux de son désir. Il faut que ça corresponde à des normes - M. Dugland, quel est votre type de femme ? - il faut que la marchandise soit conforme, qu'elle mérite le label personnel qu'on décerne l'air de rien mais sans faiblesse - pas mal ! mais t'as vu son nez ?
Le « mot d'amour » le plus prononcé en une minute sur la planète c'est : non. Pourquoi non ? Parce que « je n'ai pas - envie - de faire l'amour avec toi ». La dénégation est assortie dans le meilleur des cas de formules de consolations, - on regrette sincèrement de ne pas avoir envie de vous, on n'aurait pas demandé mieux. On vous exhorte à vous résigner devant ce phénomène normal. Il est bien « naturel », n'est-ce pas, de n'avoir pas envie de quelqu'un. Insister c'est s'exposer aux dernières violences verbales. Le demandeur se voit qualifié(e) suivant son sexe et la finesse de son argumentation d'hystérique, d'obsédé(e), de sadique, de phallocrate, etc. Et les MLF de hurler à l'unisson : si c'est ça votre liberté sexuelle, être toujours « disponibles totalement pour le premier venu » (Torchon n° 6) ; nous voulons choisir nos compagnons, nos compagnes !
Je m'expose à une critique féministe en ayant l'air de présenter le refus sexuel comme un comportement largement féminin ; mais je souhaite vivement que, un jour proche, les femmes (à commencer par celles qui luttent pour leur libération) puissent dire simplement à un homme qu'elles le désirent y compris en l'abordant dans la rue. Nous reparlerons alors plus tranquillement de la drague sou toutes ses formes en constatant d'ail leurs que les mecs, plus sollicités réagiront aussi mal que les filles aujourd'hui (cf. les difficultés d'un mec assumer une relation qu'il n'a p provoquée). Pour l'instant, l'initiative, au moins apparente, reste un prérogative surtout masculine.
Le refus naturel
Bien sûr, moi, mâle hétérosexuel, je peux dire sans « mentir » que telle femme m'attire, telle autre moins, que telle autre me répugne. Si ce vécu affectif est réel, il mérite au moins analyse.
Tous nos comportements sont déterminés culturellement, historiquement, etc. - platitude d'amphithéâtre que nous préférons oublier en ce qui concerne nos comportements amoureux. Déterminé(e)s, nous le sommes par notre histoire affective (image des parents), sociale (division de classe), biologique (tares), par l'idéologie (concept laid-beau, mariage, couple, tabous variés). La satisfaction d'un besoin et son organisation sociale varient d'une civilisation à l'autre. Il en va des pratiques amoureuses comme des habitudes culinaires et Fourier ne s'est pas fait faute d'utiliser l'image.
Les travaux sociologiques sur le choix du conjoint ont mis en pièce l'idéologie du coup de foudre, du hasard amoureux, de l'attirance inexplicable, du prince charmant et de la prédestination à laquelle appartient finalement la théorie de « l'envie ». Toute la littérature, le surréalisme compris, a tissé autour de la sexualité un épais cocon de préjugés sentimentalistes exploités et entretenus par la presse du « coeur » et qui fait disparaître la signification du désir sous « l'envie », épiphénomène culturel.
Les humains croient choisir leurs partenaires comme les ménagères croient choisir leur marque de lessive. La marge de liberté est la même, les objets également interchangeables. Difficile de reconnaître que n'importe quel amant est forcément le premier venu, mais c'est littéralement vrai ; chaque nouvel amant est le premier qui vient après des milliers d'autres incarnant chaque fois la redécouverte de l'amour. Ceci dit n'enlève rien de sa poésie, de sa totalité au plaisir, au contraire, son infinité ne reste limitée que par le temps et la mort.
L'acte sexuel est souvent vécu, surtout par les femmes, comme un sacrifice (il ne manque d'ailleurs pas de bases objectives dans les comportements des mecs à cette façon de voir) impliquant une sacralisation dans le couple. Proposer à quelqu'un de faire l'amour équivaut donc aujourd'hui à lui demander une faveur dont on est censé(e) être seul(e) à profiter. D'ailleurs, quand il a eu "ce qu'il voulait" - c'est-à-dire ce que la fille ne s'avoue pas vouloir - le garçon fout le camp. Alors la liberté c'est de dire non, y réfléchir, faire peut-être des concessions ; c'est l'amputer.
Bien sûr, je peux décider de me refuser à toi comme je peux faire voeu de chasteté, mais le refus n'est jamais assumé et je me retranche derrière une prétendue connaissance prémonitoire de l'échec. En réalité, croyant refuser le plaisir de l'autre c'est aussi et d'abord le sien propre qu'on nie. En me refusant à toi, je te refuse à moi. Le refus que s'opposent entre eux les acteurs inconscients du jeu social n'est que la tradition du refus que la société signifie au désir.
La liberté de refuser
Malgré l'abondance qui règne en harmonie, le refus y subsiste encore puisque Fourier prévoit qu'après une nuit où s'est opéré « un grand nombre d'unions », Bacchantes et Bacchants ont pour rôle de relever les blessés, c'est-à-dire de consoler les amant(e)s refusé(e)s en leur prodiguant "leur éloquence et leur charme":
Si le refus subsiste, c'est dans des circonstances bien particulières Galatée a préféré Pygmalion à Narcisse et Pollux ; de toute façon, il est intégré au jeu amoureux et la souffrance qu'il peut engendrer réduite autant que possible. Au moins ni Narcisse ni Pollux n'auront l'idée d'aller étrangler Galatée et son amant d'une nuit. Différence de poids d'avec la rubrique faits divers de votre quotidien habituel. Le jeu continuera et demain Galatée aimera Pollux peut-être, tous deux le savent et le désirent. La jalousie est désamorcée.
Reste que tout ça est utopique, pas sérieux et complètement étranger aux préoccupations de la classe laborieuse. Alors, je veux bien que la classe laborieuse avorte, déprime, cogne ses mômes et s'étripe sans s'en « préoccuper ». Justement, ça s'appelle la misère. Vouloir en sortir c'est utopique, puisque l'utopie c'est d'assumer nos désirs au point de vouloir les réaliser. Nos désirs ne sont pas sérieux parce qu'ils ne sont pas tristes. Pourquoi nous voulons changer la vie ? Pour rien, POUR LE PLAISIR !
Dans la pratique de tous les jours, ça n'est pas facile, non. Et alors ? La non-vie quotidienne, les renoncements, l'assassinat du désir, la résignation, les maigres compensations du couple ou de la putain, c'est facile, ça ? c'est gai ? Ça vous donne envie d'aller jusqu'à la retraite ?
Bien sûr qu'au jour le jour on se casse la gueule souvent et qu'on souffre encore pour faire reculer la souffrance et le désespoir de voir nos amours fragiles sans cesse brisées par les habitudes et la famille et les flics. Et la tentation de reculer, de croire encore aux illusions dont nous nous voulons riches tant nous sommes pauvres de jouissances.
L'utopie de Fourier nous gêne parce qu'elle n'a rien d'abstrait. Elle nous met en scène avec nos désirs, nos lâchetés, notre jalousie. Dans chaque illustration romancée, nous nous reconnaissons précisément. Nous y lisons le refrain de notre quête - « je t'aime comme je voudrais que tu t'aimes toi-même, c'est-à-dire libre ».
Paul, décembre 2009.Les voilà bien déçus, tous ces nigauds qui ne savaient pas encore que les bateaux (qu'on leur monte gratuitement) avaient des jambes (pour les faire courir) : leurs gentils maîtres qui voulaient sauver la planète n'y sont pas arrivés.
Bof, ça fait rien, on en refera une autre, de planète, avec les débris de l'ancienne. Et puis, une planète de perdue, dix de retrouvée. D'ailleurs les astronomes en trouvent plein dans le ciel étoilé.
Et puis, cela vaut-il vraiment le coup, de sauver une planète aussi nulle ? Avec ses routes, ses autoroutes, sa sécurité sociale, ses emballages en plastique et ses ONG ? Finalement, puisqu'on n'a pas encore réussi à se la faire sauter avec toutes ses bombes atomiques, y a qu'à la laisser crever de chaud (ou de froid, allez savoir).
Alors comme ça, les gros bonnets doivent avoir une planète de rechange, puisqu'ils s'en foutent de sauver celle-là. Mais où c'est qu'ils l'ont mise ? C'est ça qu'il faudrait leur demander. Bande de nigauds.
Ce serait-y une planète parfaite avec rien que des machines inoxydables et des ordinateurs ? Ou bien une planète où y aurait plus de maisons et des banques partout ? Une planète en papier monnaie ? Une planète peuplée de citoyens modèles qui passeraient leur temps à voter pour leurs gentils maîtres ? Ou bien une planète toute transparente comme une bulle de savon ? Au fond, c'est pas important : y a qu'à les envoyer s'y faire voir, et qu'ils nous débarrassent le plancher. On se débrouillera bien sans eux, même si le climat est déréglé.
Mais le climat c'est quoi, bande de benêts ? Ce serait pas un calcul foireux du genre statistique à gogo, comme celui des économistes ? On compte, on mesure, on quantifie tout, on fait une règle de trois et va-z-y comme je te pousse je t'annonce une faillite financière et un réchauffement planétaire. Du genre on réduit tout à l'état de marchandise, un kilo de banane égale un gramme de platine plus un week-end à la campagne et une bouffée d'oxyde de carbone. Ce serait pas justement ça qui détruit la vie ?
Oh les nigauds qui se sont fait plomber le citron par des balivernes à vous faire sauver la planète, et ils n'ont même pas vu qu'on leur fourguait pour ça les mêmes vieux trucs usés de « retroussez les manches camarades, il faut reconstruire la nation ». Avec en plus le slogan des années soixante-huit : « chantez camarades, pour pas entendre le bruit des machines ». Le tout repeint en vert, ça devait avoir de la gueule. Mais pas de pot, on n'a rien vu. A cause du brouillard.
Bon, c'est pas tout, ma brave dame, mais ma planète elle m'attend. Je vais aller planter mes poireaux et me faire une petite causette avec les amis. Ne cherchez pas à savoir lesquels, ni de quoi on va parler. Non, mais.
Lukas Stella,Tout comportement intentionnel dépend des conceptions ou croyances de ses auteurs, car elles dirigent leurs interprétations des situations et des relations qui en découlent. Dans les milieux libertaires, alternatifs, rebelles, prétendants communistes ou révolutionnaires, il est convenu de manière implicite que les affirmations du groupe auquel on appartient, prises dans leur ensemble, constituent la logique unifiée de la nature des problèmes et de leurs résolutions. Ces idées sont considérées comme choses établies, tout naturellement. Elles guident leur manière de penser et leurs comportements. Leurs influences sont d’autant plus importantes qu’elles sont moins ouvertes à la critique et à une éventuelle remise en cause.
Les conflits de points de vue sur le changement, où se mêlent les intérêts personnels et collectifs, sont des confrontations inefficaces qui entretiennent et accroissent les problèmes. Discuter pour déterminer qui a raison ne débouche que sur un échange de récriminations à l’issue duquel chacun durcit ses convictions et tout le monde se retrouve dans l’impasse.
Ces points de vue construits sur certaines conceptions de l’histoire, considèrent le présent comme une répétition du passé, résultant d’enchaînements linéaires de causes et d’effets allant des origines aux conséquences. Ils privilégient ce qui est dessous, derrière et loin dans le temps, plutôt que ce qui se passe ici et maintenant dans son devenir incertain. Cette vision passéiste des choses tend à considérer les problèmes de changement comme la conséquence de déficits individuels, de comportements déviants qui font problème, ignorant les relations individuelles et collectives à la situation présente, dans sa dérive évolutive. Toute proposition et tout comportement ne peuvent se comprendre effectivement que dans leur interaction relationnelle avec un système de comportements, plus vaste, en fonctionnement.
La démarche analytique objective construit la pensée du présent dans une soumission aux expériences du passé. Cette conception linéaire de la réalité est construite sur un crédo déterministe, selon lequel le passé détermine le présent, que le futur ne peut que répéter indéfiniment. Le futur est prisonnier d’une logique absurde de prévision-prédiction et non de prospectives et d’incertitudes. C’est une idée prédéterminée qui devient une vérité absolue, fondée sur la croyance en un éternel retour des choses et des idées comme des marchandises. Cette mystification nous fait croire que nous sommes totalement déterminés par l’histoire et que nous ne pouvons que la subir et la répéter. En utilisant le passé comme réservoir de ressources, détourné par notre apprentissage impliqué dans la perspective d’un futur désirable réinventé, nous modifions notre vision du passé. Imaginer l’avenir demande de lâcher-prise avec les certitudes du passé. L’invention devient alors subversive car elle commence par désorganiser pour reconstruire.
Un conflit commence toujours par une négation réciproque, qui ne peut pas se résoudre si les protagonistes restent cramponnés à leurs certitudes. A travers l’expérience nouvelle d’un conflit inhabituel, le point de vue de chacun s’en retrouve modifié et leur perception de la situation devient différente. L’opposition conflictuelle peut ainsi être dépassée dans l’émergence d’un domaine nouveau où la coexistence nécessaire devient possible.
Il s’agit aujourd’hui d’investir et de s’approprier ce nouvel espace social libéré des contraintes partisanes, politiciennes ou syndicales, dans une mouvance collective variée et incertaine où tout peut se faire. Il devient possible d’utiliser ces rassemblements coopératifs afin d’y développer des pratiques libertaires et d’y expérimenter au cours du vécu de ces relations imprévisibles, les jeux passionnants d’une démocratie directe à échelle humaine.
L’autonomie retrouvant sa propre nature, suscite de nouvelles possibilités. Vivre le présent dans son histoire continue, consiste plus à lâcher les prises de nos certitudes figées, s’autoriser des libertés, qu’à se battre contre les objets de nos représentations.
Quand on n’est plus obligé de choisir de s’agripper à ses certitudes, il devient possible de coopérer avec les autres, sans programme prédéterminé et sans savoir où l’on va, dans une recherche de synchronie où de multiples dérives libertaires deviennent réalisables. Plutôt que de s’affronter sans espoir aux forces de destruction, il s’agit ici d’initier un processus de solution constructive. Notre tactique consiste à inventer des libertés, en s’appropriant les problèmes sans se faire influencer par les théories déterministes et autoritaires, afin d’altérer la difficulté ou la façon inefficace de la surmonter. Cette perspective imprévue rend possible d’expérimenter différemment la situation en mouvement.
Les difficultés inhérentes au changement de perspective s’affichent comme des comportements non désirés, qui persistent et perdurent. Pour transformer la situation, les facteurs passés ainsi qu’une éventuelle prise de conscience n’ont que peu d’importance. C’est ici et maintenant qu’il s’agit de comprendre comment certains comportements constituent le problème, dans son contexte. Pour qu’un problème persiste, il faut que se répètent au sein du système d’interactions, des comportements déclencheurs. Une difficulté devient un véritable problème à condition qu’elle soit surmontée de manière inefficace et que cette solution inopérante soit répétée. C’est alors que la difficulté s’intensifie selon un processus de cercle vicieux qui engendre un problème dont l’ampleur et la nature diffèrent de la difficulté première. Cette persistance à agir de façon à entretenir le problème s’effectue par méconnaissance, tout en croyant bien faire. C’est une solution standard qui fonctionne logiquement, à partir d’hypothèses cachées qui ne sont jamais remises en question, selon une croyance aveugle en « toujours plus de la même logique ». La persistance de ce cercle vicieux est construite sur la répétition de solutions inappropriées. La confiance placée dans ces cartes, fondée sur des croyances inaccessibles, empêche de s’apercevoir que celles-ci ne sont pas des guides efficaces et opérationnels, alors qu’elles se présentent comme tout à fait logiques, vigoureusement approuvées par la tradition et la morale conventionnelle.
Nous ne percevons pas la position de notre point de vue, car nous croyons que notre position est centrale parce que la perception de notre réalité est partielle et partiale. L’objectivité des uns devient l’obligation des autres d’agir selon des déterminations qui leur sont étrangères. Il s’agit de penser différemment pour agir autrement, voir ce qui est vieux d’un œil neuf par une distanciation qui dégage des angles de vue différents. Ce recadrage ne vise pas la vérité mais l’efficacité d’un autre point de vue qui puisse permettre d’utiliser des possibilités compatibles en donnant un nouveau sens à la situation. C’est un jeu de détournement du contexte et du relationnel.
Le recadrage de la situation ne change pas la perception de la réalité, mais seulement sa signification. En replaçant un fait dans un contexte de signification différent, le point de vue se retrouve modifié et la valeur accordée à la situation, tout autre. La réalité est fonction de la vision du monde, de son interprétation et du sens qu’on lui accorde. Si cette perspective change, la réalité change elle aussi. Induire quelques modifications au sens accordé à ses comportements inappropriés, par un recadrage de la situation construit sur un changement de perspective, peut perturber et même transformer le fonctionnement de ce cercle vicieux et amorcer un changement effectif. L’introduction d’un changement minime, dans l’interaction en forme de cercle vicieux, peut faire émerger un cercle positif dans lequel un moins de la solution inopérante conduit à un moins dans le problème, ce qui conduit à un moins de solution et ainsi de suite...
Prisonnier d’une situation difficile, parfois insupportable, plus on cherche à résoudre le problème plus il persiste avec l’insistance de l’impossibilité de changer. Une stratégie de changement doit casser cet effet de boucle sans fin qu’entretient le problème. Il s’agit d’introduire des éléments de rupture dans cet équilibre dysfonctionnel, qui puissent modifier le sens accordé à la perception de la situation et ainsi altérer la réaction inappropriée. Ceci peut permettre d’abandonner le point de vue rigide obsessionnel d’une solution idéalisée et inefficace, amenant à voir d’autres possibilités d’où émergeraient de nouvelles réalités. Le problème du changement est entretenu par les tentatives inappropriées de le résoudre qui en fait l’alimentent. C’est donc les tentatives de solution qui deviennent le problème.
Recadrer c’est déjà changer un peu de perspective. Prendre un point de vue décalé et incertain dans un contexte différent permet de faire évoluer les relations avec les autres qui doivent s’adapter à la nouvelle situation. Sortir à l’improviste de l’espace préconçu et réducteur des séparations spécialisées, rôles formatés à exécuter, permet de construire un nouveau réseau de relations en évolution. Lorsque l’on cesse de s’enfermer dans ses croyances solitaires, il devient possible d’inventer de petites utopies ouvertes aux autres, plus maniables, dans un point de vue fictif qui permette de sortir légèrement du cadre spectaculaire conditionnant.
C’est lorsque nous dépendons de l’autre que nous pouvons accroître notre autonomie. Nous prenons alors une part active dans la construction de liens interactifs, plutôt que de nous contenter de les subir. L’interdépendance ne se développe pas avec des jugements et des exclusions, mais en utilisant la valeur utile de nos différences. Les rapports humains construits sur l’interdépendance et la coopération sont toujours plus productifs et plus satisfaisants pour tous, que des rapports établis sur la subordination, la domination et la soumission.
Une stratégie, pour qu’elle soit efficace, s’effectuera là où il sera facile de la pratiquer et de l’expérimenter, là où elle sera comprise sans résistance en l’appliquant sur des problèmes mineurs, tout à fait banals, des détails qui en apparence n’ont aucune importance et qui pourtant nous interpellent curieusement. Des changements dans le dysfonctionnement du système, même aussi infimes, peuvent déclencher une réaction en chaîne, capable de modifier le sens donné à la perception de la réalité, effectuant ainsi un recadrage qui permet de transformer le sens accordé à une tentative de recherche d’une solution de changement.
Le changement s’opère d’autant plus facilement que l’on ne cherche pas à le maîtriser, à le contrôler. La passion de la découverte, le goût de l’aventure, le plaisir de la dérive permettront ce lâcher-prise à la base de tout changement radical.
Ces quelques tactiques ne proposent pas autre chose que quelques outils à expérimenter pour induire quelques changements indispensables, centrés sur ce que l’on peut faire et comment on peut faire pour contribuer de façon opérante, à résoudre certains problèmes persistants, inhérents à notre société, tant individuels que collectifs. Ces tactiques de changements possibles ne sont ni définitives ni absolues, comme une haute vérité ou une réalité ultime, mais se présentent plutôt comme un ensemble de points de vue utiles pour intégrer, dans un système social, des éléments de l’observation et de l’action. Ce n’est rien de plus qu’une carte conceptuelle de la façon dont on peut comprendre et modifier les problèmes liés à une volonté de changement. En tant qu’outil, cette carte provisoire n’est pas la réalité. Elle peut seulement nous permettre de ne pas s’égarer dans des voies sans issue ou des chemins chimériques.
Paul, décembre 2009."Change pas de main, j'sens qu'ça vient"
(expression populaire)
Quiconque a assisté à un match de football professionnel sait que les supporters sont gens de mauvaise foi, sifflant volontiers l'arbitre lorsqu'il pénalise à juste titre un de leurs joueurs et applaudissant les fautes qui avantagent leur équipe lorsqu'elles n'ont pas été sanctionnées. Par ailleurs, les cris, les peintures sur le visage, les hymnes, les drapeaux, les insultes, les vociférations, tout est là pour signifier aux participants qu'il s'agit d'une activité guerrière. Il suffit de lire ou d'entendre les commentaires des journalistes sportifs pour se rendre compte que le vocabulaire utilisé est entièrement d'ordre militaire : attaquants, défenseurs, tactiques, stratégies, les termes employés pour décrire un match sont ceux de la bataille.
Les combattants sont sur le terrain, comme en leur temps les gladiateurs dans l'arène. Les spectateurs, eux, n'ont en général rien de sportif, sauf dans leurs gesticulations afin de se faufiler pour gagner leur place sur les gradins. Depuis qu'on retransmet en masse le foot à la télé, ils sont d'ailleurs le plus souvent dans des bistrots, bien assis sur leurs chaises. Une majorité de mâles, heureux de manifester ensemble leurs émotions, par des hurlements, des exclamations, des soupirs. Le foot est une guerre, mais avec des voyeurs qui la regardent sans prendre de risque.
Quels eussent été les commentaires de spectateurs si la bataille d'Austerlitz avait pu être filmée en direct ? Les jeux du cirque à l'époque romaine avaient un peu de ça : le sang n'y manquait pas, et l'on peut sans peine imaginer les clameurs de la foule, ses encouragements à trucider, à trancher le lard, son excitation lors des phases les plus tendues des massacres. Le sang en moins (il y est encore dans cette sorte de compétition qu'on appelle corrida), un match de foot est une mise en scène guerrière à destination de gens ordinaires provisoirement assoiffés de combats.
« A la guerre comme à la guerre », c'est le résultat qui compte. Ruses, tromperies, coups de bluff, font partie des techniques permettant de gagner. Même l'horreur, appelée « crime de guerre » (comme si toute guerre n'était pas un crime), est un outil utile pour emporter la victoire. Le bon général est celui qui oblige l'ennemi à se mettre à genoux. Qu'importe par quel moyen.
Mais enfin, pourquoi les maîtres de la finance qui contrôlent les mass-médias ont-ils choisi le football comme représentation planétaire de la guerre ? A quoi cela sert-il ? Croire qu'il s'agit seulement de fournir au populo ce qu'il demande afin de lui soutirer de l'argent n'explique en rien comment, en si peu de temps, ce sport de compétition est devenu international. De quoi le foot est-il le nom ?
A supporter un match de foot, on apprend d'abord, évidemment, que la compétition est une bonne chose. Cette règle fondamentale de comportement dans l'économie politique n'a rien de spontané. On ne naît pas en concurrence avec autrui, on le devient. Il faut un long apprentissage à ce dessein, notamment à l'école, grâce aux notes, aux examens, aux classements et autres manipulations mentales. Soit le meilleur, mon fils. Ecrase tes voisins. L'autre n'est pas un ami. C'est un frère égal mais concurrent qui veut te piquer ton héritage, et tu es libre de l'envoyer en touche, sur les roses, se ramasser une gamelle.
Bon sang, mais c'est bien sûr ! C'est la logique de l'entreprise : une équipe qui gagne. Tous ensemble, oui, oui, oui, pour laminer l'entreprise concurrente. Mais c'est une guerre en dehors de l'histoire, car chaque année ça recommence, les championnats, la coupe et tout le tintouin : les équipes se reforment et on remet ça. Qui gagne alors ? Les sponsors, cela va de soi. Autrement dit les financiers. Comme d'hab.
Alors petit, tu as saisi la leçon : la loi, c'est pour piéger les maladroits. Pas vu, pas pris. Mate le juge et quand il regarde ailleurs, fais franchement tes coups tordus. C'est comme ça qu'on gagne dans la finance, la politique, le showbiz et toutes les affaires qui ont pour règle la compétition. Tous les gamins qui regardent les matchs à la télé ont compris la règle qui règle toutes les règles : gagner excuse toutes les saloperies.
C'est pourquoi la main de Thierry est bienvenue. Tendons-la, mettons-la dans la culotte du zouave et gagnons ! Peu importe comment notre drapeau arrivera au premier rang du podium. Le meilleur est celui qui remporte la coupe. Comme les meilleurs sont ceux qui dirigent le monde. Alleluia.
Lukas Stella
Stratagèmes du changement
de l'illusion de l'invraissemblable à l'invention des possibles,
chapitre IV, août 2008
(Paru aux Éditions Libertaires / Courtcircuit-diffusion / Fnac).
« La réalité objective est une et imposée. Elle obéit aux lois d’une économie refermée sur elle-même, dont nous sommes les objets. »
« La plupart de nos concepts sont des croyances. L’exploitation de l’homme par l’homme a érigé en dogme une réalité arrangée, programmée pour assujettir notre survie à la survie de l’économie. »
Raoul Vaneigem, Journal imaginaire, 2006.
Toute croyance qui nécessite une adhésion globale, génère une dépendance qui engendre une accoutumance, produisant sa propre force de conservation, hostile à toute tentative de changement. Les religions officielles ou sectaires, les drogues illégales ou remboursées par la sécurité sociale, les mafias repérées ou dissoutes dans la société, les jeux de compétition ou de représentation spectaculaire, toutes ces pratiques conformistes génèrent des dépendances physiques et psychologiques qui renforcent la soumission de leurs pratiquants à leur vérité et réalité propre, revendiquant leur aliénation spécifique. Ce sont les nuisances qui intoxiquent toute possibilité de modification, de transformation, de métamorphose, de bouleversement ou de changement radical.
Ce que l’on entend par changement dépend de notre point de vue en tant qu’observateur, du contexte, du cadre que l’on se donne, de nos idées sur la question. La nature du changement est dans sa description, sa réalité dans son mode de communication.
Tout comportement est communication, qu’elle soit verbale ou non verbale, et toute communication affecte le comportement. Nous nous fions à ce que les autres nous disent être vrai. Nous confirmons ou modifions nos perceptions et nos idées en les comparant avec ce que les autres disent des leurs. Pour se comprendre soi-même, on a besoin d’être compris par l’autre. Pour être compris par l’autre, on a besoin de comprendre l’autre. Le problème de la communication est de faire coïncider les intentions de l’autre avec les significations que nous leur donnons. Il tient aux difficultés d’harmoniser nos intentions et nos significations avec celles de nos interlocuteurs. Toute communication définit la manière dont l’émetteur voit sa relation au récepteur. La communication médiatise la relation qui unit émetteur et récepteur. Adapter son comportement aux autres rend plus libre et plus responsable.
Il y a message lorsqu’un individu attribue à un comportement d’autrui une intention de communiquer dirigée vers lui. C’est le récepteur qui fait le message. La rétroaction permet de combiner ces deux causes en une causalité circulaire qui génère une stabilité dynamique. Dans une conversation nous entrelaçons de manière consensuelle des émotions avec du langage. En conversant nous faisons surgir une réalité dans une dérive qui constitue sa dynamique.
L’espace de perception dépend des habitudes avec lesquelles on fabrique des informations à partir des stimulations venues de l’extérieur. La perception est le produit d’un apprentissage qui, en même temps qu’il nous fait percevoir, façonne nos espaces de perception. Chaque individu appelle « réalité » son espace de perception. Nous construisons notre environnement selon notre propre perception de ce que nous nommons « réalité ».
Si notre compréhension du monde s’est construite à partir de nos expérimentations, nos actes sont, par interaction, dépendants de notre vision des situations. Notre compréhension des événements n’existe que dans la réalité que nous nous sommes construite avec nos perceptions et nos observations.
Erwin Schrödinger nous apprend que la mesure, ou l’observation, influence le système observé. L’action d’observer un phénomène est une interaction mutuelle inévitable et incontrôlable. On trouve trop souvent ce que l’on était venu chercher.
Nos perceptions de ce que l’on croit être une réalité extérieure et indépendante de nous, sont relatives au point de vue où l’on se place, ainsi qu’à l’interprétation qu’on leur applique pour leur donner du sens. Il y a d’abord la position dans l’espace et dans le temps par rapport au phénomène observé, selon le principe de la relativité restreinte d’Einstein. Dans un monde où l’argent fait le pouvoir, la situation sociale que l’on occupe, la quantité de richesse que l’on possède déterminent notre manière de voir le fonctionnement de la société.
Comme nous l’explique la sémantique générale, lorsque nous décrivons une situation, nous construisons un discours, une carte de la réalité. Ce n’est qu’une interprétation d’un moment précis dans un contexte donné, un cadrage de la situation qui ne dit jamais tout du contexte où elle se situe.
Ensuite il y a la relativité entre les diverses perceptions construites sur des expériences personnelles et une histoire individuelle et collective différente. Pour arriver à une approximation plus affinée et plus précise de la réalité, nous devons prendre en compte cette diversité dans sa multitude. Plus on a de coordonnées différentes pour tenter de définir un phénomène plus on se rapproche d’une vérité partagée, d’une réalité consensuelle, qu’il s’agit de replacer dans son temps particulier au cours de son histoire spécifique.
Nous avons également la relativité d’échelle, théorie unificatrice de Nottale, qui prend en considération les différences énormes dues au zoom du point de vue sur l’événement. De très près ou de très loin, les observations n’ont plus la même forme, les mêmes mesures ni la même signification. Une côte maritime n’a ni le même tracé ni la même longueur selon qu’elle est décrite d’un satellite ou à la loupe.
Enfin, la culture de l’observateur va fortement influencer ses perceptions ainsi que le sens qu’il va leur attribuer, et ceci de façon insidieuse parce qu’inconsciente. Les jugements préconçus, qui vont de soi, proviennent directement de sa propre culture, qui ne peut-être perçue qu’à travers les yeux de quelqu’un d’une culture différente. Ce plus de la différence peut nous permettre de ne pas nous faire piéger bêtement.
Les diverses descriptions du monde en disent plus long sur les différences et leur relations, que sur une réalité qui serait unique et indépendante des hommes, donc contrôlable et facilement manipulée.
Nous percevons une réalité qui nous est perceptible dans la vision du monde qui nous est propre, comme notre mémoire nous prépare à la percevoir. Nos perceptions sont des choix, non des faits objectifs. La réalité n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Nous sélectionnons les faits qui sont en cohérence avec notre vision du moment, en nous enfermant dans une seule lecture limitante de la réalité et dans un seul langage pour l’appréhender et l’interpréter. La réalité n’est pas prédéterminée, nous la reconstruisons constamment. La question n’est plus de savoir ce qui est vrai mais de chercher ce qui est utile pour agir selon nos désirs. Nous pouvons nous donner la liberté d’inventer notre réalité en explorant et choisissant nos interprétations, pour en tirer plus de possibilités d’action et plus de satisfaction.
Notre croyance en l’objectivité entrave la compréhension que nous avons de nous-mêmes et des autres. L’objectivité du monde n’est qu’apparente. Le lien de cause à effet n’est pas dans la réalité mais dans une explication de la réalité. C’est l’opération de distinction qui fait distinguer les choses. La réalité est une construction de l’esprit, elle est ce que nous en faisons.
L’objectivité des uns devient l’obligation des autres selon des déterminations qui leur sont souvent étrangères. La réalité n’est pas quelque chose d’objectif, quelque chose « là-bas en dehors de moi », c’est l’expérience subjective que nous faisons de l’existence, qui échappe totalement à une vérification objective. Le monde et la vie sont un, je suis mon monde. Sans différence il n’y a pas de conversation. Il s’agit de comprendre qu’il existe plusieurs points de vue avec des explications différentes. Nous oublions souvent que, nous aussi, nous sommes différents, étrangers des étrangers.
L’information n’est pas un fait objectif, mais dépend de l’observateur. Dès son observation un fait est interprété. C’est nous qui choisissons ce qui est ou non signifiant. À partir de nos sensations, nous tirons une conséquence, un fait, un principe sur le monde. Cette activité mentale est automatique, son résultat perçu comme extérieur à soi-même. Ceci engendre la conviction qu’il existe une réalité indépendante de l’observateur. Exclure l’observateur paralyse la compréhension de la vie. On ne peut pas étudier la vie « in vitro » ; il faut l’explorer « in vivo ».
Nos modes d’interprétation influencent de façon sélective nos observations. Nous croyons percevoir la réalité de l’autre alors que nous percevons l’impression qu’il a produite sur nous. La rigidité de nos interprétations focalisées sur des a priori et des certitudes, nous rend incapables de nous étonner en découvrant des potentialités insoupçonnées. Ce sont des contraintes que nous avons choisies de subir. L’explication et la rationalisation s’effectuent au détriment de la perception et du discernement, en perdant le contact avec la réalité concrètement vécue.
Nous ne pouvons comprendre un segment de communication que dans le contexte où il se produit. Le processus par lequel nous produisons de la signification est la contextualisation. Lorsque nous effectuons des actes de communication nous conversons. Ce que nous appelons alors réalité est un monde partagé, le domaine consensuel de contextualisation que nous avons en commun.
L’objet d’étude est altéré par le processus. Ce que les gens croient, contextualise ce qu’ils font et ce qu’ils croient qu’ils font. On peut toujours trouver des raisons à tout. Celles que les uns donnent aux comportements ou aux paroles des autres font partie du contexte des uns mais pas des autres. Vouloir transformer l’autre pour qu’il devienne conforme à notre point de vue, c’est vouloir prendre le pouvoir sur l’autre, imposer son autorité, l’éliminer dans son individualité. C’est une relation autoritaire de prédateur, un rapport marchand ordinaire. L’acceptation de la différence d’autrui constitue un domaine de contextualisation où peuvent se régler tous les conflits, évitant les guerres de pouvoir et l’extermination de la différence.
La théorie des niveaux de langage offre une protection contre la confusion des niveaux. Au plus bas niveau du langage les énoncés concernent les objets. Lorsque nous voulons parler sur ce langage il nous faut employer un métalangage, et un méta-métalangage si nous voulons parler sur ce métalangage. Mélanger deux niveaux dans une même séquence de communication génère un paradoxe. Un paradoxe est une affirmation qui est fausse quand elle est vraie, et vraie quand elle est fausse. Il rend la vérité d’une proposition indéterminable. Toute réaction à un message paradoxal à l’intérieur du cadre qu’il fixe ne peut être que paradoxale. Il est impossible de se comporter de manière cohérente et logique dans un contexte incohérent et illogique.
Recadrer la situation permet d’échapper au contexte contraignant, en communicant sur la communication, et ainsi sortir du jeu en communicant sur le jeu lui-même. Nous inventons inconsciemment des propriétés au moyen de la logique en pensant que nous les découvrons dans les systèmes que nous observons.
L’humour, la poésie, la créativité ne peuvent se réaliser que si des confusions de type logique se produisent, autrement dit si l’on mêle les différents niveaux de communication. Les règles du jeu qui lui confèrent cohérence et unité, sont fixées mais chaque jeu peut être l’objet de variations infinies lorsque l’on se permet de jouer avec le jeu. La règle d’ensemble dit qu’aucune règle n’est absolument définitive. Elles peuvent être modifiées et combinées pour jouer un jeu plus libre, plus compliqué et plus diversifié, échappant ainsi aux paradoxes insolubles.
Aucun expert ne saura jamais proposer une explication de la réalité absolument vraie, inaltérable et définitive. On ne peut affirmer avec certitude qu’il y ait une seule réalité en dehors de nous, séparée de notre existence. Nous percevons le monde avec nos sens et selon leurs spécificités. Nos perceptions du monde sont influencées par nos sens et les contextes particuliers dans lesquels se sont construits leurs acuités et leurs discernements au cours de leurs évolutions. Elles ne sont pas identiques d’un individu à l’autre car elles se sont affinées tout au long de nos expériences personnelles, de notre vie particulière. Nous percevons des mondes différents que nous partageons plus ou moins bien avec les autres.
Il n’y a pas une seule, mais de multiples réalités qui diffèrent selon le point de vue de l’observateur et des instruments méthodologiques qu’il utilise dans son observation. Ceci réfute tout modèle d’interprétation idéal et parfait, présupposant une explication de la nature et du comportement humain qui se voudrait absolument vraie et définitive, car un tel modèle tombe inévitablement dans le piège scientiste d’un discours qui s’auto-référencie en générant sa propre justification. Toute explication a les limites qui découlent logiquement de ses croyances présupposées. Les conclusions qu’engendrent ses hypothèses sont prises pour des vérités absolument naturelles.
La vérité est un mode de perception, d’organisation et d’attribution de sens aux observations, qui construit par là même des théories subjectives dont la valeur n’est qu’approximative et temporaire. La croyance en une vérité unique implique la conviction qu’une vérité unique et absolue doit nécessairement convaincre et s’imposer à tous pour résoudre tous nos problèmes. Cette croyance est le fondement des idéologies conservatrices autoritaires.
Le « mal de vivre » et troubles du comportement sont en relation directe avec les pollutions des situations, et déterminés par la perception de leur contexte, la façon dont on se construit sa réalité, puis dont on adopte, par réaction, un comportement dysfonctionel tout en croyant que c’est la meilleure solution possible.
Les seuls changements de cette société figée sans devenir, s’affichent dans l’apparence illusoire d’une « révolution de la communication ». Alors que chacun s’isole dans la crainte, en se retranchant dans sa petite sphère quotidienne, les relations sociales se désagrègent dans la peur et le rejet de la différence. Plus on communique avec nos prothèses numériques, par petits bouts à petits peu, moins on communique avec l’autre. La quantité détruit la qualité sous le contrôle des machines à réduire. Nos projections technologiques nous conditionnent, en nous incarnant dans les opérations restrictives des affaires planifiées.
L’envahissement précipité de notre univers quotidien par les machines informatiques, a réduit notre espace vital, en structurant nos croyances selon les modèles restreints de l’ordre des choses qu’elles programment. Les ordinateurs, machines déterminables et prévisibles, n’ont jamais inventé leur fonctionnement ni leur propre langage. Les métaphores que nous utilisons pour les décrire, de la mémoire à l’intelligence en passant par le langage, nous empêchent de comprendre notre propre fonctionnement. Le cerveau est un organe qui se permet d’oublier. Le « cerveau électronique » ne peut pas se donner la liberté d’ignorer les données qu’il a stockées. Ces machines triviales ne sont que des projections de notre quête illusoire de certitude. La perfection d’un programme n’est qu’une illusion chargée de nous rassurer.
« Une personne qui n’a jamais commis d’erreurs n’a jamais innové. Inventer c’est penser à côté. »
Albert Einstein.
En même temps que s’acquiert un savoir ou un savoir faire, a lieu un processus qui, progressivement, facilite l’acquisition du même savoir. On apprend à apprendre. On apprend à se diriger dans certains types de contexte. On acquiert l’habitude de ponctuer le cours des événements de manière à obtenir la répétition d’un certain type de séquences signifiantes. Un objet de notre environnement devient, dans notre expérience, un signe équivalent au comportement qu’il s’agit d’avoir quand on est en interaction avec lui. L’expérience implique le monde.
« Si tu veux voir, apprend à agir ».
Heinz von Foerster, On constructing a reality.
Notre savoir donne du sens à notre perception du monde, qui devient ainsi notre propre monde, se réalisant à partir de nos croyances inconscientes, considérées comme allant de soi, tout naturellement. Si notre savoir s’est construit sur des expériences passées, alors notre monde n’est qu’ un monde du passé, sans changement possible. Toute conclusion tirée de l’expérience suppose, comme fondement, que le futur ressemblera au passé. Cette croyance conservatrice repose sur la certitude que l’expérimentateur ne peut pas influencer son expérience, et que celle-ci ne peut pas le modifier en retour.
Un changement qui n’est pas la reproduction, à l’identique, d’expériences passées est malgré tout possible. Toute expérimentation transforme, plus ou moins, le système de fonctionnement de l’expérimentateur. C’est ainsi qu’il évolue et effectue son apprentissage. La perception de l’expérience elle-même, n’est plus tout à fait la même. Son monde s’en retrouve quelque peu modifié.
L’intelligence est la faculté d’apprendre, en faisant émerger de la signification dans l’évolution des perceptions de son monde en mouvement. Les informations que l’on en tire, ne sont pas préétablies comme un ordre naturel intemporel, mais elles correspondent aux régularités émergeant des activités expérimentales et inventives de l’apprentissage lui-même.
« L’homme est un animal ludique», «le jeu est essentiel pour apprendre, mais (contrairement à d’autres pulsions) il est une fin en soi. »
Edward T. Hall, Au delà de la culture, 1979.
Un langage dont le sens fixé est permanent et invariable, produit une réalité objective, un monde marchand sans devenir. Il ne peut pas se produire lui-même, ce qui bloque toute évolution. Un langage dont l’ensemble des valeurs dépend de la sensibilité du moment, des émotions vécues au cours d’une situation dans son histoire, permet d’expliquer à la fois l’expérience humaine et sa propre apparition. Si l’on ne voit pas comment les choses deviennent au cœur d’événements particuliers, on ne peut pas comprendre comment elles sont. Leurs valeurs propres se reproduisent de façon récurrente, au cours de leur évolution devenant implicites dans leur forme.
Les êtres humains sont des systèmes vivants réflexifs qui changent leur structure interne en fonction de leur comportement. Dépendants de leur histoire et de leur situation présente, ils sont indéterminables car leurs systèmes de fonctionnement trop complexes sont imprévisibles. Nous nous inventons nous-même tout en maintenant l’équilibre de notre propre organisation, dans son évolution.
L’illusion de l’intelligence artificielle réside dans l’admiration de la rapidité du calcul et des grandes capacités de stockage. C’est une vénération de la gestion de grandes quantités de choses séparées, une croyance aveugle en l’ordre des choses marchandes.
Un système vivant est autonome. Il détermine ses propres opérations, ses propres expériences. S’il ne le fait pas , il se désintègre et meurt. Un système est autonome, quand il se gouverne lui-même et définit ses propres lois.
L’organisation d’un système vivant définit le processus qui le construit, le crée, et l’invente lui-même. C’est un processus d’interaction spécifique entre des éléments qui produisent le substrat composé de ces mêmes éléments. D’une infinité d’expériences possibles émergent des valeurs propres stables, avec nous-même et avec les autres. Le changement est un processus de stabilisation nécessaire au maintien des systèmes vivants, dans leur évolution avec les autres.
« L’intelligence ne se définit plus comme la faculté de résoudre un problème mais comme celle de pénétrer un monde partagé. »
Francisco J. Varela, Invitation aux sciences cognitives, 1989.
Quand on ne connaît pas son ignorance, on croit tout savoir. L’intelligence du moment se cherche sans cesse, lorsqu’elle pense aboutir, elle s’aperçoit de son insuffisance. Le doute, la curiosité et l’expérimentation vécus dans leurs relations avec la situation, inventent la connaissance, son évolution, ainsi que les possibilités de changement.
VOS PAPIERS !
Paul, novembre 2009
« Les trois couleurs à la voirie! » Louis Aragon
L'identité nationale est le nom d'une carte délivrée par l'Etat, qu'on doit présenter aux agents de police quand ils prononcent la phrase-clé : vos papiers ! C'est donc une étiquette, comme celles qu'on colle sur les produits finis dans les rayonnages des supermarchés, qui garantit l'existence du Citoyen aux yeux de l'Autorité. Nom, prénom, date de naissance, signes particuliers, photo, tampon officiel : identification de l'individu. Elle s'appelle « nationale » parce que, précisément, la Nation n'est pas autre chose que ce classement des gens selon des critères préétablis. Des critères qui permettent de les ranger par catégories, c'est-à-dire de les enrôler. Car la Nation a besoin de numéros, pas de personnes vivantes. Elle se fout des sentiments, des émotions, de ce que les gens sont, ne sont pas, de ce qu'ils aiment ou n'aiment pas. Ils lui faut des soldats, des consommateurs, des producteurs, des contribuables, des électeurs, pas des vrais gens, de ceux qui s'appellent seulement s'ils se reconnaissent, qui parlent à leurs amis, qui ont des goûts, des envies, des dégoûts, des absences d'envie, et toutes sortes de raisons de faire ou ne pas faire ceci ou cela. La Nation connaît des citoyens, pas moi, ni toi, ni lui, ni elle. L'identité nationale, c'est l'individu sans individualité, l'homme en général, un numéro d'identification.
Ce n'est pas facile de fabriquer un individu identifiable qui corresponde à son identité. Il faut des années de dressage, d'humiliations répétées, d'obligations, de contraintes, pour transformer un gentil bébé en bon citoyen, libre de faire ce qu'il lui est permis de faire, égal aux autres numéros, et fraternel avec ses congénères uniformisés. Alors on lui accorde le label de « majeur » et il peut exister dans le grand ensemble qui englobe les autres ensembles où chacun doit correspondre à ce qu'on attend de lui. Il y a même un super grand ensemble qu'on est en train de mettre en place, une super-nation qui aurait nom « planète » et dont les citoyens (du monde) auraient un jour une carte d'identité terrienne, ou autre étiquette informatisée, qui permettrait, grâce à des puces électroniques implantées, de les contrôler pas-à-pas à chacun de leurs mouvements sur le programme d'un super-ordinateur qui aura pour nom : gouvernance mondiale.
En attendant que soit mis au point le système de la super identité supra-nationale, on se contente de peaufiner celle qui colle déjà à la peau de tous les individus appartenant aux nations modernes. Comme il faut qu'ils s'imaginent être libres d'y participer, on leur organise des débats truqués pour leur faire croire que ce qui leur arrive est le résultat de ce qu'ils ont voulu. Cela s'appelle « démocratie » (d'Etat, bien entendu). Car c'est l'Etat, devenu sur-Moi de tout un chacun, qui fixe les règles qui, limitant la liberté, permet de la surveiller. Et c'est encore l'Etat qui invente la nécessité de la Loi pour fournir à ses juges les arguments justifiant le pouvoir de punir qu'ils exercent sur les mauvais sujets du Peuple Souverain. Certes, dans la plupart des nations, le Roi a cédé le pas devant ceux qu'on appelle les « représentants du peuple », en l'occurrence des délégués sans contrat, ayant reçu un chèque en blanc de leurs électeurs pour exercer au nom d'une fiction dénommée « peuple » la nouvelle souveraineté de l'Etat. Chaque pays ayant suivi la même route, il est facile d'organiser ces si peu différentes nations en un super assemblage de nations : la SDN, puis l'ONU, l'Union Européenne, et autres fantasmagories transnationales, préfigurent les futurs critères de l'identité supra-nationale qui attend les « citoyens du monde ». C'est-à-dire encore plus de repérages, de fichages, de classement des individus, pour identifier parmi les gens ceux qui, vagabonds sans foi ni loi, sauvageons échappés des dressoirs, racaille impertinente, poètes insoumis, continuent à défier le pouvoir parce que, ne lui demandant rien, ne lui devant rien, ils sont dans une position où le pouvoir ne peut presque rien contre eux.
En russe, on ne dit pas « je m'appelle X », mais menya zavout, « ils m'appellent X », tant il est évident que nul n'est maître de son nom, mais que ce sont les autres qui en usent. Il en va de même pour tout ce qui constitue la prétendue « identité » des gens : rien de personnel n'en fait partie. Autrement dit, rien de vivant. Le nom était autrefois l'apanage des nobles, pour qui c'était l'étiquette de la terre sur laquelle ils régnaient. Les autres n'en avaient pas besoin. C'est avec l'apparition de l'Etat moderne qu'est née la nécessité de repérer les gens. Pour les enrôler d'abord, les faire marcher au pas, les envoyer au casse-pipe, et ensuite pour les contrôler (mot qui vient de « contre-rôle », comme on dit contre-expertise ou contre-témoignage). A chacun son rôle dans la nation et l'Etat fiche tout le monde sur ses listes de contre-rôles. Peu importe la forme exacte de cet Etat, monarchie constitutionnelle, république représentative, fédération, l'essentiel est qu'il fournisse aux maîtres de l'économie la main-d'oeuvre dont ils ont besoin : de bons petits soldats dressés à sacrifier leur vie pour garder leur « identité ». C'est pour cette raison qu'on plaint tant les chômeurs, non parce qu'ils manquent d'argent, mais pour la perte de dignité citoyenne que leur occasionne leur manque d'emploi dans la nation. Quant aux fainéants, traîne-grolles, vagabonds, glandeurs, heureux de l'être et insouciants des problèmes de la société, leur existence ne vaut pas un pet pour l'ordre, et ils ne sont pas loin de se trouver privés d'identité.
Mais en ont-ils besoin ?
Les staliniens de droite et les pétainistes de gauche, qui ont fait alliance après la fusion du soviétisme et du capitalisme (ensemble Gorbatchev et Bush, tous deux agents secrets de leurs nations respectives, ont organisé l'union des gouvernances en faisant fondre le mur de Berlin), veulent instaurer un nouvel ordre mondial où chaque individu sera privé d'individualité au profit des structures de l'Etat, pour le plus grand confort des profiteurs de l'économie. En avant la nouvelle église ! Il faut redéfinir les concepts, et faire du langage humain une machine à laminer les cervelles, à broyer les désirs, à étouffer ce que chacun a d'unique. On va émanciper les peuples, ces fictions électoralistes, pour mieux asservir les personnes. Chacun sera tenu d'être éclairé par l'Etat, de façon rationnelle (les Français disent « cartésienne »), pour rendre grâce à la démocratie toute-puissante (d'Etat, bien entendu). A cette lumière polarisée, les débats porteront toujours leurs fruits : ceux de l'arbre qui les a produits. Droite et gauche applaudiront de concert, car il faut bien deux mains aux bras du pouvoir pour claquer aux oreilles des citoyens. Chacun alors, avec fierté, aura le droit et le devoir de brandir ses papiers pour proclamer haut et fort son identité. Ainsi soit-il.
Mais alors qui saura ce que fabriquent les moins que rien, laissés pour solde de tout compte et contents de l'être, qui auront déserté le culte ?...
Avis aux amateurs.
Lukas Stella, 09/09/09.L'insistance permanente et obsessionnelle du spectacle médiatique à nous foutre la trouille par tous les moyens, nous pousserait à nous recroqueviller chacun "chez soi", embourbé par nos habitudes casanières et solitaires. Leur solution se limite à une vaccination douteuse coût que coût. Les mafias affairistes s'agrippent à la grippe, possédés par leur cupidité maladive. La propagande tapageuse ne fonctionne plus, la croyance s'est dérobée. Le danger désigné serait la proximité, le contact avec les autres, la propagation de mouvements autonomes en dérive, les interactions ludiques sur les règles du jeu imposées, l'emballement incontrôlable du cours des relations incertaines, l'émergence d'auto-organisations sauvages sans temps mort et sans entrave.
Le matraquage répétitif et permanent de la propagande de cette réalité des choses marchandes, déforme nos perceptions et notre compréhension de la situation. Nous ne sommes pas informés, mais "mis en forme".
"Nous percevons une réalité qui nous est perceptible dans la vision du monde qui nous est propre. Nos perceptions sont des choix, non des faits objectifs. Nous sélectionnons les faits qui sont en cohérence avec notre vision du moment, en nous enfermant dans une seule lecture limitante de la réalité et dans un seul langage pour l’appréhender et l’interpréter. La réalité n’est pas prédéterminée, nous la reconstruisons constamment.
Notre croyance en l’objectivité entrave la compréhension que nous avons de nous-mêmes et des autres. L’objectivité du monde n’est qu’apparente. Le lien de cause à effet n’est pas dans la réalité mais dans une explication de la réalité. C’est l’opération de distinction qui fait distinguer les choses. La réalité est une construction de l’esprit, elle est ce que nous en faisons. La question n’est plus de savoir ce qui est vrai mais de chercher ce qui est utile pour agir selon nos désirs."
(Stratagèmes du changement*)
Le concept de cause, tel que le définit le scientisme réaliste, se fonde sur les présuppositions qu'ont peut expliquer n'importe quel phénomène en le réduisant à ses parties et qu'aucun autre élément n'entre en jeu. L'erreur commise par ce réductionnisme aveugle est de ne pas reconnaître avoir détruit le système des relations et interactions qui forme un tout en effectuant ces dissections et découpages arbitraires. Cette conception schizophrène d'un monde fragmenté ne mène jamais qu'à un obscurantisme sans devenir, un blocage des possibles.
Les éléments ou les individus sont liés les uns aux autres, c'est ainsi qu'ils sont liés à la totalité.
Ce réalisme qui considère qu'une cause génère son effet, en dehors de tout contexte et de toute interaction, est-il scientifique ? La science peut se décrire comme un mode de perception, d'organisation et d'attribution de sens aux observations, qui construit par là-même des théories subjectives dont la valeur n'est pas définitive.
Aucune science ne saura jamais proposer une explication de la réalité absolument vraie et inaltérable. Il n'y a pas une seule, mais de multiples réalités, selon le point de vue de l'observateur et des instruments qu'il utilise à des fins d'observation. Ainsi est réfuté tout modèle d'interprétation présupposant une explication de la nature et du comportement de l'Homme qui se veut absolument vraie et définitive, parce qu'un tel modèle tombe inévitablement dans le piège idéologique d'auto-référenciation, sorte de discours qui génère sa propre justification, construite sur ses hypothèses de départ.
Le système doit être étudié dans sa totalité car la totalité représente davantage que la simple somme de ses parties ; elle est autre et bien plus que le total. Toute tentative d'étudier les composantes de façon isolée détruirait la totalité et produirait des résultats qui altéreraient la compréhension du système ou de la société.
"Le comportement d’un mouvement social est la contrepartie externe de la danse des relations internes des éléments qui le composent. Le système social est un système en changement structural continuel. Ces changements se produisent dans les caractéristiques des relations locales, dans la circularité de la communication co-évolutive de ses éléments. De ces changements particuliers surgissent des changements d’efficacité des interactions en mouvement pouvant modifier radicalement le fonctionnement de l’ensemble". *
Un mouvement de transformation sociale peut alors se comprendre comme une congruence remarquable d'une danse synchrone de coordinations d'actions, d'où émerge une évolution comportementale dans de nouveaux rapports relationnels, au cours de dérives individuelles et collectives sans plan préétabli. Les règles de la concurrence, la loi du plus fort, la hiérarchie, l'exploitation et la prédation feront place à l'entraide interactive, la coopération sociale, l'association fédérative, la commune à échelle humaine.
Les réseaux d'éléments autonomes sont à la base de comportements émergents non prévisibles, car ils sont non déductibles à partir de ses parties singulières. L'auto-organisation émergente de cet effet réseau, est précisément l'agrandissement de l'espace de possibilités d'une nouvelle globalité issue d'une histoire d'interactions entre des éléments différents et hétérogènes. Lorsque la richesse de ces interactions franchit un certain seuil, le mouvement global produit de façon discontinue de nouveaux comportements d'ensemble tout à fait imprévisibles à partir de la somme des apports de chaque individu ou groupe d'individus, et même inconcevables. Ces groupes de relations, en interaction temporaire avec d'autres groupes, peuvent développer dans de brèves périodes, des capacités et des propriétés nouvelles imprévisibles, parce que non-déductibles.
En s'autorisant à libérer nos positions des préjugés déterminés par les certitudes conventionnelles, et en développant nos capacités relationnelles par l'intelligence situationnelle du moment, nous devenons indéterminables et imprédictibles, donc incontrôlables, changeant continuellement nos règles de transformation selon nos relations dans l'action et nos points de vue qui en émergent. Abandonner nos logiques intransigeantes et autoritaires nous ouvre de nouveaux horizons plus libres, nous donnant de nouvelles possibilités propices au changement.
Faire surgir des doutes peut rompre la rigidité perceptivo-réactionnelle habituelle en entamant l'armure cognitive et la carapace comportementale. Faire naître un doute sur l'explication logique et rationnelle est particulièrement propre à débloquer des structures mentales rigides et fermées. Semer le doute concernant la logique d'un raisonnement, introduit un petit ver qui mobilise l'entropie du système, amorçant une réaction en chaîne qui est lente mais dont les effets n'en sont pas moins dévastateurs, et qui peut produire des changements dans le système tout entier.
Il s'agit d'abandonner l'état de foi du réalisme, pour adopter le doute et le scepticisme du chercheur. Il nous appartient de choisir de nous considérer comme des pions dans un jeu dont les règles seraient d'après nous une réalité qui s'impose d'elle-même, ou bien comme des joueurs qui ont compris que les règles ne sont réelles que dans la mesure où nous les avons acceptées et que nous pouvons tout aussi bien jouer avec elles, et ainsi les changer.
"Le possible est plus riche que le réel. (...) Le futur n’est plus donné. Il devient une construction”.
Ilya Prigogine, La fin des certitudes.
Il n'y a pas de véritables règles de changement que l'on pourrait appliquer et contrôler. Dans cette période dure et confuse d'exploitation sans limite, nombreux sont les charlatans qui bradent sur le marché du désespoir leur solutions miracles. Une rébellion, un mouvement de révolte, une insurrection peuvent émerger de l'incubation sociale par expérimentations de jeux sur les règles du jeu, déclenchée sans aucun respect des conventions. Il s'agit d'inventer l'amorce d'un changement sans limite, le susciter par agitations, provocations et rage de vivre, l'activer dans sa propagation pandémique, et la fièvre peut alors se répandre par plaisir...
"Tout devient possible à ceux que n’arrête pas l’invraisemblable." *
* Stratagèmes du changement, de l'illusion de l'invraisemblable à l'invention des possibles, par Lukas Stella aux Éditions Libertaires.
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Lukas Stella, août 2009.Dans ce monde informatisé, nos prothèses de communication numérique nous isolent chaque jour un peu plus en réduisant au minimum les relations humaines, et nous conditionnent insidieusement jusqu'à notre manière d'appréhender et de comprendre notre situation de survie.
"Alors que chacun s’isole dans la crainte, en se retranchant dans sa petite sphère quotidienne, les relations sociales se désagrègent dans la peur et le rejet de la différence. Plus on communique avec nos prothèses numériques, par petits bouts à petits peu, moins on communique avec l’autre.
La quantité détruit la qualité sous le contrôle des machines à réduire. Nos projections technologiques nous conditionnent, en nous incarnant dans les opérations restrictives des affaires planifiées. L’envahissement précipité de notre univers quotidien par les machines informatiques, a réduit notre espace vital, en structurant nos croyances selon les modèles restreints de l’ordre des choses qu’elles programment."
(Stratagèmes du changement*)
Nous ne sommes pas informés, mais "mis en forme". Les transnationnales de l'information sont d'énormes machines de pression qui répandent de partout et en permanence la propagande de la soumission sans concession. Nos modes de perception et nos méthodes de compréhension qui nous ont été inculqués, conditionnent notre réflexion, nos choix et rendent nos tentatives de changement inopérantes. Nos solutions font blocage.
Croire que l'action découle de la pensée, que le changement radical ne serait que la conséquence d'une conscience révolutionnaire, est une présupposition, une hypothèse d'un autre temps, que l'on peut remettre en question. Toute conclusion tirée de l'expérience passée, suppose comme fondement, que le futur ressemblera au passé. Notre expérience concrète détermine tout changement, mais seulement dans notre manière de percevoir et de réagir à la réalité. Ceux qui veulent déterminer et expliquer le changement par des mouvements passés sont aveugle à l'invention et à la métamorphose nécessaires à l'émergence d'un nouveau mouvement révolutionnaire.
"Le passé et le futur sont des manière d'être au présent."
Maturana et Varela, L'arbre de la connaissance, 1992.
Si l'on se permet de ne plus considérer le futur comme une projection que le présent consomme en le précipitant dans un passé toujours plus présent, on peut alors se l'approprier comme un devenir désirable vécu au présent, plein de nouvelles possibilités qui ne cherche qu'à se réaliser, un avenir sans entrave qui se construit ici et maintenant.
"Nous ne pouvons pas prévoir le futur mais nous pouvons le préparer. Dans la mesure où on laisse aller les choses au hasard, on peut prévoir qu’un système clos caractérisé par quelque ordre initial évoluera vers le désordre, qui offre tellement plus de possibilités. Dès que l’instabilité est incorporée, la signification des lois de la nature prend un nouveau sens. Elles expriment désormais des possibilités."
Ilya Prigogine, La fin des certitudes.
Notre prétentieux savoir ne voit pas tout ce qu'il se dissimule, ignore ce qu'il ne sait pas. Il tend à se proposer comme accompli et autosuffisant, à se prendre pour le propriétaire de la vérité et de la pertinence, à occulter erreurs, anomalies, paradoxes, hérésies, dérives, bref tout ce qui dans les moments critiques de changement qualitatif est source et stimulation de changements et de révolutions.
La condition humaine n'est pas un destin marqué par une histoire déjà écrite, mais l'émergence de mouvements, d'accidents et d'erreurs qui se font et se défont dans le cours de situations imprévues, de tournants, de seuils qui peuvent à un moment critique annuler les pressions dominantes en faisant surgir de nouvelles possibilités plus compatibles avec l'ensemble des diversités qui composent la société.
Nos points de vue sont se retrouvent souvent déformés par nos préjugés intransigeants et sectaires. Le modèle de perception et la méthode utilisée par l'observateur oriente sa recherche et détermine son observation sans qu'il s'en rende vraiment compte. On ne voit jamais deux fois la même rivière, l'eau s'est écoulée, nous-même avons évolué, notre mode de perception est différent, nos observations ont quelques peu changé et la réalité n'est plus tout à fait la même.
Pour le scientisme réductionniste, "l'objectivité exige que les propriétés de l'observateur n'entre en aucun cas en ligne de compte dans la description de ses observations. Par cette suppression de ce qui fait l'essence de l'observation, c'est à dire les processus cognitifs, on réduit l'observateur à n'être qu'une machine à copier, et l'on réussi à évacuer la notion de responsabilité."
Heinz von Foerster, Éthique et cybernétique du second ordre, 1991.
Au nom de ce réalisme chimérique qui semble aller de soi, est ainsi complètement occultée toute dimension humaine dans ce qu'elle a de trop vivante, de doute et de hasard, de relations incertaines, d'opportunités imprévisibles, de jeux sur les règles du jeu, de changement possible de ses propre règles de transformation, de liberté de choix, de dérives situationnelles.
Prendre toute position comme la position d'un observateur avec ce qui en découle, ouvre un champ de possibilités, fondamentalement critique à l'égard des certitudes, des dogmes et des idéologies. Ainsi chacun de nous devient responsable de son propre point de vue. Nous sommes impliqués dans le monde que nous décrivons et transformons avec les autres. C'est alors que pour favoriser nos possibilités de liberté il nous est désormais nécessaire de penser au second degré, dans un cycle de réflexion qui pousse notre connaissance à revenir constamment sur elle-même. Cette nécessité de penser notre compréhension de la situation vécue, favorise nos possibilités de liberté.
Le monde n'est plus une réalité objective bien séparée, étrangère, à laquelle il faut se soumettre, mais devient alors notre réalité, plus humaine et plus accessible, plus variée et plus vivante. La dictature économique et financière n'est plus une fatalité, mais la tyrannie d'un petit groupe d'usurpateurs multimilliardaires qu'il s'agit de rendre inopérant pour sauver la société de la faillite de l'humanité, et la planète de sa destruction.
"Les révolutionnaires de la vie savent déjà quoi faire pour dépasser les troubles qui font blocage. Seulement, ils ne savent pas qu’ils savent, car ils se croient inefficaces. Nous pouvons inventer ensemble un nouvel usage des connaissances que nous avons déjà, dans des équilibres différents qui n’ont plus besoin d’être uniques et parfaits. Il y avait une voie idéale (réaliste) mais irréalisable, à présent il y a une multitude d’expérimentations possibles."
"Vivons dans le monde que nous inventons !" (*)
* Stratagèmes du changement, de l'illusion de l'invraisemblable à l'invention des possibles, par Lukas Stella aux Éditions Libertaires, disponible à Courcircuit-diffusion, Fnac...
Lukas Stella
Stratagèmes du changement
de l'illusion de l'invraissemblable à l'invention des possibles,
chapitre IV, août 2008
(Paru aux Éditions Libertaires / Courtcircuit-diffusion / Fnac).
«L’analyse qui s’oriente dans l’univers réifié du discours de tous les jours, qui désigne ce discours et l’interprète avec les termes de cet univers réifié, fait abstraction du négatif, de ce qui est autre et antagonique, de ce qui ne peut pas être appréhendé avec les termes de l’usage établi. En classant et en distinguant les sens, en les séparant, elle prive la pensée et le langage des contradictions, des illusions, des transgressions. Mais les transgressions ne sont pas celles de la "raison pure".
Elles ne sont pas des transgressions métaphysiques qui vont au delà des limites de la connaissance possible, elles débouchent plutôt sur un domaine de la connaissance qui se situe au delà du sens commun et de la logique formelle. En se fermant l’accès à ce domaine, la philosophie positive érige un monde qui se suffit à luimême, fermé, bien protégé contre l’intervention des facteurs externes perturbants. »
Herbert Marcuse, One-dimensional man, 1964, Trad. fr. L’homme unidimensionnel, 1968.
Notre problème est de nous poser la question du changement dans un domaine où il n’y a pas d’autre solution que la continuité conservatrice de l’illusion d’un changement permanent. Le mensonge de cette question s’impose partout où la seule vérité est celle du profit tiré de l’exploitation d’autrui.
« Tel est le consentement mutuel à ce que rien ne change parce que seule change la présentation du spectacle. Le constat du monde ignore le regard de la vie, le changement de perspective, l’aube du dépassement. »
Raoul Vaneigem, Journal imaginaire, 2006.
La société de la marchandise toute puissante, occupe totalement le terrain de notre époque. Son discours médiatique a envahi tout l’espace disponible. Tout ce qui apparaît, comme objet de son marché de dupe, passe pour objectivement vrai, donc indiscutable. Tout projet de dépassement ne peut y être qu’irréel et inconcevable. Toute contestation n’est acceptable que si elle n’a aucune conséquence sur le système, ne remettant en question que des détails de gestion.
Dans cette représentation universelle totalitaire, tout le monde est pour le changement, mais il n’est que boniments publicitaires. Tout changement n’y est effectivement qu’un réaménagement apparent des modalités de fonctionnement de quelques particularités mises en avant-scène pour occuper la galerie. Le changement en action y a perdu sa signification opérationnelle.
« L’auto-détermination ne sera effective que lorsqu’il n’y aura plus des masses mais des individus libérés de toute propagande, de tout endoctrinement, de toute manipulation, qui seront capables de connaître et de comprendre les faits, d’évaluer enfin les solutions possibles. »
Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, 1968.
Dans le règne du spectacle intégré, le discours de l’information se présente comme la seule cohérence possible, parce qu’il est conforme au fonctionnement de la société marchande. Ce qui est économiquement correct ne peut-être critiqué, car c’est la seule objectivité logiquement admise. Ce discours est le passage obligé pour devenir visible ou audible. Ayant aboli toute remise en cause de son point de vue, il s’est approprié tous les médias, tous les organes de presse comme moyen de pression sans limite. Sortir de ce cadre totalitaire de la pensée équivaut à s’exclure de la société comme malade malfaisant. Ce discours domine tous les autres en les englobant et s’impose comme la symbiose des idéologies, des politiques et des religions dans l’apparence perpétuelle d’un spectacle permanent. L’illusion d’exister au coeur de son époque, passe par la soumission sans réserve à cette divinité universelle, mystification d’un abêtissement uniformisé.
Tous ces arrivistes besogneux qui se prennent pour des artistes, ne recherchent en fait, qu’un moment de pouvoir sur la scène des apparences trompeuses. Dans cette course folle au premier rôle pour un petit morceau de célébrité, chacun cherche encore à s’accaparer sa petite minute de gloire en apparat de pacotille sous les projecteurs, dans l’éphémère mise en scène truquée de bouts de ficelle et d’effets d’artifices. Dans les rayons de ce supermarché du show business, chacun s’approprie son idole pour fantasmer sur son existence par procuration, du fond de sa solitude sans lendemain.
Pour ne plus se laisser piéger par nos représentations étalées en marchandises, il nous faudra élargir le cadre restreint de ce qui s’affiche, imaginer ce qui se passe derrière l’objectif, voir comment on s’affaire dans les coulisses, comprendre comment tourne cette machinerie avec ses truquages, ses tromperies et ses techniques de manipulation. La mise en scène de nos interprétations sépare les acteurs spécialistes des spectateurs consommateurs d’illusions, passifs et soumis à cette société totalitaire. La vie est abstraite d’elle-même. Seul est vécu ce qui est vu, le reste n’a d’existence que dans le vide de la contemplation. Cette servitude volontaire au salut par la marchandise n’est que la sanctification de la vie sacrifiée à l’économie.
Cette mise en scène publicitaire du capitalisme financier, apparaît comme une immense accumulation de marchandises spectaculaires, où l’on ne peut parler que le langage même de ce spectacle, rendant tout changement de perspective apparemment illusoire. Le spectacle, comme nous l’a fait comprendre Guy Debord, n’est pas un ensemble d’images mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. C’est une vision du monde qui s’est objectivée. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation.
Le spectacle est le sens de la pratique de l’économie de la société, son emploi du temps. Il se présente comme une positivité démesurée indiscutable et inaccessible. Par principe, il exige l’acceptation passive, sans réplique, qu’il a déjà obtenue effectivement par son monopole de l’apparence. Reflet fidèle de la production de toute chose, qu’il s’accapare comme objet de son marché, le spectacle est le discours que sa dictature tient sur elle-même, son monologue publicitaire élogieux. Il soumet les hommes lorsque l’économie les a totalement asservis. Il n’est rien que l’économie se réalisant par elle-même, pour elle-même. Au moment où la marchandise occupe tous les aspects de la vie, le travail est transfiguré en travail marchandise, le monde transformé en monde de l’économie, et l’économie politique en science de sa domination.
L’homme séparé du produit de son travail dont il est dépossédé, se retrouve séparé de son monde. C’est alors que se perd tout point de vue unitaire sur l’activité accomplie, toute communication personnelle directe. Au moment où les prolétaires se prennent pour des bourgeois, la réussite du système économique de la séparation est la prolétarisation des populations, dans l’isolement généralisé et l’abondance de la dépossession. Comme langage commun de la séparation, le spectacle est la perte de l’unité du monde, dont le mode d’être concret est l’abstraction.
Du point de vue du spectacle, il n’y a pas de points de vue car tout ce qui y apparaît est la réalité, la seule possible. Le vrai est un rôle de la représentation du faux. Le faux sans réplique a fait disparaître l’opinion.
« Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde en toi. »
Friedrich Nietzshe, Par-delà le bien et le mal, 1886.
Nous sommes entrés dans le temps de l’absence et de son spectacle, qui occulte les possibilités d’un dépassement possible.
Sous le conditionnement du faux et de la fourberie qu’assure l’organisation de l’apparence, le spectacle intègre l’effacement des limites du vrai et du faux par le refoulement de toute vérité réellement vécue. Celui qui subit passivement son sort, étranger dans son quotidien, recourant à des croyances et des techniques magiques, est en permanence poussé vers la folie pour compenser ce sort. Séparé artificiellement de l’emploi de son existence, sa psychose émergente altère en retour la perception de son monde, où il divague en pleine schizophrénie, plongeant dans une réalité dogmatique fondée sur ce qu’il n’est pas.
La consommation de marchandises aux vertus illusoires, ainsi que l’obsession d’une reconnaissance dans ce non-monde de l’apparence, sont au centre de cette réponse à une communication solitaire sans réponse.
« La société du spectacle avait partout commencé dans la contrainte, dans la tromperie, dans le sang; mais elle promettait une suite heureuse. Elle croyait être aimée.
Maintenant, elle ne promet plus rien. Elle ne dit plus : "Ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît". Elle dit simplement "C’est ainsi". Elle avoue franchement qu’elle n’est plus, dans l’essentiel, réformable ; quoique le changement soit sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière. Elle a perdu toutes ses illusions générales sur elle-même. Tous les experts du pouvoir, et tous leurs ordinateurs, sont réunis en permanentes consultations pluridisciplinaires, sinon pour trouver le moyen de guérir la société malade, du moins pour lui garder autant que faire se pourra, et jusqu’en coma dépassé, une apparence de survie... Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l’un veut qu’elle disparaisse. »
Guy Debord,
Préface à la quatrième édition italienne de La société du spectacle, 1979.
Au moment où la société découvre qu’elle dépend de l’économie, celle-ci, en fait, dépend d’elle. Dès que les populations comprennent qu’elles ont perdu tout pouvoir de choix sur l’emploi de leur vie, elles se reconnaissent comme le négatif en devenir, détermination d’une humanité qui aspire à devenir souveraine. La puissance de la vie se réalisant, dissoudra la spécialisation, la hiérarchie et la séparation, là où les conditions d’existence se transforment en relations vivantes d’une unité réinventée.
La capacité pratique à dissoudre toute séparation peut se réaliser par une démocratie directe se contrôlant elle-même, là où les individus se ré-approprient leur histoire par leur propre nature, là où la communication sans vérités préconçues, se construit pour vivre ses propres conditions d’existence.
Inventin, juin 2009.« Si je ne l’avais pas fait, d’autres l’auraient fait. »
« Ce qui le caractérise, (le milliardaire) c’est l’absence totale de sentiment de culpabilité. » George Soros.
Alors que les États s'endettent, les paradis fiscaux prospèrent, quoi qu'en disent les larbins du grand capital et de la haute finance. 100 % des entreprises du cac 40 se trouvent dans les paradis fiscaux. Bnp Paribas, (Nouveau Fortis) est titulaire de 189 filiales dans des paradis fiscaux, dont 27 au Luxembourg et 21 aux Îles Caïman. Les plans de réglementation, lancés comme des campagnes publicitaires, ne sont que des bonniments balancés pour amadouer le spectateur. Le contrôle demeure absent et les roues de la fortune tournent à plein régime tout en restant invisible.
Le bilan des banques se gangrène. De nouveaux actifs sont contaminés jour après jour par les défauts de paiement qui se multiplient. Les crédits titrisés, gagés sur des valeurs futures incertaines, sont autant de bombes à retardement sur un marché emballé, en pleine déconfiture.
Avec la crise qui s'incruste, les profiteurs redoublent d'activité, et la destruction de l'économie, de la société et de la planète reprend de plus belle. Les marchés des changes (Forex) sont en pleine extension. Les prédateurs spéculent sur la valeur des monnaies ou des marchandises, et même sur la valeur de ces valeurs. Il s'y échange 591 963 milliards de Dollars (BRI, décembre 2008), hors produits dérivés négociés de gré à gré, souvent automatisés par ordinateurs, qui eux, représenteraient un volume de plus de 84 000 milliards de dollars, mais peut-être beaucoup plus. Sur ces marchés les accapareurs peuvent bénéficier d’un effet de levier de 100 pour 1, contre seulement 2 pour 1 sur le marché actions, ne payant que 1% des sommes qu'ils jouent effectivement. On achète ce que l’on n’a pas et l’on vend ce que l’on pourrait détenir, la réalité devient virtuelle. Les opérations des produits dérivés se déroulent directement entre intervenants, sans connaissance par qui que ce soit des positions de chacun. La traçabilité est impossible et personne ne sait exactement de quoi on parle. Donc le risque global n’est ni mesurable ni contrôlable.
De fait, ces fonds sont des investisseurs qui spéculent sur la hausse ou la baisse des marchés. Qu'il s'agisse d'actions, de titres de dette ou de matières premières, ils accentuent la flambée ou le plongeon des valeurs. Pour doper leurs profits, ils font jouer cet "effet de levier", c'est-à-dire qu'ils empruntent massivement, jusqu'à cent fois les montants investis. C'est un jeu dangereux où les bénéfices des uns ne peuvent être couverts que par les pertes des autres. Dans une période où règne le mensonge, plus rien n'est prévisible. Cette abondance de dettes fait planer un risque systémique, autrement dit une mise en péril de tout le système financier, économique et social.
Quand l'espoir et la confiance disparaissent, le spectacle s'effrite au verso, la révolte tend vers l'infini, et un changement de perspective émerge un peu partout.
JETONS LES BOURGEOIS À LA TOMBE QU'ILS NOUS CREUSENT
Rapaces, communication 187, mai 2009.La crise actuelle est d'abord le naufrage définitif de l'organisation bourgeoise du monde. Elle est le point final de l'arrogance de la classe dirigeante qui, depuis la chute du mur de Berlin, insultait quotidiennement tous ceux qui refusaient la fin de l'Histoire. La crise actuelle est le fiasco grotesque du système capitaliste, incarné dans une élite de plus en plus obscène et irresponsable.
La preuve est donnée, maintenant, que les experts patentés chargés de consolider cette société sont les mêmes qui conduisent la planète au chaos. Ces 30 dernières années, partout des spécialistes nous ont expliqué que le monde était devenu si complexe qu’il fallait leur en laisser le monopole en se contentant de réclamer du boulot ou de nous réjouir d’en avoir un. Durant toute cette période, la bourgeoisie et ses relais nous ont fait rentrer chez nous. On nous a fait comprendre que le confort des salons télévisés, la platitude des ballades dans les centres commerciaux, les vacances bon marché ou la stupidité religieuse étaient préférables aux tumultes de la pratique politique authentique.
Aujourd’hui, l’effondrement menace. Pour éviter la catastrophe qu’ils ont eux-mêmes concoctée, les fanatiques capitalistes nous dérobent ouvertement des milliers de milliards d’euros, nous licencient massivement, achèvent la destruction des services publics, nous appauvrissent brutalement. Et comme si cela ne suffisait pas, ces bouffons osent nous promettre pour bientôt des jours meilleurs.
Nous n’avons pas confiance en ceux qui nous mènent à l’abîme. Nous ne nous écarterons de la route du désastre qu’en nous débarrassant de la mafia bourgeoise. Maîtrisons-là alors qu’elle ne maîtrise plus rien.
La crise actuelle est la crise de toutes les représentations politiques. Missionnée par la grande bourgeoisie, la clique sarkozyste de l’Union d’une Minorité de Parasites nous prend pour un troupeau aussi docile que débile. Elle insulte l’intelligence de la classe ouvrière et lui commande de rester passive sous ses coups mortels. Alors que le sol se dérobe sous nos pieds, elle fait mine de découvrir ses propres méfaits, nous baratine et désigne des boucs émissaires pour nous manipuler. A travers des médias aux ordres, elle nous dégueule en permanence sa vulgarité et nous avertit qu’elle est prête à en découdre si nos colères devenaient menaçantes. Suréquipés, surentraînés, ses flics tabassent à tout va, pourchassent les sanspapiers, harcèlent la jeunesse prolétarienne, traquent les grévistes... Et se suicident aussi ! Ses juges emprisonnent à la chaîne. Ses militaires se préparent au combat urbain…
L’extrême droite, quant à elle, n’a plus rien à aboyer. Ses idées sont désormais institutionnalisées. Elle ne peut plus figurer qu’à d’autistes crétins qu’elle représente encore un semblant de solution, elle que la lutte de classe révèle sous son vrai jour : celui d’ennemi irréductible des travailleurs.
La gauche nous a mille fois trahis, réprimés, méprisés. Au bout de toutes les contorsions, elle n’en finira jamais d’essayer de parasiter nos colères pour mieux les paralyser. Le PS veut nous faire oublier cette guerre socialequ’il a menée durant plus de 20 ans contre le prolétariat. Avoir occupé le rôle central dans cette guerre lui monte à la tête au point qu’il se sent propriétaire de nos voix. Il devrait plutôt s’estimer chanceux de bénéficier, pour l’instant, de l’inadmissible impunité qui le caractérise. L’extrême gauche veut changer nos révoltes en motifs d’aménagement du capitalisme. Elle prétend envisager un autre système en évitant l’affrontement avec la bourgeoisie. Les dirigeants syndicaux collaborent ouvertement avec le pouvoir en place, cherchent à négocier des miettes de pain ou de franches reculades. Confisquant notre capacité à faire grève, leurs mobilisations éparpillées de ces dernières années n’ont eu pour but que de nous démobiliser. Leur soi disant stratégie est l’organisation réelle de nos défaites.
Tout cela est insupportable. Il faut clairement montrer que les Thibault, Mailly, Chereque sont dans le camp d’en face. Organisons l’occupation des sièges des grandes centrales syndicales pour les dénoncer en tant que bastions ennemis ! Les travailleurs de Grèce et des Antilles ont montré la voie, seule la bataille frontale peut offrir la possibilité de vaincre !
Bâtissons le mouvement révolutionnaire prolétarien qui verra la victoire des conseils de travailleurs dans chaque entreprise, école et quartier. Construisons des réseaux de lutte à l’intérieur des syndicats pour saboter les directions syndicales, à l’extérieur pour préparer les comités de grèves et les groupes de combat.
A bas la société de classe, a bas le capitalisme !
Raoul Vaneigem, avril 2009.Quand un État promulgue des lois qui vont à l’encontre du sens humain, il se prive du droit de les faire appliquer. Nul n’est tenu d’obéir à un ordre qui porte atteinte à la dignité de l’homme. À l’infamie de la délation et de la chasse aux sans-papiers, il n’est qu’une seule réponse : la désobéissance civile, au nom de la solidarité humaine. Si nous n’y prenons garde, bientôt ce seront les grévistes et les travailleurs occupant leurs entreprises qui serviront de boucs émissaires aux gouvernements en crise.
Nous sommes entrés dans une ère où l’affairisme qui a programmé sa propre faillite prétend programmer aussi celle de notre existence. Comme le disait le manifeste d’Édouard Glissant, de Patrick Chamoiseau et de leurs amis, le problème n‘est pas le panier de la ménagère mais la poésie de la vie, dont le système économique continue de nous dépouiller. Le mépris et le cynisme des multinationales vont de conserve avec la veulerie du clientélisme politique qui renfloue l’escroquerie des banksters avec l’argent des citoyens. Qui nous fera croire que les taxes et des impôts, hier prélevés au nom du bien public, vont servir aux hôpitaux, désormais traités comme des "entreprises en difficulté", aux transports en commun, à la poste, aux écoles, aux chercheurs, à la métallurgie, aux énergies alternatives, aux entreprises socialement utiles ?
Alors que les travailleurs sont licenciés massivement et que l'argent public dédommage les gestionnaires de faillite, comment supposer que les citoyens vont tolérer sans réagir que ceux qui représentent moins le peuple qu'un pouvoir politique et économique crapuleux se foutent d'eux à ce point ? Or ce qu'il faut craindre, c'est la violence aveugle du désespoir, celle que suscitent partout les provocations imbéciles d'un Etat qui mise sur elles pour restaurer une autorité qu'il n'a plus. C'est ici que la solidarité avec les sans-papiers revêt une importance primordiale : elle démontre que les lois répressives d'un Etat, au service du capitalisme qui dévaste la Terre, sont nulles et non avenues quand ce qui est en jeu c'est le drot, non à une survie de bêtes traquées, mais à la vie. A une vie que la cupidité capitaliste détruit dans l'individu et dans la société. La solidarité avec les sans-papiers exprime la volonté d'une solidarité plus vaste, d'un mouvement réunissant dans un même combat ceux qui, lassés du clientélisme politique de gauche et de droite, prennent conscience qu'il est temps d'opposer à une démocratie parlementaire corrompue l'expérience de la démocratie directe.
C'est aujourd'hui qu'émerge, lentement mais sûrement, l'idée que l'humain l'emporte sur la barbarie et sur l'injustice. Si nous ne sortons pas de la réalité économique en créant une réalité humaine, nous permettrons une fois de plus à la barbarie marchande de se perpétuer. Il n'y a pas d'autre issue à la crise que la généralisation pratique du principe : l'humain prime l'économie ; la défense de l'homme, de la femme, de l'enfant et de la nature révoque les lois du commerce.
Paul, mai 2009.Quand on pense aux efforts que des idéologues comme Minc ou Fukuyama ont dépensé pendant trois décennies pour éliminer du vocabulaire moderne des termes comme « prolétariat », « classe ouvrière », « lutte des classes », il a suffi d’une série d’opérations financières grossièrement ratées pour que ces gros mots réapparaissent comme un furoncle honteux sur la face du spectacle. L’aristocrate De Villepin, sans doute nostalgique de l’époque où l’on pendait ses ancêtres aux lanternes, annonce que l’époque est révolutionnaire, espérant sans doute affoler de la sorte le petit agité qui lui a volé le trône, lui-même frappé depuis l’âge de ses treize ans de soixante-huito-phobie, souhaitant peut-être au fond de lui que le peuple de tradition régicide qui l’a élu le prenne pour roi en le menant à l’échafaud. On nage en plein délire.
Lorsque des étudiants grecs s’allient à une partie de la jeunesse athénienne pour mettre le feu à la ville, aussitôt les prophètes de mauvais augure qui aiment agiter en France la clochette annonciatrice des catastrophes prédisent que la fièvre grecque risque de rallumer l’incendie des banlieues parisiennes. On craint même que l’agitation des Chemises Rouges thaïlandaises ne s’étende jusqu’à chez nous. A force de croire en la réalité quantique de la mondialisation, on s’imagine qu’un pet de mauvaise humeur à Bangkok peut enflammer les esprits rebelles en n’importe quel coin du monde. Une opération financière malheureuse à Londres sème la panique à Singapour. Le maître-mot de ce jeu de quille est : CONTAGION.
Et voici que de sales petits cochons refilent à des Mexicains une mauvaise grippe qui se répand. Il n’en faut pas plus pour enfler à la taille de la planète la vieille peur de la peste. La contagion nous guette. Attention aux contacts. Quittez vos cagoules de vilains autonomes et cachez vos naseaux derrière des masques vendus en pharmacie. Dans les aéroports, des observateurs reluquent les passagers des avions pour déceler s’ils ont contracté un rhume virtuellement mortel. On compte les morts. Curieusement, il y en a plus chez les pauvres, au Mexique, que chez les riches, en Californie. Mais on oublie les conditions sanitaires et économiques. Tout est dans la structure du virus. On met en quarantaine des gens dont le ministre annonce à la télé qu’ils vont bien. Les gouvernement égyptien fait abattre tous les porcs du pays. Le ministère libanais de la santé veut interdire la bise. Au dernières nouvelles, il semblerait que cette grippe, débaptisée sous forme de « grippe A » pour ne pas vexer les Mexicains et les cochons, ne soit pas si terrible que ça. Comme les autres épidémies, quoi. Le délire a frappé tous les dirigeants.
Il n’y a pas si longtemps, alors qu’un certain G.W. Bush faisait office de président des Etats-Unis, des sondages annonçaient que la moitié de ses concitoyens croyaient en l’imminence de l’Apocalypse telle qu’elle est décrite dans des textes dits sacrés. Voici donc venir la Bête, sous forme d’un petit cochon qui tousse. L’Ange va brandir son épée de lumière et le Jedi nous conduira tous sur une planète hors d’atteinte des méchancetés des vilains satans. Benêts et bouffons font une farandole. Les ouvriers porteurs de fièvre révolutionnaire vont couper la tête de leurs patrons. Le président fera un pas de deux et les forces de l’ordre vaccineront tous les petits cochons. Le pape accusera les capotes anglaises d’avoir servi de réservoir à microbes et on baptisera les truies pour les purifier.
Demain sera un autre jour, c’est sûr.
Lukas Stella, février 2009.La confiance a disparu et la finance dérive en terre inconnue. La crise est nouvelle et durable, personne ne sait ce qu’elle va devenir. Les banques paniquent, la bourse perd les pédales et tout le monde attend ce qu’il va arriver. Le marché devait être régulateur, mais il n’a jamais régulé que le pillage de la planète pour le profit de quelques multimilliardaires qui s’accaparent ce magot démesuré, par les jeux obscurs de leurs spéculations sans limite.
"S’il ne faut au travailleur qu’une demi-journée de travail pour vivre une journée entière, la deuxième moitié de la journée de travail est du travail forcé, du surtravail" (Marx), volé par les accapareurs qui préfèrent aujourd’hui le rejouer au casino mondial, plus lucratif, plutôt que de le réinvestir. Cet argent usurpé aux populations par quelques milliardaires gonfle d’années en années, et se multiplie très vite dans les réseaux informatisés de la spéculation financière.
Le travail c’est l’enfer grâce aux rafles exorbitantes des actionnaires qui imposent leur dictature économique, et dont l’avidité sans limite approche maintenant des 50% par an. Plus de 70 milliards d’Euros versés en 2008 aux actionnaires du CAC 40, dividendes multipliés par 7 en 7 ans. Des profits historiques accumulés par Total de 13,9 milliards, 2 milliards de bénéfice à Loréal, 1,2 pour Air Liquide, 3 milliards pour EDF et jusqu’à 7 milliards chez Sanofi-Aventis.
Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire les banques se partagent aussi leur part du gâteau, des bénéfices de 3,4 milliards à la BNP, 2 milliards à la Société Générale et 1 milliard au Crédit Agricole... Ceci n’empêche pas le gouvernement de sortir de son chapeau 365 milliard d’Euros pour les banques, plus deux rallonges de 10 milliards et 26 milliards pour l’économie, soit 411 milliards et seulement 1,4 milliards pour le social.
Si le gouvernement n’avait pas réduit les impôts directs, cadeau pour les plus riches, il aurait économisé depuis l’an 2000, 30 milliards d’Euros par an, soit 240 milliards. Si on y ajoute les réductions des cotisations patronales qui n’ont pas vraiment créé d’emploi, 20 milliards multipliés par 8 années, on aurait un total de 400 milliards d’Euros qu’on aurait pu injecter dans le social, soit 285 fois plus que ce qui a été prévu, et ceci sans avoir à piller un futur déjà en faillite.
L’arnaque est aujourd’hui générale et mondiale, c’est toute la société qui est escroquée par un petit groupe de multimilliardaires sans aucun scrupule. Et pendant ce temps, le petit larbin des milliardaires, le fou des rois de la finance fait son spectacle quotidien et brouille les cartes pour mieux servir ses maîtres...
Dans la panique, les politiques retournent leur veste et appellent, dans le désespoir, à plus de contrôle. Mais lorsque tout est informatisé, plus de contrôle provoquerait la multiplication de combines pour les éviter, et par conséquent plus de risques de dérapages. Les remèdes ont parfois des effets secondaires inattendus.
L’argent qui abondait, il y a quelque temps, dans les sphères de la haute finance, n’a pas disparu avec la crise, il a seulement changé de main. Les prises de bénéfices s’accélèrent aussi dangereusement que les faillites. La crise est crue, les pauvres paieront.
La richesse de quelques uns s’est réalisée par l’accumulation permanente d’une part de la valeur du travail dérobée aux travailleurs. Ces sommes cumulées depuis des années représentent aujourd’hui des richesses colossales qui circulent sur les marchés financiers à la recherche de profits faramineux à court terme. Les richesses usurpées dans l’économie réelle passent par des paradis fiscaux, des comptes numérotés, puis sont rejouées dans l’économie virtuelle beaucoup plus lucrative mais aussi plus incertaine.
C’est le temps des jeux sur la valeur de la valeur dans le temps. Sous le règne de l’arnaque, il s’agit de faire miroiter beaucoup d’argent facile et l’appât du gain fait le reste. Puis, il faut bien sûr, retirer sa mise avant la fin de la partie, sortir du jeu sans respecter les règles, ni les enjeux. A ce jeu pipé, les petits sont perdants car ils subissent les fluctuations. Par contre, les très gros spéculateurs créent les mouvements et les renversements, de ce fait ils ont toujours un temps d’avance sur les autres, ce qui leur permet de rafler le pactole.
Dans ce monde barbare, les truands de la fortune "à tout prix", ont tous les pouvoirs, et notamment celui de disparaître aux yeux du monde. Leurs larbins répandent la peur de la catastrophe pour maintenir le peuple dans la soumission et la servitude. Recroquevillé dans son quotidien, la trouille au ventre, il ne se rebelle pas. Et quand cette folie des accapareurs de richesse provoque de gros dégâts dans l’économie réelle, on demande aux populations appauvries de payer les réparations, afin d’éviter la banqueroute du casino mondial. Les gestionnaires d’État sèment la panique à tout vent pour mieux justifier ce détournement des fonds publiques, qui n’est qu’une escroquerie sociale de plus, mais une de taille.
N’oublions pas que les richesses n’ont pas soudainement disparues. Pendant cette période de confusion, certains font des affaires stupéfiantes.
"Ce qui est traité en bourse, cette plus-value volée aux travailleurs puis rejouée aux dés sur le marché, n’est que la partie visible de l’économie. La masse invisible de cet iceberg a plus que doublé en 10 ans, en échappant à toute réglementation. Elle représenterait plus de 80% des opérations financières. Les transactions sur le marché des changes et les produits dérivés négociés entre particuliers, représentent aujourd’hui environ 50 fois le volume des transactions de l’économie réelle. Elles se comptent en millions de millards de Dollars, et peut-être beaucoup plus car si elles ne sont pas contrôlées, on ne peut pas en connaître précisément le montant.
Ce que la propagande nous montre de la spéculation n’en n’est qu’une petite partie. En effet les quatre cinquièmes des opérations financières se déroulent hors-marché, de gré à gré entre ordinateurs, de particuliers à particuliers, sans comptabilité, sans contrôle et sans entrave. La finance s’est numérisée et l’économie dématérialisée."
(Stratagèmes du changement, de l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles, extrait du chapitre III)
Le spectacle, qui n’est rien d’autre que la vision publicitaire du monde marchand sur lui-même, ne parle que de débâcle économique, doublée d’une récession sociale, pour mieux faire disparaître cette gigantesque rafle des richesses par quelques accapareurs au dessus des lois, au delà du visible. Dramatiser la situation leur permet de faire croire à la fatalité de cette crise inévitable, bouc émissaire planétaire, afin de mieux cacher cette monstrueuse arnaque ainsi que les suivantes qu’ils nous préparent. La prochaine crevaison viendra-t-elle de la bulle des fonds de pension, des matières premières, de l’énergie, des produits agricoles, ou alors des paris sur le futur ? La réaction en chaîne qu’elle pourrait entraîner n’est pas prévisible. Tout est possible...
La peur de l’avenir n’est que l’expression de l’incertitude du devenir des capitalistes qui n’ont plus de futur. Tous ceux qui n’ont plus grand chose à perdre ont tout à espérer d’un nouveau monde émergeant par nécessité.
Ce qui nous arrive n’est pas un accident de parcours, mais bien l’aboutissement du capitalisme, l’achèvement d’un monde suicidaire.
Il n'y a pas de récession pour les ultra-riches. On les appelle les high net worth individuals ou HNWI dans le jargon. Pour faire partie de ce club informel comptant plus de 10 millions de membres en 2007, il faut détenir au moins un million de dollars en actifs financiers. La richesse totale de ces «super-riches» atteignait 40 700 milliards de dollars en 2007, soit 9,4 % de plus que l’année précédente, selon le World Health Report 2008 de Merrill Lynch et Capgemini.
Au sein du club, c’est le groupe des plus riches, les «ultra-HNWI», détenant au moins 30 millions de dollars, qui a connu la plus forte croissance, 14,5 % de richesses en plus et 8,8 % de nouveaux membres. Mais ici sont oubliées les transactions de gré à gré, d'ordinateur à ordinateur qui échappent à tout contrôle et ainsi manquent à l'appel en devenant invisibles. Combien de milliers de milliards de dollars ne sont pas comptés dans ce calcul des richesses ?..
Non, les richesses n’ont pas disparu dans la tourmente. Comme l’affirme Georges Sorros, les multimilliardaires, spéculateurs de haute volée, ont déjà profité largement de la crise en réalisant leurs plus gros bénéfices par des affaires douteuses, mais combien juteuses.
C’est maintenant les États qui spéculent sur les banques et s’endettent pour créer de l’argent à tout prix, en l’empruntant à un avenir incertain, ce qui dévalue les monnaies, provoquera de l’inflation qui appauvrira les populations encore un peu plus. Les paris sur l’imprévisible pillent un futur en dépôt de bilan, le précipitant dans la fin d’un monde qui n’a plus de devenir, laissant échapper malgré-lui, de nouvelles perspectives qui esquissent l’ébauche de changements devenus possibles, et surtout indispensables.
La crise économique et financière, cancer qui ne fait que commencer à se développer avec cette première bulle, est maintenant une crise sociale générale. Il est aujourd’hui clair que les décideurs de la dictature économique ont largement fait preuve de leur irresponsabilité en menant la société à sa faillite promise, ruinant un futur déjà condamné, en polluant toute vie sociale et détruisant irréversiblement la planète. La confiance a disparu, et les décideurs sont tenus responsables de cette situation désastreuse. C’est la fin des prédateurs qui se réalise, et rien ne sera plus comme avant, le spectacle de la fin n’y pourra rien changer.
"Tous les experts du pouvoir, et tous leurs ordinateurs, sont réunis en permanentes
consultations pluridisciplinaires, sinon pour trouver le moyen de guérir la société malade, du moins pour lui garder autant que faire se pourra, et jusqu’en coma dépassé, une apparence de survie...
Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l’un veut qu’elle disparaisse."
Guy Debord, Préface à la quatrième édition italienne de "La société du spectacle", 1979.
La seule issue est à vivre avec nos différences. Tout en nous ré-appropriant l’usage de nos vies quotidiennes, instaurons la démocratie directe dans les entreprises et tous les établissements publiques, une personne une voix, qu’il soit élève ou inspecteur, manutentionnaire ou actionnaire. L’autogestion généralisée de la vie dans le cours des jeux écologiques des relations, est un minimum nécessaire à un changement de perspective devenu incontournable. Quand tout devient insupportable il est prudent de ne plus supporter, et le désir de changer peut alors se transformer en plaisir de changer avec les autres.
Notre devenir sera ce que nous en ferons tous ensemble.
Ilya Prigogine"Il est vrai que nous perdons la notion de certitude. Mais la certitude n'a jamais fait partie de notre vie. Je ne sais pas ce que sera demain. Pourquoi penser que la certitude est la condition même de la science ? L'incertitude est inhérente au comportement humain. Toute prise de décision à l'échelle humaine comporte un élément aléatoire. Il n'existe pas, au niveau de l'homme, d'équation de Newton qui vous permette de décider s'il est préférable ou non de prendre votre parapluie. La science traditionnelle identifiait raison et certitude, et ignorance et probabilité. Il n'en est plus ainsi aujourd'hui. (...)
L'idée d'une science économique autonome est aujourd'hui battue en brèche, car le comportement économique fait partie du comportement social et les valeurs économiques ne peuvent pas être traitées indépendamment du comportement humain."
Entretien avec Ilya Prigogine, Résonance nº 9, octobre 1995 (extraits).
"Nous ne pouvons pas prévoir le futur mais nous pouvons le préparer."
"Sans la cohérence des processus irréversibles de non-équilibre, l’apparition de la vie sur la Terre serait inconcevable."
"Dès que l’instabilité est incorporée, la signification des lois de la nature prend un nouveau sens. Elles expriment désormais des possibilités."
"Nous assitons à l’émergence d’une science qui n’est plus limitée à des situations simplifiées, idéalisées, mais nous met en face de la complexité du monde réel, une science qui permet à la créativité humaine de se vivre comme l’expression singulière d’un trait fondamental commun à tous les niveaux de la nature."
"En Chine et au Japon, “nature” signifie “ce qui existe par soi-même."
"Dans la mesure où on laisse aller les choses au hasard, on peut prévoir qu’un système clos caractérisé par quelque ordre initial évoluera vers le désordre, qui offre tellement plus de possibilités."
"La vie n’est possible que dans un univers loin de l’équilibre."
"Le possible est plus riche que le réel. L’univers autour de nous doit être compris à partir du possible, non à partir d’un quelconque état initial dont il pourrait, de quelque manière, être déduit."
"On avait l'habitude de penser que le rationnel était le certain, ce qui est déterministe. On voulait privilégier l'être par rapport au devenir, tandis que pour moi, c'est le devenir et non pas l'être qui est essentiel du point de vue ontologique."
"A propos des structures dissipatives, nous pouvons parler d’auto organisation”.
"Le futur n’est plus donné. Il devient une construction”.
"Les lois de la nature acquièrent alors une signification nouvelle : elle ne traitent plus de certitudes mais de possibilités."
Ilya Prigogine, La fin des certitudes (extraits).
Emmanuelle K. (extraits)La machine continuait comme avant, le salaire tous les mois, mais un vide à ma place... La maladie fut mon cadeau.
Prise de risque, réaction de santé, révolte.
Refus évident de continuer d’accepter la stupide bien-portance des économes qui dosent leurs passions et étalonnent leurs désirs à la mesure communément imposée et ne courent pas le risque le seul de se détruire en passant le cap d’un épuisement tel qu’on s’y brise ou qu’on en vit.
Il y a là un acte qui en appelle, par la violence, à la conscience de ce que la vie n’est pas ce qu’elle pourrait être et qui nous met dans la nécessité réelle celle-là -si l’on ne veut pas crever ou habiter sa peur- de trouver la thérapeutique vraie, qui consisterait à -jour par jour et obstinément- réduire l’écart obscène entre cette vie imposée et subie et l’autre, celle de la respiration, du trouble, des jeux, des plaisirs et des fantaisies, celle de nos envies de rire, de divaguer, de sourire, de vivre sons, de vivre feu, d’être habités par nos demeures et de danser à l’envers en nous multipliant.
Ne pas savoir le temps qu’on ne s’est pas choisi.
Et je dansais dans les rues maintenant disponible aux désirs de dérive que j’avais toujours eus.
Et je faisais tout à l’envers pour le plaisir. Vivre la nuit, dormir le jour, ne plus dormir pour être ivre de fatigue, voulue, et voir l’autre, toucher l’autre, vivre l’autre, reconquérir ma ville, ma cité, volée et mon temps, volé.
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http://www.lekrill.fr/obeissance.html
http://emmanuelle.k.perso.neuf.fr/index.html
« Je pense que la voix des poètes est trop peu entendue. Si Hölderlin se trouvait déjà autorisé à railler "mais en ces temps à quoi bon des poètes !", il me semble qu’il aurait été aujourd’hui condamné plus prématurément encore au silence et à la folie. Il y a dans l’œuvre d’emmanuelle k. cette authenticité qui tend désormais à disparaître… Nous sommes ici à contre courant de la quête ordinaire d’une notoriété vide… »
RAOUL VANEIGEM
« La témérité de son engagement est plus que salutaire en ces temps de couardise revendiquée. Elle ouvre une voie d’écriture fertile, exigeante, réfléchie… Je pressens chez elle, en même temps qu’une force de caractère peu commune, une blessure profonde… »
ANDRÉ CHENET
« Il est des œuvres, des textes, des poèmes qui sont impossibles à critiquer tant ils embrassent et embrasent. Les éléments de comparaison ne valent pas, les instruments de mesure n’existent pas. Les sentiments suscités sont tellement forts, profonds, personnels que « l’art de la critique » est impossible… Sur les deux cent vingt deux pages que totalisent les quatre recueils tout serait à citer… »
Yann Orveillon (LES VOLEURS DE FEU)
Paul, février 2009.Monsieur le Baron,
Vous dirai-je assez ma profonde gratitude pour m'avoir, en me licenciant, rendu ma dignité en même temps que ma liberté. Certes je n'ignore pas que vous eussiez préféré me garder à votre service, attendu justement les avantages que vous tiriez de ma présence auprès de vous. Mais les circonstances du moment, notamment financières, vous ont contraint à restreindre votre train de vie. Je ne peux résister au malin plaisir de vous dire à quel point les mauvaises nouvelles de Saint-Magloire me comblent d'aise, à présent que je ne suis tenu à aucun devoir de réserve concernant la piètre opinion que j'ai des maîtres que j'ai servi, dont vous.
Ainsi donc votre fortune s'est mise à fondre au soleil de la crise financière qui secoue le monde. Même si cela doit coûter leur salaire à tous les employés dont vous avez dû vous séparer, vous ne pouvez imaginer avec quelle joie nous observerons couler les entreprises des gens de votre espèce. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, on l'a vu lors du déclenchement de la catastrophe : l'effondrement imminent du capitalisme. Certes, cette saloperie a la peau dure et nul ne peut prédire à quelle vitesse l'ignoble bâtisse sombrera, espérons-nous corps et biens, nonobstant le respect qu'à une époque je vous dus.
Grâce à la succession des chocs qui ont commencé d'ébranler la structure de l'économie, on a compris comment les vôtres s'y sont pris pour dissimuler les trous que leurs dépenses somptuaires y creusaient : vous avez endetté le monde sur plusieurs générations et vous vous remplissiez les poches avec les futures économies des enfants de vos employés. Mais votre absence totale de pudeur n'a d'égal que la bêtise avec laquelle vous et les parvenus de votre acabit profitiez des biens dont vous vous arrogeâtes la propriété. Le petit président que vous avez propulsé à la tête de votre république en est d'ailleurs le parangon, aussi nul dans l'art et la manière de se gonfler d'importance qu'il fait étalage sans honte de sa cuistrerie de nouveau riche. Vous ne pouvez savoir avec quelle délectation j'apprends que quelque immonde de vos amis s'est pendu à l'annonce des pertes de son capital. Rien ne peut faire plus plaisir aux pauvres que le désespoir des riches.
Il paraît que vous peinez à garder votre château, à deux doigt d'être bradé à quelque escroc qui en fera un gîte d'étape pour représentants de la dernière heure, avant qu'enfin les sans-logis du voisinage ne vienne squatter vos salons. Comme la chute de l'économie est belle à regarder, autant sans doute que la tête du tyran lorsqu'elle tombe dans le panier de la révolution ! Vous avez beau baver à la populace des discours apaisants sur la façon dont vos congénères prétendent empêcher leurs châteaux de cartes bancaires de s'écrouler, vous savez que l'issue ne fait plus de doute : les jours de l'économie politique sont comptés. Autant dire que ce n'est pas de la fin proche du capitalisme dont on peut encore douter, mais du temps qu'elle va mettre à débarrasser notre planète des fétides institutions que les bourgeois y ont installées.
Déjà, monsieur le Baron, vous n'êtes plus que l'ombre du propriétaire arrogant que vous étiez. Vous entendez le peuple qui hésite avec peine à contenir sa joie mêlée de colère devant les pantomimes de vos amis face au malheur qui frappe à la porte de leurs banques. Bien sûr, vous allez encore de rameuter le ban et l'arrière-ban de vos zélés serviteurs, mais peu à peu, vous les sentirez vous échapper et vous les verrez se joindre aux feux de joie qui illumineront votre déconfiture. Trop de monde a tout intérêt à vous voir disparaître, vous et vos pantins protocolaires. Même l'air a hâte que s'arrêtent vos productions. La terre n'a plus besoin de vous.
Dans l'espoir que vous saurez nous débarrasser au plus tôt de votre insipide présence, veuillez ne rien croire, monsieur le Baron, aux promesses des ultimes bavards qui se présenteront pour vous sauver de la déroute.
Au plaisir de ne plus jamais être votre,
Anatole
ENTRETIEN AVEC RAOUL VANEIGEM
2008
Votre ami Noël Godin nous a récemment confié ne croire que "dans l’insurrection, le débordement alcoolique et le foutre". C’est une formule qui vous convient ?
C’est un bon début. Je me méfierais d’un mouvement subversif qui impliquerait l’ascétisme, le sacrifice, le militantisme. Je pense aussi qu’il convient d’aller plus avant. Il faut être curé pour parler d’amour sans foutre mais si foutre sans amour a le mérite d’assouvir un besoin, ce n’est souvent qu’une forme de prédation ou une variante de ce consumérisme hédoniste où le désir, en perdant son authenticité, nous replonge dans un monde de falsification et de profit, dont nous ne voulons plus. Une passion qui ne s’affine pas s’inverse en cette pulsion de mort qu’est le réflexe de prédation, moteur de la survie et d’une économie fondée sur l’exploitation de l’homme par l’homme.
Vous écriviez dans le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations : "Survivre nous a jusqu’à présent empêché de vivre." Votre constat serait-il encore plus sombre aujourd’hui ?
Un constat, c’est ce qui sert à évaluer l’adversaire, non à se résigner, quelle que soit la puissance apparente qu’il présente. Pendant des décennies, on a imaginé une armée soviétique capable de fondre sur l’Europe et de l’envahir. On a su très vite que cette armée rouge était rongée par l’intérieur et inopérante mais cela arrangeait les démocraties occidentales. Exagérer le péril leur permettait d’occulter leur corruption et leur propre pourrissement. L’immense empire stalinien est tombé poussière en quelques semaines, révélant ce qu’il était depuis longtemps : un éparpillement de bureaucraties mafieuses.
Aujourd’hui, c’est l’empire des multinationales qui implose sous nos yeux, et la plupart continuent à se lamenter plutôt que de mettre en place une société où la solidarité et le bien commun seraient restaurés. Il s’agit de rompre avec un système qui nous détruit et de bâtir des collectivités et un environnement où il nous sera donné de commencer à vivre.
Les années 60 étaient celles du surgissement de la vie, de l’emballement militant, des excès d’une génération pensant s’approprier le monde. Le siècle s’amorçant semble bien morne, gris et vide en comparaison. Que diriez-vous à un jeune idéaliste pour lui remonter le moral ?
Que le monde marchand craque de toutes parts, qu’il est en train de s’effondrer en entraînant tous ceux qui s’attachent à lui, même en le combattant. Je veux dire qu’au lieu de rabâcher les mêmes critiques désespérées, il est temps de jeter les bases d’une société nouvelle, de construire l’autogestion en nous emparant des énergies alternatives et en les mettant au service des collectivités refusant d’avoir des comptes à rendre aux gestionnaires de la faillite mondiales et aux escrocs dont le pouvoir n’a d’autre soutien que la passivité et la résignation des masses. Ce que nous devons redécouvrir c’est notre propre inventivité, c’est la conscience de notre richesse créative. Il faut cesser de geindre sur ce qui nous déconstruit et rebâtir notre vie individuellement et collectivement.
Dans Entre le deuil du monde et la joie de vivre, vous citez notamment l’expérience libératrice de la guerre d’Espagne. Vous étiez à Oaxaca en septembre 2006 : était-ce aussi l’un de ces moments de grâce et de vie ?
En dépit de la répression meurtrière, des exactions et des tortures, la résistance n’a pas cessé à Oaxaca. Le feu est entretenu sous la cendre. Le mouvement des barricadiers, des libertaires et des communautés indiennes s’est débarrassé des ordures gauchistes – lénino-trotskysto-maoïstes – qui prétendaient récupérer le mouvement. Les choses sont claires et quand le combat reprendra, il sera sans crainte et sans ambiguïté.
En revanche, en Europe, où l’on ne fusille plus personne, ce qui domine c’est la peur et la servitude volontaire. Le système financier s’écroule et les gens sont encore prêts à payer leurs impôts pour renflouer les caisses vidées par les escrocs qu’ils ont portés à la tête des Etats. Ici, à la différence d’Oaxaca, les citoyens élisent le boucher qui les conduira à l’abattoir.
Dans le même esprit, que pensez-vous des textes d’Hakim Bey, cette idée que la liberté ne se trouve plus que dans des "zones d’autonomie temporaires" crées pour un temps sur internet, dans des manifs ou lors de fêtes illégales. L’homme libre d’aujourd’hui est-il un pirate occasionnel, surgissant quand l’occasion se présente ?
Je n’ai jamais confondu révolte et révolution, et moins encore émancipation et prédation. Le défoulement est un hommage au refoulement. L’émeute est un exutoire, la révolte est toujours récupérable. Les collectivités autogérées ne le seront pas. Nous ne sommes ni des pirates, ni des en-dehors, ni des marginaux, nous sommes au centre d’une société solidaire à créer et, que nous le voulions ou non, il faudra bien que nous apprenions à opposer une démocratie directe à cette démocratie parlementaire, clientéliste et corrompue qui s’effondre avec les puissances financières qui la soutenaient et la dévoraient.
A lire votre dernier ouvrage, on comprend que la solution ne peut être globale, mais trouvée en chaque individu. N’est-ce pas un élitisme trompeur, tant les hommes se révèlent plus souvent décevant qu’enthousiasmant ?
Quel homme ? L’arriviste, l’homme de pouvoir, le crétin autoritaire, assurément. Mais ceux qui veulent vivre humainement ne constituent pas une élite, ils ne sont pas des exceptions. Certes, les informations n’en parlent pas, le spectacle les ignore, mais il y a un autre monde que celui de la publicité et de la propagande journalistique, non ? Partout des collectivités se forment. Ce qui s’esquisse là, parfois avec maladresse et confusion, c’est un mode de vie véritablement humain, en rupture totale avec le monde marchand.
Une relecture du dernier livre vous le confirmera : pour moi, la solution ne peut être que globale et locale, collective et individuelle. Le bonheur d’un seul est solidaire du bonheur de tous. Le désespoir est la meilleure arme de nos oppresseurs.
Vous écrivez : "Je ne prophétise pas une brusque détente du vivant trop longtemps comprimé, je mise sur une échéance secrètement apprêtée, j’aiguise par avance cette conscience qui, en dépit d’interminables régressions léthargiques, lui imprimera son sens humain." Est-ce à dire qu’il va nous falloir prendre notre mal en patience encore longtemps ?
Le désir d’une vie autre est déjà cette vie-là. Survivre, c’est prendre son mal en patience. Mais tenter de vivre le plus heureusement possible est ce qui assure le plus sûrement de dépasser la survie. Il ne s’agit pas consommer du bonheur de supermarché, mais de créer pour soi et pour tous un espace et un temps affranchis de l’emprise de la marchandise. Le bonheur est un combat, non une denrée.
Ne jamais adhérer, ne jamais abdiquer, seulement vivre la tête haute et le coeur en paix, est-ce là le seul mot d’ordre ?
Donner un mot d’ordre, c’est faire peu de cas de l’autonomie et de l’intelligence individuelles. Ce que je souhaite, c’est une prise de conscience de nos propres capacités, c’est une volonté de miser sur ce qu’il y a en nous de vivant et d’humain
Le situationnisme a t-il jamais été plus actuel qu’aujourd’hui ?
En guise de réponse, je vous communique un petit tract rédigé lors des commémorations que vous savez :
Mise au point
Au silence qui, pendant près de quarante ans, a maintenu l’Internationale situationniste dans l’ostracisme a succédé le vacarme de sa récupération mondaine. Le situationnisme triomphe. Il a son marché, ses modes, ses thuriféraires et ses contempteurs. Son histoire est partout exposée, dans les amphithéâtres de la culture, comme une dépouille inanimée mais, par un piquant renversement, ce sont des cadavres qui l’examinent et le contemplent.
Dès le début, les situationnistes ont mis en garde contre le situationnisme, idéologie, catégorie spectaculaire, mensonge du vivant arraché à sa radicalité. De sorte que le situationnisme a réussi à être partout dans le spectacle, alors que les situationnistes n’y sont nulle part. C’est toujours aussi clandestinement que la somme des pensées mises à jour par les situationnistes commencent à se frayer un chemin et à effleurer les consciences en brisant peu à peu l’obscurantisme dominant.
Quel est l’état du monde ? Le nihilisme est la philosophie des affaires et du profit à court terme. Le vieux capitalisme n’entreprend plus rien, mieux, il sacrifie à la spéculation boursière l’industrie et les services publics qu’il se glorifiait hier de promouvoir. Le fétichisme de l’argent établit, plus qu’une complicité, une communion d’esprit entre l’abruti qui agresse les pauvres, brûle une école, une bibliothèque et la brute affairiste qui accroît ses bénéfices en détruisant le bien public. Moins le travail est utile, plus il a d’affidés. Les démocraties corrompues sont obsédées par le despotisme oriental colmatant ses lézardes avec la peur de la femme et les hantises du patriarcat aux abois. Sous le pressoir oecuménique de la marchandise, les religions se vident de leur substance dogmatique et rythment de leurs soubresauts une danse macabre partout réorchestrée pour galvaniser les adeptes de la mort. Il n’y a plus ni idées ni croyances qui ne se trouvent dénuées de sens, éviscérées, réduites à cet état de charogne emblématique, à quoi se rallient si aisément les foules galvanisées par la haine, le désespoir, l’ultime prédation, la quête frénétique d’un emploi d’esclave sur le marché du travail… Et si néanmoins la volonté de vivre soudain balayait de sa vague ces ruines où végète amèrement l’inexistence ?
La pensée situationniste n’est pas un défi mais un pari, elle qui a proclamé : c’en est fini de l’exploitation de la nature, c’est est fini du travail, de l’échange, de l’appropriation, de la séparation d’avec soi, du sacrifice, de la culpabilité, du renoncement au bonheur, du fétichisme de l’argent, du pouvoir, de l’autorité hiérarchique, du mépris et de la peur de la femme, de la subornation de l’enfant, de l’ascendance intellectuelle, du despotisme militaire et policier, des religions, des idéologies, du refoulement et de ses défoulements mortifères !
La vie a tous les droits, la prédation n’en a aucun.
Sous-Comité décentralisé des gardes-barrières en alternanceAujourd’hui, c’est l’empire des multinationales qui implose sous nos yeux, et la plupart continuent à se lamenter plutôt que de mettre en place une société où la solidarité et le bien commun seraient restaurés. Il s’agit de rompre avec un système qui nous détruit et de bâtir des collectivités et un environnement où il nous sera donné de commencer à vivre. […] En dépit de la répression meurtrière, des exactions et des tortures, la résistance n’a pas cessé à Oaxaca. Le feu est entretenu sous la cendre. Le mouvement des barricadiers, des libertaires et des communautés indiennes s’est débarrassé des ordures gauchistes – lénino-trotskysto-maoïstes – qui prétendaient récupérer le mouvement. Les choses sont claires et quand le combat reprendra, il sera sans crainte et sans ambiguïté. En revanche, en Europe, où l’on ne fusille plus personne, ce qui domine c’est la peur et la servitude volontaire. Le système financier s’écroule et les gens sont encore prêts à payer leurs impôts pour renflouer les caisses vidées par les escrocs qu’ils ont portés à la tête des États. Ici, à la différence d’Oaxaca, les citoyens élisent le boucher qui les conduira à l’abattoir. »
Raoul Vaneigem, octobre 2008
DEPUIS DES DECENNIES, LES DIRIGEANTS DE LA PLANETE SEMENT UN VENT MAUVAIS.
L’instabilité des vies des individus, ballottés entre un présent peu satisfaisant et un no future érigé en idéal de la soumission a été, pour « nos » dirigeants, ainsi que celles et ceux qui les servent, une excellente façon d’asseoir leur domination, ôtant aux individus toute perspective d’avenir sûr. Tel est le fond de la thèse du dernier livre de Naomi Klein, qui affirme que nous sommes entrés dans l’ère de « la stratégie du choc », selon son titre même : le système soumet les populations à des catastrophes sociales, économiques et guerrières répétées, désorganisant la vie des individus, lesquels ne cherchent plus qu’à se préserver du mieux possible des drames alentour. C’est le chacun-pour-soi généralisé, sous prétexte de sauver encore les médiocres avantages que nous espérons conserver contre toute évidence. Cette thèse est étayée avec beaucoup plus de brio dans Catastrophisme. Administration du désastre et soumission durable, de René Riesel et Jorge Semprun, dont le titre dit avec exactitude ce qu’est l’époque dans laquelle nous nous engouffrons. Il est temps, aujourd’hui, que « nos » dirigeants soient balayés par la tempête qu’ils annoncent.
Ce système nous a proposé jusqu’à maintenant d’accumuler, de vivre à fond dans l’avoir. Et il a acheté notre complicité, alors que des êtres humains n’avaient même pas la possibilité de vivre décemment. Cette misère s’étend à tout être vivant. La terreur d’État, l’asservissement industriel, l’abêtissement capitaliste et la misère sociale nous frappent tous et toutes. Insidieusement et continuellement, ces forces néfastes séparent notre être intime. Une partie de nous se voit subrepticement contrainte à être le bourreau de notre autre moi, celui qui rêve, sait et veut que ce monde ne soit pas celui-là. Combien d’entre les citoyens tentent difficilement de défaire la nuit ou pendant leur maigre temps libre ce dont ils ont été complices chaque jour travaillé ?
Ce mépris dans lequel nous tient le système est essentiel, comme est fondamentale la négation de nos envies authentiques au profit d’un seul désir : consommer. Or, avec le krach, possible ou probable voire proche, de l’économie, il s’agit maintenant d’être, et de nous passer de ces avoirs frelatés. Car le système, dans les mois qui viennent, va se montrer de plus en plus incapable de satisfaire nos simples besoins, même de produits empoisonnés.
Au lieu de ce monde mortifère et bientôt dictatorial, nous nous entendrons ensemble, sur place, découvrant à la fois notre capacité à nous organiser et en même temps l’impossibilité de compter sur un système failli. Ce peut être du rêve que de penser cela. Une utopie ! Quoi qu’il en soit, avant l’effondrement, il serait dramatique d’y renoncer d’emblée. Déclarer le combat perdu avant même de l’engager reviendrait à souhaiter que, d’une façon ou d’une autre, ce système perdure, avec son cortège d’iniquités, de destructions, d’inhumanité. C’est pour cela que nous devons retrouver la confiance perdue en nos propres utopies. Ce n’est pas de « croyance » dont il s’agit ici, mais plutôt de construction d’un futur à la fois utopique et réaliste.
Nous appelons les individus qui n'acceptent plus les faux semblants démocratiques à désobéir aux lois injustes qui criminalisent le mouvement social et enferment nos camarades, à déserter les partis et les organisations qui collaborent avec les démocratures en place, à préparer la grève générale et à se joindre à toutes les actions de démonstration de force, dans la rue et ailleurs. Saisissons toutes les occasions pour construire au quotidien, dans les rencontres et dans la lutte, l’outil dont nous avons besoin pour mener nos actions. Parti pour certains, syndicat, coordination ou organisation révolutionnaire pour d’autres, peu importe si l'objectif de ces formes politiques est d'établir la démocratie directe que le pouvoir en place et les capitalistes craignent bien plus que la dictature policière et militaire qu'ils préparent activement. Agissons dès maintenant en profitant du peu de liberté qui nous reste, pour construire ensemble par la grève générale cette démocratie directe qui nous permettra de nous regrouper, de lutter, de nous organiser et de vaincre.
http://libertesconquises.blogspot.com/
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NICOLÉON
Victor HUGOQue peut-il ? Tout.
Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise.
On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue !
Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé.
Victor HUGO, dans "Napoléon, le petit".
Paul, octobre 2008.« Je vais pour affaires pressantes, ainsi trêve de parade ; vous aurez soin
du peuple ; plumez-le bien dans mon absence ; car nous dépensons beaucoup,
et on ne sait pas ce qui arrivera ».
(Samuel Beckford, Vathek)
« C'est du bon air, mais c'est du vent quand même »
(Robert Bruses, FAO Economics,
à propos du communiqué du G7 du 10 octobre)
Avec le feuilleton de ce qu'il est convenu d'appeler la « crise financière », on en apprend de belles, par exemple que : « le volume des transactions consacrées à l'économie réelle ne représente environ que 2% de la totalité des échanges monétaires » (Le Monde, 12 octobre 2008) Faut-il en déduire que 98% du pognon circulant dans le monde se trouve dans une autre sorte d'économie ? Virtuelle ? Irréelle ? Surréaliste ? Mafieuse ? Les journalistes qui emploient de semblables expressions ont probablement trop joué sur des consoles de jeux vidéos : ils croient que la fiction est un domaine de « réalité virtuelle » face à celui de la vie quotidienne. Cela signifie-t-il que 98% du fric existant sur la planète n'est en fait qu'un argent de fiction : autrement dit, une « monnaie de singe », un peu comme les billets de Monopoly® ? Mais alors qu'est-ce que l' « économie réelle » ?
Le mot « économie » vient du grec oikonomia, qui signifie « gestion de la maison ». Alors on comprend mieux : l'économie réelle, c'est celle de la maison. C'est la gestion du porte-monnaie. Ce qu'il faut acheter pour manger, se vêtir, se loger, en face de ce qu'on gagne. En Aquitaine, il y a fort longtemps, on mettait son argent dans un petit sac, appelé « bogette ». Les Anglais, qui occupaient à cette époque la région, ont retenu le mot qu'ils ont prononcé à leur façon et il est devenu : budget. C'est là qu'on mettait ses économies réelles et c'est devenu le mot pour désigner ce qu'on en fait. Chacun connaît les difficultés de l'équilibre "budgétaire", surtout lorsqu'il faut boucler les fins de mois. On connaît le prix des choses et les revenus qu'on a. L'équilibre entre les deux nous donne notre « pouvoir d'achat ». Il n'y a rien de très compliqué là-dedans.
L'argent vient du travail, c'est un secret de polichinelle. Sans production de richesses, pas de richesses, et sans richesse, pas d'argent. Il n'y a pas besoin d'être Karl Marx pour le comprendre. Mais l'argent, c'est aussi le Trésor des riches propriétaires, qui récupèrent une partie du travail des autres en ne le payant pas (en le rétribuant moins que ce qu'il rapporte). Quand on en a beaucoup, il ne sert plus à l'économie réelle, car on en a trop pour le dépenser quotidiennement. Alors on s'en sert pour autre chose. Comment faire de l'argent avec de l'argent sans travailler ? On spécule. Par exemple, on achète des denrées et on les revend plus cher. Pour que ce soit possible, on stocke et les prix montent. On peut aussi prêter de l'argent à intérêt et d'autres choses encore. C'est le métier des banques.
La source de la richesse, c'est évidemment le travail, c'est-à-dire la production de biens et de services. La source de la finance, c'est ce que les uns tirent du travail des autres. Pour en augmenter le profit, il faut augmenter la richesse produite ou diminuer le coût de sa production. Payer moins cher les producteurs en améliorant la productivité est le meilleur moyen d'augmenter la plus-value qu'on tire du travail. C'est devenu plus facile en globalisant mondialement l'économie, par exemple en vendant au prix du marché européen des marchandises fabriquées par des ouvriers payés au prix de la main-d'oeuvre sur le marché de l'emploi de pays pauvres. L'énormité des plus-values ainsi réalisées, s'ajoutant aux sommes fabuleuses réalisées grâce aux spéculations sur les sources d'énergie, comme le pétrole, a gonflé la masse globale d'argent bien au delà des possibilités d'achat, même de parts d'entreprises ou de stocks de matières premières. Autrement dit, les bénéfices accumulés par les propriétaires ont dépassé dans des proportions ahurissantes les limites réelles de l'économie. Même en achetant tout ce qui se trouvait à portée, il y en avait trop. Dans le même temps, évidemment, la grande masse des gens s'est trouvée réellement appauvrie. De plus en plus pauvre. Y compris ceux qui, dans un premier temps, avaient cru profiter des retombées financières de cette gigantesque augmentation des profits. Car c'est la loi du capitalisme : le faible est mangé par le fort. Et peu à peu, les petits profiteurs deviennent eux aussi des prolétaires comme les autres. Les « classes moyennes » rejoignent la foule de ceux qui n'ont que l'économie réelle à se mettre sous la dent. A chaque crise, les banques et les fonds d'investissement fusionnent pour ne laisser place qu'aux plus forts (logique célébrée par l'esprit de compétition). Les benêts, qui écoutent trop les médias, croient que c'est bon pour eux parce que ça augmente la « richesse nationale », sans voir que celle-ci leur échappe et qu'on fait de leur chair de dindon de la farce à garnir les beaux plats des festins auxquels ils ne participent pas.
La globalisation a été célébrée en son temps comme la « fin de l'Histoire » (Fukuyama), sorte d'aboutissement heureux du capitalisme triomphant. Les « économistes », agents de propagande qui font croire aux gens qu'il y a des « lois du marché » auxquelles on ne peut pas plus échapper qu'aux « lois de la nature », s'en sont donné à coeur joie pour expliquer que nous arrivions enfin dans le meilleur des mondes. Finies les crises et les aléas des cours du marché : désormais, grâce à la mondialisation de l'économie, la gestion optimum des affaires allait rendre tout le monde, chacun à son échelle, copropriétaire de la richesse mondiale. Ces fariboles, évidemment, n'avaient pas plus de fondement que les balivernes religieuses grâce auxquelles on promet pour l'au-delà le bonheur qu'on ne trouve pas ici-bas.
L'idéal pour les possédants est que le pauvre se croit riche tout en restant pauvre. Déjà, grâce à la religion, on avait fait du père une copie du vicaire de Dieu et de sa famille un petit monde à l'image des dynasties régnantes. Chaque papa était invité à soumettre femmes et enfants pour en faire des citoyens obéissants. Mais il fallait encore le transformer en propriétaire virtuel pour qu'il se croit investi de la mission de soutenir le système social qui profitait de lui. Comme il n'avait pas de capital – et pour cause ! - on allait lui en donner un, virtuel, en lui accordant un prêt garanti sur la valeur de la maison qu'il allait acquérir. Avec de la monnaie de singe, il allait acheter un titre imaginaire. Quiconque a souscrit à un crédit immobilier sait comment ça marche : on paie d'abord les intérêts, et c'est seulement si on arrive au bout qu'on devient propriétaire de la chose. « Les pauvres, disait Coluche, ne peuvent pas payer beaucoup, mais on peut les faire payer longtemps ». Et s'ils n'y arrivaient pas, la spéculation sur la valeur des biens permettait de revendre la maison plus cher. Tout bénéfice pour la banque. Encore mieux : on faisait de le dette du pauvre un titre négociable, garanti par l'hypothèque sur le bien dont la valeur ne cessait d'augmenter. Et ce titre, devenu une marchandise comme une autre, bien que complètement virtuelle, se revendait à plusieurs fois sa valeur dans des circuits financiers compliqués élaborés pour les nouveaux ingénieurs d'une science économique sans fondement.
10.299.050.083 $ : c'était au 11 octobre le montant affiché de la dette extérieure américaine. Pourtant, aucun pays n'est créditeur des dettes des pays riches. La compatibilité mondiale est un bilan truqué. En fait, les fabuleuses sommes qui sont comptées comme actifs des diverses institutions financières du monde entier sont effectivement de la monnaie de singe. A l'exemple des prêts hypothécaires (les fameux subprimes), il s'agit de lignes de crédit dans des listings qui oublient de mentionner qu'elles correspondent à des paris sur l'avenir, des dettes dont le remboursement est étalé dans le futur. Comme si, pour faire avancer le train, on brûlait les traverses de la voie qu'on enlevait plus loin, en espérant pouvoir les remplacer avant d'y arriver. Mais plus le train devient lourd, plus il faut du combustible, et plus le chemin de fer disparaît devant lui. Le capitalisme, pour progresser, doit faire de tout une marchandise : après les denrées extraites du sol, le travail humain, les produits fabriqués, les services rendus, maintenant l'air pur, l'eau potable, voici qu'il fait du temps futur une marchandise titrable sur le marché. L'argent comptabilisé n'est plus seulement celui qui vient de la richesse actuelle, mais celui de demain, sous forme de paris sur la plus-value escomptée. Pourtant, « sur l'avenir bien fou qui se fiera » : en accumulant des titres sur des biens qui n'existent pas encore, le chasseur de bénéfices a vendu l'ours avant de l'avoir tué. Et la bête est repartie dans la forêt.
L'Etat démocratique est la forme politique du capitalisme. Selon les périodes, il joue un rôle plus ou moins important dans la gestion de la finance. Pour les uns, dits ultralibéraux, il doit se contenter d'assurer aux possédants que la masse des pauvres est bien gardée. Pour les autres, dits keynésiens (du nom d'un théoricien de l'économie politique), il doit remplir une fonction de régulateur dans la circulation de la monnaie. Dans tous les cas, il n'est qu'un des rouages d'un système global qui assure la mainmise du capital sur l'ensemble des activités humaines. C'est dire qu'il ne peut guère porter remède aux dysfonctionnements de ce système. En accumulant de la monnaie de singe, le capital a parsemé le cours de son histoire à venir de trous noirs dans lesquels il ne peut que tomber, quelles que soient les mesures conjoncturelles prises pour pallier à telle ou telle de ses déficiences. Ce n'est pas la fin de l'Histoire à laquelle on assiste, mais à quelque chose qui ressemble à la fin de l'histoire du capitalisme, au moment même où les prophètes qu'il payait pour gruger le peuple lui annonçaient sa victoire définitive. Cette fin, n'en doutons pas, est aussi celle de toutes les idéologies qui ont servi de décor à ses différents avatars, comme le capitalisme d'Etat mensongèrement appelé communisme. S'il est une proposition alternative à faire quant aux possibilités pour l'humanité de tirer pour elle-même profit de cette crise, ce n'est certes pas dans les armoires aux vieilleries bolcheviques qu'il faudra les chercher. Le renforcement de l'Etat, notamment par des nationalisations, ne ferait évidemment que précipiter plus avant l'implosion du système financier.
De cette « crise », le monde malade du capitalisme peut sortir vacciné, plus fort, plus vivant, comme il peut succomber, à petit feu, dans une longue agonie, entretenue par les remèdes des docteurs Diafoirus venus à son chevet. Il me semble que le plus urgent serait de couper le cordon qui relie le travail au capital, en retirant aux actionnaires tout droit sur les gestion des entreprises, c'est-à-dire en globalisant la démocratie à toutes les activités sociales : le conseil d'administration de toute communauté humaine, notamment productive, doit être composé des gens qui y participent. Autrement dit, ce ne sont pas aux investisseurs à prendre les décisions concernant le travail, mais aux travailleurs eux-mêmes, sur leur site de production, et non dans des institutions délocalisées. Cette piste était celle qu'en un temps on avait appelé « autogestion », et je n'en vois pas d'autre qui puisse servir d'alternative à la déroute généralisée du capitalisme. Le plus amusant est qu'elle est tout-à-fait compatible, pour ne pas dire plus, avec les désirs de liberté, d'égalité et de fraternité qui sont le fondement du plaisir que les gens gardent, malgré tout, à vivre ensemble.
Heinz von Foerster.La question de l'origine de l'univers est une de ces questions par essence indécidables personne n'était là pour y assister. De plus, cela apparaît clairement quand on pense aux nombreuses questions différentes qui sont données à cette question. Les uns disent qu'il y eut un acte créateur unique il y a quatre mille ou cinq mille ans, d'autres disent qu'il n'y a pas eu de début et qu'il n'y aura pas de fin, car l'univers est un système en équilibre dynamique perpétuel ; et puis il y a ceux qui soutiennent que l'univers est né dans un « Big bang » il y a dix ou vingt milliards d'années, Big bang dont on peut entendre les faibles restes grâce à de grandes antennes radio ; mais j'incline plutôt à croire le récit de Chuang Tseu, parce qu'il est le plus ancien et par conséquent le plus proche de l'événement. Il dit : « Les deux ne font rien; ce ne rien faire est dignité ; La terre ne fait rien ; ce ne rien faire est repos ; de l'union de ces deux ne rien faire naît toute action. Et toutes choses sont amenées à l'existence ». Je pourrais continuer sans fin avec d'autres exemples, car je ne vous ai pas encore dit ce que les Birmans, les Australiens, les Esquimaux, les Bushmen, les Ibos, etc., nous raconteraient sur leurs origines. En d'autres termes, ditesmoi comment l'univers est apparu, et je vous dirai qui vous êtes.
« Il n'y a que les questions qui sont par essence indécidables que nous pouvons trancher ». Pourquoi ? Simplement parce que les questions décidables sont déjà tranchées par le choix du cadre dans lequel elles sont posées, et par le choix des règles qui régissent le rapport entre ce que nous appelons « la question » et ce que nous pouvons prendre pour une « réponse ».
Dans certains cas, cela peut aller vite, dans d'autres, cela peut prendre un temps très, très long, mais en fin de compte nous arriverons, après une séquence d'étapes logiques contraignantes, a un résultat irréfutable : un Oui déterminé, ou un Non déterminé.
Mais nous ne sommes soumis à aucune contrainte, même pas à celle de la logique, lorsque nous choisissons dans des questions par essence indécidables. Il n'y a pas de nécessité, intérieure ou extérieure, qui nous force à donner une réponse ou une autre à de telles questions. Nous sommes libres. Le complément de la nécessité n'est pas le hasard, mais le choix. Nous pouvons choisir ce que nous voulons devenir par le choix que nous allons faire sur une question par essence indécidable. Voilà pour les bonnes nouvelles, comme disent les journalistes américains. Et maintenant, les mauvaises.
Avec cette liberté de choix, nous voilà à présent responsables du choix que nous allons faire, quel qu'il soit. Pour certains, celle liberté est un don du ciel. Pour d'autres, une telle responsabilité est un fardeau écrasant ; comment y échapper ? Comment l'éviter ? Comment le faire porter à quelqu'un d'autre ? Avec beaucoup d'ingéniosité et d'imagination, quantité de mécanismes ont été inventés grâce auxquels on peut passer à côté de cette terrible charge. Avec la hiérarchie, on a construit des institutions entières où il est impossible de localiser les responsabilités. Dans de tels systèmes, chacun peut dire : « On m'a dit de faire x ». Sur la scène politique, on entend de plus en plus la phrase de Ponce Pilate : « Je n'ai pas d'autre choix que x ». En d'autres termes : « Ne dites pas que je suis responsable, blâmez d'autres que moi ». Cette phrase remplace visiblement la suivante « Parmi les nombreux choix que j'avais, j'ai choisi de faire X ». J'ai fait allusion à l'objectivité plus haut, et j'en fais à nouveau mention ici comme procédé couramment usité pour éviter la responsabilité.
Comme vous vous en souvenez peut-être, l'objectivité exige que les propriétés de l'observateur n'entrent en aucun cas en ligne de compte dans la description de ses observations. Par celle suppression de ce qui fait l'essence de l'observation, c'est à dire les processus cognitifs, on réduit l'observateur à n'être qu'une machine à copier, et l'on a réussi à évacuer la notion de responsabilité.
Pourtant, Ponce Pilate, la hiérarchie, l'objectivité et les autres stratagèmes dérivent tous d'un choix qu'on a fait à propos de deux questions par essence indécidables. Voici ces deux questions décisives : « Suis-je à part de l'univers ? Si oui, alors quand j'observe, j'observe comme à travers le trou d'une serrure un univers en évolution », « Fais-je partie de l'univers ? Alors, à chacun de mes actes, je change à la fois moi-même, et l'univers ». Chaque fois que je réfléchis à celle alternative, je suis toujours aussi surpris par la profondeur de l'abîme qui sépare les deux mondes fondamentalement différents que peut engendrer un tel choix : soit me voir comme citoyen d'un univers indépendant de moi, dont je peux éventuellement découvrir les normes, les règles et les coutumes soit me voir comme participant à une entreprise dont nous inventons chaque jour les coutumes, les règles et les normes.
Quand je parle avec les gens qui ont soit décidé d'être des découvreurs, soit décidé d'être des inventeurs, je suis toujours frappé par le fait qu'aucun d'eux n'a conscience d'avoir pris un jour cette décision. De plus, mis au défi de pouvoir justifier leur position, ils construisent un cadre conceptuel qui, en fin de compte, est lui-même le résultat d'un choix fait sur une question par essence indécidable.
On dirait que je vous raconte un roman policier, mais sans vous dire qui est le gentil et qui est le méchant, qui est sain d'esprit et qui est fou, qui a raison et qui a tort. Puisque ce sont là des questions par essence indécidables, il revient à chacun de nous de prendre ces décisions et d'en assumer la responsabilité. Il y a un meurtrier. Je propose qu'il soit impossible de savoir s'il est ou était fou. Tout ce que nous savons, c'est ce que j'en dis, c'est ce que vous en dites, ou ce que l'expert en dit. Et moi, vous, l'expert, sommes responsables de ce que moi, vous, l'expert, disons de sa santé mentale ou de sa folie. Là encore, la question n'est pas « qui a raison et qui a tort ». Cela, c'est une question par essence indécidable. Le point important, ici, c'est la liberté ; la liberté de choix ; c'est ce dont parle José Ortega y Gasset : « L'homme n'a pas de nature, mais une histoire. L'homme n'est pas chose mais drame. Sa vie est quelque chose qu'il lui faut choisir, construire tout en avançant, et c'est dans ce choix et celle invention qu'il est humain. Chaque être humain est son propre romancier, et bien qu'il ait le choix d'être un écrivain original ou un plagiaire, il ne peut échapper à la nécessité de choisir. Il est condamné à être libre ».
La vérité n'est pas le problème. Le problème, c'est la confiance. Je compris le problème, c'est de comprendre le problème, c'est de comprendre le fait de comprendre ; le problème, c'est de prendre des décisions sur des questions par essence indécidables.
A ce moment apparut la Métaphysique et elle demanda à sa jeune sœur l'Ethique « Que me conseillerais-tu de rapporter à mes protégés, les métaphysiciens, qu'ils s'appellent ainsi ou non ? » et l'Ethique répondit « Dis leur qu'ils devraient toujours s'efforcer d'agir en sorte d'augmenter le nombre des choix possibles; oui, d'augmenter le nombre de choix possibles ».
Paul, septembre 2008.A la fin des années 80 une blague circulait en URSS : le jour où la démocratie s'installera à Moscou, on aura à Washington la première réunion du Politburo made in USA. C'était l'époque où chacun voyait chez l'autre son propre reflet inversé. Est et ouest comme pile et face, Monde Libre de chaque côté selon l'idéologie qui y domine. Et les marchands de canons faisaient fortune, pour armer les hommes libres contre les méchants du camp d'en face. C'était d'autant plus pratique que les classes dangereuses (qu'on appelle aussi les pauvres) étaient supposées être manipulées par les réseaux de l'ennemi. Selon des légendes véhiculées par les experts en information et autres bonimenteurs de presse, les organisations ouvrières de l'Occident, noyautées par les communistes, étaient tenues en sous-main par les bolcheviques de Moscou, tandis que, pour les médias soviétiques, les dissidents russes travaillaient nécessairement pour les services secrets américains.
Merveilleuse pièce montée, l'équilibre de la terreur permettait à chaque clique au pouvoir de justifier les pires aberrations de son système oppressif. Chasse aux sorcières de Mac Arthur, purges staliniennes, assassinats, procès truqués, et autres atrocités, la compétition entre les deux camps symétriques produisait de prodigieux mensonges comme seuls savent en faire les maîtres de chapelle et les faiseurs de dogmes.
En URSS, à la fin des années 80, les maîtres de la bureaucratie, sentant monter une vague de mécontentement dans le prolétariat dont ils étaient supposés représenter les intérêts suprêmes, ont alors installé au pouvoir les chefs de leurs services sccrets afin de négocier avec leurs homologues américains l'effondrement programmé du pseudo-communisme grâce auquel ils jouissaient du même train de vie que les capitalistes. On a ainsi vu d'anciens dirigeants du KGB et de la CIA, Michael Gorbatchev d'un côté et George Bush senior de l'autre, unir leurs efforts pour faire basculer l'empire russe dans le camp mondialisé du capitalisme privé (appelé « économie de marché »). Ce qu'on appelait « le mur », de nature essentiellement idéologique, est tombé en désuétude. Les mieux renseignés des bureaucrates se sont privatisés pour eux-mêmes les biens de l'Etat et un nouveau système capitaliste est apparu à l'Est sans que les gens n'en ressentent aucun changement notable.
L'ex-espion Poutine a pris la tête du Kremlin tandis que le fils de l'ex-espion Bush s'installait à la Maison Blanche. Les deux côtés du miroir avaient fusionné.
Mais ce miroir idéologique, appelé « rideau de fer », avait pour fonction essentielle de permettre aux fabricants d'armes de s'enrichir grâce à la guerre. Il fallait donc pallier d'urgence à la fin de la « guerre froide » par une nouvelle conspiration en faveur de l'ordre établi. Trouver un ennemi de rechange pour galvaniser les bonimenteurs et justifier de nouvelles mesures répressives afin de garder les classes dangereuses (les pauvres) sous contrôle. Les services secrets réunis sous l'égide de l'ONU, vaste organisation chapeauté par un Conseil de Sécurité rassemblant les cinq principaux producteurs d'armes de la planète, ont alors inventé l'ennemi qu'ils croyaient parfait : la nébuleuse terroriste islamiste. L'idée était sans doute de provoquer les musulmans pour qu'ils se solidarisent dans une Union qui puisse à terme remplacer la défunte URSS comme Empire du Mal.
Cette vision vaguement scientologue de l'Histoire avait le mérite de la simplicité. L'immense provocation du 11 septembre 2001, quelle qu'en soit l'origine, a permis de la propulser comme explication ultime des opérations à mener pour conduire l'humanité vers la Fin de l'Histoire.
Pendant le temps de la chasse à courre contre les nébuleux « terroristes », bonimenteurs et faux prophètes s'en sont donné à coeur joie pour encenser la juste lutte contre les nouveaux méchants. Grâce à quoi, les forces internationales de maintien de la guerre ont permis aux marchands de canon de continuer leurs juteuses affaires. Irak, Afghanistan, Bosnie, Gaza, les terrains de jeux n'ont pas manqué. Les actionnaires des fabricants de fusils ont été bien contents. Et les Etats aussi, qui ont en douce profité de l'occasion pour améliorer les outils de contrôle et de répression contre leurs classes dangereuses (leurs pauvres). Plans vigie anti-pirates, patriot act, fouilles permanentes, écoutes téléphoniques mondialisées, on a fait à l'Ouest ce qu'à une époque le KGB avait expérimenté à moindre échelle à l'Est. Les méthodes du Politburo s'installent à Washington.
Malheureusement pour les stratèges, les chefs supposés de l'islamisme n'ont pas été à la hauteur. Le piteux dictateur Saddam Hussein, qui n'avait même pas caché une seule bombe atomique dans les souterrains de ses palais pharaoniques, n'a pas réussi à devenir le nouvel Ho Chi Minh du Proche Orient. Pris comme un rat dans une tranchée, il a fini au bout d'une corde. Mais il avait auparavant prophétisé que les Américains s'enliseraient dans le sable du désert. N'ayant pris la boutade qu'au premier degré, ceux-ci se sont gaussé du cuistre en montrant les magnifiques chenilles de leurs tanks. Et ils se sont enlisés dans les sables politiques de la culture des habitants du désert. L'ennemi espéré n'est pas apparu et le Grand Moyen Orient qui devait remplacer l'URSS n'est pas près de voir le jour. Ce qui s'appellerait « bâtir des châteaux en Irak » est apparu comme une farce tragique.
Qu'à cela ne tienne, on peut toujours ressusciter les vieux démons. Les maîtres du travestissement que sont les manipulateurs au pouvoir ont plus d'un Raspoutine dans leurs petites manches. Les gentils Russes qui, grâce à la chute de l'empire soviétique, boivent désormais du Coca Cola peuvent aussi bien redevenir les affreux ruskofs d'hier. Il suffit de tracer une frontière pour rebâtir un Mur. On a déjà vu en Yougoslavie combien il est facile de déclencher des guerres entre voisins. La Georgie a pris le relais. Inversée dans le miroir, la liberté des peuples à disposer d'euxmêmes est devenue l'argument idéologique de Moscou pour défendre la sécession de l'Ossétie du Sud contre l'impérialisme georgien, et les Occidentaux ont soutenu l'ancien étudiant américain installé au pouvoir à Tbilissi au nom de la démocratie dont il est supposé être l'expression. Aussitôt connu le nouveau refrain, les chantres des croisades sont ressortis de leurs oubliettes et les bonimenteurs ont resservi les couplets à la gloire du Monde Libre. On a vu l'inénarrable foutriquet BHL reprendre en taxi son bâton d'expert en philosophie de la guerre et tous les commentateurs entonner la nouvelle chansonnette sur la défense de la démocratie en mode chez les Occidentaux.
Pareillement, les Russes ont été invités par les chefs de choeur des nouvelles armées rouges à célébrer la défense de leur liberté face aux tentatives diaboliques de l'Amérique redevenue impérialiste et arrogante.
Chez les petits Français, on se la rejoue défenseur des droits de l'homme ou quelque chose d'approchant, sans voir que les dindons sont toujours farcis des mêmes ingrédients. La guerre froide réchauffée a la même fonction qu'avant : renforcer le pouvoir des Etats sur leur population pour protéger la propriété des maîtres de l'économie. D'ailleurs, plus le temps passe et plus les fusionacquisition qui font grossir les entreprises capitalistes font ressembler l'économie mondiale à un vaste copié-collé du système militaro-industriel qui servait d'armature à l'Union Soviétique. C'est pourquoi il importe peu que le marxisme-léninisme ne soit plus l'idéologie officielle des dirigeants du Kremlin pour leur faire rejouer le même rôle que leurs prédécesseurs à la faucille et au marteau.
La stratégie de la tension n'a plus besoin d'arguments idéologiques.
Bientôt, il suffira de dire : voilà l'ennemi ! aux petits hommes conditionnés à la concurrence permanente, qui revendiquent qu'on les asservissent plus efficacement, pour qu'ils s'enrôlent avec enthousiasme dans n'importe quelle croisade. « Ils ont besoin d'être gouvernés » déclare le premier venu des politiciens, lui-même laquais des grand épiciers qui croient contrôler le monde. Le moindre des bonimenteurs pourrait faire marcher les citoyens soumis vers l'abattoir.
Voire ? C'est le rêve de quelques uns. Mais il n'est pas sûr que les mensonges vomis chaque jour par les medias aient vraiment germé dans les têtes. Et si les pauvres étaient vraiment des classes dangereuses pour l'équilibre de la terreur que font régner les supermarchés, les agences de pub, les commentateurs de télévision, et autres agents de l'ordre marchand ? Si ça branlait dans le manche et que les dirigeants ne savaient plus à quel général ou nouveau philosophe se vouer ? Si tout le monde s'en foutait d'avoir un ennemi de l'autre côté d'une frontière tracée par ceux-là même qui profitent des commerces et trafics qui la traversent ? Si les Etats n'étaient en fait qu'un ramassis de messieurs-dames engoncés dans des habits désuets qui n'ont d'importance que parce qu'on continue à filmer leurs tristes activités dans des émissions trop ennuyeuses pour qu'on continue à les regarder ? Si on rêvait d'un monde où bourgeois et bureaucrates ne seraient plus ? Si la guerre cessait entre les peuples ? Si les mauvais jours finissaient ?...
Tout ça n'empêche pas, Nicolas, que la Commune n'est pas morte.... Le cauchemar des uns peut être le beau rêve des autres. Et réciproquement. Allez savoir...
Kourilsky-Belliard, Edward T. Hall, Alfred Korzybski, A.E. van Vogt, Bernard Wolfe, Gregory Bateson (extraits).PRÉMISSES DE LA SÉMANTIQUE GÉNÉRALE
Les prémisses du système non-aristotélicien peuvent être exprimées par la simple analogie de la relation d’une carte avec le territoire : une carte n’est pas le territoire, une carte ne représente pas tout le territoire, une carte est auto-réflexive, en ce sens qu’une carte ‘idéale’ devrait inclure une carte de la carte, etc., indéfiniment. Appliquées à la vie courante et au langage, les prémisses s’expriment ainsi : un mot n’est pas ce qu’il représente, un mot ne représente pas tous les ‘faits’, etc. Le langage est auto-réflexif, en ce sens que nous pouvons, dans le langage, parler à propos du langage. Aujourd’hui cependant, nos réactions habituelles sont encore fondées sur des postulats inconscients, pré-scientifiques et primitifs qui, mis en pratique, violent le plus souvent les deux premières prémisses et méconnaissent la troisième.
L'AUTO-RÉFLEXIVITÉ
La troisième prémisse naît de l’application à la vie courante des travaux extrêmement importants de Bertrand Russell, qui donna ses lettres de noblesse à l’auto-réflexivité, quand il tenta de résoudre des contradictions mathématiques par sa théorie des types mathématiques. Nous pouvons parler (verbaliser) à propos d’une "proposition à propos de toutes les propositions", mais en pratique nous ne pouvons pas produire une proposition à propos de toutes les propositions, puisque, ce faisant, nous donnons effectivement naissance à une nouvelle proposition, et nous tombons alors dans des contradictions sans fin. Russell a très justement qualifié de "totalités illégitimes" les produits de ces performances verbales pathologiques. Nous autres humains, nous avons longtemps vécu avec ces sur-généralisations inconscientes, sans grands résultats.
Appliquée par Korzybski à notre vie courante, l’auto-réflexivité introduit des facteurs neuro-linguistiques importants pour l’ajustement et la maturité humaines, à savoir les principes des différents ordres d’abstractions, la multiordinalité, la circularité de la connaissance humaine, les réactions d’ordre second, les réactions différées ordonnées dans l’espace-temps, l’intégration thalamo-corticale, etc.
LA CONSCIENCE D'ABSTRAIRE
À leur tour ces principes aboutissent à une conscience d’abstraire générale comme fondement nécessaire pour parvenir à la maturité socio-culturelle. Ceci produit, entre autres, un moyen pour éliminer une fausse connaissance active, dont on sait qu’elle est génératrice de mal-ajustements. On découvre dans le même temps qu’une simple ignorance passive est souvent impossible chez les humains, et qu’elle devient une connaissance inférentielle active, susceptible d’attribuer dogmatiquement une certaine "cause" fictive à des "effets" observés – c’est le mécanisme des mythologies primitives. Cependant, lorsqu’elle est consciemment reconnue comme telle, la connaissance inférentielle forme la connaissance hypothétique de la science moderne et cesse d’être un dogme.
PROCÉDÉS EXTENSIONNELS
Pour acquérir cette conscience d’abstraire Korzybski nomme procédés extensionnels les moyens suivants :
Les indices, pour nous entraîner à une conscience des différences dans les similarités, et des similarités dans les différences.
Les indices-en-chaîne, pour indiquer les interconnexions des événements dans l’espace-temps, où une "cause" peut avoir une multitude "d'effets" qui, à leur tour, deviennent des "causes" et introduisent aussi des facteurs d’environnement. Les indices-en-chaîne traduisent aussi les mécanismes des réactions-en-chaîne qui opèrent de façon très courante en ce monde, y compris dans l’existence et dans l’environnement socio-culturel extrêmement complexe des humains.
Les dates, pour donner une orientation physico-mathématique dans un monde espace-temps de processus.
Et caetera (etc.), pour nous rappeler en permanence la deuxième prémisse: "pas tout", pour nous entraîner à une conscience des caractéristiques laissées de côté, et pour nous rappeler indirectement la première prémisse: "n’est pas", pour développer une flexibilité et un plus grand degré de conditionnalité dans nos réactions sémantiques.
Les guillemets simples, pour nous avertir que nous ne pouvons pas nous fier à des termes métaphysiques ou élémentalistes et que des spéculations fondées sur ces termes sont fallacieuses.
Alfred Korzybski, le père de la sémantique générale, n'a cessé de souligner l'inadéquation du langage pour décrire la réalité. Le nom n'est pas la chose et la carte n'est pas le territoire. Les mots constituent donc des étiquetages plus ou moins hasardeux qu'il convient de relativiser. Les mots que nous employons peuvent trahir, déformer et limiter nos façons de penser. Le langage est à la réalité ce qu'une carte est à un territoire la correspondance entre les deux est nécessairement imparfaite. La réalité des choses est beaucoup plus nuancée que ce que notre langage limité permet d'exprimer. La fonction d'un mot se réduit toujours à mettre en évidence un aspect particulier d'une chose et c'est justement de cette restriction que dépend la valeur du mot. Notre vision du monde est modelée par les mots que nous utilisons et ceux que nous entendons, car le langage "téléguide" à notre insu nos perceptions.
Le langage verbal constitue à la fois un instrument de simulation de la réalité et de stimulation de nousmêmes. Notre répertoire linguistique prédétermine nos perceptions, nos raisonnements, nos émotions et nos rapports avec les autres. Nous projetons dans le monde, la plupart du temps inconsciemment, la structure du langage que nous employons. Ludwig Wittgenstein dénonçait cette sorte "d'ensorcellement par le langage" dont personne ne peut être immunisé.
Le transfert de projection est le nom que j'ai donné à cette opération intellectuelle courante par laquelle la projection est confondue avec le fait projeté ou bien le remplace. Alfred Korzybski et Wendel Johnson, fondateurs de la sémantique, montrèrent le rôle que jouait le transfert de projection dans l'emploi des mots et consacrèrent de nombreux ouvrages à montrer que prendre le symbole pouc la chose symbolisée avait pour conséquence importante de prêter au symbole des propriétés qui ne sent pas les siennes.
Un large mouvement culturel, anti-autoritaire, qui s'imposerait de lui-même, est nécessaire. L'homme y gagnera une connaissance meilleure et approfondie de l'extraordinaire organisme qu'il est la possession de tant de talents remarquables le grandira, le gonflera d'orgueil, et il respirera mieux. Mais pour y parvenir, il devra cesser de privilégier exclusivement certains hommes ou certaines qualités, accepter le fait que plus d'un chemin mène à la vérité, qu'aucune culture n'est infaillible ou mieux préparée que d'autres dans cette recherche, et surtout savoir qu'aucun maître penseur ne révélera la voie pour mener cette recherche.
Il faut ici ajouter encore une précision: quand une fonction est développée par la production d'une projection, cette dernière commence d'une part à exister par elle-même, et d'autre part, à se confondre avec la réalité à laquelle elle se substitue. Le tangage est à cet égard un excellent exemple. Le comte Alfred Korzybski (dont j'ai déjà mentionné le nom plus haut) a particulièrement bien décrit ce processus en formulant ses principes de sémantique générale . Korzybski met l'accent sur le fait que le mot n'est pas la chose, mais seulement un symbole. Il s'agit pourtant là d'une distinction que les êtres humains ont le plus de difficulté à saisir. Ils doivent, semble-t-il, se rabâcher sans fin que la carte n'est pas le terrain.
J'ai formulé, dans un travail précédent, le principe du transfert de projection, selon lequel toute projection, non seulement peut se substituer, mais généralement se substitue effectivement à la fonction qu'elle développe . La manière dont nous avons développé nos propres rythmes à l'extérieur de nousmêmes, puis traité les projections ainsi produites comme si elles représentaient une réalité en ellesmêmes, illustre ce principe. En fait, l'écart entre nos rythmes intérieurs et l'horloge accrochée au mur explique en grande partie la tension de nos contemporains. Nous avons aujourd'hui élaboré tout un système d'horaires complexes et d'habitudes et de prévisions auquel nous essayons de nous conformer, quand, en réalité, l'inverse devrait se produire. Le transfert de projection en est la cause. En fonction de ce transfert, l'horaire devient la réalité, et les individus et leurs besoins ne sont plus pris en considération.
Aristote... très doué.., influença sans doute le plus grand nombre de gens qui aient jamais subi l'emprise d'un seul homme... Nos drames commencèrent lorsque le biologiste « intensif » Aristote prit le pas sur le mathématicien philosophe « extensif Platon, et combina toutes les identités primaires, tous les postulats subjectifs... en un système impressionnant que nous ne pûmes, pendant plus de deux mille ans, reviser sans risquer la persécution... Pour cette raison, on a donné son nom aux doctrines bispéculatives dites aristotéliciennes et, inversement, les réalités polyspéculatives de la science moderne ont reçu le nom de non aristotéliciennes...
Nos dirigeants, qui régissent nos symboles, et dirigent ainsi une forme de vie symbolique, imposent leur propre infantilisme à nos institutions, à nos méthodes éducatives et nos doctrines. Ceci engendre une inadaptation nerveuse chez les générations montantes qui, nées dans ce contexte, sont forcées de se développer dans les conditions sémantiques contre nature (pour l'homme) qui leur sont imposées.
Nos démarches nerveuses sont copiées sur celles de l'animal. Chez l'homme, des réactions nerveuses de ce genre aboutissent aux stades pathologiques et sans postérité de l'infantilisme en général, du comportement infantile public ou privé,,. Et plus une nation ou une race est techniquement développée, plus son système tend à devenir cruel, sans merci, prédateur et commercialisé... Tout ceci parce que nous continuons à penser comme des animaux et n'avons pas appris à penser substantiellement comme des êtres humains.
La publication de ce livre stimula l'intérêt pour la Sémantique générale, et les étudiants se précipitèrent à l'institut de Lakewood où Alfred Korzybski se laissa photographier en train de lire "Le monde des Ã".
La Sémantique générale traite du sens des significations. De ce fait, elle transcende et surpasse la linguistique. Son idée essentielle est qu'une signification ne peut être comprise que si l'on tient compte du système nerveux et du système de perception humains qui en ont été les vecteurs et les filtres. Ainsi, en raison des limitations de son système nerveux, l'homme ne peut appréhender qu'une partie de la vérité et jamais sa totalité. En décrivant cette limitation, Korzybski emploie le terme "niveau d'abstraction", expression qui chez lui ne comporte aucune nuance symbolique mais signifie seulement "abstraire de", c'estàdire prendre une partie du tout. Il prétend en effet qu'en observant un processus naturel, un homme peut seulement en abstraire c'estàdire en percevoir une partie.
Si je m'étais contenté d'exposer les idées de la Sémantique générale, nul n'aurait trouvé à y redire mais en vérité, en tant qu'auteur, j'ai voulu aller plus loin dans l'étude d'une situation paradoxale. Depuis la théorie de la relativité d'Einstein nous savons que, lors d'une expérience, il faut tenir compte de l'observateur.
Tout expérimentateur scientifique est limité dans son aptitude à abstraire des informations de la nature par le système d'éducation qu'il a reçu chez ses parents puis à l'université. Ainsi que l'indique la Sémantique générale, chaque chercheur introduit son équation personnelle dans ses recherches, c'est pourquoi un physicien dont la personnalité a été modelée de façon moins rigide que d'autres pourra arriver à résoudre des problèmes que ses collègues ne pouvaient solutionner. En d'autres termes, l'observateur est toujours une personne bien déterminée.
NON-AXIOMES
Lorsqu'il émet un jugement sur une action ou un événement, un individu "abstrait" une partie seulement de ses caractéristiques. S'il dit "Cette chaise est noire", il doit indiquer que la noirceur n'est qu'une de ses qualités, et il doit avoir conscience, au moment où il parle, de ses autres multiples caractères. La "conscience d'abstraire" constitue une des supériorités essentielles d'un individu entraîné sémantiquement sur un individu qui ne l'est pas.
Dans l'intérêt de la raison, DATEZ. Ne dites pas "Les savants croient." Dites "Les savants croyaient en 1948..." ou "Jean Dupont (1948) est socialiste..." Toutes choses, y compris les opinions politiques de Jean Dupont, sont sujettes au changement, et l'on ne peut, par conséquent, les mentionner que si elles sont déterminées dans le temps.
Dans l'intérêt de la raison, utilisez la formule ET COTERA. Quand vous dites "Marie est une bonne fille" ne perdez pas de vue que Marie est bien autre chose que "bonne" Marie est "bonne", gentille, charmante, et cotera, ce qui signifie qu'elle possède encore d'autres caractéristiques. Il vaut la peine de se rappeler également que la psychiatrie moderne 1956 ne considère pas que l'individu tranquillement "bon" ait une personnalité très saine.
Dans l'intérêt de la raison, utilisez des REFERENCES par exemple. "le conscient » et "l'inconscient" sont deux termes descriptifs utiles mais il reste à prouver que ces termes eux-mêmes reflètent avec précision "l'existant" au niveau des faits. Il existe des cartes de territoires sur lesquels nous ne pourrons jamais avoir de renseignements exacts. L'entraînement à étant destiné aux individus, l'essentiel est de rester conscient de la signification "multiordinale", c'est-à-dire polyvalente, des mots que l'on entend ou que l'on prononce.
Voici quelques uns des principes opérants de la Sémantique Générale
I) Des systèmes nerveux humains ont une similitude de structure, mais ne sont jamais exactement les mêmes;
2) Tout système nerveux humain est modifié par les événements verbaux et non verbaux;
3) Un événement modifie à la fois l'esprit et le corps.
Dans l'intérêt de la raison, n'oublions pas l'interréaction. Un jugement peut concerner la réalité mais il peut concerner un jugement concernant un jugement concernant la réalité.
Dans l'intérêt de la raison. souvenez-VOUS que la carte n'est pas le terrain, le mot n'est pas la chose qu'il exprime. Chaque fois que l'on confond la carte avec le territoire, un « trouble sémantique ii s'enracine dans l'organisme. Ce trouble persiste tant que l'on n'a pas reconnu les limitations de la carte.
Pour bien des peuples, le plus grand rêve du monde, au cours de ce demisiècle, auquel croient aujourd'hui des millions de Russes et de Chinois et qu'ils espèrent réaliser, est l'idéal communiste de la disparition de tout gouvernement, c'est-à-dire d'une société sans Etat. Quand j'ai conçu la lointaine utopie de Vénus dans les récits du Monde des Ã, mon propos était d'étudier discrètement cette admirable possibilité.
(voir le mouvement Zeitgeist et le projet Vénus)
Si je propose cette analyse rapide, ce n'est pas pour persuader le lecteur que je tiens là une solution, mais pour avoir l'occasion d'indiquer un point précis, à savoir que la solution à l'aliénation en soi, et au monde qu'elle nous a contraint à créer, réside dans la compréhension du problème. Et cette idée est inspirée par la sémantique générale.
Il est permis de penser que, jusqu'à ce jour, nous avons eu des gouvernements parce que les gens sont ce qu'ils sont. Personne n'a décidé un beau matin de fonder une force de police ni de voter des lois. En étudiant l'histoire de l'homme, grâce aux cerveaux curieux des anthropologues et autres savants, on constate tristement que, il y a bien longtemps, tout groupe ethnique se protégeait de ses éléments aliénés, sinon les hommes de valeur étaient assassinés et les femmes violées. Avec le temps, le rôle protecteur fut délégué aux forces spécialement entraînées et elles finirent par avoir leur propre impact à tête d'hydre.
La question est d'autant plus confuse que, aujourd'hui, on a réellement besoin de changement. Les peuples devraient avoir leur part égale des biens de la planète.
Quelle était donc, en gros, la théorie de Korzybski ? Eh bien, que l'homme n'était pas seulement une unité fonctionnelle, une masse de complexité liée par groupes (esprit-corps) (instinct-pensée) (conscient-inconscient) (id-ego-superego) (cortex-thalamus) mais qu'une telle unité se trouvait placée dans un milieu.
La peau du corps ne constituait qu'une frontière artificielle. Des échanges se produisaient à travers elle et dans les deux sens, constamment. Le seul moyen donc d'appréhender la science de la nature humaine était de définir son objet comme l'hommeformantuntoutavecsonmilieu. L'unité en observation se trouvait donc l'homme dans son entier, entouré entièrement par son milieu. Il devenait alors nécessaire, évidemment, de déterminer en quoi consistait ce milieu.
Korzybski en proposait une définition. D'abord, disait-il, et avant tout, c'est un environnement neurosémantique et neurolinguistique, émanant de l'homme lui-même qui l'enveloppe d'une couche de signes et de symboles. Car si l'homme est générateur de mots, de verbalismes, d'images articulées et de signes représentant les faits objectifs, il projette ceux-ci dans le monde où il se meut. Après des millénaires de telles projections sémantiques de la part de la race humaine, tout enfant naît dans un monde saturé de projections verbales.
Et c'était précisément là que résidait la difficulté, prétendait Korzybski. L'environnement que l'homme tisse autour de soi ne représente pas les faits objectifs. De plus en plus les mots et les symboles ainsi créés s'écartent de la réalité. Des couches de signes et de symboles ? Non. Plutôt un écran de fumée. Pourquoi en est-il ainsi ? L'homme a toujours confondu ses mots avec les réalités.
L'homme ne s'était pas aperçu que, tout en restant en contact constant avec le monde réel et dynamique, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, sur un plan silencieux,
dès qu'il commençait à l'exprimer en mots, ces sons statiques et symboliques tombaient très loin de ce qu'étaient réellement les choses senties sur le plan silencieux.
En somme, la tournure d'esprit aristotélicienne supposait à la base une croyance en la puissance magique du mot. Illusion enfantine et primitive, fiction de mégalomane selon laquelle ce que produit la bouche façonne le monde extérieur. Or cette notion, en conférant à l'homme une impression de puissance illusoire, avait dominé toute la pensée humaine pendant de nombreux siècles. Par voie de conséquence, la pensée était restée entièrement antipragniatique et antiréférentielle, dénuée de toute vérification et de tout contact avec le plan silencieux.
Comment en sortir ? Eh bien, en comprenant que le mot n'est pas l'objet, qu'éloquence n'est pas photographie, que le son n'est pas la substance, que la carte n'est pas le territoire. La carte n'est pas le territoire. Voilà le génial slogan de Korzybski.
Lorsque je vous regarde, ce que je vois, c'est, en fait, l'image que je me fais de vous, et vous voyez l'image que vous vous faites de moi. Ces images nous semblent projetées sur le monde extérieur, mais elles sont bien loin d'être ce que nous pensons qu'elles sont quand nous disons: "Nous le voyons." Pour citer à nouveau Korzybski: "La carte n'est pas le territoire", et ce que je vois, c'est ma carte d'un territoire (partiellement hypothétique) qui se trouve là, dehors, etc.
Il semble que très peu de gens se rendent compte de l'énorme "puissance" théorique de la distinction entre ce que je "vois" et ce qui se trouve là, dehors. La plupart supposent qu'ils voient ce qu'ils regardent, et s'ils font cette hypothèse, c'est que les processus de la perception sont totalement inconscients.
Je peux être conscient de tourner les yeux dans une direction et je peux être conscient de l'image des choses qui se trouvent dans cette direction. Mais entre ces deux moments, ou ces deux éléments de perception, je n'ai conscience de rien. Ma machinerie mentale ne me donne pas de nouvelles de ses processus mais seulement de ses résultats.
Alors que je préparais mon exposé pour une conférence en hommage à Korzybski, c'est alors que je me suis soudain rendu compte que le pont entre la carte et le territoire, c'est la différence. Il n'y a que les nouvelles d'une différence qui peuvent passer du territoire à la carte, et ce fait constitue l'énoncé épistémologique fondamental sur la relation entre la réalité, là, dehors, et la perception ici à l'intérieur: le pont doit toujours prendre la forme d'une différence. Une différence là, dehors, précipite une différence codée, une différence correspondante, dans cet agrégat de différenciation que nous appelons "l'esprit" d'un organisme. Cet esprit est immanent à la matière, il est en partie à l'intérieur du corps, mais également à l'extérieur, par exemple sous forme d'enregistrements, de traces et d'éléments perceptibles.
Herbert MarcuseJ'ai analysé dans ce livre quelques tendances du capitalisme américain qui conduisent à une « société close » close parce qu'elle met au pas et intègre toutes les dimensions de l'existence, privée et publique. Deux résultats de cette société sont d'une importance particulière, l'assimilation des forces et des intérêts oppositionnels dans un système auquel ils s'opposaient dans les étapes antérieures du capitalisme, et l'administration et la mobilisation méthodiques des instincts humains, ce qui rend ainsi socialement dirigeables et utilisables des éléments explosifs et « antisociaux » de l'inconscient. La puissance du négatif, largement incontrôlée aux stades du développement antérieur de la société, est maîtrisée et devient un facteur de cohésion et d'affirmation. Mieux que jamais auparavant les individus et les classes reproduisent la répression subie. Car le processus d'intégration se déroule, pour l'essentiel, sans terreur ouverte la démocratie consolide la domination plus fermement que l'absolutisme; liberté administrée et répression instinctuelle deviennent des sources sans cesse renouvelées de la productivité. Sur un tel fondement la productivité devient destruction, destruction que le système pratique « vers l'extérieur » à l'échelle de la planète.
La société close sur l'intérieur s'ouvre vers l'extérieur par l'expansion économique, politique et militaire. Là également, c'est la totalité qui est en mouvement : dans cette totalité la distinction conceptuelle entre les affaires et la politique, le profit et le prestige, les besoins et la réclame n'est plus guère possible. On exporte un « mode de vie » ou celuici s'exporte luimême dans la dynamique de la totalité. Avec le capital, les ordinateurs et le savoirfaire, arrivent les autres « valeurs » : rapports libidineux à la marchandise, aux engins motorisés agressifs, à l'esthétique fausse du supermarché.
Ce n'est pas le matérialisme de cette forme de vie qui est faux, mais la nonliberté et la répression qu'elle recèle réification totale dans le fétichisme total de la marchandise. Il devient d'autant plus difficile de percer cette forme de vie que la satisfaction augmente en fonction de la masse de marchandises. La satisfaction instinctuelle dans le système de la nonliberté aide le système à se perpétuer. Telle est la fonction sociale du niveau de vie croissant dans les formes rationalisées et intériorisées de la domination.
C'est dans l'instinct de liberté non sublimé que plongent les racines de l'exigence d'une liberté politique sociale; exigences d'une forme de vie dans laquelle même l'agression et la destruction sublimées seront au service de l'Eros, à savoir construction d'un monde pacifié. Des siècles de répression instinctuelle ont recouvert cet élément politique de Eros : la concentration de l'énergie érotique dans la sensualité génitale barre la transcendance de l'Eros vers les autres « zones » du corps et vers son milieu ambiant, elle barre sa force sociale révolutionnaire et formatrice. Là où aujourd'hui la libido est déployée comme une telle force, elle doit servir le processus de production agressif et ses exigences elle s'intègre dans la valeur d'échange. Par ailleurs règne l'agression de la lutte pour l'existence à l'échelle individuelle, nationale, internationale, cette agression determine le système des besoins.
C'est pourquoi il est d'une importance qui dépasse de loin les effets immédiats que l'opposition de la jeunesse contre la « société d'abondance » lie rébellion instinctuelle et rébellion politique. La lutte contre le système, qui n'est portée par aucun mouvement de masse, qui n'est impulsée par aucune organisation effective, qui n'est guidée par aucune théorie positive, gagne dans cette liaison une dimension profonde qui compensera peutêtre un jour le caractère diffus et la faiblesse numérique de cette opposition. Ce qui est recherché ici son élaboration conceptuelle n'est qu'au stade d'une lente gestation est davantage et autre chose qu'une société fondée sur d'autres rapports de production (bien qu'une telle transformation de la base reste une condition nécessaire de la libération) : il s'agit d'une société dans laquelle les nouveaux rapports de production) et la productivité développée à partir d'eux, seront organisés par les hommes dont les besoins et les buts instinctuels seront la « négation déterminée » de ceux qui règnent dans la société répressive; ainsi les besoins non sublimés, qualitativement différents, donneront la base biologique sur laquelle les besoins sublimés pourront se développer librement. La différence qualitative se manifesterait dans la transcendance politique de l'énergie érotique, et la forme sociale de cette transcendance serait la coopération et la solidarité dans l'établissement d'un monde naturel et social qui, en détruisant la domination et l'agression répressive, se mettrait sous le principe de réalité dc la paix ; avec lui seulement la vie peut devenir son propre but, c'est à dire devenir bonheur.
Pour la première lois dans son histoire, le système rencontre des forces résistantes qui ne sont pas « de sa propre nature »; ces forces ne lui livrent pas un combat concurrentiel pour l'exploitation sur son propre terrain, mais signifient, dans leur existence même, dans leurs besoins vitaux, la négation déterminée du système le contestant et le combattant en tant que tout.
La chance de l'avenir dépend de l'arrêt de l'expansion productive et profitable (politiquement, économiquement, militairement) ; ensuite les contradictions encore neutralisées dans le processus de production du capitalisme pourraient éclater en particulier la contradiction entre la nécessité économique d'une automation progressive entraînant le chômage technologique et la nécessité capitaliste du gaspillage et de la destruction systématiques des forces parasitaires, entraînant l'accroissement du travail parasitaire.
L'expansion qui sauve le système, ou du moins le fortifie, ne peut être arrêtée que par un contremouvement international et global. Partout se manifeste l'interpénétration globale : la solidarité reste le facteur décisif, ici aussi Marx a raison. Et c'est la solidarité qui a été brisée par la productivité intégrante du capitalisme et par la toutepuissance de sa machine de propagande, de publicité et d'administration. Réveiller et organiser la solidarité en tant que besoin biologique de se tenir ensemble contre la brutalité et l'exploitation inhumaines, telle est la tâche. Elle commence par l'éducation de la conscience, du savoir, du regard et du sentiment qui saisissent ce qui advient le crime contre l'humanité.
Extrait d'un entretien avec le journaliste Denis RobertPeut-on estimer le montant des sommes qui s'évadent dans les paradis fiscaux ? Par essence, aucun chiffrage précis ne peut être opéré, puisque les valeurs qui y sont placées sont cachées. La presse évoque le chiffre de 1000 milliards d'euros. On est malheureusement loin du compte. Les listings de Clearstream peuvent donner une indication. La multinationale est l'une des pompes qui alimentent ces paradis fiscaux. 41 figurent dans les listes. Quand on sait que la firme a annoncé 11000 milliards d'euros de dépôts pour 2007 et que près du tiers de ses comptes sont ouverts dans des paradis fiscaux, on peut donc avancer qu'on est plus proche de 5000 milliards d'euros que de 1 000 conservés par la seule Clearstream dans les paradis fiscaux. Euroclear, l'autre chambre de compensation, a aussi des comptes ouverts dans ces paradis, Et je ne parle pas des banques qui utilisent d'autres réseaux. Nous sommes donc à coup sûr audelà des 10000 milliards. Comme il n'y a aucune volonté de contrôler, c'est sans doute beaucoup plus important. Cette gigantesque fraude explique l'assèchement des économies, mais aussi la montée du chômage et la pauvreté.
Guy Debord expliquait déjà en 1969 qu'il n'y a plus d'un côté une économie blanche et de l'autre une économie noire. L'économie est grise. Ce nest plus d'un côté la mafia et de l'autre l'État, la société devient ellemême criminelle. Les mafias adoptent les méthodes des sociétés commerciales avancées, et, inversement, ces dernières sont devenues mafieuses, pas au sens du crime de sang mais des crimes d'argent. Les États qui laissent faire sont de fait complices. Les banques et les multinationales qui émargent vers ces paradis sont à l'origine des dérives.
Une fois que l'argent est caché dans les paradis fiscaux, il n'y a pas grandchose à faire, à moins de corrompre un agent. Le seul moment où l'information peut être captée, c'est pendant le temps du transfert des fonds. Il est possible de retracer les itinéraires financiers, mais l'information financière est aujourd'hui hyperconcentrée. Trois organismes en Europe concentrent cette information, Swift, en Belgique, qui fait du routing financier, c'est à dire des ordres de transfert de fonds. Si vous louez une voiture avec une carte bancaire au Maroc, cela passe par Swift, qui enregistre et finalise plusieurs millions d'opérations par jour. Puis il existe deux chambres de compensation internationales Euroclear à Bruxelles et Clearstream au Luxembourg. Comme on met des gendarmes sur les autoroutes, il faudrait contrôler ces trois réseaux autoroutiers de la finance. Or, actuellement, ces outils sont peu ou mal contrôlés.
Lukas Stella, 2008.Le sport est le porte drapeau de ce qu'il y a de plus exécrable dans cette société en perdition, les vertus de la drogue, la vénération de l'effort mortifère, l'admiration du spécialiste expert, l'idolâtrie du plus fort et la honte des vaincus, la publicité de la prédation barbare, le grand spectacle de la dictature marchande.
Lorsque sa kermesse publicitaire s'accapare tous les organes de pression de la planète, c'est la compétition des marques et des drapeaux, le mérite du gagnant par les sacrifices des perdants, l'admiration du travail et de la souffrance, la gloire du vainqueur et la mystification du champion, la célébration de la guerre économique, le grand spectacle du capitalisme maître du monde, que l'on accepte et vénère dans la soumission contemplative d'un monde d'apparences complètement malade et maintenant suicidaire.
"Il est temps de révoquer le vieux réflexe prédateur qui ne conçoit d’alternative qu’entre écraser ou être écrasé."
Raoul Vaneigem, Entre le deuil du monde et la joie de vivre, 2008.
Raoul JACQUIN, 2008.Malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’état français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.
C’est ce qui permet aujourd’hui aux magistrats d’infliger ces lourdes peines à l’association Kokopelli.
Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeux des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.
Nous avons eu droit au grenelle de l’environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu’elles sont vendues par KOKOPELLI ou d’autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).
L’association propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.
Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l’ortie, les défenseurs de l’herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible !
http://www.kokopelli.asso.fr/index.html
Déclaration de principes d’un intellectuel espagnolJe ne condamne pas le roi Fahd, honoré par le roi d’Espagne, qui taille les têtes, coupe les mains et arrache les yeux, qui humilie les femmes et bâillonne les opposants, qui fait l’important en l’absence de presse, de parlement et de partis politiques, qui viole les Philippines et torture Indiens et Egyptiens, qui dépense le tiers du budget de l’Arabie Saoudite entre les 15.000 membres de sa famille et finance les mouvements les plus réactionnaires et violents de la planète.
Je ne condamne pas le général Dustum, allié des USA en Afghanistan, qui a asphyxié dans un container mille prisonniers talibans auxquels il avait promis la liberté y qui sont morts en léchant les parois métalliques de leur prison.
Je ne condamne pas la Turquie, membre de l’OTAN et candidat à l’UE, qui a rayé 3.200 villages kurdes de la surface de la terre dans les années 90, qui a laissé mourir de faim 87 prisonniers politiques et emprisonne celui qui ose transcrire en Kurde le nom de leurs villes.
Je ne condamne pas le sinistre Kissinger, l’assassin le plus ambitieux depuis Hitler, responsable de millions de morts en Indochine, au Timor, au Chili et dans tous les pays dont le nom lui est sorti de la bouche.
Je ne condamne pas Sharon, homme de paix, qui dynamite les maisons, déporte les civils, arrache les oliviers, vole l’eau, mitraille les enfants, pulvérise les femmes, torture les otages, brûle les archives, fait exploser les ambulances, rase des camps de réfugiés et caresse l’idée « d’extirper le cancer » de trois millions de Palestiniens pour renforcer la pureté de son état « juif ».
Je ne condamne pas le roi Gienendra du Népal, éduqué aux USA, qui le mois dernier a exécuté sans jugement 1.500 communistes.
Je ne condamne ni la Jordanie ni l’Egypte qui bastonnent et emprisonnent ceux qui manifestent contre l’occupation de la Palestine par Israël.
Je ne condamne pas le Patriot Act ni le programme TIPS, ni la disparition de détenus par le FBI, ni la violation de la Convention de Genève à Guantanamo, ni les tribunaux militaires, ni la « licence pour tuer » accordée à la CIA, ni la fouille de tous les touristes qui entrent aux USA en provenance d’un pays musulman.
Je ne condamne pas le coup d’Etat au Venezuela ni le gouvernement espagnol qui l’a appuyé, ni les journaux qui, ici et là, ont financé, légitimé et applaudi à la dissolution de toutes les institutions et la persécution armée des partisans de la Constitution.
Je ne condamne pas la compagnie états-unienne Union Carbide qui, le 2 décembre 1984, a assassiné 30.000 personnes dans la ville indienne de Bhopal.
Je ne condamne pas l’entreprise pétrolière états-unienne Exxon-Mobil accusée de séquestrer, de violer, de torturer et d’assassiner des dizaines de personnes qui vivaient dans un édifice propriété de la compagnie dans la province de Aceh (Indonésie).
Je ne condamne pas l’entreprise Vivendi qui a laissé sans eau tous les quartiers pauvres de La Paz, ni Monsanto qui a laissé sans semence les paysans de l’Inde et du Canada, ni Enron qui, après avoir plongé dans le noir une demi-douzaine de pays, a laissé 20.000 personnes sans le sou.
Je ne condamne pas les entreprises espagnoles (BBVA, Endesa, Telefonica, Repsol) qui ont vidé les caisses de l’Argentine, obligeant les Argentins à vendre leurs cheveux aux fabricants de perruques et à se disputer un cadavre de vache pour pouvoir manger.
Je ne condamne pas la maison Coca-Cola qui est entré en Europe dans l’ombre des tanks nazis et qui licencie, menace et assassine aujourd’hui des syndicalistes au Guatemala et en Colombie.
Je ne condamne pas les grands laboratoires pharmaceutiques qui se sont mis d’accord pour tuer 20 millions d’Africains malades du SIDA.
Je ne condamne pas l’ALCA qui viole et dépèce les ouvrières des « maquilladoras » de Ciudad-Juarez et fait naître des enfants sans cerveau à la frontière du Mexique avec les USA.
Je ne condamne pas le FMI ni l’OMC, providence de la famine, de la peste, de la guerre, de la corruption et de toute la cavalerie de l’Apocalypse.
Je ne condamne ni l’UE ni le gouvernement des Etats-Unis qui placent les accords commerciaux au-dessus des mesures pour la protection de l’environnement et qui ont décidé, sans referendum ni élections, l’extinction d’un quart des mammifères sur Terre.
Je ne condamne pas les tortures sur Unai Romano, jeune Basque qui, il y a un an, fut transformé en ballon tuméfié dans un commissariat espagnol, défiguré à un tel point que ses parents le reconnurent uniquement à un grain de beauté sur son visage.
Je ne condamne pas le Gouvernement espagnol qui, au mois d’avril, a mis en place l’état d’exception sans consulter le Parlement et a suspendu pendant trois jours les droits fondementaux de notre Constitution (liberté de mouvement et d’expression), avec la circonstance aggravante que les Basques ne pouvaient se rendre à Barcelone à l’occasion du dernier sommet de l’UE.
Je ne condamne pas la loi sur les Etrangers qui expulse les hommes faibles et affamés, les enferme dans des camps de rétention ou les prive du droit universel à l’assistance sanitaire et à l’éducation.
Je ne condamne pas le « coup de décret » qui précarise encore plus l’emploi, supprime les aides et laisse les travailleurs, comme des feuilles mortes, à la merci des caprices du vent des patrons.
Je ne condamne pas, cela va de soi, Dieu quand il pleut, quand la foudre tombe ou que le tonnerre gronde, ni quand la terre tremble ou qu’un volcan crache ses flammes.
Je suis un démocrate : peu m’importe la mort d’enfants qui ne sont pas espagnols ; peu m’importe la persécution, le silence sur l’assassinat de journalistes et d’avocats qui ne pensent pas comme moi ; peu m’importe l’esclavage de deux millions de personnes qui ne pourront jamais acheter un de mes livres ; peu m’importe les atteintes aux libertés du moment que c’est moi qui manie en toute liberté les ciseaux ; et peu m’importe la disparition d’une planète sur laquelle je me suis tant amusé.
Je suis un démocrate : je condamne l’ETA, ceux qui l’appuient ou qui gardent le silence, même s’ils sont muets de naissance ; et j’exige, en outre, qu’on prive de leurs droits de citoyens 150.000 Basques, qu’on les empêche de voter, de manifester et de se réunir, qu’on ferme leurs bars, leurs journaux, et même leurs halte-garderie ; qu’on les mette vite en prison, eux et tous leurs camarades (du jeune militant anti-globalisation à l’écrivain affirmé) et si ce n’est pas suffisant pour protéger la démocratie, qu’on demande l’intervention humanitaire de nos glorieuses forces armées, déjà auréolées de la reconquête de l’île Perejil. Je suis un démocrate car j’ai condamné l’ETA.
Je suis un démocrate et je ne condamne que l’ETA. Je fais donc partie de toutes les autres bandes armées, les plus sanguinaires, les plus cruelles, les organisations terroristes les plus destructrices de la planète.
Je suis un démocrate. Je suis un connard.
Paul, février 2008.Jamais aucun berger ne nomme ses moutons : il suffit qu'il en connaisse le nombre. Car un troupeau, hors de rares exceptions, ne compte que des têtes. On le mesure avec des statistiques.
Lorsque le troupeau devient trop nombreux, le berger a besoin d'un chien pour guider les moutons vers les pâturages où ils produiront la laine, la viande et le lait qui enrichiront leurs propriétaires. Le chien, non plus, ne connaît pas les bêtes individuellement : il sait comment agir pour obéir aux ordres de ses maîtres. Et les moutons sont bien gardés.
Les moutons jamais ne se révoltent : ils ignorent tout de leur servile condition. C'est l'idéal du maître. Lorsque des hommes, des femmes et de enfants servent de bétail à d'autres, les propriétaires des troupeaux humains cherchent à leur faire atteindre cet idéal. Mais comment ?
Certes on peut réduire les êtres humains en esclavage par la terreur, en les faisant travailler sous la menace du fouet. La méthode a fait ses preuves. Mais elle oblige à recruter de nombreux gardiens, dont les bandes à leur tour constituent une menace supplémentaire pour ceux qui les paient. Trop de chiens devient un péril pour les bergers.
L'idéal du troupeau humain est qu'il accepte librement sa servitude. Pour ce faire, on a longtemps utilisé la religion, moyen pratique de relier entre eux les humains asservis dans la croyance que la liberté, c'est la soumission. La promesse d'un au-delà récompensant les plus obéissants et d'un enfer éternel pour les rebelles, liée à la menace terrestre de tortures physiques ou morales en cas de rébellion, ont été de puissants adjuvants pour le dressage des hommes à se comporter sagement en moutons.
Cependant, l'enrichissement croissant des maîtres ayant conduit à la constitution de troupeaux de plus en plus immenses, il a fallu inventer de nouveaux moyens de les asservir collectivement. Le lien personnel de maître à esclave n'est pas utilisable lorsque les domestiques sont trop nombreux. Des tentatives ont été faites de parquer les serviteurs dans de gigantesques étables concentrationnaires accolées à des unités de production, mais la nécessité de les terroriser en permanence conduisait à les affamer, voire à les détruire après usage, entraînant des coûts de production trop élevés. User les ouvriers jusqu'au dernier os, c'est oublier que les êtres humains mettent plus de temps à se reproduire que les moutons.
L'avantage des humains par rapport aux animaux, en même temps que leur inconvénient, est qu'ils parlent. C'est un avantage, car on peut leur faire prendre des vessies pour des lanternes pour peu qu'on sache comment manipuler les mots, mais c'est aussi un inconvénient, car il peut surgir en leur sein des parleurs adroits qui les incitent à refuser leur servitude. Il faut donc aux maîtres savoir contrôler l'emploi de la parole parmi les troupeaux humains.
Les moutons bien dressés n'aiment rien tant que la sécurité, qui leur permet de se faire tondre et égorger en paix. La viande stressée, on le sait, n'a pas bon goût. Dans le même ordre d'idées, on a inventé pour les humains domestiqués toutes sortes de méthodes afin de les tranquilliser : diffusion de messages, ambiances musicales, produits chimiques, séances de persuasion, activités collectives de défoulement, etc. De faux débats organisés par les médias de masse aux mains des maîtres de troupeaux leur présentent de faux problèmes dont on connaît d'avance les solutions pour leur montrer avec quelle diligence on s'occupe d'eux. Des séries télévisées leur expliquent où sont les valeurs qu'il faut respecter, en leur faisant éprouver des émotions positives face aux défenseurs des vertus et des émotions négatives devant ceux qui les bafouent. Afin de stimuler leur appétit de concurrence, on organise pour eux des tournois de compétitions diverses, sportives, culturelles, politiques, dont les gagnants sont célébrés comme autant de héros, dont le bonheur supposé permet de rêver par procuration. Récemment, on a même inventé de croiser la fascination pour les vedettes du show-biz avec le respect dû aux chefs politiques, en fabriquant un président qui soit à la fois poupée Barbie et Napoléon. Grâce aux progrès de la mise en condition tous les hybrides sont possibles. L'important est que les humains domestiqués soient productifs et dociles.
Pour leurs maîtres, les domestiques sont anonymes : à chaque fonction son petit nom, peu importe l'individu qui s'y colle. Chacun est identifié par sa profession, dont on lui fait croire qu'elle est une marque de sa personnalité. Comme dit le proverbe « un clou chasse l'autre », et les êtres humains se remplacent alors aussi facilement que des pièces d'assemblage. C'est pourquoi la démocratie d'Etat, dite représentative, est devenue l'outil centralisé de l'abrutissement de masse : grâce au système des élections, les personnes n'existent plus, sauf en tant qu'éléments statistiques.
Sondages et scrutins tiennent lieu de débats publics. On est loin des débuts de la démocratie.
Désormais, il suffit de compteurs électroniques pour faire croire aux moutons que ce sont eux qui choisissent leurs bergers.
Pourtant, les troupeaux cachent en leur sein de vraies personnes, qui vivent ici et là, temporairement, de véritables aventures. L'oeil des caméras et des statisticiens ne les voient pas, pour la raison que leurs programmateurs ignorent comment voir ce qui n'est pas conforme aux normes. A divers signes, pourtant, on sent qu'elles existent. Mais où sont-elles ? Comment agissent-elles ? Mystère. De temps à autre, on s'aperçoit que le conditionnement foire. Les domestiques deviennent intelligents. On en trouve même qui se font artistes, poètes, musiciens, inventeurs de leur vie quotidienne. Cela dérange la nécessaire monotonie qui sied aux activités grégaires. Bien sûr, je ne dirai rien qui permette aux chiens de garde de les identifier. Mais de plus en plus d'humains échappent par quelque biais aux mises en condition. Un jour, les pâles bergers qui croient servir de guides à l'humanité socialement démocratisée découvriront avec stupeur quels splendides individus ont grandi malgré eux dans leurs pâturages. On entendra des chants nouveaux et la parole n'aura plus besoin de compteurs. Comprenne qui voudra bien.
Inventin, 2008.77 % des nouvelles dépenses de la sécu sont dues aux Affections de Longue Durée comme le cancer (+ 84 %), soit 80 milliards en 2006.
Il y a plus d'une dizaine d'année, le président de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de Paris disait qu'il n'y avait pas de trou de la Sécu, mais seulement des impayés.
Cette année, nous allons devoir donner un euro non remboursé de notre poche,
nous allons être très contrôlés lors de nos arrêts maladie,
nous allons devoir consulter un généraliste avant d'aller voir un spécialiste...
Toutes ces mesures, et bien d'autres, pour réduire le "soi-disant" trou de la Sécu !
Mais le fameux trou de la Sécu de 11 milliards d'euros existe-t-il vraiment ?
7,8 milliards non reversés à la Sécu sur les taxes sur le tabac
3,5 milliards non reversés à la Sécu sur les taxes de l'alcool
1,6 milliards non reversés à la Sécu des assurances auto pour les accidentés
de la route
1,2 milliards non reversé à la Sécu de la taxe sur les industries polluantes
2 milliards de TVA non reversés à la Sécu
2,1 milliards de retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés
1,9 milliards de retard de paiement par les entreprises, etc...
C'est-à-dire : 20,1 milliards d'euros.
Si cette somme n'avait pas été piratée par nos ministres escrocs,
la Sécu aurait un bilan largement positif !
(chiffres issus du rapport de la Cour des comptes de la Sécu pour 2003/2004)
Où est passé l'argent de la Sécu ?...
Les exemptions de charges, sans compensation, offertes aux entreprises se montent entre 30 et 70 milliards d'Euros, selon les sources.
47,7 milliards ont été versés à l'armée et 95 milliards de bénéfices pour les seules 40 entreprises du CAC40 en 2007.
Plus de 40 milliards d'évasions (fraudes) fiscales repérées en France.
Combien effectivement dans les paradis fiscaux ?..
Lukas Stella, 2006."La pollution chimique constitue une menace grave pour l'enfant et pour la survie de l'Homme.
Notre santé, celle de nos enfants et celle des générations futures étant en péril,
c'est l'espèce humaine qui est elle-même en danger."
Extrait de L'Appel de Paris, signée par plusieurs centaines de scientifiques internationaux, l'ensemble des Conseils de l'Ordre des Médecins des 25 pays membres de l'Union Européene...
Appel de Paris (PDF)
L’insécurité n’est pas là où l’on voudrait bien nous le faire croire. Elle n’a plus de frontière, elle est partout, diffuse et sans apparence, invisible. Si elles ne se voient pas, les polutions chimiques, radioactives et électromagnétiques, n’en tuent pas moins tous les jours un peu plus.
Dans leur course aveugle, quelques fanatiques des bénéfices à n’importe quel prix, hytériques du boursicottage et des milliards à usurper au plus vite, éjectent leurs déchets toxiques allègrement, contaminant tout ce qui reste de vie sur terre.
Les cancers sont toujours les fruits de combinaisons de causes multiples dû à l'environnement. Les cancers du sein, de la prostate, des testicules ou du cerveau, mélanomes et lymphomes ont augmenté rapidement ces dernières années. La liste des diverses causes est longue, et toutes sortes d'agents soupsonnés d'être cancérigènes n'ont pas encore été étudiés...
Combien de mort avec le cancer ? Bientôt un sur deux comme au États Unis ?
Alors qu’il est aujourd’hui reconnu que l’espèce humaine est gravement contaminée et effectivement menacée par les pollutions, chimiques ou autres, les politiciens et les jounalistes, totalement irresponssables mais surtout complices, dénoncent les fumeurs de cigarettes, cachant par cet écran de fumée la dangereuse destruction de la vie sur notre planette.
Interdits partout, responsabilité nulle part !
Les pollueurs, ces nuisibles meurtriers, sévissent en toute liberté avec l'aide des États. Que vont faire ces apprentis mafiosi qui gèrent les gouvernances successives de l'abominable dictature des financiers. Ils ont depuis longtemps prouvé leur irresponsabilité suicidaire.
Attendre quoi, la disparition des poissons et des abeilles pour bientôt ?
Et après c'est au tour de qui ?... Combien de cataclysmes, de catastrophes, de suicides, de guerres...
Il est aujourd’hui prudent de ne plus choisir de se faire complice d’une société inhumaine et hypocrite, pour qui la vie n’a de valeur que dans le profit que l’on peut tirer de sa destruction chronique, qu’elle soit physique, biologique ou psychologique.
Nous n’avons plus le choix, il en va de notre survie.
Pourquoi nous refusons le marquage électronique des brebisAu 1er janvier 2008, l’ensemble du cheptel ovin et caprin de la communauté Européenne doit être
identifié avec des puces électroniques pour répondre aux exigences industrielles de « sécurité alimentaire » (règlement CE n°21/2004 du conseil du 17/12/2003). Ces mouchards arrivent à une époque où la machine industrielle s’emballe au rythme des crises sanitaires (grippe aviaire, vache folle, fièvre aphteuse…). Le dernier moyen de maintenir l’illusion d’une maîtrise est de considérer les éleveurs comme des risques industriels potentiels. Il faut donc assurer leur flicage.
Dans la marche du progrès, refuser le puçage électronique des brebis peut paraître anodin. Pourtant, cette nouvelle mesure de traçabilité, nous la prenons en pleine figure car nous savons qu’elle nous pousse un peu plus loin dans un monde où l’on commence à se sentir de trop.
L’élevage n’est pas seulement une industrie produisant du lait ou de la viande. La domestication n’est pas seulement la soumission d’un animal, c’est aussi un long compagnonnage commencé à la révolution du néolithique. Ces interdépendances influencent depuis 10 000 ans nos relations aux animaux, aux humains et au monde. Cette longue compagnie a participé à construire nos imaginaires, nos mythes, notre culture.
Avec le puçage électronique, toute cette partie de l’histoire de notre humanité est anéantie, détruite, niée.
Comme la plupart des professions, une part de plus en plus importante de nos activités est régie par un ailleurs : normes industrielles, obligation de s’expliquer, permanence de la suspicion à notre égard. Cela suffit !
Pour nous, il ne s’agit pas de se justifier. Nous ne voulons plus cogérer les modalités de notre soumission. Nous ne voulons plus nous « adapter ». Nous ne pouvons regarder nos brebis se transformer en machine, en émetteurrécepteur sans rien dire. Dans un monde où l’humiliation est devenue tellement familière que l’on ne la reconnaît plus, où le contrôle ne choque plus personne et peut même être citoyen ou participatif, nous avons fait comme tout le monde. Nous avons fait profil bas, nous avons ménagé les administrations et entretenu notre asservissement au système des primes agricoles en traînant les pieds face aux « nouveautés ».
Aujourd’hui refuser le puçage électronique, c’est voir son troupeau euthanasié. Malgré tout, si nous prenons publiquement la parole, c’est que nous ne voulons pas plonger dans l’aigreur et le désespoir que génère la résignation ( « de toute façon ça se fera », « les gens ne comprennent rien », « le monde est devenu fou », « on n’arrête pas le progrès »).
La révolution industrielle a réalisé la volonté de tout transformer en machine. Après les outils, il est question aujourd’hui des animaux domestiques avec le marquage électronique. Vient le tour du cheptel humain.
Déjà, il est question de bornes biométriques dans les cantines, de fichier ADN, de cartes d’identités biométriques,… Ce puissant processus de mécanisation du monde vivant est en train de détruire tout ce qui fait que l’humain n’est pas seulement une construction biologique usinable à merci.
Nous avons encore quelques espoirs mais ils peuvent disparaître si l’on continue à se taire, à baisser la tête, à laisser échapper ce que l’on a dans les mains. Ici, il s’agit pour nous de conserver quelques chances d’élever des bêtes à peu près dignement, de ne pas collaborer par notre silence à l’automatisation et à la déshumanisation de l’élevage, à la transformation définitive des bêtes en marchandise et à notre enfermement dans un monde invivable pour les brebis et pour nous tous.
Nous, bergers des plaines, des causses et des montagnes, réunis pour notre sauvegarde, appelons toutes et tous à refuser les entraves électroniques. Nos troupeaux ne sont pas des machines et nous n’habitons pas dans des usines. Nous vous invitons à reproduire ce texte, et à en parler autour de vous.
Inventin, 2007.Ce qui est important pour la vie quotidienne des populations se passe dans le silence et la complicité des politiques et des médias. Pas de journaliste, pas d'info, pas de problème... La dictature règne dans l'anesthésie des apparences.
Pendant que les politicens imposent l'insécurité sociale dans le pays, ils assurent leur avenir avec un régime spécial de chômage et de retraite.
Pour chaque député non réélu, les Français devront payer 417 120 euros (60 mois x 6952 euros). C'est la nouvelle indemnité chômage des députés, et les élus de la gauche à la droite sont tous d'accord. La plupart des médias n'en parlent pas. Sans doute parce que cette loi a été votée en douce, par tous les groupes politiques, UMP, PS, UDF et PCF, qui savent parfaitement s'entendre lorsqu'il s'agit de s'octroyer des avantages sur le dos de la population.
Ces mêmes politiciens nous parlent des efforts que nous devons consentir pour réduire la dette et les dépenses de l'Etat, en diminuant les allocations chômage, les retraites, la sécu, l'éducation...
Voter à l'unanimité et dans le silence complet, cette loi permet à un député non réélu de toucher pendant 60 mois au lieu de 6 mois son indemnité mensuelle nette qui est à ce jour de 5178 euros, alors qu'un salarié sur deux gagne moins de 1 310 euros par mois. En plus, chaque député non réélu percevra "à vie", à l'issue des 5 ans d'indemnités, 20% de ce traitement, soit 1 390 euros par mois, jusqu'à sa mort.
Bien entendu cette généreuse "indemnité chômage-retraite" est totalement inconditionnelle, et l'heureux bénéficiaire de cette gracieuse rémunération, n'est tenu à aucun engagement quelconque, comme par exemple justifier de la recherche d'un nouvel emploi, d'une visite mensuelle auprès d'un conseiller ANPE, ou d'une période d'activité justifiant cette "aide sociale"...
Pendant ce temps, notre vénéré président-dictateur s'est autorisé à tripler son salaire, passant de 6 806 € à 20 858 €, sans raison apparente, en douce, soit dix fois plus que la majorité des habitants de ce pays.
Et une prochaine augmentation pour bientôt...
Inventin, 2007.Une équipe de chercheurs de l'université de Clermont-Ferrand vient de mettre en évidence les effets du rayonnement des champs électromagnétiques de 900 Mz (fréquence la plus utilisée par la téléphonie mobile) sur le fonctionnement génétique des végétaux. A des valeurs de champ très inférieures aux normes réglementaires actuelles et à l'ussue d'une courte exposition, "on observe des effets biochimiques comparables à ceux que l'on observe à la suite d'un choc ou d'une blessure."
L'étude, menée entre Lyon et Paris auprès de 800 personnes, dont 350 hommes ou femmes agées de 30 à 59 ans lorsqu'on a découvert leur tumeurs cérébrales entre février 2001 et août 2003, livre un indice inquiétant. Les tumeurs du cerveau liées à l'utilisation d'un téléphone mobile pourraient se développer beaucoup plus rapidement que prévues. Ils ont relevé un temps de latence proche de 10 ans avant l'apparition de gliome ou de neurinome acoustique.
Bientôt visible, la menace par téléphone...
Voir www.robindestoits.org et www.criirem.org/
Jules Henry et Léon Léger,Naguère les révolutionnaires pouvaient à bon escient affirmer que les prolétaires devaient également changer la vie tout en exterminant l'Etat et les étatistes. Aujourd'hui, il n'est d'autre besoin que celui d'interrompre au plus tôt la vie de cette société !
Tout programme concret est réformiste.
La révolution ne peut surgir qu'en refusant le monde. Et le refus ne peut cohabiter avec l'acceptation. L'art du réformisme est de prétendre être ce refus.
La révolution n'est pas inhérente au prolétariat, sinon dans son idée pure... Elle est possible lorsque des milliers de prolétaires l'envisagent comme ultime recours au problème de l'existence.
Cette société peut s'effondrer comme un rien. Elle ne repose pas sur du sable elle est du sable humain, soudé par la force. Et le sable humain de cet édifice, ce sont les prolétaires soumis, et qui revendiquent leur soumission.
La peur de tous les pouvoirs environnants et déjà en place réglant tant le travail que la morale et les nations ; la peur de l'énorme force coalisée des bureaucrates au pouvoir ou s'y installant ici ou là dans le monde ; la peur que toute révolution fasse le lit d'une dictature plus efficace et quasi éternelle ; la peur d'échouer tout simplement, sachant que l'échec signe l'anéantissement physique d'une ou de plusieurs générations ; la peur des sacrifices à consentir, stupéfie, paralyse, divise, retarde, surseoit sans échéance.
Oui, les staliniens effraient les prolétaires. Oui, l'enjeu mondial de l'entreprise les étourdit.
Et les forces à abattre, dont les plus redoutables se disent prolétariennes, exacerbent la prudence et le doute.
Rien n'est joué.
Nul enthousiasme, nul triomphalisme ne sont de mise.
La révolution n'est pas. Peut-être ne sera-t-elle jamais. L'état se renforce.
Les prolétaires, on peut les affamer, les diffamer, les disperser, les droguer, les désespérer, les tromper par de faux espoirs, les spolier de leur force.
Les maîtres du monde ont le temps, qui ronge, qui éparpille, qui épuise, qui dissout.
La victoire de la révolution, en l'absence de révolution victorieuse, est une ignominie propre à d'imbéciles esthètes, satisfaits de contempler des hommes qui tentent dans l'effroi, le sang et les sacrifices ce qu'ils ont supputé pour l'humanité du haut de leurs pensoirs ; ou bien c'est le satisfecit puant d'odieuses salopes arrivistes.
Les prolétaires découvrent aujourd'hui qu'il n'existe pas de programmation de l'avenir. Ils ont peur, n'ayant rien à proposer sinon la destruction absolue de toutes les formes sociales présentes.
Cela n'est en rien un défaut, mais la qualité essentielle du prolétariat moderne, son nihilisme conscient : le projet d'inaugurer une aventure inconnue à l'échelle de l'humanité, et d'en avoir l'entière responsabilité.
Pour lui est prévisible tout ce qui est visible et nécessaire.
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Lukas Stella, 2007.Nico Sarko Bush de Nagybocsa, ce domestique du grand capital et de la haute finance escroque le bien publique pour le livrer aux entreprises mafieuses de l'affairisme mondial. Il fait autorité en répression décomplexée, dans un marché sécuritaire qui spécule sur la misère et tire profit de la précarité des conditions d'existences. Balancé comme un paquet de lessive hyperactive, il exécute le rôle de marionnette de sa propre image publicitaire.
En campagne permanente, l'État policier stalinien dissémine à grande échelle sa propagande tapageuse, toxique, arrogante et provocatrice. Les slogans rabâchés comme une pub sans fin, transforme le langage trop incertain, en marchandise frelatée mais si bien contrôlée.
La cérémonie funèbre achève sa représentation. L'info mégalo crie victoire ! C'est alors que les pressions communicantes s'affairent à liquider la mémoire, et que les bouffons du discours jouent aux gentils animateurs. La population, rayée des listes des commissions, râle et tire sur son sort. La réalité ainsi entreprise raffle les dividendes. C'était écrit dans le programme.
Dopée de pub, la politique consume les rêves. Aujourd'hui l'imbécillité, l'agressivité, l'exclusion et le mépris disloquent une société en ruine, cassant les derniers liens d'une cohérence illusoire. En expulsant le sale, les media nettoient une apparence qui doit rester sans tache. La machine du spectacle engouffre dans ses flux numériques ses sujets comme objets à exploiter, pour en tirer une propreté juteuse. Alors, la marque des partis pris incorpore et normalise les corps.
Tout va très bien Monsieur De Sarkosy, tout va très bien...
mais il faut que je vous dise, votre réalité est affaire de foi.
Jehan-Godefroid-Adalbert-Carolus-Vladimir,La France part en eau de boudin. Déjà faut-il que ces charcuteries saignantes soient bien dégénérées pour pisser de la vulgaire eau. Mais tout ici n'a plus de goût, si l'on peut s'exprimer ainsi. D'ailleurs, ce jour n'est-il pas l'anniversaire d'une date fameuse il y a quarante ans, où des étudiants fomentaient en dortoir des troubles d'où nous eûmes quelque frayeur à nous extraire.
Encore aujourd'hui, le souvenir en marque les esprits craintifs. Jusqu'à cet insigne petit Nicolas, nain d'esprit et de corps, qui s'imagine qu'en grimpant sur les escabeaux du pouvoir il ressemblera à Napoléon. Vraiment l'époque fourmille de valets qui se prennent pour des maîtres.
La domesticité qui sert de peuple à ce qu'on appelle encore un pays va être convoquée pour désigner son maître d'hôtel. La périodicité de ce rite électoral, qui permet aux grenouilles de se choisir un roi à tempérament, serait d'une navrante banalité si, cette fois, l'occasion ne leur était donnée de déroger à la règle en optant pour une reine. O remarquable nouveauté !... On savait bien qu'entre le roi et le valet se glissait une dame. Mais quel remue-méninge chez les officiels en cravate : la jupe accédant à la fonction suprême fait fantasmer les porteurs de gilets. Faut-il en avoir ou pas ?...
Mais l'important, n'est-ce-pas, c'est que les pauvres soient bien gardés. Peu nous chaut que ce soit par un berger ou une bergère, du moment que nos actions continuent à nous combler de leurs bénéfices. Nous n'avons pas de crainte à ce sujet. Aucun des candidats à la couronne n'est en mesure de menacer nos salons. Jamais d'ailleurs nous n'avons eu la moindre inquiétude : on ne chasse pas le bourgeois à coups de bulletins. Quant à ceux qui croient se servir de la télévision pour insuffler des idées subversives à la valetaille, ils n'ont pas encore compris ce bon mot de Mac Luhan : c'est le médium qui est le message. En l'occurrence, comme l'avait bien compris en son temps le directeur de TF1, de la télé ne sortira jamais que de la pub pour Coca-Cola et autres produits issus de nos usines. Le tube-à-cons ne distille pas d'intelligence. Heureusement pour nous, nous n'en regardons même pas à Saint-Magloire.
Pourtant nous avons eu peur, il y a peu, quand ces hordes incontrôlées ont enflammé les banlieues de nos villes. Il y a dans la violence sans justification un je-ne-sais-quoi de poétique qui épouvante le raisonnable. Et vous savez combien je redoute le dérèglement des sens. Par dessus tout, j'exècre l'insouciance, surtout lorsqu'elle devient impertinente. Rien ne nuit plus aux affaires que l'absence de raison. C'est pour cela qu'on s'arrange toujours pour donner des chefs aux émeutiers. Quand on trouve un responsable, on sait avec qui discuter pour ramener le troupeau excité à la bergerie. Sinon, c'est le chaos. A partir duquel tout devient possible. Quelle horreur !...
Heureusement, ces temps de tumulte ont passé et il semble que la saine compétition ait repris le dessus. Rien ne nous plaît tant que ce merveilleux cri de ralliement : « que le meilleur gagne ». Attendu que nous ne cessons de gagner tout le temps, grâce à notre position sociale, ce bref dicton montre bien à qui veut l'entendre que nous sommes les meilleurs. C'était écrit jadis sur les flippers : It's more fun to compete... Pour les gagnants, évidemment. La bonne blague. C'est pourquoi les pauvres n'ont aucun mérite, n'en déplaise aux organisations charitables. Nous non plus, je vous l'accorde, mais cela ne doit pas être dit. En faisant le réclame de la compétition, nous nous encensons sans risque. L'important, c'est que tout le monde croit que le meilleur est celui qui a gagné, du moment que le trône ne sert à rien. A y repenser, c'était une furieusement bonne idée d'inventer la démocratie représentative. Cet imbécile de Louis XVI aurait dû le comprendre.
Certes, l'idée démocratique est dangereuse dans son principe, je vous l'accorde. Si les gens se mêlaient de se mettre vraiment d'accord pour décider que faire et surtout comment profiter ensemble des ressources du monde, il n'y aurait plus de place pour les nôtres (vous comprenez ce que je veux dire). Mais tant qu'on ne laisse pas le personnel s'occuper de diriger les entreprises, tout le reste n'est que distraction. Le spectacle de la politique, pour vain et ridicule qu'il soit, est un sain dérivatif aux velléités de révolte. Alors, mon bon, incitons les jeunes de chez nous à s'inscrire sur les listes électorales. Nous savons comment on traite avec les élus. De quelque bord qu'ils soient ou s'imaginent être. Du moment qu'ils font des lois, c'est notre pouvoir qu'ils modèlent.
Ne vous inquiétez pas de la petite Jeanne d'Arc. Sa dévotion nouvelle pour la « démocratie participative » n'est qu'une réminiscence des assemblées au cours desquelles nos ancêtres écoutaient les doléances de leurs gens. Lorsque les administrés croient qu'on s'intéresse à eux, il devient plus facile de leur faire accepter les décisions nécessaires. Cette donzelle a de la malice de vieux politicien et je ne serais pas surpris qu'elle surpasse en rouerie les bouffons qui lui disputent la place. J'ai retenu qu'elle veut magnifier le sens de l'effort chez les jeunes, et rien ne peut plus réjouir nos oreilles qu'un tel discours. Nous aimons que nos gens sachent suer pour nous.
Reste le paysan. Il a un côté vieille terre qui, vous vous en doutez, n'est pas pour me déplaire. Sa bonne grosse sagesse fait penser à Henri IV. Espérons qu'il ne trouvera pas de Ravaillac sur son chemin. Quant au gros benêt, il continue de berner les hargneux avec ses envolées racistes, fascistes et nationalistes. En cas de coup dur, ses troupes pourront nous servir à garder nos biens. Il y a fort longtemps, nos pères ont déjà eu recours aux services de ces bandits, mais cela leur a coûté cher. A part utiliser l'imparfait du subjonctif, ce hobereau suant n'a rien à dire de sérieux.
Comme vous le voyez, il n'y a rien d'inquiétant dans le tapage actuel. Si ce n'était, justement, que tout cela n'est que du bruit, et que ce tohu-bohu peine à couvrir les inquiétantes rumeurs qui montent des bas-fonds. J'ai peur qu'aucun de ces compétiteurs ne soit à la mesure de la tâche, en cette époque où tout le monde commence à découvrir par quels stratagèmes nous gardons nos richesses et vers quels désastres il est probable que notre entêtement conduise l'humanité. Vous savez à quel point je me fiche du sens de l'humain. Hors les bénéfices de nos actions, il n'est rien qui puisse m'intéresser. Or c'est là, justement, que j'ai de mauvais pressentiments : je ne suis pas sûr que nos gens partagent encore avec nous le sens de l'économie. Nous avons beau les bassiner avec nos calculs, je crains qu'ils ne décident un jour de passer outre. Je n'ose imaginer ce qu'il adviendrait de nous s'ils cessaient de croire avec nous que c'est l'économie qui doit diriger le monde.
Anatole, cette lettre est une lettre politique. Donc motus à la maisonnée. N'oubliez pas, si vous êtes député, que la démocratie est comme l'alcool : à consommer avec modération. Peu importe sous quelle étiquette.
Inventin, 2007."En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres." André Breton
Dans l'hystérie des bouffonneries électorales, le PC nouveau, tendence pub Lewis, est arrivé. Le trotskisme avec le sourire accrocheur de l'arnaqueur, racole à la mode. L'entreprise devient compétitive et prend quelles parts du marché. Donnant l'illusion d'un parti rassembleur, la LCR casse l'union, en quittant le premier les collectifs antilibéraux pour une alternative à gauche. La seule union possible de ce parti ne peut être qu'avec lui-même, car il se considère comme le seul parti capable de contrôler son hypotétique révolution. Son objectif est de remplacer définitivement le Parti Communiste. Sa grande victoire est d'avoir fait passer le style Hollywood-Nike dans la vieille idéologie Trotskiste.
Il peut être utile de se rappeller que Trotsky, membre du Comité Central Bolchévique, devint commissaire à la guerre en 1918, et dirigea l'Armée Rouge durant la guerre civile. Membre du Bureau Politique avec Lenine, il interdit les autres partis politique. Il décréta que toute grève devait être considérée comme une désertion, et toute revendication comme une insubordination. Il liquida l'insurection des collectifs libertaires des paysans d'Ukraine, puis en 1921 il conduisit le massacre des révoltés de Kronstadt qui revendiquaient un véritable pouvoir aux soviets (non au Parti Bolchévik), la libération des prisonniers socialistes, la liberté de parole et de la presse pour les ouvriers et les paysans.
"Le triomphe de l’ordre bolchevik coïncide avec le mouvement de contre-révolution internationale qui commença avec l’écrasement des Spartakistes par la «Social-démocratie» allemande. Leur triomphe commun était plus profond que leur opposition apparente, et cet odre bolchevik n’était, en définitive, qu’un déguisement nouveau et une figure particulière de l’ordre ancien. Les résultats de la contre-révolution russe furent, à l’intérieur, l’établissement et le développement d’un nouveau mode d’exploitation, le capitalisme bureaucratique d’Etat et, à l’extérieur, la multiplication des sections de l’Internationale dite communiste, succursales destinées à le défendre et à répandre son modèle. Le capitalisme, sous ses différentes variantes bureaucratiques et bourgeoises, florissait de nouveau sur les cadavres des marins de Kronstadt et des paysans d’Ukraine, des ouvriers de Berlin, Kiel, Turin, Shangaï, et plus tard de Barcelone."
"Très tôt, le modèle russe s’imposa aux organisations ouvrières d’Occident, et leurs évolutions furent une seule et même chose. A la dictature totalitaire de la Bureaucratie, nouvelle classe dirigeante, sur le prolétariat russe, correspondait au sein de ces organisations la domination d’une couche de bureaucrates politiques et syndicaux sur la grande masse des ouvriers, dont les intérêts sont devenus franchement contradictoires avec les siens."
"Les morts hantent encore les cerveaux des vivants."
"Au sein de ce monde, des organisations prétendument révolutionnaires ne font que le combattre apparemment, sur son terrain propre, à travers les plus grandes mystifications. Toutes se réclament d’idéologies plus ou moins pétrifiées, et ne font en définitive que participer à la consolidation de l’ordre dominant. Les syndicats et les partis politiques forgés par la classe ouvrière pour sa propre émancipation sont devenus de simples régulateurs du système, propriété privée de dirigeants qui travaillent à leur émancipation particulière et trouvent un statut dans la classe dirigeante d’une société qu’ils ne pensent jamais mettre en question."
"Dans un monde fondamentalement mensonger, ils sont les porteurs du mensonge le plus radical, et travaillent à la pérenninté de la dictature universelle de l’Economie et de l’Etat."
"Un modèle social universellement dominant, qui tend à l’autorégulation totalitaire, n’est qu’apparemment combattu par des fausses contestations posées en permanence sur son propre terrain, illusions qui, au contraire, renforcent ce modèle. Le pseudo-socialisme bureaucratique n’est que le plus grandiose de ces déguisements du vieux monde hiérarchique du travail aliéné."
"Des stalino-trotskismes réconciliés à toutes les tendances et demi-tendances qui se disputent «Trotsky» à l’intérieur et à l’extérieur de la IVº Internationale, règne une même idéologie révolutionnaire, et une même incapacité pratique et théorique de comprendre les problèmes du monde moderne."
"La révolution, comme la vie qu’elle annonce, est à réinventer. Si le projet révolutionnaire reste fondamentalement le même : l’abolition de la société de classes, c’est que, nulle part, les conditions dans lesquelles il se forme n’ont été radicalement transformées. Il s’agit de le reprendre avec un radicalisme et une cohérence accrus par l’expérience de la faillite de ses anciens porteurs, afin d’éviter que sa réalisation fragmentaire n’entraîne une nouvelle division de la société."
"Le principe de la production marchande, c’est la perte de soi dans la création chaotique et inconsciente d’un monde qui échappe totalement à ses créateurs. Le noyau radicalement révolutionnaire de l’autogestion généralisée, c’est, au contraire, la direction consciente par tous de l’ensemble de la vie."
"C’est au travail lui-même qu’il faut s’en prendre. Loin d ‘être une «utopie», sa suppression est la condition première du dépassement effectif de la société marchande, de l’abolition -dans la vie quotidienne de chacun- de la séparation entre le «temps libre» et le «temps de travail», secteurs complémentaires d’une vie aliénée, où se projette indéfiniment la contradiction interne de la marchandise entre valeur d’usage et valeur d’échange. Et c’est seulement au-delà de cette opposition que les hommes pourront faire de leur activité vitale un objet de leur volonté et de leur conscience, et se contempler eux-mêmes dans un monde qu’ils ont eux-mêmes créé."
"La chance historique du nouveau prolétariat est d’être le seul héritier conséquent de la richesse sans valeur du monde bourgeois, à transformer et à dépasser dans le sens de l’homme total poursuivant l’appropriation totale de la nature et de sa propre nature. Cette réalisation de la nature de l’homme ne peut avoir de sens que par la satisfaction sans bornes et la multiplication infinie des désirs réels que le spectacle refoule dans les zones lointaines de l’inconscient révolutionnaire, et qu’il n’est capable de réaliser que fantastiquement dans le délire onirique de sa publicité. C’est que la réalisation effective des désirs réels, c’est-à-dire l’abolition de tous les pseudo-besoins et désirs que le système crée quotidiennement pour perpétuer son pouvoir, ne peut se faire sans la suppression du spectacle marchand et son dépassement positif."
Paul, 2007.« Total enregistre des bénéfices historiques en 2006
Le groupe pétrolier français Total a annoncé mercredi avoir enregistré en 2006 un bénéfice net ajusté record de 12,585 milliards d'euros, en hausse de 5 % sur 2005, grâce à la flambée des prix du pétrole ». (Le Monde, 14 février)
Le voilà donc, le Grand Secret qui explique tout : jamais dans l'histoire du capitalisme, des entreprises n'ont fait autant de bénéfices que les compagnies pétrolières d'aujourd'hui.
On a tout compris, n'est-ce pas ?...
Du fric à gogo qui rapporte à ceux qui l'ont investi, sans rien faire d'autre que de le mettre en jeu. Casino Royale à tous les coups gagnant. Tout ça pour le claquer chez les fabricants de loisirs pour milliardaires. Même pas envie...
Et ces piscines de luxe, ces villas pieds dans l'eau, ces lagons privés, valent pour eux l'horreur de guerres qu'on organise pour effrayer la populace qu'on doit contrôler. Faut pas qu'elle aille voir dans le bizness. On lui fait croire qu'elle choisit ses gouvernants. On a bien en main les médias qui lui expliquent pourquoi et comment voter. Les benêts font ce qu'on leur propose.
Pour vendre le pétrole, il faut des engins qui en boivent, des routes qui mènent aux points de ravitaillement. Plus possible de vivre sans. La bouffe, les loisirs, le boulot, tout est sur les routes. On a rendu l'essence plus essentielle que l'air.
D'ailleurs, l'air, justement, grâce au pétrole, il devient rare. Il se réchauffe. Alors on va climatiser. Et ça consommera encore plus. Et les bénéfices vont encore grimper. Les guerres aussi. La misère des sous-hommes qui n'ont pas d'auto. Pas d'eau. Pas d'air. C'est chez eux qu'on se flingue. En plus, les mêmes qui gagnent avec le pétrole font rebelote avec les armes.
Les guerres ne se font plus au hasard. Elles sont planifiées par le Conseil de Sécurité des Truands Unis, dont les cinq membres permanents sont justement les pays qui fabriquent les armes. Tiens donc... Au fait, ce sont les mêmes qui investissent dans le pétrole et dans les guerres. Ah oui, et aussi dans les médicaments, puisque tout ce bizness fait des blessés et des malades : c'est un autre marché juteux.
Pour lancer des guerres, avec des benêts qui votent, il faut leur expliquer qui sont les méchants. Comme on tient les médias et les gouvernements, c'est facile. On embauche des truands pour commettre d'affreux attentats, on en accuse des vilains qu'on encourage par en-dessous à dire de méchantes choses, et le tour est joué. Les benêts en redemandent. Plus le mensonge est gros, comme de faire croire qu'une équipe de barbus dans une grotte fait écrouler des gratte-ciels en acier à distance dans la ville la plus protégée du monde, plus les spectateurs hésitent à croire que ce n'est pas vrai.
Pendant ce temps, des bouffons de scène font rire les braves gens. Au spectacle on ne va pas voir ce qui se trame dans les coulisses. L'odeur des corps grillés par les bombes incendiaires est cachée par le parfum des barbecues. Les cris de douleur sont masqués par les musiques à la mode. Dansez, dansez, petits pantins, votre piètre existence enrichit les compagnies pétrolières. Tant pis si vous ne savez jamais ce que c'est que la vie.
Oh la jolie planète...
LA FONCTION DE L'ORGASME (extrait de l'introduction)
Wilhelm Reich, 1945.
La théorie de l'économie sexuelle peut s'exprimer en quelques phrases :
La santé psychique dépend de la puissance orgastique, c'est-à-dire de la capacité de se donner lors de l'acmé de l'excitation sexuelle, pendant l'acte sexuel naturel. Sa base est l'attitude caractérielle non névrotique de la capacité d'aimer. La maladie mentale est le résultat d'un désordre dans la capacité naturelle d'aimer. Dans le cas de l'impuissance orgastique, dont souffrent la majorité des humains, l'énergie biologique est inhibée et devient ainsi la source de toutes sortes de comportements irrationnels. La guérison des troubles psychiques exige en premier lieu le rétablissement de la capacité naturelle d'aimer. Elle dépend autant des conditions sociales que des conditions psychiques.
Les troubles psychiques sont les effets des perturbations sexuelles qui découlent de la structure de notre société. Pendant des milliers d'années, ce chaos a favorisé l'entreprise qui tendait à soumettre les individus aux conditions existantes par l'intériorisation de contraintes extérieures imposées à la vie. Son but est d'obtenir l'ancrage psychique d'une civilisation mécanisée et autoritaire en ôtant aux individus leur confiance en eux-mêmes.
Les énergies vitales, dans des conditions naturelles, ont une régulation spontanée, excluant les formes obsessionnelles du devoir et de la moralité. Ces formes obsessionnelles révèlent à coup sûr l'existence de tendances anti-sociales. Le comportement anti-social naît de pulsions secondaires qui doivent leur existence à la répression de la sexualité naturelle.
L'individu élevé dans une atmosphère de négation de la vie et du sexe acquiert un plaisir-angoisse (la peur de l'excitation de plaisir) qui est représenté physiologiquement par des spasmes musculaires chroniques. Ce plaisir-angoisse est le terrain sur lequel l'individu recrée les idéologies qui nient la vie et qui forment les bases des dictatures. C'est le fondement de la peur de vivre d'une manière libre et indépendante. Il devient la source où toutes les activités politiques réactionnaires, où tous les systèmes de domination d'un individu ou d'un groupe sur une majorité de travailleurs puisent leur force. C'est une angoisse bio-physiologique. Elle constitue le problème central de la recherche psycho-somatique. Jusqu'à présent, ce fut là le plus grand obstacle à l'investigation portée dans le domaine des fonctions vitales involontaires que le névrosé éprouve comme quelque chose d'étrange et d'effrayant.
La structure caractérielle de l'homme d'aujourd'hui (qui perpétue une civilisation patriarcale et autoritaire vieille de quelque quatre à six millénaires) est marquée par une cuirasse contre la nature en lui-même et contre la misère sociale extérieure à lui-même. Cette cuirasse du caractère est à la base de la solitude, de l'insécurité, du désir ardent d'autorité, de la peur de la responsabilité, de la quête d'une mystique, de la misère sexuelle, de la révolte impuissante, de la résignation à un type de comportement pathologique et contraire à la nature. Les êtres humains ont adopté une attitude hostile contre ce qui, en eux-mêmes, représente la vie, et se sont éloignés d'elle. Cette aliénation n'est pas d'origine biologique, mais d'origine sociale et économique. On ne la trouve pas dans l'histoire humaine avant le développement de l'ordre social patriarcal.
Depuis lors, le devoir a remplacé le plaisir naturel de travailler et d'agir. La structure caractérielle moyenne des êtres humains s'est modifiée dans la direction de l'impuissance et de la peur de vivre, de sorte que les dictatures ont pu, non seulement trouver un terrain pour s'y établir, mais se justifier en mettant l'accent sur les attitudes humaines existantes, telles que le manque de responsabilité et l'infantilisme. La dernière catastrophe internationale est l'effet ultime de cet éloignement de la vie.
La formation du caractère sur un mode autoritaire a pour point de départ, non pas l'amour parental, mais la famille de type autoritaire. Son principal instrument est la suppression de la sexualité chez l'enfant et chez l'adolescent.
En raison de la cassure qui s'est produite dans la structure caractérielle de l'homme d'aujourd'hui, on tient pour incompatibles la nature et la culture, l'instinct et la morale, la sexualité et l'accomplissement de soi. Cette unité de la culture et de la nature, du travail et de l'amour, de la morale et de la sexualité, que l'humanité attend depuis toujours, cette unité restera un rêve aussi longtemps que l'homme ne permettra pas la satisfaction des exigences biologiques de l'accomplissement sexuel naturel (orgastique). Jusque-là, la vraie démocratie et la liberté responsable demeureront une illusion, et la soumission sans espoir aux conditions sociales existantes caractérisera la vie humaine ; l'anéantissement de la vie prévaudra, ne fût-ce que dans l'éducation obsessionnelle, dans les institutions sociales obsessionnelles, ou dans les guerres.
Dans le domaine de la psychothérapie, j'ai mis au point la technique de la végétothérapie caractéro-analytique. Son principe fondamental est la restauration de la motilité bio-psychique par la dissolution des rigidités (« cuirassements ») du caractère et de la musculature. Cette technique psycho-thérapeutique a été vérifiée expérimentalement par la découverte de la nature bio-électrique de la sexualité et de l'angoisse. La sexualité et l'angoisse sont les directions opposées de l'excitation dans l'organisme biologique : l'expansion du plaisir et la contraction de l'angoisse.
La formule de l'orgasme qui régit l'investigation de l'économie sexuelle est la suivante : Tension mécanique —> Charge bio-électrique —> Décharge bio-électrique —> Relaxation mécanique. Elle se trouve être la formule du fonctionnement du vivant en général. Cette découverte a mené à la recherche de l'organisation de la substance vivante dans la substance non vivante, c'est-à-dire à l'étude du bion expérimental, et plus récemment encore, à la découverte de la radiation de l'orgone. Les recherches sur le bion ouvrirent une nouvelle voie d'approche au problème du cancer et de certains autres troubles du système neuro-végétatif.
Le fait que l'homme est la seule espèce qui ne suive pas la loi naturelle de la sexualité est la cause immédiate d'une série de désordres dévastateurs. Le refus social de la vie aboutit à la mort en masse dans les guerres, de même que dans les troubles psychiques et somatiques du fonctionnement vital.
Le processus sexuel, c'est-à-dire le processus biologique expansif du plaisir, est le processus vital producteur en soi.
Lukas Stella, 2007.Certaines infos passent inaperçues. La baisse importante des impôts des sociétés (IS) actuellement de 33% en France. Ils étaient de 50% il y a seulement 20 ans. Pour comparaison, le taux de l'impôt des sociétés aux États Unis est de 35%.
Pendant ces 15 dernières années en france, le nombre de smicards à doublé.
La moitié des salaires sont aujourd'hui inférieurs à 1240 € net par mois, et un tier inférieur à 936 € (CERC), alors que les dividendes versés aux actionnaires des entreprises du CAC 40 ont été multipliés par sept en sept ans.
La plus part des sociétés transnationales ont placées leur maison mère dans des paradis fiscaux (plus de 40 pays dans le monde), afin de ne presque plus payer d'impôt sur leurs bénéfices. Mais ça ne leur suffit pas, une partie de leurs profits disparaisent par l'intermédiaire de sociétés écrans. Ainsi de gigantesques détournement de fonds échappent à tout contrôle. Les sociétés écrans existent dans plusieurs douzaine de juridictions qui leur permettent de cacher les noms de leurs propriétaires. Elles s’appellent également des sociétés internationales d’affaires ou les sociétés d’investissement privées. Il y a plus de trois millions de sociétés anonymes qui contrôlent une part croissante du capital international. On connaît peu au sujet de leurs possessions parce qu’on n’exige pas d’elles d’établir des rapports financiers. Et elles peuvent faire cela parce que des intérêts économiques puissants le veulent, et l'impose aux États endettés qui doivent rendre des comptes à leurs créditeurs.
Malgré leurs opacités les richesses des sociétés transnationales restent parfois visibles. De même, les transactions boursières (capitalisations, obligations, fonds spéculatifs...), très peu contrôlées restent dans l'obscurentisme. C'est le montant de leur volume qui est caché, il avoisinerait les 166000 milliards de Dollars, soit plus de deux fois le PIB mondial (valeur totale de la production de biens et services marchands).
Ceci est encore la partie visible de l'iceberg, sa masse invisible qui a plus que doublé en 10 ans, disparaît en échappant à toute réglementation. Elle représenterait plus de 80% des opérations financières. C'est le marché numérique des changes (Forex), des devises et le marché de gré à gré (d'ordinateur à ordinateur) avec les produits dérivés (contrats ou opérations à terme, crédits croisés, options sur future, sur moyenne ou barrière, dérivés hybride ou exotique...). Selon la Banque des règlements Internationaux (BRI) leurs montants s'élevaient à 3100 milliards de dollars par jour en 2004 (http://www.cambiste.info/sdmpage/market/orga30.php), soit environ 930000 milliards de Dollars par an, plus de 15 fois le PIB mondial, et peut-être beaucoup plus car s'ils ne sont pas contrôlés, on ne peut donc pas vraiment connaître leurs montants.
Sous la surface apparente du spectacle se cache l'usurpation des richesses par quelques centaines de personnes, appauvrissant les populations en esclavage et détruisant la planète.
Raoul Vaneigem,"L'État investit dans l'appareil répressif et neuroleptique les sommes qu'il économise sur les budgets réservés à l'enseignement, à la santé, à la nourriture, au logement, au bienêtre. Le système de gardiennage et de contrôle policier établi dans les établissements scolaires surpeuplés, où la promiscuité engendre la violence, offre en ce sens un parfait exemple de la gabegie au pouvoir, du crétinisme politique, de l'absurdité mercantile.
Miser sur le renforcement de la police, sur la répression, sur l'idéologie de la terreur pour contenir et contrôler la haine et l'agressivité qu'excitent le chômage, la frustration, l'ennui, l'abrutissement, qu'est-ce d'autre que la pratique mafieuse qui consiste à proposer, en échange d'une rémunération et d'une stricte obédience, une protection contre le péril que l'on suscite ?"
Paul, 2007.« L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement ». (Genèse, 3,22)
Dans la mythologie abrahamique, commune au judaïsme, au christianisme et à l'islam, Dieu chassa les premiers humains du paradis terrestre pour avoir, malgré son interdiction, goûté du fruit défendu sur l'arbre de la connaissance du bien et du mal. « Et l'Éternel Dieu le chassa du jardin d'Éden, pour qu'il cultivât la terre, d'où il avait été pris. » (Genèse, 2,23)
Chez les chrétiens, cette faute, nommée « péché originel », est le fondement de toutes les autres. Seuls les dieux savent ce qui est Bien et Mal. Quiconque s'arroge ce droit pèche contre la divinité. La « justice des hommes » est imparfaite par essence.
En déclarant urbi et orbi qui appartient au Bien et qui au Mal, le prétendu halluciné de Dieu nommé George Walker Bush usurpe donc le privilège du Juge absolu, dont il se dit représentant sur terre. Commet-il de ce fait le seul crime que Jésus a déclaré impardonnable : celui contre l'Esprit ?
Seul Bush le sait.
Pour ma part, athée et tolérant, lorsqu'un croyant veut imposer son point de vue, je me demande toujours ce que cela cache. Car l'individu sincère, quelles que soient ses convictions, n'a pas besoin de juger les autres. S'il le fait, je pense qu'on est en droit de se demander quelle sorte de tromperie dissimule l'affirmation en force de sa droiture.
Car pour être cru, le juge doit être droit : Saint-Georges ne peut combattre le dragon avec les armes du démon. Or l'on entend des voix de plus en plus nombreuses, venues du pays où règne le shérif auto-proclamé de l'Empire du Bien, qui l'accusent des pires crimes, notamment d'avoir comploté avec des assassins pour organiser des attentats attribués à d'autres afin de les dénoncer comme agents de l'Empire du Mal. Ruse diabolique, s'il en est.
Puis voici qu'un de ses plus fidèles lieutenants se fait prendre la main dans le sac : l'apôtre Paul Wolfowitz, qui chassait les corrompus à la Banque Mondiale, est à son tour accusé de plonger dans
la caisse pour rétribuer ses femmes et ses amis. Quand les agents du Bien sont des fripons, que faut-il penser des croisades ?
Tant qu'il n'a pas été jugé, tout prévenu est réputé innocent. Tel est le fondement du droit. Seul un juge peut acquitter, ou décréter qu'Untel a commis un délit ou un crime. Autrement dit, un délinquant est une personne qui a été condamnée par un tribunal. On la trouve donc en prison, dans un centre éducatif spécialisé ou en liberté surveillée. Si un shérif, voire un ministre de la police, ou pire, un président, annonce qu'il va faire le « chasse aux délinquants », cela veut dire, ou bien qu'il ne respecte pas la décision des tribunaux en allant chercher noise à ceux qui ont déjà été condamnés, ou bien qu'il usurpe la fonction de juge, en déclarant pouvoir décider hors de toute décision judiciaire qui est « délinquant ». Dans les deux cas, il s'agit évidemment d'un abus de pouvoir, dont on est en droit de se demander quelle tromperie il dissimule. Même le petit Nicolas le sait.
Qu'un pouvoir définisse lui-même les camps du Bien et du Mal, ou qu'il choisisse de désigner tel ou tel comme délinquant en l'absence de toute enquête et de tout jugement, il devient pour lui-même sa propre cause. Sa seule justification, c'est d'exercer son pouvoir. Cela se passe ainsi sous le régime de la monarchie absolue, comme sous la dictature, fasciste ou bolchevique.
Le stalinisme de droite, comme le pétainisme de gauche, sont deux versions à peine concurrentes de la même confusion entre une morale décrétée par l'Etat et le bien-être des citoyens. En fait, derrière les pantomimes des défenseurs de la vertu, républicaine ou non, se cache la lâcheté des laquais endimanchés, manipulés par les maîtres des donjons. Touche pas au grisbi est le programme commun de leurs élucubrations politiciennes. Le reste n'est que prêchi-prêcha pour détourner l'attention des gogos de la fonction essentielle de l'Etat qu'ils défendent : il faut que les pauvres soient bien gardés.
On a remarqué, dans les représentations du monde faites par les apôtres du Bien, que les «mauvais» sont aussi dans le camp de la misère. Le mal, pour les riches, ne vient pas de la pauvreté, dont ils profitent : ce sont les pauvres eux-mêmes. Ce que les petits hommes chargés de les garder redoutent le plus est leur insoumission. Que les nuques des pauvres cessent de se courber, et la peur envahit les maîtres des banques et des donjons. Rien ne les effraie plus que l'humanité de la multitude, dans toute sa diversité, lorsqu'elle se met à marcher debout. Alors ils la condamnent d'avance, ils lui attribuent les vices qui sont les leurs, pour envoyer contre elle les chasseurs de délinquants, les tueurs de résistants, les inquisiteurs et les lyncheurs professionnels.
Jamais les maîtres des richesses et des donjons n'ont eu autant d'armes et de moyens pour assurer la soumission des gens. Pourtant, jamais ils ne se sont sentis aussi menacés dans leurs prétentions à diriger le monde. Les spectacles qu'ils montent pour faire croire aux peuples qu'ils s'administrent aux-mêmes tournent en farces lamentables, et les mots qu'ils emploient pour gruger les citoyens se retournent contre eux : liberté, égalité, fraternité, justice, démocratie, participation... La liste est longue des ballons publicitaires lancés par le pouvoir qui lui reviennent comme autant de colis piégés. La peur des maîtres devant le néant qu'ils ont eux-mêmes creusé remplit de joie les êtres humains qui se rapproprient peu à peu les clés de la démocratie.
Et le jour de la fête des dragons, au nouvel an d'une société réveillée, on verra s'enfuir les Saint-Georges et tous les maîtres des donjons.
Lukas Stella, 2006-2007.Le changement de perspective consiste à réaliser que la directionnalité du cours de nos dérives naturelles résulte de la concervation de nos désirs de vivre, ensemble. Il est possible de passer de la recherche d'une solution de changement au plaisir de changer, immédiat et gratuit, sans contrainte, dans un cours incertain.
L'incident, ou le changement imprévu surgit en dehors du cadre des contrôles du système. Limité à son contexte interne, un système ne peut pas se comprendre lui-même, car pour cela il faudrait qu'il se regarde de l'extérieur, ce qui reviendrait à se dédoubler.
Pour comprendre le changement il est nécessaire de recadrer la situation dans un contexte plus élargi.
Décaller un point de vue dans un angle resté mort jusqu’à présent, introduit un mélange de contextes différents, demeurés étrangés. C’est alors qu’émerge une certaine confusion dans les perceptions et dans les règles jouées jusque là dans ce genre de circonstance. Pour compenser cette confusion et se reconstruire un certain équilibre, une importance nouvelle est attribuée aux relations avec les autres. Cette situation vécue comme une nouvelle expérience a de grandes chances de déboucher sur l’invention d’incroyances spontanée, et ceci par nécessité, ce qui n’était pas concevable dans le cadre des croyances utilisées dans le contexte antérieur.
Le changement n’est pas définissable d’un point de vue situé avant sa réalisation. Quand il y a changement effectif, l’observation de la situation modifiée devient différente, le point de vue n’est plus le même. L’économie politique ne peut envisager d’ailleurs possibles, car elle ne peut inventer d’autre réalité que la sienne. Pour les gens du pouvoir tout est calculable, prévisible et contrôlable, le changement effectif est inconcevable, car il ne peut-être ni programmé ni maîtrisé, c’est là son essence même.
Si nos choix ne sont pas prédéterminés par un objectif apparent, que nous utilisions les situations que nous vivons comme source du fonctionnement de nos actions, en inventant un décallage de notre point de vue, nous devenons imprévisibles. N’ayant pas de but définnissables dans le cadre actuel de cet état de fait, notre fonctionnement en dérive dans le cours des évènnements n’est plus calculable, et se retrouve de la sorte incontrôlable, donc efficace.
En sortant à l'improviste du cadre de référence habituel, un changement émerge là où on ne l'attend pas, d'où découle une nouvelle perception de la situation. C'est une invention qui échappe à nos croyances antérieures. En introduisant d'un extérieur fictif un nouveau point de vue, on expérimente de la sorte, un jeu différent, qui se joue des règles de l'ancien jeu, le rendant ainsi caduc.
Il s'agit d'adapter cette tactique, invention d'un réel possible, à nos désirs. Celà permet d'inventer le changement en utilisant les contributions de l'expérience comme fondation d'une stratégie prédictive d'intervention qui se maintient dans une constante évolution autocorrectrice.
Nous pouvons ainsi construire une perspective alternative acceptable qui rende possible d'expérimenter différemment la situation, contribuant à un nouvel usage des connaissances que nous possédons déjà.
Nous ne savons simplement pas que nous savons. Nous pouvons choisir d'être soit un découvreur d'un monde séparé inchangeable, soit un inventeur de notre propre monde, libre de se construire des choix devenus possibles.
Guy Debord (citations)La société qui a tous les moyens techniques d'altérer les bases biologiques de l'existence sur toute la Terre est également la société qui, par le même développement technico-scientifique séparé, dispose de tous les moyens de contrôle et de prévision mathématiquement indubitable pour mesurer exactement par avance à quelle décomposition du milieu humain peut aboutir - et vers quelles dates, selon un prolongement optimal ou non - la croissance des forces productives aliénées de la société de classes. Qu'il s'agisse de la pollution chimique de l'air respirable ou de la falsification des aliments, de l'accumulation irréversible de la radioactivité par l'emploi industriel de l'énergie nucléaire ou de la détérioration du cycle de l'eau depuis les nappes souterraines jusqu'aux océans, de la lèpre urbanistique qui s'étale toujours plus à la place de ce que furent la ville et la campagne ou de " l'explosion démographique ", de la progression du suicide et des maladies mentales ou du seuil approché par la nocivité du bruit - partout les connaissances partielles sur l'impossibilité, selon les cas plus ou moins urgente et plus ou moins mortelle, d'aller plus loin, constituent en tant que conclusions scientifiques spécialisées qui restent simplement juxtaposées, un tableau de la dégradation générale et de l'impuissance générale.
Le sentiment vague qu'il s'agit d'une sorte d'invasion rapide, qui oblige les gens à mener une vie très différente, est désormais largement répandu; mais on ressent cela plutôt comme une modification inexpliquée du climat ou d'un autre équilibre naturel, modification devant laquelle l'ignorance sait seulement qu'elle n'a rien à dire. De plus, beaucoup admettent que c'est une invasion civilisatrice, au demeurant inévitable, et ont même envie d'y collaborer. Ceux-là aiment mieux ne pas savoir à quoi sert précisément cette conquête, et comment elle chemine.
Et tous ceux qui voient ce bonheur dans le spectacle admettent qu'il n'y a pas à lésiner sur son coût.
Plus profondément, dans ce monde officiellement si plein de respect pour toutes les nécessités économiques, personne ne sait jamais ce que coûte véritablement n'importe quelle chose produite : en effet, la part la plus importante du coût réel n'est jamais calculée ; et le reste est tenu secret.
La construction d'un présent où la mode elle-même, de l'habillement aux chanteurs, s'est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l'impression de croire à un avenir, est obtenue par l'incessant passage circulaire de l'information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d'importantes nouvelles [...] Le spectacle organise avec maîtrise l'ignorance de ce qui advient et, tout de suite après, l'oubli de ce qui a pu quand même en être reconnu.
Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n'existe pas. Car il parle alors de quelque chose d'autre, et c'est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. Les conséquences pratiques, on le voit, en sont immenses.
Son pouvoir apparaît déjà familier, comme s'il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu'ils viennent d'arriver.
Le spectacle ne cache pas que quelques dangers environnent l'ordre merveilleux qu'il a établi. La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l'oxygène de la Terre; sa couche d'ozone résiste mal au progrès industriel; les radiations d'origine nucléaire s'accumulent irréversiblement. Le spectacle conclut seulement que c'est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et en ceci seulement, il parvient à rassurer; ce qu'un esprit pré-spectaculaire aurait tenu pour impossible.
Il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchant; au moment où la domination, justement parce qu'elle est abritée par le spectacle de toute réponse à ses décisions et justifications fragmentaires ou délirantes, croit qu'elle n'a plus besoin de penser; et véritablement ne sait plus penser.
Ce qui est nouveau, c'est que l'économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais à celles de leur survie.
Inventin, 2006.On pourrait croire que c'est une entreprise comme les autres et que ce qui est important aujourd'hui, c'est de savoir si cette liste a été falsifiée ou non, et que toute cette histoire n'est qu'un règlement de compte entre candidats à la présidence. On peut le croire si l'on pense que Clearstream n'est qu'un courant clair et lumineux.
A l'heure des réseaux informatiques mondiaux, l'argent circule en quelques secondes d'un paradis fiscal à l'autre sous couvert de sociétés Off Shore. L'anonymat et l'impunité sont aujourd'hui assurés.
L’émergence de la globalisation financière et le développement exponentiel des flux de capitaux internationaux se sont appuyés sur la transformation de l’argent en données informatiques passant automatiquement d’un compte à un autre par le biais de “chambres de compensation” internationales.
Aujourd’hui, le dénouement de toutes les transactions financières internationales est assuré par une société de “routage financier”, Swift, et par deux chambres de compensation internationales, Euroclear et Clearstream, qui jouent le rôle de facteurs et de notaires du monde financier globalisé. Clearstream a traité l’échange de 50 mille milliards d’euros en l’an 2000, soit 30 fois le BIP de la France.
Cette société de l'ombre, dont la majorité des actions est détenue par une société de bourse, détient des comptes secrets, ouverts par des filiales de grandes banques situées dans des paradis fiscaux. Ces comptes ne sont pas intégrés dans la comptabilité, échappant ainsi à tout contrôle, certaines transactions sont même effacées, l'opacité règne. Pourvoyeur de corruption d'hommes de pouvoir, de fraudes financières et de blanchiment d'argent, Clearstream réintroduit dans le système financier normal des capitaux à l'origine illégale et prospère dans l'ombre. La généralisation de pratiques hors la loi conduit à la criminalisation de l'économie et de la finance. Les affaires sont aujourd'hui à la fois mafieuses, illégales et ordinaires.
Les transactions sur le marché des changes et les produits dérivés négociés entre particuliers, représentent aujourd'hui environ 15 fois le Produit Intérieur Brut mondial, soit plus de 3 100 milliards de dollars par jours (BRI-2004). Ce que la propagande nous montre de la spéculation n'est qu'une petite partie, en effet 80 % des opérations financières se déroulent hors-marché, de gré à gré entre ordinateurs, de particuliers à particuliers, sans comptabilité, sans contrôle et sans entrave. La finance s'est numérisée et l'économie dématérialisée.
Ces gigantesques spéculations planétaires se réalisent au détriment de l'économie apparente, de l'investissement, des salaires et de l'emploi, de la sécu et des retraites, appauvrissant les populations pour les laissées dans une insécurité sociale permanente. Ce fantastique pillage des richesses échappe à tout contrôle et à tout discernement. Ce que le spectacle cache par trop d'informations c'est cette disparition des richesses dans un appauvrissement généralisé du plus grand nombre, qui est le secret de sa domination.
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Fonctionnement des paradis fiscaux et de la haute-finance...
Guy Debord (1979).La contradiction essentielle de la domination spectaculaire en crise, c'est qu'elle a échoué sur le point où elle était la plus forte, sur certaines plates satisfactions matérielles, qui excluaient bien d'autres satisfactions, mais qui étaient censées suffire pour obtenir l'adhésion réitérée des masses de producteurs-consommateurs. Et c'est précisément cette satisfaction matérielle qu'elle a polluée, et qu'elle a cessé de fournir. La société du spectacle avait partout commencé dans la contrainte, dans la tromperie, dans le sang; mais elle promettait une suite heureuse. Elle croyait être aimée. Maintenant, elle ne promet plus rien. Elle ne dit plus : "Ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît". Elle dit simplement "C'est ainsi". Elle avoue franchement qu'elle n'est plus, dans l'essentiel, réformable ; quoique le changement soit sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière. Elle a perdu toutes ses illusions générales sur elle-même.
Tous les experts du pouvoir, et tous leurs ordinateurs, sont réunis en permanentes consultations pluridisciplinaires, sinon pour trouver le moyen de guérir la société malade, du moins pour lui garder autant que faire se pourra, et jusqu'en coma dépassé, une apparence de survie...
Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l'un veut qu'elle disparaisse.
Physicien, prix Nobel en 1933.Ce qui se présente et se représente sans cesse à nous dans nos observations successives, ce sont des configurations, et non pas des portions individualisées.
Nous devons comprendre que nous n'observons jamais un objet sans le modifier ou l'affecter par notre propre activité au cours de l'observation.
Il y a une interaction mutuelle inévitable et incontrôlable entre l'observateur et l'objet physique observé. Dans la perception et l'observation, le sujet et l'objet sont inextricablement mêlés. Une action physique est toujours une inter-action, elle est toujours mutuelle.
Les représentations ne sont qu'un soutien mental, un outil de pensée, un médium instrumental dont nous pouvons déduire, sur la base des résultats expérimentaux que nous avons rassemblés, une estimation raisonnable de la valeur des résultats que nous donnerons, les nouvelles expériences que nous projetons. Nous organisons ces expériences pour voir si elles confirment nos estimations, donc si ces estimations étaient raisonnables, et si, par conséquent, les représentations ou les modèles que nous utilisons sont adéquats.
On ne connaît jamais tous les éléments de définition d'un système. La description d'un corps réel à un instant donné ne repose pas sur un état du modèle, mais sur ce qu'on appelle un ensemble idéal d'états, idéal en ce sens qu'il n'existe que dans notre pensée. Le corps doit alors se comporter comme s'il était dans un état choisi arbitrairement dans cet ensemble.
On ne mesure jamais directement les éléments de définition du modèle, mais seulement des quantités qui sont rapportées aux éléments du modèle à travers une règle de correspondance appelée l'interprétation.
L'expérience founit uniquement des résultats du type suivant :
"l'observateur a perçu (subjectivement) telle ou telle chose" et n'affirme jamais qu'une grandeur physique a telle ou telle valeur".
La conformité de notre "image" à la "réalité" ne signifie rien d'autre que l'accord du modèle avec l'expérience.
Ce que l’on entend par réel se rapporte à des phénomènes actuels et virtuels, ordonnés suivant certaines règles, et non à un au-delà de l’apparaître.
La conception que tout individu a du monde est et reste toujours une construction de son esprit, et on ne peut jamais prouver qu’elle ait une quelconque autre existence.
On ne trouve, dans notre vision du monde scientifique, nulle part la trace de notre ego capable de sentir, percevoir et penser. La raison en est on ne peut plus simple : notre ego est lui-même cette vision du monde.
Lettre à Schrödinger, 1935.Presque tout le monde va, non pas de l’état de fait à la théorie, mais de la théorie à l’état de fait ; les gens sont incapables de sortir du filet des concepts admis et ne savent qu’y frétiller de façon bouffonne. Toi, par contre, tu contemples la chose de l'extérieur et de l'intérieur à volonté.
La relativité
L'espace ne jouit pas d'une existence indépendante vis-à-vis de "ce qui remplit l'espace" et dépend des coordonnées.
Les lois de la nature doivent être covariantes relativement à des transformations quelconques des coordonnées.
Les expériences personnelles (...) sont des créations libres de l'intelligence humaine, des instruments de la pensée, qui doivent servir à établir un lien entre les expériences, de façon à mieux les embrasser. (...) Nous prenons ainsi conscience de notre liberté.
Citations
"Pour marcher au pas, le cerveau est superflu, la moelle épinière suffit."
"La bureaucratie réalise la mort de toute action."
"Quiconque prétend s'ériger en juge de la vérité et du savoir s'expose à périr sous les éclats de rire des dieux puisque nous ignorons comment sont réellement les choses et que nous n'en connaissons que la représentation que nous en faisons."
"L'imagination est plus importante que la connaissance. La connaissance est limitée alors que l'imagination englobe le monde entier, stimule le progrès, suscite l'évolution."
"Inventer c'est penser à côté."
"Une personne qui n'a jamais commis d'erreurs n'a jamais innové."
"Un problème sans solution est un problème mal posé."
"La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information."
"L'ensemble de ce qui compte ne peut pas être compté, et l'ensemble de ce qui peut être compté ne compte pas."
"Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité."
"Le progrès technique est comme une hache qu'on aurait mis dans les mains d'un psychopathe."
"Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton."
"Le capital privé tend à se concentrer dans quelques mains... Le résultat de ces développements est une oligarchie du capital privé dont la puissance colossale ne peut être réellement contrôlée même par une société politiquement organisée de façon démocratique. Ceci est vrai puisque les membres des organisations législatives sont choisis par des partis politiques, financés en grande partie, ou, en tout cas, influencés par des capitalistes privés qui, pour des raisons d'ordre pratique, séparent l'électorat de la législature." "Ceci a pour conséquence que les représentants de la population ne protègent pas suffisamment efficacement les intérêts des parties sous privilégiées de celle-ci. De plus, dans certaines conditions, les capitalistes privés contrôlent inévitablement, directement ou indirectement, les sources principales d'information (presse, radio, enseignement). Il est donc extrêmement difficile, et, en réalité dans la plupart des cas tout à fait impossible, pour un individu de parvenir à des conclusions objectives et d'utiliser intelligemment ses droits politiques."
Remarquons également que "la situation prédominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital se caractérise par des principes incluant de façon primordiale, le fait que la production est poursuivie dans un but de profit, et non dans un but lié à l'utilisation de celle-ci."
"Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus".
"Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire."
"La personnalité créatrice doit penser et juger par elle-même car le progrès moral de la société dépend exclusivement de son indépendance. Sinon la société est inexorablement vouée à l'échec, comme l'être humain privé de la possibilité de communiquer."
"C'est la personne humaine, libre et créatrice qui façonne le beau et le sublime, alors que les masses restent entraînées dans une ronde infernale d'imbécillité et d'abrutissement."
Mathématicien, physicien et philosophe, 1990.Il n'y a que les questions qui sont par essence indécidables que nous pouvons trancher. Pourquoi ? Simplement parce que les questions décidables sont déjà tranchées par le choix du cadre dans lequel elles sont posées, et par le choix des règles qui régissent ce que nous appelons la "question" et ce que nous pouvons prendre pour une "réponse".
Nous ne sommes soumis à aucune contrainte, pas même à celle de la logique, lorsque nous choisissons dans des questions par essence indécidables. Il n'y a pas de nécessité qui nous force à donner une réponse ou une autre à de telles questions. Nous sommes libre ! Le complément de la nécessité n'est pas le hasard, mais le choix ! Nous pouvons choisir ce que nous voulons devenir par le choix que nous allons faire sur une question par essence indécidable. Avec cette liberté de choix, nous voilà à présent responsables du choix que nous allons faire. Pour certains, cette liberté est un don du ciel. Pour d'autres, une telle responsabilité est un fardeau écrasant ; comment y échapper ? Comment l'éviter ? Comment le faire porter à quelqu'un d'autre ?
Avec beaucoup d'ingéniosité et d'imagination, quantité de mécanismes ont été inventés grâce auxquels on peut passer à côté de cette terrible charge. Avec la hiérarchie, on construit des institutions entières où il est impossible de localiser les responsabilités. Dans de tels systèmes, chacun peut dire "on m'a dit de faire X".
Sur la scène politique, on entend de plus en plus la phrase de Ponce Pilate : "Je n'ai pas d'autre choix que X." En d'autres termes : "Ne dite pas que je suis responsable. Blâmez d'autre que moi." Cette expression remplace visiblement la suivante : Parmis les nombreux choix que j'avais, j'ai choisi de faire X."
Comme vous vous souvenez peut-être, l'objectivité exige que les propriétés de l'observateur n'entre en aucun cas en ligne de compte dans la description de ses observations. Par cette suppression de ce qui fait l'essence de l'observation, c'est-à-dire les processus cognitifs, on réduit l'observateur à n'être qu'une machine à copier, et l'on réussit à évacuer la notion de responsabilité.
Pourtant, Ponce Pilate, la hiérarchie, l'objectivité et les autres stratagèmes dérivent tous d'un choix qu'on a fait à propos de deux questions par essence indécidables. Voici ces deux questions décisives :
"Suis-je distinct de l'univers ? Si oui, alors quand j'observe, j'observe comme à travers le trou d'une serrure un univers en évolution."
"Fais-je partie de l'univers ? Alors, à chacun de mes actes, je change à la fois moi-même, et l'univers."
Chaque fois que je réfléchis à cette alternative, je suis toujours aussi surpris par la profondeur de l'abîme qui sépare les deux mondes fondamentalement différents que peut engendrer un tel choix : soit me voir comme citoyen d'un univers indépendant de moi, dont je peux éventuellement découvrir les normes, les règles et les coutumes ; soit me voir comme participant à une entreprise dont nous inventons chaque jour les coutumes, les règles et les normes.
Quand je parle avec les gens qui ont soit décidé d'être des découvreurs, soit décidé d'être des inventeurs, je suis toujours frappé par le fait qu'aucun d'eux n'a conscience d'avoir pris un jour cette décision. De plus, mis au défi de pouvoir justifier leur position, ils construisent un cadre conceptuel qui, en fin de compte, est lui-même le résultat d'un choix fait sur une question par essence indécidable.
"Dis-leur qu'ils devraient toujours s'efforcer d'agir en sorte d'augmenter le nombre des choix possibles !"
Gregory Bateson, Antropologue biologiste… (1904-1980).Les biologistes ont travaillé dur pour dé-mentaliser le corps, et les philosophes ont désincarné l'esprit.
Il me paraît important, pour la conception que nous avons de la responsabilité d'accepter d'une façon catégorique l'unité du corps et de l'esprit.
Tout ce que nous pouvons percevoir, ce sont des différences.
Nous avons tous tendance à nous raccrocher à l'illusion que nous sommes capables de perception directe, non codée, libre de toutes épistémologie.
Nous sommes en grande partie responsables de nos propres perceptions.
Personne ne connaît le terme de cette progression qui commence par l'unification de l'observateur et de l'observé, du sujet et de l'objet, en un seul univers.
Ce dont je veux parler c'est du genre de choses qui se passent dans la tête de quelqu'un, dans son comportement et dans ses interactions avec d'autres personnes. (…) Toutes ces choses s'entremêlent et forme un réseau. (…) On y trouve à la base le principe d'une interdépendance des idées qui agissent les unes sur les autres, qui vivent et qui meurent. (…) Nous arrivons ainsi à l'image d'une sorte d'enchevêtrement complexe, vivant, fait de luttes et d'entraides, (…) et qui forment en fait une écologie. A l'intérieur de cette écologie, on trouve quantité de thèmes que l'on peut disséquer et analyser séparément. Naturellement, on fait violence au système entier si on considère les différentes parties de façon séparée ; c'est pourtant ce que nous faisons tous, du simple fait que nous pensons, parce qu'il est trop difficile de penser à tout en même temps.
L'évolution est affaire d'essais et d'erreurs.
La question de la pensée, de l'apprentissage, se met à ressembler fortement à la question de l'évolution dès que vous vous rendez compte que le processus est toujours partiellement expérimental — ressentir, saisir, explorer. On appelle cela les "essais et erreurs" à travers lesquels vous trouvez votre chemin.
En englobant tout cela d'un vaste regard, je vois une danse, pour ainsi dire, une danse d'idées en progression, qui vont leur chemin et forment un tissu qui nous inclut.
Nous voici donc flottant dans un monde qui n'est que changement, alors que nous en parlons comme si il y avait un élément statique dans ce monde. Mais tout ce que je peux dire quand j'explore le monde en face de moi, c'est que tout ce que j'ai à ma disposition, ce sont des comptes rendus sur les endroits où les choses apparaissent différentes. C'est ainsi que nous vivons. (…) Cela veut donc dire qu'il existe un agrégat, un entrelacs de différences (…).
Vous ne traitez qu'avec la relation entre cette chose et une autre, ou entre cette chose et vous ou une partie de vous, jamais avec la chose elle-même. Vous vivez dans un monde qui n'est fait que de relations.
Ne pensez pas comme on vous a appris à le faire, (…) mais pensez toujours en termes de relations entre les éléments.
Toute vie mentale est reliée au corps physique comme la différence, ou le contraste, est liée au statique ou à l'uniforme. Le regard posé sur le monde sous l'angle des choses est une distorsion entretenue par le langage. Une vision correcte du monde doit se fonder sur les relations dynamiques qui contrôle la croissance.
L'économie est une création des scientifiques et non quelque chose qui existe dans le monde comme une sorte de cause déterminante ou "fondamentale".
La notion de possessivité apparaîtrait sous un jour bien différent si nous la considérions non pas d'un point de vue numérique, mais de façon relationnelle.
Humberto Maturana, Francisco Valera, 1994 (extraits).Toute expérience cognitive implique personnellement celui qui connaît, enraciné dans sa structure biologique. Dans ce contexte, l’expérience de la solitude est un phénomène idviduel, aveugle aux actes cognitif des autres, et se déroule dans une solitude qui n’est transcendée qu’au travers d’un monde créé précisément avec les autres.
Ce que nous prenons pour une simple appréhension de quelque chose porte la marque indélébile de notre propre structure. Notre expérience est profondément ancrée dans notre structure. Nous ne voyons pas « l’espace » du monde ; nous vivons notre champ de vision.
Il nous est impossible de séparer l’histoire de nos actions - biologiques et sociales - de la façon dont ce monde nous apparaît.
Les êtres vivants sont caractérisés par le fait qu'ils sont continuellement en train de s'auto-produire.
Ce système d'organisation est autopoïétique. Ce qui caractérise les êtres vivants, c'est que leur organisation est telle que leur seul produit est eux-même, et l'absence de séparation entre le producteur et le produit. L'être et le faire d'une unité autopoïétique sont inséparables, et c'est là leur mode particulier d'organisation.
L'évolution est une dérive naturelle, un produit de la conservation de l'autopoïèse et de l'adaptation.
L'évolution est en quelque sorte comme un bricoleur vagabond : il parcourt le monde collectant un fil ici, un morceau d'étain là, un morceau de bois là-bas, et il les combine en fonction de leur structure et des circonstances, sans aucune autre raison que la possibilité de leur combinaison. Et ainsi, au cours de son voyage, il produit des formes compliquées. Elles sont composées de parties harmonieusement interconnectées, produites non pas sous la contrainte du design mais à l'occasion d'une dérive naturelle. Ainsi, nous aussi, sans autre loi que la conservation d'une identité et de la capacité de reproduction, nous avons tous pris vie.
Le système nerveux est un système en changement structural continuel. Les changements ont lieu dans les ramifications finales et dans les synapses. Là, des changements moléculaires aboutissent à des changements d'efficacité des interactions synaptiques pouvant modifier radicalement l'ensemble du réseau neuronal.
Tout comportement est la contrepartie externe de la danse des relations interne à l'organisme.
Sur le plan de l'opération du système nerveux, il n'existe qu'une dérive structurale continue qui suive la voie dans laquelle se maintient, à chaque instant, le couplage structural de l'organisme à son milieu d'interactions.
Vivre constitue l'acte de connaître dans le domaine de l'existence. Vivre c'est connaître.
En tant qu'observateurs nous disons que des comportements sont "communicatifs" lorsqu'ils se produisent en couplage social, et nous désignons par communication la coordination comportementale observable qui en résulte.
Parler ne veut pas dire que l'on sera entendu.
La communication a lieu chaque fois qu'il y a une coordination comportementale dans un domaine de couplage structural.
C'est notre histoire d'interactions récurrentes qui rend possible notre dérive structurale ontogénique dans un couplage structural qui permet la coordination interpersonnelle d'actions. Cela prend place dans un monde que nous partageons, parce que nous l'avons spécifié collectivement au travers de nos actions.
L'esprit n'est pas quelque chose qui se trouve à l'intérieur de mon cerveau. La conscience et l'esprit appartiennent au domaine du couplage social. C'est le lieu même de leur dynamique. Et comme parties de la dynamique sociale humaine, l'esprit et la conscience opèrent comme des sélecteurs du chemin suivi par notre dérive structurale ontogénétique. De plus, comme nous existons dans le langage, les domaines de discours que nous générons deviennent une partie de notre domaine d'existence et constituent une partie de l'environnement dans lequel nous conservons notre identité et notre adaptation.
Si nous présupposons l'existence d'un monde objectif, indépendant des observateurs que nous sommes et accessible à notre connaissance grâce à notre cerveau, nous ne pouvons comprendre comment notre système nerveux fonctionne dans sa structure dynamique et peut produire une représentation de ce monde indépendant. Mais si nous ne présupposons pas un monde indépendant de nous en tant qu'observateur, il semble alors que nous acceptons que tout est relatif et tout est possible quand on nie l'existence de toute structure causale. Nous sommes par là confrontés au problème de comprendre comment notre expérience la praxis de notre vie est couplée à un monde environnant apparemment rempli de régularités qui résultent, à chaque instant, de nos histoires sociales et biologiques.
La connaissance de la connaissance nous oblige à adopter une attitude de vigilance permanente à l'égard de la tentation de la certitude. Elle nous oblige à reconnaître que la certitude n'est pas une preuve de vérité, que le monde que chacun peut voir n'est pas le monde mais un monde que nous faisons émerger avec les autres. Elle nous oblige à nous rendre compte que le monde serait différent si nous vivions différemment.
Tout ce que nous avons dit dans ce livre, par notre connaissance de notre connaissance, implique une éthique que nous ne pouvons éluder, une éthique dont le point de référence est dans la conscience de la structure biologique et sociale des êtres humains, une éthique qui découle de la réflexion humaine et qui met la réflexion humaine au centre de la constitution de tout phénomène social. Si nous savons que notre monde est nécessairement le monde que nous faisons émerger avec d'autres, à chaque fois que nous sommes en conflit avec un autre être humain avec qui nous souhaitons continuer de coexister, nous ne pouvons affirmer ce qui est pour nous certain (une vérité absolue) parce que cela reviendrait à nier l'autre personne. Si nous voulons coexister avec l'autre personne, nous devons voir que sa certitude aussi indésirable qu'elle puisse nous paraître est aussi légitime et valable que la nôtre parce que, comme la nôtre, elle exprime sa conservation du couplage structural dans un domaine de l'existence aussi indésirable qu'il puisse nous paraître. Ainsi, la seule possibilité de coexister est d'embrasser une perspective plus large, un domaine de l'existence dans lequel les deux parties s'accordent dans l'émergence d'un monde commun. Un conflit est toujours une négation mutuelle. Il ne peut jamais se résoudre dans le domaine où il se développe si les protagonistes restent cramponnés à leurs certitudes. Il ne pourra être dépassé qu'en élaborant un autre domaine où la coexistence est possible. La connaissance de cette connaissance représente l'impératif social d'une éthique centrée sur l'humain.
Tout acte dans le langage fait émerger un monde créé avec les autres dans l'acte de la coexistence qui donne naissance à ce qui est humain.
Tout ce qui sape l'acceptation des autres, depuis la compétition jusqu'à la possession de la vérité et d'une certitude idéologique, sape le processus social parce qu'il sape le processus biologique qui l'engendre.
Tout ce que nous faisons est une danse structurale dans la chorégraphie de la coexistence.
Nous affirmons qu'au cour des problèmes que nous rencontrons aujourd'hui se trouve notre ignorance de l'acte de connaître. Ce n'est pas la connaissance, mais la connaissance de la connaissance qui nous y oblige. Ce n'est pas la connaissance qu'une bombe tue mais ce que nous voulons faire avec la bombe, qui détermine si nous allons l'utiliser ou non. Habituellement nous l'ignorons ou la rejetons, éludant la responsabilité de nos actions quotidiennes, alors que nos actions toutes sans exception participent au processus qui consiste à faire émerger le monde où nous devenons ce que nous devenons avec d'autres. Aveugles à la transparence de nos actions, nous confondons l'image que nous voulons projeter avec l'être que nous voulons devenir.
Avril 2006, Paul.«On ne regrette jamais ce qu'on n'a jamais-eu. Le chagrin ne vient qu'après le plaisir et toujours, à la connaissance du malheur, se joint le souvenir de quelque joie passée. La nature de l'homme est d'être libre et de vouloir l'être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l'éducation le lui donne.»
(La Boétie, Discours sur la servitude volontaire, 1545)
Il y a fort longtemps, un certain petit père Karl avait remarqué que, lorsque l’Histoire se répétait, c’était comme farce. Plus récemment, les commentateurs du spectacle ne se sont pas privés de repérer les ressemblances et les dissemblances d’un certain « mouvement contre le CPE » avec ce qu’il est convenu d’appeler « mai 68 ». Le plus drôle dans cette affaire, c’est qu’il existe effectivement un personnage tragi-comique qu’on retrouve dans les deux « événements » et qui doit être, en fin de compte, le dindon de la farce : j’ai nommé Jacques Chirac.
Il était en effet déjà là, en 1968, clope au bec, et, dit-on, revolver dans la poche, pour aller négocier avec les syndicats leur collaboration afin d’étouffer ensemble la révolution qui menaçait d’emporter le vieux monde. Et le vieux finaud est toujours présent, certes ridé, le pelage usé et la mine déconfite, devant ce qui ressemble à un mai 68 à l’envers.
Car s’il y a bien dans les récents événements de 2005-6 des ressemblances frappantes avec ce qui s’était passé il y a presque quarante ans, ce que les commentateurs n’ont pas remarqué, c’est que cela s’est passé à rebours.
Alors qu’un an après le « retour à la normale », le vieux Général s’était finalement retiré suite à l’échec d’un référendum, en revanche, sa pâle copie chiraquienne a commencé , quasiment un an avant, par rester en place malgré l’humiliation subie d’une claque référendaire. Premier acte de la farce. A l’un le geste royal de l’abdication. A l’autre, l’entêtement de l’héritier à maintenir le cap d’une entreprise qui tombe en miettes. Chirac est à De Gaulle, ce que Badingue était à Napoléon.
En 1968, les nuits d’émeute avaient suivi le mouvement étudiant, au point que les aboyeurs officiels de l’ordre établi ne se privaient pas de souligner que ne n’étaient plus des étudiants qui se battaient sur les barricades. De fait, c’était largement des fils et filles d’ouvriers de la banlieue. Au contraire, en 2005, l’effervescence sociale a commencé par les émeutes de la jeunesse prolétaire, calomniée comme d’habitude sous les qualificatifs de « racaille », voire de « barbares ». Deuxième acte de la farce.
Ce qu’on suppose avoir été le déclencheur de « mai 68 », le fameux « mouvement étudiant », est arrivé cette fois en fin de parcours, comme conclusion à des événements étagés dans le temps, et apparemment sans lien. Comme d’habitude, les étudiants étaient inquiets de ne pas sentir l’avenir répondre à leurs aspirations de petits cadres en formation. Contrairement aux émeutiers de novembre, ils avançaient en manifestant, bardés d’une revendication sérieuse : « retrait du CPE ». Autrement dit : non au changement proposé par le gouvernement. Retour en arrière, toute. Troisième acte de la farce.
L’échec du mouvement révolutionnaire de Mai 68 avait donné des armes à la réaction pour quarante années de pouvoir et de renforcement du capitalisme. En se répétant à rebours, le mouvement en cours pourrait bien au contraire lui rogner les ailes à toute vitesse. L’élégant Villepin, antithèse de Pompidou, est l’instigateur malgré lui de la chute d’un système dont il se croyait seul à connaître les profonds rouages. Les héros de dessins animés le savent : pour brouiller les pistes, le meilleur moyen est d’avancer à reculons. Ainsi le « mouvement contre le CPE », allant vers l’avenir en lui tournant le dos, avec un certaine insolence et une belle assurance, a déjà déjoué toute tentative des stratèges de prévoir des solutions pour anticiper des conflits futurs.
Certes, on revoit resurgir les mêmes fantômes. Les mêmes (ou leurs copies) leaders syndicalistes, partis de gauche et d’extrème-gauche, avec leurs mêmes figures télégéniques (ou non), se présentent comme alternative, mais à une question qui cette fois n’est même pas posée. Personne n’a encore mis en péril ni la république ni le capitalisme. Les sauveurs de l’Etat n’ont aucun grain à moudre, car c’est de l’intérieur que le monstre se désagrège. Au lieu de la féroce répression d’un Cavaignac , on a les rodomontades et les reculades d’un Sarkozy, petit stalinien de droite en mal de pouvoir. En guise de discours enflammés, les barons et baronnes de la gauche aspirant à gouverner le royaume n’ont aucun étendard à déployer, si ce n’est le calcul de leurs petites ambitions personnelles. Alors même que l’Etat est en train de se déliter, les politiques n’ont d’autre plan que d’en prendre le contrôle. La farce multiplie les candidats dindons.
Même les théoriciens, en face du spectacle inversé d’une révolution dont ils avaient fut un temps disséqué les formes et les travers, ne savent plus sur quel pas de deux danser. Un Baudrillard y voit des « événements voyous », qu’à la mode anglo-saxonne il qualifie de « rogue events ». D’autres se réjouissent avec des rires jaunes de ce que la jeunesse se batte pour du travail. Mais quelle étape suivra la farce ? Nul ne se risque à augurer d’une révolte qu’on voit basculer cul par dessus tête.
Pendant ce temps, on célèbre les prouesses de l’économie triomphante et tout à la fois on s’épouvante de ses conséquences écologiques. Le bonheur de la consommation a des arrière-goûts de mort programmée. On pleure sur quelques dizaines de victimes d’une grippe pour volatiles tandis que la faim, la misère, la tuberculose et le sida, parmi d’autres méthodes de masse de décimation, tuent sans qu’on s’en sente menacé. Les mêmes qui brûlent les voitures, dressent des barricades et s’en prennent aux représentants de l’Etat, achètent les gadgets qui leur façonnent la cervelle selon les modèles du management, se précipitent pour se faire abrutir à coups de décibels et rêvent de conduire les automobiles qui réduiront à néant l’atmosphère de la planète. La farce a des parfums d’absurdité.
Lorsque l’intelligence de ce qui crève le spectacle échappe à ses commentateurs, on s’approche du moment où la mise en scène se prend les pieds dans le tapis de son propre scénario. Comprenne qui pourra. Je ne veux pas expliquer plus. Car ceux qui doutent n’ont pas besoin de preuves.
A trop bien dire ce qui se trame, on donnerait des idées à ceux qui veulent que rien ne change.Les farces, en vérité, cela fait bien rire les enfants.
Février-avril 2006.À bas la société spectaculaire-marchande.
À bas le salariat.
À bas le travail.
À bas les slogans.
Abrogation du gouverne-ment.
Après les mouchoirs jetables, les jeunes jetables..
Avenir, je t’aimais bien.
Grève générale et illimitée..
Bloquons l’économie. Libérez les inculpé(e)s.
Brûlez l’argent — vous deviendrez d’autant plus riche !
Ce qui est volé pendant le temps du travail ne peut pas se retrouver dans la soumission à son résultat.
Cessons d’être raisonnables.
C’est quand qu’on va où ?
Chirac, Villepin, Sarkozy, votre période d’essai est terminée.
Contre le grippe aviaire, principe de précaution: tous les poulets à la maison.
Convivialité et solidarité. Stop au productivisme et au consumérisme.
CPE, on s’en fout, on ne veut pas bosser du tout.
CPE ou CDI, c’est toujours STO.
CPE: une insulte faite à la jeunesse.
Dans Grève il y a Rêve.
Destituer tous les politiques.
Détruire, rajeunir.
Égalité de chances, mon cul !
Émeute-toi !
Être vigile c'est un sale boulot. Mais existe-t-il un boulot propre ?
Fatigués ou pas, nous n’en restons pas là.
Futurs galériens y en a marre de Villepin.
Guerre à la tristesse.
Guerre au travail.
Honte au pouvoir qui fait crever les plus pauvres.
Ici bientôt insurrection.
Ici désormais émeutes tous les soirs.
Il faudra plus qu’un retrait pour avoir la paix !
Il n’y aura pas de retour à la normale.
Ils précarisent, on s’organise !
Je ne veux pas mourir avant d’avoir vecu.
La banque au feu.
La meilleure façon de voter c’est de ramasser les pavés et de leurs balancer.
La valeur d’usage de la marchandise est la soumission.
L’avenir nous appartient.
Le CPE nuit gravement à l’avenir.
Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.
Le produit du travail reste au-dessus de nous, comme quelque chose aliénée, comme une puissance indépendente du producteur.
Le travail on s’en fout, on veut des sous et des bisous.
Le salarié se tue à la tâche, le patron se tue à la hache.
Les élections c’est l’alternance, la rue c’est l’alternative.
Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Les manifs sont à l’État ce qu’un match de foot est au spectateur de télé— une bonne distraction d’un vrai rapport de force. Grève Générale !
Les mouvement sont faits pour mourir. Vive l’insurrection.
Les raisons de la colère.
Libre à nous d’abolir votre monde.
Manger du jeune c’est bon pour la santé des entreprises.
Média, casse-toi !
Médias partout, info nulle part.
Médias, mensonge.
Même pas peur !
Mon bulletin de vote est un pavé, mais il ne rentre pas dans l’urne.
Ne pas nourrir les CRS. Merci.
Négocier c’est gagner un peu mais capituler beaucoup.
Notre mort sans appel est le souci forcené du temps spectaculaire.
Nous faisons la guerre au capitalisme, nous n’sommes pas des pacifistes.
Nous n’aurons que ce que nous saurons prendre.
Nous ne sommes pas à vendre.
Nous ne sommes pas de la chair à patrons.
Nous sommes faits de l’étoffe des rêves.
Nous sommes l’inaccompli de 68.
Nous sommes tous casseurs de ce système.
Nous soutiendrons tout le monde, même les innocents.
Nous voulons vivre.
On en a marre de vivre dans le noir.
On ne désarmera pas.
On nous affame pour un argent qui n’existe pas!
On n’est pas fatiqué.
On reste. Continuez !
On va quand jusqu’à où?
On veut une vie riche, pas une vie de riche.
Paix entre les peuples, guerre entre les classes.
Pas de justice, pas de paix.
Parfois insurrection c’est resurrection (Les Misérables).
Paris réveille-toi, la Commune est là.
Plus de manif sans masque.
Police partout, justice nulle part.
Prière de laisser l’État dans les toilettes où vous l’avez trouvé.
Prière de laisser l’État dans les WC où il aurait dû déjà s’y trouver.
Quand la propriété n’existera plus, le vol non plus.
Quand le mot solidarité remplacera précarité, j’arrêterai.
Qui sème la misère récolte la colère.
Retour, retour, retour du CPE, avant on s’amusait mieux.
Rêve Général.
Si tous désobéissent, plus personne ne commande.
Soyons réalistes, inventons les possibles.
Télévision = leur vision du monde.
Tout est à nous, rien n’est à eux, tout ce qu’ils ont ils l’ont volé. Retrait du CPE, retrait du CNE, ou alors ça va péter.
Travail, pour quoi faire ?
Travail précaire = esclavage moderne.
Travail tue.
Travailler moins pour vivre plus.
Villepin, n’enlève rien, nous on s’amuse bien.
Villepin, prend ton temps, on s’amuse énormément.
Vive le communisme, répandre l’anarchie.
Vive l’insurrection.
Vivre me prends tout mon temps.
Vous allez regretter la grève.
Vous croyez avancer en nous marchant dessus.
Y a pas de méchants casseurs, y a pas de gentils manifestants, y a que des jeunes qui ont la rage.
sur Indymédia Marseille, mars 2006.Voilà une semaine que des affrontements opposent des gentes déterminé- e-s aux forces casquées du gouvernement.
Depuis la prise de la Sorbonne et son évacuation, les unes des journaux figent le mouvement « anti-cpe » dans une phase « violente », oeuvre de « casseurs » (uniquement des hommes bien entendu...).
Depuis une semaine, je discute avec mes voisin-e-s du métro ou du RER, avec la plupart des employé-e-s assis-es derrière les caisses de supermarché, des conducteurs de transports en commun que j’utilise. J’ai toujours reçu du soutien envers la lutte que nous menons.
Certes j’ai dû souvent expliquer l’usage spectaculaire du mot « casseurs » par les médias, expliquer qu’il s’agit bien de manifestant- e-s (et nombreu-ses-x de surcroît), qu’il n’y a rien de gratuit dans ces actes, qu’ils montrent juste la détermination d’un mouvement qui ne souhaite pas connaître les mêmes échecs que les précédents, qui vise à tout prix à éviter les mêmes erreurs.
Que Villepin ne retire pas son texte, ni aujourd’hui, ni demain, ni dans une semaine, qu’il s’obstine, c’est ce que nous voulons tou-te- s : que la lutte perdure, que les discussions déjà amorcées se développent, s’amplifient... et que chacun prenne enfin position : pour ou contre le monde que l’on propose et que subissent les plus précaires, celleux qui n’en peuvent plus de leur boulot, de leur patron, de leur vie.
Car nous sentons partout, dans l’air et dans les mots, un soutien, des questionnements, une envie que ça explose.
Nous cherchons un lieu (ou plusieurs) qui puisse devenir un point de ralliement, un lieu de convergence où tou-te-s les grévistes, du public comme du privé, les précaires, les activistes et les autres pourraient se rencontrer, partager leurs expériences, leurs souffrances, leurs espoirs et repartir avec l’envie de continuer, de pousser plus loin le combat que nous avons commencé.
Nous voulons la grève générale, que la machine s’arrête, que la routine soit cassée. Nous voyons déjà les sourires, la joie qui animent celleux qui en veulent à ce monde, celles qui sont déjà en lutte.
Nous nous reconnaissons dans la rue sans nous connaître. Nous ne sommes plus des anonymes.
Nous ne voulons pas de chefs, ni de porte-parole. Celleux qui existent, nous ne les reconnaissons pas. Que certain-e-s s’assoient à la table du gouvernement et illes seront désavoué-e-s. Nous n’avons rien à négocier et tout à prendre. Nous le savons maintenant plus que jamais.
Chirac a été élu contre Le Pen, sa majorité s’est installée grâce à l’abstention de l’électorat de gauche.
Les lois, les décrets, les ordonnances appliquées depuis sont illégitimes, comme les gouvernements qui se sont succédés.
Tout est passé : des politiques qui s’attaquaient aux plus faibles, aux plus dominé-e-s (sans-papiers, chômeur-se-s, rmistes...), des lois qui, pourtant, avaient réussi à former contre elles de véritables mouvements (retraites, réforme Fillon...), des mesures policières « d’exception » qui sont devenues la règle.
Nous avons vécu l’Etat d’urgence et la répression des émeutes d’Octobre-Novembre 2005. Passif-ve-s. Cela n’arrivera plus.
Nous voulons faire plus qu’un « coup d’arrêt. » Nous critiquons ce monde et les valeurs, les évidences qu’il porte en lui. Nous critiquons l’Ecole et la formation, le salariat, la croissance et le « plein emploi », le progrès et son cortège de destruction. Nous critiquons les rôles que la société voudraient nous faire jouer : nous ne serons pas des cyniques sans pitié, des « gagnants » prêts à écraser les autres, des consommateurs passifs ou des esclaves.
Nous ne combattons pas que la précarité, nous combattons l’exploitation et la soumission obligatoire. Nous savons qu’illes sont nombreu-ses-x celleux qui n’osent plus s’opposer. Et illes n’ont ni un CPE, ni un CNE, mais un CDI ou un contrat précaire.
Nous combattons pour une dignité bafouée, piétinée sur l’autel de la compétition capitaliste.
Voilà pourquoi les soutiens affluent, la colère mûrit et une grêve générale s’annonce (peut-être).
Nous savons qu’il n’y a pas d’alternative à gauche pour 2007, que les urnes ne nous amèneront que de nouvelles déceptions, que tout est à faire ici et maintenant de manière autonome, sans compter ni sur les syndicats, ni sur les partis.
Nous n’avons aucune confiance dans les médias et nous ferons tout pour mettre à nu les mensonges qu’ils répandent.
C’est par les prises de parole, les inscriptions sur les murs et dans le métro, le bouche-à-oreille et les médias alternatifs que nous rétablierons la vérité, que nous créerons des liens, des connivences.
Enfin, la lutte ne doit pas s’arrêter aujourd’hui pour une autre raison : les interpelé-e-s, les inculpé-e-s de ces derniers jours, de novembre, de tous les mouvements sociaux de ces dernières années ont besoin de notre soutien total pour qu’une amnistie soit possible.
Nous ne lâcherons rien (ni personne) !
Avril 2006, Inventin.Les chefs d'entreprises sont satisfaits, le code du travail est mis en pièces.
Il s’agit maintenant de sortir de ce cadre réactionnaire préétabli d'opposition en abordant la situation dans un contexte élargi, par un point de vue décalée où tout devient possible. Le “mal à vivre” peut-être appréhendé aujourd’hui dans toutes ses dimensions.
Fixer un changement spécifique, borné à un retour en arrière, comme but unique à un mouvement génère un problème paradoxal sans fin. C’est la déviation qui est le moteur du changement, car elle altère la difficulté, ou la façon inefficace de la surmonter. Elle peut construire une perspective alternative qui rende possible une expérimentation différente du trouble perturbateur.
Nous sommes dans une situation où la recherche d’une solution crée un problème sans choix possible. En s’efforçant d’atteindre l’inaccessible, on rend impossible ce qui est réalisable.
Les formes des actions sont moins pertinentes que la coordination des diversités des comportements en interactions. Dans l’action émerge une co-dérive naturelle qui est déjà une transformation réciproque effective sans plan préconçu.
Le comportement d’un mouvement social est la contrepartie externe de la danse des relations internes des éléments qui le composent. Le système social est un système en changement structural continuel. Ces changements se produisent dans les caractéristiques des relations locales, dans la circularité de la communication co-évolutive de ses éléments. De ces changements individuels surgit des changements d’efficacité des interactions en mouvement pouvant modifier radicalement le fonctionnement de l’ensemble de la société.
Un petit changement dans le comportement de quelques personnes peut mener à des différences profondes, d’une portée considérable dans le comportement de tous.
Toute connaissance est action. En s’autorisant à savoir que nous savons déjà, nous pouvons construire pour nous-même un nouvel usage des connaissances que nous avons ici et maintenant.
“Nous sommes les habitants du monde que nous inventons“.
Avril 2006, Lukas Stella.Les croyances aveugles en l'économie-spectacle, propagande produite par les bouffons de télévision, nous ont emmenées là aujourd’hui, soumis aux directives des cercles de financiers made in USA, appliquées par les gérants précaires d’un État suicidaire. On en arrive au point où l’État n’a plus de réel pouvoir de décision, où la démocratie véreuse s’arrête là où commence la dictature économique, elle-même soumise aux nouvelles exigences de la haute finance transnationale. La république disparaît en même temps que les richesses.
Pour une poignée de salopards nous devrions accepter l’esclavage par peur de crever de faim, n’importe quel travail pour un salaire de misère, la souffrance et le désespoir pour de l’ennuie programmé.
Ce petit groupe d’accapareurs obsédés des transactions informatisées de produits dérivés complexes, toxicomanes des paris à hauts risques, boursicoteurs mafieux sans loi et sans limite, ces quelques fanatiques des fortunes en quelques jours ruinent l’économie en détournant les lois du marché. Pour survivre, l’économie, exigeant l’impossible, détruit la vie quotidienne des populations et saccage la planète toute entière.
Le début de la fin d’un monde coïncide maintenant avec l’émergence de pratiques coopératives socialisantes et libertaires, abandonnant au passé les compétitions solitaires dévastatrices, surenchères guerrières de l’appropriation privative.
Nous ne nous laisserons pas entraîner dans sa chute, oubliant nos croyances fatalistes, inventant les incroyances d’un autre monde qui commence à se construire, mais que nous ne pouvons pas imaginer.
Mars 2003, Paul.La démocratie, en tant que mode d’organisation sociale, est inséparable d’une conception égalitaire de l’humain. C’est pourquoi on peut dire qu’elle est le fondement de l’unité de l’homme.
Mais cette dynamique n’a de sens que si elle touche tous les domaines où les hommes agissent ensemble.
Dans la cité athénienne, lors de son invention, la démocratie comme mode d’être ensemble était l’apanage des hommes libres. En fait, son épanouissement dépendait essentiellement de l’esclavage de tous les autres, qui produisaient la richesse. Car il était clair qu’un homme libre ne pouvait le rester qu’à condition de ne jamais travailler. C’est pourquoi toutes les professions, même médecin ou avocat, étaient réservées aux esclaves.
Avec la transformation de l’esclavage en servitude salariée est apparue la démocratie politique, comme nouvelle forme de l’Etat destinée à protéger la liberté des maîtres du travail. Les principes démocratiques ont alors gouverné les groupements de propriétaires qui, sous forme de Conseils d’Administration de Sociétés Anonymes, règnent sur la masse des employés. Les principes d’égalité ne s’appliquent pas encore aux hommes, mais seulement aux porteurs d’actions.
Quand la démocratie ne concerne que certains domaines de l’activité humaine, elle garantit dans les autres le règne de l’arbitraire et du despotisme. C’est pourquoi les patrons de l’industrie et du commerce aiment tant la démocratie d’Etat. Comme le roi soleil amusait les princes avec les fêtes de la Cour, les maîtres de l’économie occupent le peuple avec la représentation médiatique des querelles entre ses représentants élus. Tant que ceux-ci n’ont aucune prise directe sur la production des richesses, ils peuvent librement s’agiter, voter, gouverner et se renverser. Dès que l’Etat, par contre, se mêle de diriger l’économie, la démocratie disparaît. Car la démocratie d’Etat n’existe que dans le cadre de la démocratie de marché, qui est la liberté pour les propriétaires de faire fructifier leur bien en usant du travail des autres.
Le progrès de l’humanité, autrement dit l’émergence planétaire de l’unité de l’homme, appelle la globalisation de la démocratie à tous les secteurs de l’activité humaine. Notamment à l’économie. Dans cette perspective, la démocratie globale est la forme politique que prend une écologie unitaire, dans laquelle l’homme est une part de la nature.
Au regard de cette exigence universelle, doit être déclarée comme illégitime toute forme de groupement humain qui n’appliquerait pas dans son organisation les principes de base de la démocratie.
Le premier principe, suite à l’abolition des privilèges et de la tyrannie, est que : Nul n’a le droit de contraindre autrui à une action qu’il ne veut pas faire. C’est le principe de liberté.
Toute contravention à ce principe constitue le crime d’atteinte à la liberté, comme violation du droit fondamental de la personne humaine. Il en résulte que l’exercice de toute autorité est un abus de pouvoir.
Le second principe, déjà inscrit dans la loi, stipule que : Quiconque cause un tort à autrui a le devoir de le réparer. C’est le principe de justice. Il en découle que tout litige entre des individus doit être réglé d’un commun accord, car seule la personne lésée peut apprécier de la justesse de la réparation proposée (et non un représentant de l’Etat). Le but de la justice démocratique ne peut être la punition, mais doit être la juste réparation des torts.
Le troisième principe, directement lié à la démocratie comme mode d’organisation, est celui de la délégation faite à un tiers. Nul, en effet, ne peut abdiquer de ses droits essentiels au profit d’un autre, sous peine de contrevenir au principe premier de liberté. C’est pourquoi toute délégation de pouvoir doit comporter dans ses termes les limites de son action, dans le temps et l’espace. Tout mandat donné à un élu doit être impérativement spécifié quant à ses objectifs. Le mode de délégation parlementaire actuellement en cours n’est donc pas démocratique de ce point de vue.
Le quatrième principe, relatif à la révocation, découle du précédent. Lorsque les circonstances ou l’action du mandaté ont changé les nécessités du mandat, il doit être possible, à tout moment, aux mandataires de révoquer la mission qu’ils ont confiée à une personne. Nul ne peut arguer de son mandat pour aller contre la volonté de ses mandataires.
Le cinquième principe est lié aux quatre premiers. C’est le principe de subsidiarité, selon lequel toute question qu’on peut résoudre dans un certain domaine n’a aucune raison d’être débattue à un niveau supérieur. Selon ce principe, toute personne chargée de mission a un domaine d’action plus restreint que ceux qui l’ont mandatée. Autrement dit, contrairement à ce qui se passe dans l’Etat, plus on s’élève dans la hiérarchie, moins on a de pouvoir. A cet égard, si une personne symbolise à elle seule, à la façon d’un roi, une communauté, sa seule fonction doit alors être de servir de symbole, sans préjudice d’aucune autre prérogative.
Ces cinq principes de base, appliqués à la gestion des familles, des immeubles, des quartiers, des écoles, des associations, des clubs, des compagnies, des ateliers, des entreprises, devraient permettre l’épanouissement de la démocratie comme mode humain d’organisation de toute la société. De ce point de vue, la question de savoir à qui appartiennent les outils de production est d’emblée dissociée de celle de déterminer comment s’opèrent les décisions. Pas plus que le propriétaire d’un appartement n’a de droit sur le mode de vie de ses locataires, celui des machines ne doit avoir de pouvoir sur l’activité des producteurs. La démocratie appliquée à l’économie exige que l’on sépare l’investissement des pouvoirs de décisions. Alors l’activité économique pourra se faire pour le bien de tous.
Lorsque’au contraire, comme dans le système social-capitaliste, la démocratie est réduite au politique, son exercice garantit dans tous les autres domaines l’arbitraire des décisions, au profit d’une minorité de privilégiés. A défaut d’être globale, la démocratie n’est plus alors qu’une pantomime, dont s’accordent volontiers les tyrans et les oligarchies.
Le business est une guerre, qui dresse les hommes les uns contre les autres. C’est pourquoi la guerre est aussi un business, sans égard pour la vie, humaine, animale ou végétale. Alors que la démocratie est le concept le plus élevé d’organisation de la société, la démocratie d’Etat, fondée sur la compétition entre les gens, la lutte pour la vie et la haine d’autrui, est devenue la principale force de destruction de la planète, sous forme de démocratie de guerre.
Heureusement, depuis que les maîtres du monde ont décidé d’imposer par la force leur organisation au monde entier, les gens se sont mis à descendre dans les rues pour crier à la face de ceux qui prétendent les représenter : « Pas en notre nom ». Quand les peuples se dressent contre les Etats et les Nations, point l’aube d’une nouvelle ère où la démocratie ne sera plus la propriété privée de riches et puissantes minorités.
2004, Paul.Le temps du flower power est bien révolu, où tout semblait bon à vivre pourvu que ce fût par amour... Aujourd’hui, au nom d’un intégrisme de la vertu drapé dans les débris de l’humanisme bourgeois, l’heure est à la méfiance et au rejet de l’autre. Les différences font peur. Parées d’atours progressistes, les nouvelles éminences grisâtres du moralisme, de gauche comme de droite, s’acharnent à planifier la vie quotidienne des êtres humains, tous obligés d’être consommateurs et citoyens, l’oeil rivé sur les modèles de comportement élaborés par les spécialistes du marketing.
Pubs, discours idéologiques, ritournelles politiques, sermons religieux, concourent avec un bel ensemble à la fabrication d’un type unique de « bon » citoyen, applicable à quiconque, quelle que soit sa personnalité, son histoire et sa culture.
Jamais, depuis la chute de l’Union dite Soviétique, les fondements du stalinisme n’ont autant répandu leur venin totalitaire dans la politique et les discours officiels. De l’extrème droite à l’extrème gauche en passant par toutes les nuances du rose et du bleuté, les staliniens de la vie courante se mêlent de planifier le quotidien.
Depuis le premier rot du nourrisson jusqu’au dernier pet de l’agonisant, la moindre des émotions humaines doit désormais être catégoriée, codifiée, légiférée, voire psychiatrisée (à la façon soviétique de s’occuper des minorités). L’écologie politique, dernière venue sur le terrain de la mise en scène idéologique, fournit enfin les ultimes arguments qui permettront de faire de l’ensemble du vivant un objet de marché et de réglementation.
Dans le « nouvel ordre mondial » inauguré après la chute du mur de Berlin, l’ex-URSS a pris le pire de la démocratie et l’Occident s’est mis à appliquer les méthodes staliniennes de conditionnement. La vie sous tous ses aspects est devenue une marchandise. L’enfance, en tant que premiers pas dans l’existence, au lieu d’ouvrir sur l’autonomie de l’individu, doit alors composer, de gré ou de force, le brouillon de la copie conforme exigée ensuite de tout citoyen dans sa manière d’être. Il semble que les enfants sages des rallyes bourgeois ou des soirées de la gauche caviar, à l’avenir garanti par les relations et la fortune de papa-maman, soient désormais les exemples-types en fonction desquels les institutions jugent tous les autres. C’est dire le peu de chance, pour un gosse de prolétaire, d’obtenir une note satisfaisante à l’examen de conscience réalisé par les institutions.
Car les élites au pouvoir, comme d’habitude, ne font l’éloge du mérite (notamment à l’école) que pour mieux encenser elles-mêmes leur propre réussite.
Cette lutte contre la vie, ultime avatar du darwinisme social et de l’idéologie de la compétition, conduit nécessairement à une guerre permanente contre l’enfance et l’adolescence Les Etats totalitaires ont toujours mis en oeuvre des politiques destruction de l’enfance, notamment par l’enrôlement obligatoire des jeunes dans des machines à uniformiser (Hitlerjungend ou Jeunesses Communistes). Les pays encore sous domination militaire ne se privent d’ailleurs pas de poursuivre dans cette voie. Les jeunes pauvres étant virtuellement plus dangereux pour l’ordre établi, parce que plus difficiles à conditionner, on entreprend parfois de les massacrer systématiquement (comme au Honduras, où des milliers d’enfants des rues ont été éxécutés par les paramilitaires) ou de les criminaliser afin de les envoyer en centres de détention (comme aux Etats-Unis, où un jeune Noir sur trois connaît la prison).
Apprendre à étouffer sa vie pour la soumettre aux lois du marché prend en Occident des voies plus pernicieuses. La propagande y revêt des formes détournées, véhiculées par la pub, les animations et les séries télévisées, les discours politiques, l’information, etc. La protection de l’ordre établi contre les dangers de l’enfance y est souvent déguisée en action de l’ordre pour la protection de l’enfance en danger. De leur point de vue, le bonheur joyeux, l’exubérance, le trop-plein de vie, le plaisir, l’insouciance, sont des démons qui guettent la jeunesse afin de la précipiter dans des conduites incompatibles avec la logique de la productivité compétitive.
On protège alors la société contre les périls de l’anarchisme juvénile (dont l’exercice sans règle de la camaraderie est une des formes les plus évidentes). On enferme les enfants rebelles, comme s’ils étaient plus dangereux que des gangsters. On invente des couvre-feux pour les moins de treize ans. On criminalise les enfants fugueurs.
On interdit les rassemblements musicaux de jeunes non encadrés. On traque les jeux sexuels des jeunes, surtout partagés, comme des troubles de l’ordre public. On contraint les parents à devenir répressifs, à l’aide de sanctions disciplinaires ou financières. On juge comme des malfrats les lycéens frondeurs et impertinents.
Jamais la pédophobie, ou « haine des enfants », n’a été si grande que dans cet univers carcéral aseptisé qui sert de modèle aux métropoles du capitalisme victorieux.
Une société qui voit ainsi des ennemis potentiels dans ses propres enfants n’est plus vraiment digne d’être appelée « humaine ». L’empêcher d’empoisonner le mental et les émotions des habitants de la planète devient une nécessité vitale. Avec humour, joie, plaisir et dérision, bien sûr. Car la tristesse des politiques est le masque de malheur de leurs trahisons. Il nous faut lire le monde avec des yeux neufs. Voir dans la misère autre chose que la misère. Discerner la part de civilité portée dans l’impertinence et celle d’incivilité que génère la soumission. Proclamer haut et fort que la discipline n’est que la force des armées et que ni la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité, n’en ont besoin.
1979, Edward T. Hall (extraits).L'homme occidental a créé le chaos en privilégiant ses dons d'analyse aux dépens de ses dons d'intégration de l'expérience.
Grâce aux modèles, nous observons et nous vérifions le fonctionnement des phénomènes. Les hommes s'identifient étroitement aux modèles qui façonnent leur comportement. Tous les modèles théoriques sont incomplets. Par définition, ce sont des abstractions, et ils omettent donc fatalement certains faits. Les éléments censurés sont aussi importants, si ce n'est plus, que les éléments non censurés, car ce sont ces omissions qui donnent structure et forme au système.
En occident, on se préoccupe davantage du contenu et de la signification du modèle que de sa construction, de sa structure, de son fonctionnement et des objectifs qu'il est supposé atteindre.
La planification qui aboutit au découpage de nos activités nous permet de nous concentrer sur une chose à la fois, mais nie l'importance du contexte.
L'espace et son organisation indiquent l'importance d'une personne et sa place dans la hiérarchie. La possibilité de décider de son emploi du temps indique que quelqu'un est arrivé.
Les entreprises commerciales et les administrations subordonnent l'homme à l'organisation, et y parviennent en grande partie grâce à la manière dont elles manipulent les systèmes spatio-temporels.
De nombreux Américains font l'erreur habituelle de confondre leur programme avec la réalité et de retrancher de la vie leur personne. Oublier l'existence du contexte limite notre perception des événements, ce qui influence de façon subtile et profonde notre mode de pensée en le cloisonnant.
Les enfants mais aussi les personnes de tous âges ont une capacité naturelle à apprendre. Bien plus, la connaissance apporte sa propre récompense. Comme on mange ou on fait l'amour, on peut être poussé à apprendre par plaisir. Pourtant la chose s'est déformée dans l'esprit des enseignants qui ont confondus l'étude avec ce qu'ils appellent l'éducation. Ils croient généralement que l'école a le monopole du savoir, et que leur travail consiste à l'inculquer aux enfants. Pendant des millions d'années, les hommes ont appris sans écoles.
Les systèmes techniques sont extériorisés, c'est à dire projeté, et sont poursuivis en dehors du corps.
Une des particularité du phénomène de transfert est que le modèle projeté est considéré comme seul réel et appliqué sans discrimination à des situations nouvelles.
Les projections fragmentent la vie et rendent l'homme étranger à ses actes.
L'image qu'on a des autres est composée en grande partie de projections de divers éléments de sa propre personnalité, ainsi que de ses propres besoins psychiques, qui sont traités comme s'ils étaient innés.
De nos jours, l'homme est constamment en contact avec des inconnus car ses projections ont à la fois élargi son champ d'action et rétréci son univers ; il lui est donc nécessaire de dépasser sa propre culture, ce qui n'est possible qu'en rendant explicites les règles qui l'ordonnent.
Le langage n'est pas un système qui transmet des pensées ou des significations d'un cerveau à un autre, mais un système qui organise l'information et qui délivre des pensées et des réponses à d'autres organismes. On peut communiquer de diverses façons, mais il est impossible de l'implanter dans l'esprit des autres.
Il est très facile et très naturel de considérer les choses de son propre point de vue et d'interpréter un événement comme si ce point de vue était le même partout au monde.
Le lien qui nous attache au travail est très fort. En fait, la réussite professionnelle implique en général une existence entièrement consacrée au travail, et une vie familiale et personnelle reléguée au second plan. Établir des relations profondes avec les autres nous demande un temps très long.
Il n'est jamais possible de comprendre à fond un être humain autre que soi ; et aucun individu ne se comprendra vraiment lui-même. la tache est trop ardue et le temps manque pour démonter tous les mécanismes et les examiner. C'est par là que commence la sagesse dans les relations humaines. Se connaître et comprendre les autres sont deux opérations étroitement liées. Pour connaître les autres il faut d'abord se connaître, et les autres alors vous aident à mieux vous connaître.
Les informations doivent toujours être interprétées dans un contexte. D'ailleurs, elles forment très souvent une partie essentielle du contexte dans lequel le message purement verbal prend son sens. Un contexte n'a jamais de sens spécifique. Et pourtant le sens d'une communication dépend toujours de son contexte.
Sans contexte, le code est incomplet car il ne renferme qu'une partie du message. Un événement est généralement beaucoup plus complexe et riche que les mots qui servent à le décrire. En outre, le système écrit est une abstraction du système verbal et fonctionne comme un système de rappel de paroles. Dans l'opération d'abstraction, à la différence de l'opération de mesure, on retient certaines choses et on ignore inconsciemment les autres.
Ce que l'homme choisit de percevoir, consciemment ou inconsciemment, est ce qui donne signification et structure à son univers. Bien plus, ce qu'il perçoit est déjà ce "qu'il compte faire".
Il est important dans un dialogue de parvenir à se connaître suffisamment pour bien définir ce que chaque personne prend en considération et ce qu'elle néglige. Ceci nous permet de comprendre la relation que la signification entretient avec le contexte. La mise en contexte est un moyen important de faire face à la très grande complexité des transactions humaines et d'éviter l'enlisement du système par dépassement de capacité.
Dans la vie, le code, le contexte et la signification ne peuvent être considérés que comme les différents aspects d'un fait unique.
Les communications riches en contexte agissent comme force d'unification et de cohésion, elles sont durable. Les communications pauvres en contexte n'unifient pas, mais elles peuvent changer facilement et rapidement.
L'instabilité des systèmes faibles en contexte est tout à fait nouvelle pour l'humanité. Bien plus, nous n'avons pas emmagasiné l'expérience qui nous indiquerait le comportement à adopter face à un changement aussi rapide.
La culture française est un mélange inextricable d'institutions et de situations dont le contexte est alternativement riche ou pauvre. Il n'est pas toujours possible pour un étranger de savoir s'y retrouver.
Chaque culture n'est pas seulement un ensemble intégré, mais possède ses propres règles d'apprentissage. Celles-ci sont renforcées par des modèles différents d'organisation globale. Comprendre une culture différente consiste en grande partie à connaître son mode d'organisation, et à savoir comment s'y prendre pour en acquérir la connaissance dans cette culture-là. On n'y parvient pas si l'on s'obstine à se servir de modèles d'enseignement hérités de sa propre culture.
Ceux dont l'action se soumet à des règles et à des autorités sont lents à percevoir la réalité d'un autre système. Projetant ce qu'on leur a enseigné dans le passé, ils adaptent le monde à leur propre modèle.
On n'acquiert pas une pratique en combinant des éléments appris par cœur selon des règles qu'il faut se rappeler en cours d'action. L'opération est trop lente et trop complexe. On apprend par unités globales, qui s'insèrent dans un contexte de situations et peuvent être mémorisées comme des ensembles.
Dans le monde occidental, la négation et la non-reconnaissance des besoins standards de l'homme ont provoqué des déformations inouïes dans notre mode de vie, nos valeurs et le développement de notre personnalité.
Le temps est le principe d'organisation dominant de notre culture. Il s'impose comme une contrainte extérieure, qui étend ses tentacules dans tous les plis et replis de nos actes les plus intimes. Notre système temporel a beaucoup contribué à aliéner l'homme occidental. La maladie peut être due à un désir d'échapper aux contraintes du temps, de retrouver et de redécouvrir son propre rythme, mais à quel prix.
Si quelque chose peut changer la vie, c'est bien la perception du temps. Le temps n'est pas une "simple convention", mais l'un des systèmes les plus fondamentaux qui ordonne l'existence. Sans unification des horaires, la société industrielle n'aurait pas vu le jour. L'horaire est sacré, tout le monde doit s'y plier.
L'éducation influence les processus mentaux, ainsi que le choix de nos solutions. Je ne me réfère pas au contenu de l'éducation mais à la structure des méthodes qui emprisonnent la pensée dans des moules.
L'intelligence n'est pas née avec l'homme et le cerveau mammifère n'a pas commencé à fonctionner avec la scolarisation. Il a évolué sur des millions d'années, en résolvant dans le réel les problèmes de lutte pour la vie.
La vérité est imprimée sur une page, la réalité est image. Tout nous conditionne à l'appauvrissement et à la banalisation de nos informations sensorielles. Nous vivons manipulés par le monde fragmenté et artificiel de la publicité et de la propagande. Le médium est réellement le message.
Le cerveau créateur est un mécanisme qui oublie. Nous ne nous rendons pas compte de l'importance de l'oubli.
L'entraînement ou l'accoutumance modifie l'organisation de l'activité cérébrale dans un sens qui permet au cerveau d'effectuer des taches familières sans avoir recours aux procédés d'analyse, ce qui revient à dire que la tâche relève d'un stéréotype. Nos écoles, nos universités et nos institutions reposent en grande partie sur cette ressource de l'accoutumance.
Les études menées dans le monde entier sur les groupes d'affaires, les équipes sportives et même les armées ont révélé l'existence d'un chiffre idéal pour une équipe de travail. Ce chiffre idéal se situe entre huit et douze individus. Il est possible à huit ou douze personnes de se connaître suffisamment pour exploiter au maximum les ressources du groupe. Dans les groupes dépassant ce nombre, il devient très difficile d'établir un réseau de communication entre tous les individus. On les enferme dans des catégories qui déclenchent le processus de dépersonnalisation. La participation et l'engagement se relâchent, la mobilité en souffre, la direction du groupe se fait manipulatrice et politique.
Dans les écoles on a remplacé le désir naturel d'apprendre par la discipline, qu'on a intégré à la culture. Par une profonde méconnaissance de la biologie des primates, les écoles font du plus intelligent des primates une créature aliénée qui s'ennuie.
Ne pas avoir compris l'importance du jeu dans le développement des êtres humains a eu des conséquences incalculables, car non seulement le jeu est essentiel pour apprendre, mais (contrairement à d'autres pulsions) il est une fin en soi.
La vie scolaire est une excellente préparation à l'acceptation de la bureaucratie adulte: son but est moins la transmission des connaissances que l'enseignement du respect de l'autorité, l'assimilation de ses techniques et le maintien de l'ordre.
Les élèves remuants sont définitivement classés dans la catégorie des "agités", regardés comme des phénomènes et souvent drogués. Les phénomène sont peut-être bien ceux qui parviennent à rester tranquilles sur leurs chaises, et témoignent de l'incroyable faculté d'adaptation de l'espèce humaine. La position assise dans un espace exigu est l'une des pires tortures que l'on puisse infliger à l'espèce humaine.
Nous avons idolâtré l'organisation au détriment de l'individu, introduisant ainsi de force ce dernier dans des moules qui ne lui convenaient pas.
Le savoir est absolument nécessaire pour assurer la survie à la fois de l'individu, de la culture et de l'espèce. Seul l'homme ne grandit, ne mûrit et n'évolue que grâce au désir de savoir. On a trouvé le moyen de transformer l'une des activité humaine les plus enrichissantes qui soient en une expérience pénible, ennuyeuse, monotone, fragmentaire, étroite et abrutissante.
Nous, qui avons été formés par la culture occidentale, sommes convaincus de détenir la vérité que Dieu nous a communiquée par satellite, et tout ce qui ne s'y conforme pas n'est que superstition et déformation qui révèlent des systèmes de pensée inférieurs ou moins évolués. Et cela nous donne le droit de les délivrer de leur obscurantisme pour en faire nos égaux. L'éclatant succès que notre technologie a remporté sur le monde physique a aveuglé Européens et Américains sur les difficultés de leurs propre existences, et leur a donné un sentiment de supériorité totalement injustifié à l'égard de ceux qui n'ont pas atteint le même développement technologique. La science est notre nouvelle religion. Ses affirmations et ses rites ont, pour la plupart, valeur de dogmes.
Le système américain est implicitement très gratifiant pour ceux qui ont des facilités d'expression et d'élocution ainsi que pour ceux qui savent manier les chiffres, puisque rien d'autre ne paie. Aussi, les étudiants sont-ils souvent largués, surmenés, ou rejetés du système, non par manque de dons ou d'intelligence, mais par inadéquation de leurs talents particuliers avec le système.
Par leur nature même, les administrations n'ont ni conscience, ni mémoire, ni esprit. Elles ne servent que leurs intérêts propres, sont amorales et irrationnelles. Ce n'est pas l'injustice sociale mise sur le compte des leaders politiques qui causent les révolutions. C'est quand la bureaucratie se mue en une machine écrasante, inefficace, incapable de répondre aux besoins du public, que les gouvernements tombent.
Les paradigmes culturels font obstacle à la compréhension, parce que chacun de nous est doté par la culture de solides œillères, d'idées préconçues implicites et dissimulées qui contrôlent nos pensées et empêchent la mise à jour des processus culturels.
Il est impossible de dépasser sa propre culture, sans découvrir d'abord ses principaux axiomes cachés et ses croyances implicites sur ce qu'est la vie et la façon de la vivre, de la concevoir, de l'analyser, d'en parler, de la décrire et de la changer. Parce que les cultures sont des entités systématiques (composées de systèmes associés, dans lesquels chaque élément est en relation fonctionnelle et réciproque avec les autres éléments) qui sont fortement reliées au contexte, il est difficile de les décrire de l'extérieur. Une culture donnée ne peut être comprise simplement en termes de contenu et de parties. Il faut connaître l'agencement des parties en un tout, le fonctionnement des systèmes et des dynamismes principaux et la nature de leurs relations. Et ceci nous mène à un point capital : il est impossible de parler convenablement d'une culture uniquement de l'intérieur ou de l'extérieur sans se référer à une autre culture. Les personnes qui possèdent une double culture, ainsi que les situations de contacts culturels, augmentent les occasions de comparaison. Il existe deux autres situations qui mettent à découvert la structure cachée d'une culture : l'éducation des enfants, qui nécessite des explications, et l'écroulement des institutions culturelles traditionnelles tel qu'il se produit en ce moment. La tâche est loin d'être simple. Cependant, la compréhension de nous-même et du monde que nous avons créé, et qui à son tour nous crée, est peut-être la seule tâche vraiment importante que doive affronter aujourd'hui l'humanité.
2005, Alawa.Depuis plusieurs années, plusieurs chaînes de télévision (La 5, FR3, Animaux, Planète, Disney TV, Arte), un nombre important de périodiques récréatifs pour enfants, et plusieurs radios nationales (France inter, France info, France culture) diffusent des émissions dites « scientifiques » sur les êtres vivants, leur lutte pour la survie, leur combat pour la reproduction, et leur investissement dans la transmission de leurs gènes.
Mélange trivial d’anthropomorphisme, de fausses évidences, de spectaculaire violent et d’idéologie libérale (au sens «la loi du plus fort», ce discours, s’appuie sur une discipline fort en vogue, l’écologie comportementale, et se fonde sur le néodarwinisme qui se présente pour ses partisans comme la seule vérité universelle sur l’évolution du vivant et sur ses formes actuelles.
Drapé de la « bénédiction » de quelques scientifiques patentés ayant compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient tirer à titre personnel et professionnel de cette reconnaissance médiatique, ces articles et ces émissions propagent à tout va un discours typiquement capitaliste réduisant l’histoire du vivant à une compétition féroce et sans fin entre des gènes avides de domination planétaire. Des termes comme « maximiser son succès reproducteur », « coût et bénéfice d’une stratégie », « investissement parental », « budget-temps », « capitalist breeder », « optimal foraging » fleurissent à longueur de discours tant dans les revues scientifiques de l’écologie comportementale (voir «Ecologie comportementale» de E. Danchin, L. A Giraldeau et F. Cézilly, aux Editions Dunod) que dans les émissions et les articles de vulgarisation sur le vivant. La vie et ses mécanismes réduits à un flux d’énergie et à une compétition entre gènes cyniques et calculateurs, voilà le monde tel qu’il fonctionne depuis l’apparition de la vie sur notre planète si l’on écoute les chantres du « monde génique » ! Un économiste (même marxiste, il en reste !) se trouverait là fort à son aise, mais de façon surprenante, très peu de scientifiques s’inquiètent de la grande convergence ainsi instituée entre la vision marchande du monde des humains et les lois de la nature. On voudrait expliquer à des enfants (de tout âge) que le capitalisme est « naturel » puisqu’il fonctionne de la même façon que la nature, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Il est à noter d’ailleurs que le monde scientifique fonctionne sur le même schéma.
Le succès reproducteur d’un scientifique se mesure aux nombres de publications qu’il a produit à l’issu d’une âpre compétition avec ses collègues scientifiques. Et de plus en plus, les thèmes de recherche sont définis en fonction des potentialités de publications de haut niveau que l’on peut espérer (lire l’opuscule de Bruno Latour (« Le métier de chercheur, regard d’un anthropologue » éditions INRA) qui parle de capitalisme scientifique et d’investissement du crédit que gagne le scientifique en faisant de « bons » articles dans de nouvelles alliances qui lui permettent de gagner encore plus de crédit). Comme dans l’entreprise existe des marchés porteurs, il existe en science des thématiques porteuses, c’est à dire garantissant des postes, des crédits et des carrières.
La remise au goût du jour des thèses créationnistes et autre mysticisme, grâce notamment au lobby protestant étasunien, offre aux tenants d’une vision «capitaliste» du vivant une nouvelle virginité. Alors que les impasses actuelles de la génétique apparaissent au grand jour (si les séquençages du génôme de plusieurs organismes _dont l’homme_ existent dorénavant, l’incompréhension générale persiste sur les mécanismes complexes liant les gènes au fonctionnement complexe des organismes (lire «Ni Dieu, ni gène» de J.-J. Kupiec et P. Sonigo aux Editions Seuil, ou «La fin du tout génétique» de H. Atlan aux Editions Inra) et que d’OGM en thérapie génique, on assiste à une course folle d’apprentis sorciers courant après leurs promesses frauduleuses de bonheur et d’immortalité par la science, l’opposition Dieu contre Darwin va générer une réduction totale du débat sur le vivant à une dualité fausse et stérile. Demain encore plus qu’aujourd’hui, qui critiquera le néodarwinisme et ses prétentions d’explication synthétique de l’évolution se verra taxé de créationnisme aigu. Qui proposera de nouvelles hypothèses pour expliquer des mécanismes biologiques déterminant les formes actuelles du vivant et ses modes d’organisation devra sous peine d’anathème choisir l’un ou l’autre camp !
Et pourtant, bien d’autres alternatives intéressantes (fascinantes ?) existent depuis les théories de l’autopoièse (lire « L’arbre de la connaissance » de H. Maturana et F. Varela chez Addison-Wesley) et de l’auto-organisation des formes (lire « Forme et croissance » de D’Arcy Thompson aux éditions de Seuil et « How the leopard changed its spots » de B. Goodwin chez Charles Scribners’s sons) jusqu’à celles de l’enaction (lire « Invitation aux sciences cognitives » de F. Varela aux éditions du Seuil) et de l’exaptation (lire « Exaptation - a missing term in the science of form » de S.J. Gould et E. Vrba dans Paleobiology Vol. 8). Mais entre un « designer intelligent » et des « gènes égoïstes », entre deux vérités absolues et définitives, il n’y a plus de place pour la raison première de l’activité scientifique : s’interroger de façon ouverte et non sectaire sur le monde pour mieux le comprendre.
Actuellement, plusieurs mails circulent dans le milieu scientifique hexagonal appelant à faire pression sur la chaîne Arte pour qu’elle ne diffuse pas une émission présentant « la théorie révolutionnaire de l’engrammation ». Aux dires des auteurs des mails, il s’agit de créationnisme déguisé et de scientifiques suspects financés par une fondation religieuse. La riposte proposée par ces mails est de demander la déprogrammation de l’émission, et le conseil donné est de ne pas parler de créationnisme et de donner l’impression d’appels indépendants. Les auteurs du mail se targuent d’avoir par cette technique put faire annuler une table ronde sur un sujet voisin à Grenoble. Belle démonstration de la pratique de la science ouverte au débat, objective, et transparente. Car au fond, cestenants d’un Darwinisme total et définitif utilisent les mêmes armes que les prêtres et bondieusards d’antan : la censure et la falsification. Plus désolant encore, sans nul doute pour diaboliser encore plus la chose, ces vrais scientifiques « objectifs » n’hésitent pas à glisser le mot « nazi » dans leur texte, affirmant qu’un des auteurs de la théorie de l’engrammation traite les rationalistes de nazis. On connaît le procédé, mais on le pensait réservé aux politiciens sans scrupule.
Peut être sommes-nous aujourd’hui à la veille d’une nouvelle bataille de clocher, à moins qu’il ne s’agisse d’une guerre de religion. Dès lors, que nous soyons les sujets dociles d’un « dieu despote » ou les « simples véhicules fugaces et futiles de gènes guerriers et calculateurs », il nous faudra accepter d’être les anonymes sujets d’un monde qui nous excède et nous (pré)détermine. D’aucuns pourront toujours se risquer à mettre en doute la prétention de la synthèse néodarwinienne de tout expliquer, ils seront alors rejetés au rang d’ignares et de dévots. D’autres pourront tenter de proposer des mécanismes explicatifs de l’évolution faisant l’économie d’un déterminisme génétique fort, ils seront montrés du doigt pour parjure scientifique.
On aurait tendance à proposer la relecture de vieux ouvrages tel que «La structure des révolutions scientifiques « de T. Kuhn (Editions Champs Flammarion) ou «Autocritique de la science» de A. Jaubert et J. M. Levy-Leblond (Editions Seuil). On aurait envie de demander aux néodarwiniens quels sont leurs liens via les OGM et la thérapie génique avec l’industrie pharmaceutique et l’agro-alimentaire. On aurait presque l’audace de leur demander pourquoi la mise en doute de la théorie de « la sélection du plus apte » est interdite. On aura surtout la sagesse de ne pas tomber dans le piège qui consiste sous couvert de « vérité scientifique » à substituer la censure au débat. Et puis avant tout, entre deux totalitarismes de la pensée, on ne choisit pas. La vie, sa richesse, sa diversité et la soif de savoir de l’homme finissent toujours par échapper aux dogmes.
Salutations libertaires
Lukas Stella, 2002"La réalité est affaire de foi." Gregory Bateson - Convention of communication
La cérémonie funèbre achève sa représentation. La pub mégalo crie victoire !
C’est alors que l’info s’affaire à liquider la mémoire et que les bouffonneries politiques jouent aux gentils animateurs. La population râle et tire sur son sort, ainsi la réalité entreprise ramasse les dividendes. C’était écrit dans le programme.
Cette croyance mystique, qui consiste à croire que tout est déterminé par une cause permettant une prédiction de son effet, fige tout processus vivant dans un ordre de choses préconçues. Cette pensée dominante, réduite à la logique informatique du principe de causalité, détermine nos perceptions en imposant, comme étant la seule possible, une interprétation du monde à partir des composants supposés le constituer; croyance réductionniste fondée sur la présupposition qu’on peut expliquer n’importe quel phénomène en le réduisant à ses parties. Ce découpage qui tranche dans le vif, impose ses séparations de toutes parts, convaincu qu’aucune interaction ne peut changer ses règles du jeu. Cet obscurantisme généralisé, basé sur la séparation mystique de l’esprit et de la matière, est l’acceptation sans condition d’une conception schizophrénique d’un homme fragmenté.
Cette croyance en la causalité part d’une supposition que l’on croit vraie, créant ainsi la réalité que l’on a supposée au départ. Cette réalité inventée de la sorte devient réalité “réelle”, c’est-à-dire indiscutable, seulement si le sujet qui invente croit à son invention. Quand l’élément de foi ou de conviction aveugle manque, alors aucun effet ne se produit. Une prédiction que nous savons être seulement une prédiction ne peut plus se vérifier d’elle-même. La possibilité de faire un choix différent et de désobéir existe toujours. Saisir cette possibilité peut nous libérer de cette logique restrictive, soumission aliénante à l’ordre des choses tel qu’il est.
Méfions-nous de nos croyances car elles nous sont inconnues. Elles conditionnent nos perceptions et nos actions, malgré nous, comme quelque chose de naturel. Leurs systèmes de contrôle demeurent complètement inconscients aussi longtemps que le programme se déroule comme prévu. Nos croyances définissent pour nous l’expérience en raison de leurs prétendues perfections. Nos croyances sont des vérités droites auxquelles tout le monde doit se soumettre, nous transformant en dictateur fanatique.
Elles se contredisent en se renforçant par opposition mutuelle. Mais quand on s’aperçoit que ce sont nos croyances qui nous font croire que tout est ainsi et pas autrement, et que l’ordre des choses est tel quel, bloqué et sans issue ; c’est alors que l’invention personnelle peut émerger, s’auto-construisant dans la dimension situationnelle d’une vie sociale en mouvement, renversant le contexte restrictif de l’état de choses, en le décalant dans les nouvelles perspectives d’un jeu subversif. La chute de la dictature économico-financière est inévitable. Les multi-milliardaires et leurs larbins finiront par payer la misère qu’ils produisent à grande échelle.
Les fluctuations et mouvances des incertitudes qui se cherchent, font généralement peur aux pensées objectives, reflets d’un monde qui réalise ses sujets comme objets propres à l’échange lucratif. La certitude que la réalité est unique et vraie, ne serait qu’une croyance fondée sur des incertitudes. Ceci peut paraître insoutenable à un spécialiste du savoir, agrippé à ses certitudes objectives, expert servile de la pensée séparée de son histoire propre. Prétentions doctrinaires à suivre servilement, les vérités uniques sont totalement séparées des expérimentations du vécu incarné dans sa dérive situationnelle. Ces vérités prétentieuses sont compétitives et guerrières, elles s’affrontent et se marchandent, se consument par consommation. Nous n’avons pas de directive juste à imposer comme contrainte réductionniste. L’anti-autoritarisme n’est pas une étiquette flatteuse, mais une pratique expérimentale essentielle. Nous construisons notre autonomie loin des dictateurs de la pensée parfaite, loin des prédicateurs de la vérité absolue, en inventant, dans le cours des hasards désirés, des incroyances d’où émerge un vécu qui a oublié ses habitudes réductrices.
La volonté de changement ne suffit plus. La recette idéale repose sur la croyance d’avoir trouvé la vérité, l’unique, en dehors de tout contexte. Ce mythe s’accompagne de la mission de prêcher la vérité afin de changer le monde, avec l’espoir qu’elle soit reconnue par le plus grand nombre d’adeptes. Ceux qui ne veulent pas se convertir à ce point de vue deviennent obligatoirement de mauvaise foi, c’est-à-dire de croyance maléfique et il s’agit de les exterminer pour le bien de l’humanité. La solution au problème du changement passe par le rejet du choix d’une solution. Au lieu de chercher une solution efficace, il s’agit de chercher un problème qui corresponde aux actions possibles. Ainsi la situation se décale dans un contexte élargi à une perspective de changement, dans un jeu à rebondissements situationnels. Sans fondement objectif, ce changement spontané ne produit pas de prise de conscience, mais dérive dans des imprévus en synchronie situationnelle, sortant du cadre de référence problématique, libéré de la contrainte d’une solution réaliste autoritaire.
Les connaissances d’une pensée incarnée dans sa situation vécue, ne sont pas des affaires de spécialistes. Elles concernent bien chacun dans sa dérive structurelle avec les autres, construisant ainsi de nouvelles perspectives, libéré des certitudes restrictives.
L’autonomie retrouvant sa propre nature, suscitant de nouvelles possibilités, ne peut en aucun cas s’imposer, pour se répandre, comme une vérité à laquelle doivent se soumettre les incrédules. Vivre le présent dans son histoire continue, consiste plus à lâcher les prises de nos certitudes figées qu’à se battre contre les objets de nos représentations.
Ils’agit en fait de construire des situations libératrices à partir de propositions d’un futur possible. Ces hypothèses ne sont que des possibilités désirées parmi tant d’autres. Elles ne peuvent donc pas être assimilées à une prédiction ou une utopie qui nécessiteraient une croyance aveugle, sans failles et sans autres issues éventuelles. L’expérience pratique et active de ce qui peut arriver, de telle sorte que le nombre des choix possibles soit augmenté, compose un vécu engendreur de libertés, nécessaire à tout changement radical, dans une période où les pressions réductionnistes du spectacle intégré affichent l’image du paradis virtuel de la dictature économico-financière. L’action effectuée selon les hasards des désirs pressants, modifie les sujets dans leurs agissements communs, ce qui reconstruit leurs rapports mutuels ainsi réappropriés. C’est alors qu’en inventant des incroyances pratiques, en synchronie avec d’autres, on peut réaliser un changement des situations vécues. Il me semble que, seules des assemblées générales à l’initiative des populations, s’organisant spontanément un peu partout, pourront rendre à chacun le pouvoir sur sa propre vie dans l’émergence de multiples dérives libertaires.
Ce texte n’a pas la prétention de s’imposer comme le déclic éclairé d’une vérité objective qu’il faut accepter, mais il s’inscrit dans une situation complexe et confuse comme un point de vue situé obstinément et passionnément dans un changement radical de perspective. La croyance en la réalité vraie et unique créée par le spectacle est totalement séparée des mondes expérimentaux du vécu. Lorsque l’on ne croit plus au miracle informatique livré par la publicité, la magie n’opère plus, elle devient grotesque et surtout insupportable. Il est alors prudent de ne pas supporter.
Les plaidoyers publicitaires en faveur de la nouvelle communication contrôlée par ordinateurs ne sont plus guère crédibles.
La croyance religieuse au spectacle des objets calculables et cumulables s’effrite par endroits à l’envers du décor, et certains s’aperçoivent qu’on voudrait nous faire croire qu’il n’y a plus d’autres choix, que tout ailleurs est bloqué et sans issue.
Au cours de leurs dérives, certains hérétiques s’abandonnent à rêver et inventent des incroyances situationnelles, car quand plus rien n’est vrai, tout devient possible.
Humberto Maturana, Jorge Mpodozis, 1992 (extraits).Etant donné qu'un être vivant est un système qui se réalise constitutivement suivant une dérive structurale, le domaine d'existence, ou niche, de l'être vivant change avec lui, de sorte qu'il ne préexiste pas à sa réalisation dans le contexte où il est distingué par l'observateur.
L'environnement ou ambiance où émerge l'être vivant au moment d'être distingué par l'observateur n'est pas déterminé par l'être vivant, qui ne fait que se rencontrer avec le milieu dans la niche écologique, mais est déterminé par le regard de l'observateur.
L'observateur induit la niche, ou domaine d'existence, de l'être vivant comme la partie du milieu avec laquelle l'être vivant se rencontre de fait à chaque instant de sa vie. Par conséquent, la niche, ou domaine d'existence, n'est pas caractérisable indépendamment de l'être vivant qui la constitue.
Ni le milieu ni la niche ne préexistent à l'être vivant qui les occupe et que, durant la dérive structurale d'un être vivant, l'être vivant et le milieu changent nécessairement ensemble congrûment, dans ce qui de fait est une codérive. Dans ces circonstances, il est fondamental de distinguer entre ce que l'observateur décrit du milieu dans lequel il a trouvé un être vivant et ce que ce dernier trouve en se réalisant dans un tel milieu. Cette distinction est essentielle pour comprendre l'histoire du changement des êtres vivants dans le devenir de la biosphère. Ne pas faire cette distinction conduit à confondre ces deux domaines en attribuant à l'action des êtres vivants des phénomènes qui appartiennent seulement aux descriptions de l'observateur et vice-versa, ce qui serait une erreur dans la démarche explicative.
Lorsqu'un organisme se réalise, diverses entités ou systèmes se coréalisent avec lui dans le processus de son vivre comme système autopoïétique; ces entités ou systèmes sont définis par des organisations distinctes, et, en conséquence, avec des domaines d'existence différents qui s'entrecoupent dans la dynamique structurale de cet organisme. Ces entités ou systèmes distincts ont des dynamiques structurales entrecroisées nécessairement distinctes, ainsi que des dérives structurales à leur tour différentes, bien qu'elles ne soient pas totalement indépendantes, puisque, grâce à l'intersection structurale où elles se trouvent, des changements dans la structure de l'une peuvent aussi donner naissance à des changements structuraux dans l'autre.
Ce qu'un observateur appelle sélection en observant le résultat historique de la dérive naturelle, est en fait le résultat d'un processus systémique qui n'est dirigé par aucune force ni pression.
La notion de sélection naturelle est utilisée dans le discours biologique comme si elle constituait le mécanisme générateur du changement évolutif. Nous pensons qu'il s'agit là d'une erreur conceptuelle ou d'une évocation trompeuse. Le mécanisme qui donne naissance à une survie différentielle dans le devenir des populations d'êtres vivants n'est pas un processus sélectif, mais une dérive phjlo génique. La sélection, à laquelle l'observateur fait allusion en parlant de sélection naturelle, est le résultat de la survie différentielle à laquelle donne naissance la diversification de lignées dans la dérive phylogénique, et non son moteur, sa cause ou son mécanisme génératif. La diversification des lignées ne se déroule pas en termes compétitifs dans une survie des plus aptes, mais dans le fil d'une réalisation individuelle de la vie de celui qui est apte, ou organisme qui conserve organisation et adaptation.
Ce qu'on connote en parlant de sélection naturelle est le résultat d'une survie différentielle que voit un observateur en comparant différentes classes de phénotypes ou de génotypes, en des moments historiques distincts, dans des ensembles d'organismes en dérive et codérive structurale ontogénique et phylogénique.
Nous avons montré que le phénomène de l'hérédité, par son mode de constitution, ne dépend d'aucune structure moléculaire particulière, mais survient dans une dynamique